vendredi 25 février 2011

La conscience...et soi

Je vais tenter de livrer une petite réflexion personnelle sur ce sujet qui, par sa nature même, ne pourra jamais être épuisé. Pas de réponse définitive possible et finalement, pas de réponse "collective" non plus...tout au plus des pistes et des voies d'exploration.

Ce qui nous est trop proche est souvent ce qui est le plus mal compris car autant il est facile de définir un objet extérieur, autant tenter de saisir notre subjectivité est quasiment impossible. Bergson en est même arrivait à la conclusion qu'il nous fallait nous ignorer (en partie) pour pouvoir agir...j'aime assez cette idée et elle m'a beaucoup aidé à laisser advenir (une des clefs du processus d'individuation).


Dans le livre de Willequet (voir ici), il est proposé que la conscience soit définie comme l'outil servant l'ouvrier, le Moi (voir ici). La conscience serait donc conditionnée par un champ préexistant, lui-même issu d'une source originelle archaïque (l'inconscient)...fichtre, ce jeu de dominos ne nous facilite pas la tâche. Est ce raisonnable de rentrer dans de telles complications ?  Pourtant, à bien y réfléchir, la conscience est une véritable anguille, qui échappe à toute définition ou encadrement dès qu'on croit la capturer. L'étiquette culturelle, sociale, le corps, le tempérament n'en sont que des facettes, des parcelles; "l'être" commence à toucher une profondeur mais finalement, qui peut le définir ?
Il semblerait bien que le seul espoir de toucher sa conscience réside dans la considération de sa subjectivité, dans la connaissance de soi. Je pense, au risque de me tromper, que les conditions requises à un tel travail introspectif nécessitent une certaine maturité (que je n'associe pas obligatoirement à l'âge avancé contrairement à Jung qui pense qu'une analyse est inefficace avant la quarantaine, mais n'oublions pas qu'il  écrivit cela il y a 60 ans); en effet, une première partie de notre vie consiste à nous adapter, à nous insérer dans la société, bref  à considérer le monde extérieur avant nous...inutile à ce sujet de blâmer ou gémir, c'est une réalité nécessaire pour la majorité.

Pour autant, il peut paraître délicat de percevoir autre chose qu'un objet car, réfléchissons bien, à partir du moment où nous nous saisissons d'une image, d'une émotion, d'un sentiment fugace, ou nous plaçons une intentionnalité, nous nous privons de la pure conscience...cornélien, n'est ce pas. En fait, pour se connaitre et toucher la conscience, il ne faut pas confondre l'identité d'objet et l'identité du sujet. Si l'on admet l'existence de l'âme, du Soi, de la conscience, c'est l'ultime possesseur ! dire "j'ai une âme, une conscience, etc" est un contresens.
S'ouvrir à la conscience trouve une valable représentation dans l'éveil oriental, la mise en lumière continue, la lucidité...c'est un travail très distinct de l'introspection car le jugement disparaît, les dualités avec lui. Et comme nous nous éloignons de l'auto-analyse, le Moi n'est pas nourri mais remis à sa juste place. J'ai le sentiment que dans cette pratique, qui peut commencer par un exercice de 2 mn par jour pour graduellement être augmenté, nous nous créons cette "porosité" entre l'extérieur et l'intérieur, nous percevons les émanations d'une unité, nous écoutons peut être les murmures du Soi.
Il y a tant de découvertes à faire sur soi-même dans la lumière de la lucidité. Ce que nous allons petit à petit découvrir, c'est que nous ne sommes pas ce que nous croyons être.

A bientôt,
Jean

dimanche 20 février 2011

Les projections, la "participation mystique"


Le terme de projection est passé dans le langage courant mais il me semble important de clairement le définir, et d'essayer également d'en saisir la portée ...et la limite.
Entendue ce matin à la radio, une jeune chanteuse populaire, Zaz (entendre ici), entonne dans son refrain quelques mots qui peuvent définir la projection.
"C'est con, ce qu'on peut être con 
A se cacher de soi même
C'est con, ce qu'on peut être con
Car l'autre n'est que le reflet de ce qu'on se met à couvert"


En effet, nous avons vu qu'en construisant notre identité, nous établissons une boussole psychologique (voir les fonctions psychologiques) en privilégiant une fonction et en en délaissant une autre...nous forgeons l'attitude face au monde la plus adaptée...pour un temps seulement (le processus d'individuation va chambouler tout cela mais nous en reparlerons ultérieurement). 
Ce schéma intérieur induit deux choses :
1- la fonction dominante va donner la tonalité perceptive de l'individu. En d'autre terme, une incompréhension fondamentale (mais non définitive bien heureusement) existe avec ceux qui ont une autre fonction dominante. Un type intuitif va arriver dans une forêt, son regard va être porté sur une branche au sol, il va tenter de retrouver l'arbre dont elle vient, deviner l'origine de cette chute. Le type sensation va réaliser combien l'air est frais, l'odeur d'humus forte, la lumière filtrée par les arbres...deux mondes distincts en action.
2- la fonction inférieure, enfouie en grande partie dans l'inconscient, va donc trouver émergence hors du champ de la conscience...et être à l'origine d'une grande partie de nos projections sur les objets extérieurs.


Je ne vais pas trop rentrer dans le détail du processus, complexe et nécessitant une connaissance de beaucoup de concepts psychologiques, allons droit au but. La définition officielle de la projection est la suivante, Laplanche et Pontalis écrivent : « c’est une opération par laquelle un sujet expulse de soi et localise dans l’autre, personne ou chose, des qualités, des sentiments, des désirs qu’il méconnaît ou refuse en lui ». Cette opération est inconsciente.
Le principal écueil de ce mécanisme de défense est de déplacer l’attention  loin du problème qu’il serait pourtant  nécessaire de gérer.

Ce jeu de projection sur autrui conduit finalement à certaines conséquences :
- le lien qui nous unit à l'objet de notre projection provient d'une couche profonde de notre être,
- ce lien est aussi une réponse au besoin de retrouver l'état fusionnel initiale ou indifférenciation.
Ce besoin de fusion avec l'objet extérieur, Jung a utilisé un terme de Lévy-Bruhl pour le qualifier : c'est la participation mystique. L'autre doit fonctionner comme nous. De ce besoin d'unité idéale naissent les passions amoureuses, les connivences intimes, les communautés d'idées voire d'idéologies mais aussi l'intolérance, le besoin de faire sa vérité celle d'autrui, le prosélytisme, les haines de rejet, etc Une médaille à deux faces et finalement, disons le clairement, un filtre parasitant, parasitant notre relation à autrui et notre regard introspectif.
Entendons nous bien, je ne souhaite pas faire le procès d'un processus naturel et vital mais tenter d'expliquer pourquoi il est vital de le "transgresser" (aller plus loin en le traversant).


Lorsque nous effectuons un travail sincère (donc sans concession et toujours douloureux) sur nous-même, il est un moment où nous allons nous confronter avec la fonction inférieure (tout ce qui nous paraît étranger, désagréable, inadapté en nous). Ce faisant, nous touchons, sans forcément le savoir, notre part d'ombre, la source de très nombreuses projections négatives (ce qui nous est insupportable en nous l'est beaucoup plus facilement, supportable, déposé sur les épaules du voisin)...et comme nous l'avons déjà vu, tout ce qui apparaît en conscience est déchargé de force et d'intensité dans l'inconscient. Les projections s'estompent naturellement, en devenant un peu ce que nous devons être, nous réattribuons à autrui sa véritable identité, les relations deviennent alors plus authentiques, plus solides.
Pour conclure, citons Jung et von Frantz.

Jung dit : « Ramener de l’ordre dans le réseau projectionnel, c’est ramener un peu de santé dans la vie d’un individu ». Nous devrions prendre à notre propre compte une bonne part des reproches dont nous accablons autrui puisque les projections sur l’objet ne sont que contenus inconscients  du sujet qui parle ».
M.L. Von Franz dit : « Tout progrès dans la compréhension mutuelle et dans la capacité de s’entendre avec son prochain dépend du retrait des projections ». Et si le vœu  de paix ne passait plus par l’injonction souvent entendue : « si tu veux la paix prépare la guerre » qui a longtemps justifié toutes les pulsions agressives individuelles et collectives,  mais incitait chacun à faire retour sur soi, combien de malheurs pourraient être évités ?  C’est à l’évidence une solution offrant à chaque humain le choix d’exercer sa responsabilité sans incriminer  l’extérieur.  Ainsi chacun deviendrait  acteur de sa vie et non plus jouet impuissant ou  justicier  vengeur.


A bientôt
Jean

samedi 19 février 2011

L'ego face au divin



Je viens d'achever cet ouvrage, très récemment édité par Slatkine (http://www.slatkine.com/).
Il est proposé une étude approfondie sur le Moi (l'égo, voir ici) et sur l'incidence d'expériences qualifiées de mystique sur cette instance psychique.
Autant le dire tout de suite, c'est un ouvrage très dense, qu'il faut prendre le temps de lire dans le calme, la disponibilité intellectuelle étant indispensable pour suivre l'auteur...bref, ce n'est pas un livre facile mais je l'ai trouvé éminemment passionnant, en particulier la partie sur le Moi, nous allons y revenir.
Qui est Pierre Willequet, l'auteur ?


C'est avant tout un psychologue et psychanalyste d'une cinquantaine d'année, formé en Suisse (notamment au fameux institut Carl Jung à Zûrich). Pratiquant en cabinet privé, il exerce également dans une institution à orientation psychanalytique s'occupant de jeunes enfants. Sa passion principale s'orient autour des arts martiaux et il portera même le Kinomichi (issu de l'Aïkido, voir ici) en Suisse pour la première fois. Fait important pour qui connait ce personnage, il fut un très proche de Karlfried Graf Dürckheim.

Sommaire de l'ouvrage
Partie I (pages 1 à 136)
Chapitre 1 : Comment aborder la question
Chapitre 2 : Le Moi - définition, formation et caractéristiques
Chapitre 3 :Conditions d'apparition du moi et leurs conséquences
Chapitre 4 : Le mythe - le bien, le mal
Chapitre 5 : Entre-deux sous forme de Koan occidental
Partie II (pages 137 à 219)
Chapitre 6 : Le Tout-autre comme éprouvé
Chapitre 7 : Récits d'expériences
Chapitre 8 : Questions posées par ce type d'expériences
Epilogue

Avis, impressions
Avant tout, on notera que la partie traitant du Moi est de loin la plus conséquente et j'avoue une petite déception que celle traitant de l'expérience mystique en elle-même soit finalement très courte (une cinquantaine de pages)...néanmoins, il apparaît rapidement l'importance de cerner si précisément le complexe moïque (comme l'appelle l'auteur) pour clairement appréhender tout ce qu'une expérience si singulière peut entraîner comme conséquences.
J'ai trouvé le style un peu lourd et ampoulé également, ce qui ralentit considérablement la lecture...mais c'est un avis très subjectif. Il n'empêche, les idées gagneraient probablement en clarté à être exprimées plus directement et dans un vocabulaire plus accessible. 
L'érudition de l'auteur est flagrante et j'ai apprécié ses références bibliographiques précises et son argumentaire rigoureux quand il défend une idée, disons, peu orthodoxe (je pense notamment à ses approches sur la vision freudienne ou encore à sa critique pointue sur des ouvrages d'Onfray).
J'avoue avoir découvert le Moi sous un aspect plus complet, une vue nettement moins impartiale que celle que l'on rencontre habituellement (beurk, l'égo, quel sale truc) et l'auteur soulève des thèmes d'une profondeur passionnante (relation mère-enfant, le mythe dans nos vies, etc).
J'ai été profondément touché par les témoignages d'expériences "mystiques". Dans tous les cas, ils proviennent de personne "quelconque", que l'on pourrait rencontrer à chaque coin de rue (une assistance sociale de 54 ans, un éducateur de 40 ans, une jeune travailleuse sociale de 32 ans, une journaliste de 52 ans, etc) et ça donne une proximité toute particulière et vibrante. Les récits sont intelligemment retranscrits avec les hésitations, les pauses, les balbutiements, et l'émotion est absolument palpable...on la partage dans une certaine mesure.
En bref, un ouvrage qui a ses défauts mais qui aborde des thèmes, sous un angle neuf et contemporain, rarement traités...à découvrir donc !

Quelques extraits (je conserve les passages clefs à la lecture)
Pour ce qui nous concerne, on a vu que rien ne peut être énoncé sur le moi - comme concept - sans le recours à un autre moi, celui du théoricien ou du chercheur. On ne peut donc le cerner qu'à partir de « lui-même », ou d'un analogue à lui-même, situation extrêmement embarrassante qui, depuis ses premiers balbutiements, a condamné la mouvance « psy » à s'enliser dans un bourbier indescriptible de conflits d'écoles et d'options théoriques divergentes, qui font d'elle une vaste auberge espagnole dans laquelle, forcément, « chacun voit midi à sa porte ». L'adage se révèle étonnamment percutant lorsqu'il s'applique aux multiples orientations psychanalytiques, et cela en dépit des indéniables éclairages qu'elles ont proposé depuis leurs origines.
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Le moi est fait, primo pour survivre (tenir le choc de la rencontre initiale de ce qui est) et, secundo, pour vivre (se maintenir le plus longtemps possible).
Pour cela, il doit apprendre à prendre.
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Il existe, fortement ancré dans certaines sphères de la tradition intellectuelle occidentale (française en particulier), un rejet épidermique de tout ce qui n'est pas cernable rationnellement ou qui s'approche, de près ou de loin, d'une éventuelle « transcendance », toujours suspecte, aux yeux normatifs de ceux qui en ignorent tout, d'une possible affiliation à quelque conservatisme bigot ne représentant, soulignons-le une fois encore, qu'une portion tout à fait congrue de la chose.
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La constitution ou l'accès au « Je » comme position tierce, me semble alors un des buts du travail analytique conduit en toute rigueur, dans cette possibilité d'un abandon continuel des croyances et idéaux moïques, qui s'écarterait d'une sorte d'idéologie violente de sa négation ou de son mépris, au profit d'un regard bienveillant et amusé, mais certainement pas dupe.

mardi 15 février 2011

Hic Rhodus, hic salta ! - Ici et maintenant


Nous avons une propension à chercher à vivre ailleurs ou dans un autre temps. "Là-bas, ce serait tellement mieux" "Si seulement j'étais là" "Encore 13 jours avant les congés, quel ennui !" "Quand j'avais 20 ans, l'insouciance et le bonheur". L'activité mentale provoque un sabotage de l'ici et du maintenant, à tel point que c'est devenu "normal".


Finalement, être ballotté par ce désir d'ailleurs et d'autre moment, c'est entretenir une tension insupportable avec notre condition réelle d'existence. Soit, nous possédons tous cette tendance de fuite, mais reconnaissons que ces dernières décennies, s'est dessinée collectivement une orientation entretenant, nourrissant et amplifiant le phénomène. Une fois la majorité des besoins primaires assouvis, le culte du changement, de la nouveauté, du toujours mieux, toujours plus, s'est installé, posant comme nécessité la fuite en avant à qui veut être intégré dans cette société.
Le JT de 20h , nous passons d'un quadruple meurtre familial à un reportage sur la fabrication du gouda sans état d'âme. Depuis quelques années, les médias exploitent la charge émotionnelle de leur produit, toujours plus fort, depuis plus sordide, toujours plus décalé. Une des conséquences n'est elle pas de nous conforter dans l'idée que "ici et maintenant, c'est l'horreur" !
Dans le même ordre d'idée, le présent ne peut plus exister pour la plupart. Le passé, propriété sure et personnelle, est un avoir, non un être et pourtant je m'identifie à lui...absurdité ! Le présent est effrayant parce qu'il nécessite de mourir à chaque instant au passé. Mais l'incessant "quand je serai", la projection dans le futur est le même déni du présent, tout aussi nuisible. C'est une quête d'idéal inatteignable, constamment renouvelée afin de s'assurer de ne surtout pas vivre le présent.

La conscience qui reconnait ces illusions devient alors témoin et permet d'entamer la libération. Le plus rigolo, c'est que, comme beaucoup de germes libérateurs d'ailleurs, tout est à portée de main avec une facilité si déconcertante qu'on en arrive, une fois le chemin entamé, à se demander comment nous ne l'avions pas vu.
Vous préparez le café le matin, regardez l'eau couler dans la verseuse, apprécier le bruit, les miroitements, la cuillère verser le café, la teinte des premières gouttes du breuvage qui s'écoule...sur la route, amusez vous à repérer les défauts des carrosseries des voitures voisines, la couleur des panneaux publicitaires, le visage des conducteurs dans la file d'attente...au travail, concentrez vous sur les tâches anodines et ennuyeuses comme si elles étaient cruciales, accordez vous des pauses pour respirer, sentir votre corps, faire un sourire à vos collègues. 
Je peux vous assurer, sans crainte, que le pouvoir du moment présent est la source de quiétude, de joie mais aussi d'un feu balayant les illusions passées. Apprécier cet état ne permet pas de retour en arrière mais un continuel cheminement vers le ici et maintenant.

Un auteur a beaucoup écrit sur ce sujet, de manière accessible et stimulante, c'est Eckhart Tolle, je vous invite à découvrir ces écrits.
"Quand on n'offre aucune résistance à la vie, on se retrouve dans un état de grâce et de bien-être, et cet état ne dépend plus des circonstances, bonnes ou mauvaises."


A bientôt
Jean

lundi 14 février 2011

Appareil psychique - Version simplifiée

Je vais tenter de dresser le tableau schématique de la psyché, telle que décrite par Jung. Disons le tout de suite, je ne vais pas rentrer dans un débat comparatif, notamment avec la vision freudienne de la chose, non par manque d'intérêt (dudit débat) ou de la crainte de controverse, mais parce que la finalité de ce billet est juste d'établir une image brute, voire même simpliste. Le lecteur assidu aura compris que j'adopte une démarche verticale dans l'approche de la psychologie jungienne...partant des structures "superficielles", je vais petit à petit m'enfoncer dans les strates de l'inconscient, répondant finalement au qualificatif de profondeur.


Pour commencer, la psyché (ou l'appareil psychique) est constituée par une opposition fondatrice (car source de vie psychique), celle entre la conscience et l'inconscient. Le sujet est d'une extrême complexité car ce que je sépare par commodité, ainsi que toutes les instances que je vais mentionner, sont en fait interpénétrés, interdépendants, et en échange continuel...ainsi, il est finalement très réducteur de les isoler. Mais comment faire autrement pour que ce soit intelligible ?

La conscience
C'est une double interface : 
          - elle reçoit les informations de l'extérieur,
          - elle reçoit les informations provenant de l'inconscient.
Pour mieux comprendre comment sont accueillies les informations dans la conscience (et l'enjeu qui y réside), je vous invite à lire les billets sur les fonctions psychologiques.
Au coeur de la conscience, existe quelque chose de très particulier, produit de l'inconscient (c'est un complexe, nous y reviendrons) : le Moi (=l'égo pour faire simple, voir ici). Au début, il est organisateur de l'expérience consciente. Puis, il se complexifie. Il devient un ensemble de représentations. C'est une force unificatrice de la psyché, il se trouve au centre de la personnalité. Il est également responsable de nos sentiments d'identité et de continuité personnelle.

La conscience est essentielle en ce qu'elle est notre seule et unique outil pour vivre toute expérience ! De quelque profondeur de notre être que surgit un contenu, il ne pourra être vécu que par la conscience. Toute transformation de l'être peut donc être résumée par un enrichissement, un "élargissement" de la conscience.
Dernière remarque, et non la moindre, contrairement à la pensée générale, c'est la conscience qui est non inconscient, et non l'inverse...en d'autre terme, la conscience adviendrait d'un champ lui préexistant.

L'inconscient
Pour simplifier au plus rapide, disons que, dans la psychologie analytique, il existe deux couches à l'inconscient, une spécifiquement liée à la singularité de l'individu, dite inconscient personnel, et l'autre, plus profondément inscrite, héritage universel de l'homme, source entre autre des mythes fondateurs de l'humanité, dénommée inconscient collectif (il me semble que le terme d'universel aurait été plus adapté, le collectif étant de nos jours proche de la notion de groupe, de communauté, etc).

L'inconscient personnel
Il est proche de l'image populaire de l'inconscient. Se nichent là des choses refoulées, expériences réprimées, oubliées, etc
Jung est à l'origine d'un test passionnant, le test d'association de mots. On livre au patient une liste de mots et on lui demande de donner le plus rapidement possible le premier terme que lui évoque chaque mot. On note le temps de réponse, la réponse, les hésitations, signes extérieurs de malaise...certains mots provoquent des "arrêts", des montées émotionnelles brusques (=affects), tout cela hors du champ de conscience du patient qui est étonné et sceptique si on lui mentionne. Ces "noeuds" inconscients, Jung les a appelé complexes.  Il se conduisent de manière autonome, comme des "personnalités parasitantes". Attention, les complexes sont des produits naturels et n'ont pas vocation destructive...le Moi dont nous avons parlé est également un complexe et on perçoit vite son intérêt. 
En se "construisant", le Moi va laisser de côté ce qu'il juge inadapté, inacceptable...ce qui, naturellement, va conduire à la "genèse" d'un autre complexe, finalement compensatoire, très important dans la psychologie analytique (nous y reviendrons), l'Ombre (voir ici). Dans la culture populaire, c'est notre "mauvaise moitié", notre "Dark Vador" personnel...et pourtant nous verrons que c'est aussi le terreau de tout développement futur.

L'inconscient collectif
C'est comme l'immense réservoir des processus du monde, ancrés dans notre cerveau; il constitue dans sa totalité une espèce d'image du monde atemporelle et éternelle qui fait contrepoids à notre vue actuelle contemporaine et consciente du monde. Il s'agit des traces d'expériences communes de l'espèce, répétées pendant des millénaires par des générations de personnes.
Nous avons vu l'existence des complexes dans l'inconscient personnel, on peut trouver leur pendant dans l'inconscient collectif avec une immense différence d'échelle dans leurs attributs. L'inconscient collectif comprend un nombre illimité d'images. Les images primordiales sont les archétypes (voir ici). Ils renferment tous un thème universel et produisent des manifestations, perçues sous forme symbolique ou mythologique.
L'image commune définissant l'archétype : c'est la structure cristalline, toujours identique pour un cristal donné, qui va finalement donner une infinité de cristaux de forme et de couleur différentes.
Ces archétypes sont puissants, source de vie mais aussi potentiellement de mort psychique (ils peuvent balayer le Moi et engendrer la dissociation psychotique). Il mobilise tant d'énergie psychique (la « libido » chez Jung) qu'il exerce, comme les planètes dans l'espace gravitationnel compare Jung, une force d'attraction qui peut influencer durablement, voire de manière définitive, le Moi


Les archétypes principaux :
   - Anima et Animus : très succinctement, l'archétype féminin présent chez tout homme et l'archétype masculin chez toute femme.
   - Ombre : complexe fort, niché dans l'inconscient personnel mais présent chez tous les hommes et donc formellement archétype.
    - Personna : c'est le masque social que chacun construit, comme compromis entre soi et la société.
    - le Soi : le "roi" des archétypes. Archétype de la totalité, réunissant les opposés et donc, par là même, la conscience à l'inconscient. La religiosité humaine serait une expression de cet archétype.


Sommaire "Archétype" étudié (Cliquer pour y parvenir)
4 - L'Anima
6 - L'ombre
7 - Le Soi

dimanche 6 février 2011

Tout...à portée de rêve.

Les grands événements de l'histoire du monde sont, au fond, d'une insignifiance profonde. Seule est essentielle, en dernière analyse, la vie subjective de l'individu. C'est celle-ci seulement qui fait l'histoire; c'est en elle que se jouent d'abord toutes les grandes transformations; l'histoire entière et l'avenir du monde résultent en définitive de la somme colossale de ces sources cachées et individuelles. Nous sommes, dans ce que notre vie a de plus privé et de plus subjectif, non seulement les victimes, mais aussi les artisans de notre temps. Notre temps - c'est nous !
Quand je conseille à mon malade : « Prêtez attention à vos rêves », j'entends par là: « Revenez à ce qu'il y a de plus subjectif en vous, à la source de votre existence et de votre vie, à ce point où vous participez, à votre insu, à l'histoire du monde. L'obstacle, d'apparence insurmontable, auquel vous vous heurtez doit être effectivement une difficulté insoluble, afin que vous ne continuiez point à vous consumer à la recherche de remèdes dont l'inefficacité est démontrée d'avance. Vos rêves sont l'expression de votre nature subjective ; c'est pourquoi ils peuvent vous révéler par quelle faute d'attitude vous vous êtes fourvoyé dans une impasse. »
En fait, les rêves sont des produits de l'âme inconsciente; ils sont spontanés, sans parti pris, soustraits à l'arbitraire de la conscience. Ils sont pure nature et, par suite, d'une vérité naturelle et sans fard; c'est pourquoi ils jouissent d'un privilège sans égal pour nous restituer une attitude conforme à la nature fondamentale de l'homme, si notre conscience s'est éloignée de ses assises et embourbée dans quelque ornière ou quelque impossibilité.
Méditer ses rêves, c'est faire un retour sur soi-même.

Extrait de "L'homme à la découverte de son âme" Edition Albin Michel, page 85


Je conseille très sincèrement cet ouvrage de Jung à tous. Je l'ai découvert assez tardivement mais j'ai été frappé par certains passages, comme celui que je vous livre.
Jung est âgé de 68 ans quand il le rédige ce qui explique une telle concision et précision de ses propos pour aborder des notions ardues. L'approche didactique du livre s'explique également par le fait que la majorité des propos sont extraits de séminaires professionnels.
Dans l'extrait choisi, je trouve les mots chargés d'espoir, d'un espoir sans limite...pensez donc, mesurez la portée de ce qui est exprimé : nous ne sommes rien de moins qu'un fragment de l'humanité, une parcelle de toute réalisation humaine passée, présente et à venir. Nous portons l'humanité entière en nous ! 
J'aime lire Jung nous parler de cette "âme collective" d'où émergea chaque conscience individuelle postulant l'égalité psychique originelle de chaque être. Comment ne pas saisir alors l'intensité de la dignité humaine, ne pas regarder autrui comme un frère ? je ne peux malheureusement pas tomber dans cet angélisme car je sais ce qui m'empêche, la plupart du temps, de me laisser brûler par cette force de vie.


Quel obscur obstacle se dresse alors ?
Voir dans le coeur de son âme, c'est trancher son identité, se mettre en danger, aller à l'encontre même de notre sécurisant confort. Bien sûr que j'ai quelques défauts, qui n'en a pas ? mais je suis bien dans ma peau, j'ai un boulot rémunérateur, des amis proches, une famille aimante...alors que j'ai mon brelan d'as en main, quel intérêt de prendre le moindre risque ? Que vais je devenir si je n'ai plus personne à rendre responsable de tous mes maux, plus personne à remettre dans le droit chemin, rendre meilleur, à punir ???
Voilà bien le premier obstacle, il faut commencer par soi, poser le brelan d'as et s'en remettre à la providence !

Jung nous propose une première clef. Pourquoi ne pas ouvrir la porte, instaurer le dialogue avec notre nature profonde ? S'il est une chose que j'ai découvert au fur et à mesure de mon cheminement, c'est l'assurance que dans cette épreuve herculéenne, nous ne sommes jamais seuls, un fidèle guide rayonne en nous...et il faut aussi assurément s'ancrer avec notre famille aimante, nos amis proches, notre boulot, etc
Méditer nos rêves, cela peut sembler dérisoire mais pourtant...finalement, voici ce que sont les rêves, des cris pour attirer l'attention, des murmures pour que l'on tende l'oreille, des symboles pour nous émerveiller, des chocs pour nous obliger à voir, des absurdités qui nous touchent jusqu'aux tréfonds, des absurdités qui nous font nous réveiller avec le sourire le matin...l'expression même de la vie.

A bientôt,
Jean

vendredi 4 février 2011

Fonctions psychologiques (4) - Dynamique, individuation


Nous arrivons sur la fin de la présentation générale des types psychologiques. Ce sujet est crucial pour appréhender la suite et plonger au coeur de la psychologie analytique. Si nous devions nous engager sur le chemin intérieur proposé par le "Connais toi toi-même" socratien, la première étape réside probablement sur l'identification de ces fonctions en soi, pont immédiat et incontournable entre le monde et nous.
Pour rappel, nous avons défini les fonctions ici, parlé de leur positionnement en nous , et proposer des schémas de présentation.


Jung a constaté que chaque individu, de manière singulière, est amené progressivement à répondre à sa propre nature profonde, il a appelé ce processus, individuation (sujet de nombreux billets futurs). Au cours de l'individuation, on va voir que le rôle de chaque fonction est remis en cause et évolue. L'individuation étant, par essence, un processus naturel, elle se produit en chacun de nous. Cela se passe pour beaucoup de manière inconsciente mais si l'individu est "coopératif" (ce qui, au passage, ne change rien au processus mais peut avoir la vertu de l'accélérer), la conscience peut participer en différenciant le Moi des contenus inconscients (extérieurs, les projections ou intérieurs) et en s'engageant sur le développement de son type psychologique et des quatre fonctions associées.

Nous avons déjà mentionné les deux axes, constitués en fait par les deux paires de fonctions, à savoir la perception de l'objet (qui définit) et son jugement (qui décide). Les schémas exploités pour parler des fonctions psychologiques se présentent toujours selon ces deux axes, perpendiculaires, dont le point de jonction est le coeur de la conscience (le Moi).


La hiérarchisation de ces fonctions répond à un développement temporel et structurel, précis (Voir pour les détails ici), soit, dans leur ordre d'apparition  :
- la fonction dominante, la plus développée,
- la fonction auxiliaire, compensatrice et donc dans une autre fonction mental et d'orientation d'énergie,
- la fonction tertiaire, opposée à l'auxiliaire dans son orientation d'énergie, de même fonction mentale,
- la fonction inférieure, de même fonction mentale que la dominante et d'orientation d'énergie inverse, c'est la source de nos erreurs mais aussi un grand potentiel de développement.

J'ai fait un horrible schéma sous paint pour essayer de clarifier ce cheminement; l'exemple est arbitraite et je suis parti sur un individu à la fonction dominante en perception extravertie.


Si j'ai pris la peine de représenter ce "Z" du développement des fonctions chez un individu, de l'enfance jusqu'à l'âge adulte, c'est qu'il traduit également sa voie naturelle de transformation
En effet, une fois ces quatre fonctions différenciées, l'individu, ne trouvera un enrichissement que par la recherche compensatrice du développement des fonctions mises dans l'ombre (tertiaire et inférieure). 
Un travail préliminaire sur soi ou même une "écoute" de son mode de perception et d'estimation permettent assez aisément d'identifier la première paire de fonctions mais beaucoup ignore qu'il existe également les deux autres, délaissées mais actives pourtant, dans l'ombre de leur personnalité perceptible, qui surgissent bien souvent par le média inconscient dans lequel elles nichent, en particulier la fonction inférieure, profondément enracinée, éloignée de la conscience. Ramener à la lumière de la conscience cette fonction est un travail difficile, long mais ô combien salutaire. Comme tout refus de laisser "s'exprimer" une part de soi, le blocage de l'inconscient par le refoulement de la fonction inférieure peut faire beaucoup de dégât car refuser l'accès à un contenu inconscient est impossible dans la durée...et plus la résistance est forte, plus l'émergence à terme de ce contenu se fera avec violence (d'où l'origine des névroses et autres).
Mais aller vers la reconnaissance de ses fonctions dans l'ombre n'est pas seulement se mettre à l'abri de tempêtes psychologiques, c'est aussi et surtout une voie d'accomplissement qui libère toutes les potentialités de l'individu ! Ce travail contribue à l'individuation que nous avons mentionné et que nous continuerons de définir (disons encadrer, définir me semble impossible en soit).

Au cours de ce chemin, apparaît une autre fonction, particulière, provenant de l'inconscient, qui a un rôle déterminant, la fonction transcendante (voir ici ). Je ne fais que la mentionner car il m'apparaît important d'y consacrer une réflexion entière plus tard. Je vous livre les mots de Jung pour la définir, provenant de son livre sur les types psychologiques.
« Cette faculté qu’a la psyché inconsciente de guider l’être humain arrêté dans une certaine situation vers une situation nouvelle en le transformant. Chaque fois qu’un individu est bloqué par des circonstances ou par une attitude dont il ne parvient pas à se sortir, la fonction transcendante produit des rêves et des phantasmes qui l’aident à construire, sur un plan symbolique et imaginaire, une nouvelle façon de vivre qui soudain prend forme et conduit à une attitude nouvelle.  »

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Fonctions psychologiques (3) - Schémas



J'ai en gestation le projet d'un schéma explicatif, intégrant les fonctions, leur dynamique, l'orientation de la libido, etc mais en attendant que je trouve l'outil de dessin et la structure du schéma, je vous livre ici, en mentionnant leur origine, quelques schémas déjà établis et connus pour la plupart.




Issu de wikipedia, ici pour être précis. Ce schéma résume bien les deux paires distinctes de fonctions, et leur positionnement dans l'individu, plus le bleu est marqué, plus nous sommes au coeur de la conscience et plus nous sommes dans le clair, plus nous nous rapprochons de la frontière de l'inconscient.

Une autre image de cette orientation voir ici. Ce schéma se trouve dans l'ouvrage de Jung, "L'homme à la découvert de son âme" et la fonction sentiment a été mise après l'intuition pour une raison...qu'il faut que j'aille retrouver dans le livre.


Plus original, cette version présente la nécessité de la dynamique des fonctions à travers le symbole du Yin Yang. (Jacobi, Psychologie de C. Jung)



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mardi 1 février 2011

Finalement, rendre les armes.

Aussi loin que ma mémoire m'amène, j'ai été attiré par le mystère. Pendant l'adolescence, je m'intéressais beaucoup à la parapsychologie, qui débordait du cadre "raisonnable" et m'ouvrait des portes insoupçonnées. Puis, je découvris la notion du sacré, que je reliais à l'époque aux religions instituées...alors j'ai rencontré de nombreuses personnes, des croyants comme on dit, de plusieurs confessions. J'étais fasciné et avide de rencontrer moi aussi ce dont il parlait avec tant de passion, la foi

Malheureusement, je fis un constat amer : il me semblait exister deux clans inconciliables; celui des "élus" qui fréquentaient les églises et qui étaient touchés, en apparence au moins, par le langage et les symboles qui y étaient échangés et puis l'autre, dont je faisais partie, qui, tout en étant désireux de comprendre, ne pouvait rester qu'à la surface des choses...il me fallut des années pour saisir le noeud du souci : mon besoin de comprendre et de théoriser était les semelles de plomb qui m'empêchaient d'avancer.
Le mystère des mystères n'est pas à l'extérieur, il est en l'homme. La seule voie possible est ancrée dans ma propre expérience et comme toute expérience, elle s'éprouve et peut, doit s'affranchir de la compréhension intellectuelle. J'avoue que dans mon cas, et chaque cas est singulier, la découverte de Jung m'a aidé dans cette démarche, non pas à découvrir mais à formaliser ce que je pressentais, ce qui existait en moi depuis le début.


Lorsque l'on s'engage sur le chemin intérieur, il ne faut pas oublier que l'on débute par un acte terrible, terrible et sublime, le sacrifice. En effet, le Moi, niche rassurante de notre conscience, source d'attentes et d'illusions infinies, avec son besoin de toute puissance, est soumis à un constat dramatique : il devra naturellement rendre les armes. Il y a un conflit violent, intérieur, entre le centre de la conscience, le moi et l'inconscient...mais on réalise bien vite que ce conflit est unilatéral. D'une part parce que nous ne pouvons vivre les choses que par la conscience, et d'autre part parce que le Soi, qui rayonne au coeur de l'inconscient, ne s'oppose pas. Il est le centre réel et total de la personne, il nous connait tel que nous étions, nous sommes et surtout nous serons. 
Dans cette lutte arrive un moment où le Moi, épuisé par les doutes, les peurs, les angoisses, lâche prise et rende les armes. Il reconnaît sa vulnérabilité et ses limites et en cela, il s'affirme.

En conclusion, je rappellerais que Sacrifier vient du latin Sacrificus qui signife "Faire un acte sacré, rendre sacré".

A bientôt
Jean

Petit moment de grâce


Pavane op. 50 de Fauré
Flûte : Sian Fenn