jeudi 29 décembre 2011

A dangerous method - Cronenberg


Il m'est apparu difficile de ne pas parler de ce film sur cet espace dédié à la psychologie analytique; en effet, même s'il est évident que ce long métrage ne survivra surement pas aux grosses productions sur le palmarès de l'année cinématographique, il faut souligner un certain courage à ce réalisateur d'oser aborder un thème si peu porteur qu'est la naissance de la psychanalyse et surtout, la relation Freud/Jung. J'ai appris après l'avoir visionné que ce film était tiré de la pièce de théâtre The Talking Cure de Christopher Hampton.

En cherchant une image pour illustrer ce billet, j'ai souri en lisant les critiques posées en tête de l'affiche (forcément dithyrambique). A gauche on peut lire, "un ménage à trois intellectuel"...c'est justement ce que n'a jamais présenté ce film...selon moi.
Il propose une vision assez proche de la réalité "connue", grâce aux correspondances diverses, de la relation complexe entre Sabina spielrein, juive russe envoyée à 19 ans chez Bleuler pour hystérie, et Jung, son médecin attitré qui nourrira une relation adultérine avec elle. (Spielrein est un personnage important dans l'histoire de la psychanalyse moderne et je vous suggère de découvrir son parcours atypique sur internet)

Je retiendrais quelques phrases fortes du film (à noter d'excellents dialogues dans l'ensemble)  : 
"Emma, notre amour réside dans un lien sacré qui est unique, quoi qu'il arrive" - "Je ne crois ni aux hasards ni aux accidents" - "Un médecin qui n'a pas souffert ne peut pas guérir" - "L'important n'est pas de dire aux patients ce qu'ils ne sont pas mais de les aider à devenir ce qu'ils devaient être" - "Il faut parfois faire des choses impardonnables pour avoir la force de continuer à vivre"   Jung dans le film
"Docteur Jung, je ne peux vous livrer mon rêve, ce serait alors compromettre mon autorité" Freud dans le film

Contrairement à certains avis lus, le film est loin d'être intellectuel (quoi que de nos jours, il est vrai qu'un film avec plus de 15 mn de dialogues est catalogué comme tel), très compréhensible pour le commun des mortels. Quelques libertés ont été prises par Cronenberg, certaines que je trouve inutiles (les scènes masochistes notamment), d'autres très belles et touchantes (comme celle de Freud rompant officiellement la relation avec Jung, qui porte le petit cadre photo de son ancien dauphin contre son coeur avant de le ranger dans la boite avec ses correspondances).
Même si quelques efforts ont été consentis pour mentionner certaines idées majeures de l'oeuvre des protagonistes, je regrette certains clichés ponctuels dont le spectateur béotien ne mesurera jamais la hauteur de l'enjeu (les bruits de la bibliothèque lors de la discussion avec Freud autour de l'occultisme qui, dans le film, présente Jung comme un bienheureux mystique, l'évanouissement de Freud lors d'une des dernières discussions avec Jung autour de son autorité, etc).

Concernant le jeu d'acteur : Interprétation remarquable de Knightley (Spielrein), sombre et profonde de Mortensen (Freud), vibrante et poignante de Fassbender (Jung). On note aussi l'apparition remarquée de Cassel (Gross). Une photographie somptueuse, précise et une bande sonore de qualité...
Un film qui ne restera surement pas longtemps à l'affiche mais que je conseille à tous les lecteurs...sur la toile ou par DVD.

En complément  :
A dangerous method vu par Giovanni sorge

Bande-annonce (très médiocre selon moi)




mercredi 28 décembre 2011

Petit moment de grâce (4)

J'avais traité il y a quelques semaines de ce compositeur d'exception, Arvo Part (voir ici). Habituellement peu friand de "remasterisation" ou réinterprétation d'originaux, j'ai trouvé deux petits bijoux de Part qui ont été associés à des bruits naturels...quiétude et apaisement assurés. Bonne écoute !



vendredi 23 décembre 2011

Le sacrifice

Abel et Caïn

Avec un peu de recul, je réalise que ce nouveau billet est probablement la continuité de cette première réflexion...et tombe à point en cette période de Noël. Qu'est ce que le sacrifice ? et de mes propres sacrifices ? sont ils obligatoirement contraints ? n'apportent ils qu'un lot de douleurs et souffrances ? sont ils réellement accidentels ? 
Autant de questions qui me taraudent depuis longtemps et, je dois admettre que les outils fournis par la psychologie jungienne m'ont permis de démêler beaucoup de choses et d'éclairer mes incompréhensions...un petit partage.




Sur un plan étymologique (sacrificium, fait de rendre sacré), le sacrifice est donc un acte reliant à la divinité. A notre époque, où la mort ritualisée en offrande aux Dieux ne représentent plus qu'une pratique archaïque (et barbare car absolument plus comprise) de nos  ancêtres très (trop ?) éloignés, cette acception a totalement disparu au profit de celle d'un arrachement forcé et contraint par des évènements extérieurs...surprenant de constater un tel grand écart ! 
Et pourtant, les sages de toutes cultures savent que la peur et le repliement sur son moi (je suis convaincu que les deux sont indissociables) sclérosent toutes avancées spirituelles, alors ? avancer vers Dieu signifie t'il toujours la mort de l'intégrité passée qui nous rassurait tant ? il semblerait bien que oui et la pensée de Jung précise même que ces arrachements ne seront productifs que s'ils sont "accompagnés", acceptés résolument et sereinement...sereinement car il nous faut reconnaître notre subordination à quelque chose qui nous dépasse et nous dépassera toujours et qui, pourtant, est le coeur réel de notre être, le Soi (approche ici).

Le sacrifice ou l’ouverture au sacré ne se fait que par lentes étapes et inclut le renoncement conscient  en vue d’une métamorphose. Sur la voie de l'individuation, la plongée intérieure ne se peut s'opérer que par couches successives, telle l'archéologie, et chaque profondeur oblige à une confrontation toujours plus délicate jusqu'à l'éclat brûlant du numinosum, le regard des "Dieux".



Le sacrifice à l'oeuvre dans la conquête du Soi ne crée aucune frustration car il répond à une dialectique qu'exige la nature de l'homme. Il est encore moins castration car la participation volontaire du moi est nécessaire. Dans les racines de la conscience (billet ultérieur en préparation), Jung traite de la transsubstantiation (conversion du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l'Eucharitstie) qui est sacrifice ultime, Dieu comme sacrifié et sacrificateur pour la rédemption du genre humain, la conscientisation de Dieu dans l'homme et de l'homme vers le Soi.

Pour terminer, une citation des "Métamorphose de l'âme et ses symboles" comme un clin d'oeil. En effet, en rédigeant cet oeuvre, Jung savait qu'il signait l'arrêt de mort de sa relation à Freud qui allait induire tant de changements dans sa vie sociale et intérieure...un pur sacrifice en somme.

" Ce que l’audace des hommes découvre par spéculation sur l’essence du monde phénoménal , à savoir la ronde des étoiles et l’histoire universelle humaine sont l’illustration substantielle d’un rêve divin appliqué au drame intérieur , cela devient probabilité scientifique . L’essentiel du drame mythique ce n’est pas le concrétisme des personnages , autrement dit , il importe peu que soit sacrifié tel ou tel animal ou représenté tel ou tel dieu ; l’important , c’est uniquement qu’un sacrifice ait lieu , c’est-à-dire que se produise dans l’inconscient un processus de métamorphose dont la dynamique , dont les contenus et le sujet sont eux-mêmes inconscients , mais se révèlent indirectement à la conscience parce qu’ils stimulent le matériel représentatif à sa disposition et s’en revêtent en quelque sorte comme des danseurs de peaux de bêtes et les prêtres de la peau des hommes sacrifiés "

dimanche 11 décembre 2011

Paroles du père Grégoire Krug


Ce fils d'industriel s'ouvrit très tôt à l'art, passionné par la peinture et la spiritualité orthodoxe, qu'il concilia finalement en embrassant le sacerdoce et en devenant un grand créateur d’icônes. Né au début du 20ème, il fut donc contemporain de Jung. Je suis tombé par le plus grand des hasards sur un extrait de ses écrits qui m'a tout de suit percuté...je vous laisse découvrir ses mots.



"Si l’homme se rencontre lui-même dans sa profondeur, du plus bas, du plus méchant, et, se trouvant face à face au Dragon qu’il est au fond de lui-même, s’il est capable d’embrasser ce Dragon, de s’unir à lui, c’est alors qu’éclate le divin et c’est la Résurrection"


samedi 3 décembre 2011

Archétype (7) - Le Soi

Avant d'étudier des archétypes "déclinés" ou "secondaires" (entendons nous bien, secondaires par leur apparition dans l'oeuvre de Jung car tout archétype est essentiel et indispensable au genre humain), je m'attaque enfin, au Roi, au coeur du coeur, "la somme et la quintescence de tous les archétypes", le Soi. Communément et simplement, on le rapproche fortement de l'âme (sous son acception jungienne), c'est à dire, l'ensemble du conscient et de l'inconscient de l'individu. C'est en "pratique" plus complexe que cela mais gardons cette représentation en tête. C'est un des concepts de Jung qui apparaît dans ces premières oeuvres (début 20ème) et se trouvera affiner et préciser jusqu'à la fin de sa vie...et pour cause, c'est un "concept limite".




Nature du Soi
Qui dit concept limite, dit impossibilité de le borner, cadrer, définir ("C'est un postulat transcendant, psychologiquement légitimé")...comme pour la plupart des éléments de l'inconscient, on ne peut parler que de ses manifestations à la conscience, pas de sa nature réelle. Si seulement ce principe était admis par tous, que d'inepties dues à des incompréhensions ne seraient plus écrites sur l'oeuvre de Jung.
"Le Soi doit être conçu comme une détermination individuelle sui generis".(sui generis est un terme latin -de son propre genre- qui désigne ce qui n'est comparable à rien d'autre et donc, ce qui, intrinsèquement, distingue l'individuel du collectif)

Le Soi et le Moi
Faisons simple : le Soi, comme union totale de la psyché, préexiste au Moi. Reprenons l'image que j'avais employée dans ce billet de la cire pour le Moi, dans laquelle l'empreinte de la conscience va prendre corps. Le Soi est à l'origine de cette cire qui, donc, en est issue. Il y a là un rapport étroit entre ces deux instances. Au départ, avant toute individuation, le Soi est donc totalement inconscient et le Moi est à son égard comme objet à sujet et l'on comprend alors pleinement la fameuse phrase "ce n'est pas moi qui me crée moi-même : j'adviens plutôt à moi-même". (voir cette approche personnelle )


Le Soi et l'individuation
Si l’éveil du Moi fait surgir le particulier de l’universel, le multiple de l’unité, le retour au Soi permet de réintégrer le particulier à l’universel, le multiple à l’Un. Au passage, on retrouve là un principe fort, le cycle du départ de la matrice originelle et de son retour (le dogme chrétien autour de la chute et la résurrection des âmes, la réconciliation de l'être et réintégration du genre humain de Saint Martin, etc).

On pourrait dire que le processus d'individuation est, au final, l'incarnation du Soi.

Le Soi et l'individu
Comme pour tout contenu archétypique inconscient, le Soi opère au sein de la psyché selon deux principes opposés, un salutaire et l'autre destructeur, les deux étant cependant "contributeurs" dans le processus d'individuation. L'un d'eux provoque l'éclatement, la différenciation de la conscience et de contenus inconscients (processus toujours douloureux), l'autre dépasse les contraires apparents (conscient / insconcient) pour les concilier au sein d'un symbole vivant pour l'individu (que l'on pourrait appeler le "sens").
Sur le chemin, l'individu a "la révélation d'un être préexistant au Moi qui était son créateur et son intégralité". Comment ne pas comprendre alors le caractère religieux de l'être qui se sent saisi par ce "transcendantal immanent" ?
Finalement, le centre de la personnalité "ne coïncidera plus avec le Moi, mais sera figuré par un point à mi-chemin entre le conscient et l'inconscient". "Le Moi individué se sent l'objet d'un sujet inconnu qui l'englobe".

L’homme doit se comporter à l’égard du Soi comme un serviteur, surtout pas comme un maître et encore moins un esclave. La voie de l’individuation ouvre les portes de la liberté vraie, après multiple embûches et déchirements internes, se dévoile un univers doté de sens où l'on accepte sereinement ce qui nous dépasse et nous fait.

La majorité des citations en italique provient des ouvrages "Les racines de la conscience" et "Dialectique entre le Moi et l'inconscient".


Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)

dimanche 27 novembre 2011

La réalité de l'âme - Cazenave

 Un ouvrage de plus de Michel Cazenave, le dernier édité à ce jour. Jung revisité, rien de moins ! Si ce n'était pas cet auteur, j'aurais peut être même souri devant l'impudence d'un tel programme. Pourtant, à mes yeux, Cazenave est le plus grand chercheur jungien français. Et par chercheur, j'entends "celui qui est finalement au bout du bout des connaissances mais ne veut pas s'arrêter" pour reprendre Roland Cahen. Dans cet ouvrage, qui se veut avant tout une approche en  profondeur de l'oeuvre de Jung, on se plaît en effet à découvrir des facettes inexplorées, ou plutôt des lumières sont braquées vers les "coins discrets", en marge des grandes notions.
 L'auteur 
Qui s'intéresse à Jung ne peut ignorer le nom de Cazenave. Ce (bientôt) septuagénaire se définit lui-même comme philosophe, poète, essayiste...gaulliste de gauche. Un personnage coloré et assumé en somme
Il a produit pendant plus de dix ans, l'excellente émission "Les vivants et les Dieux" sur France culture. Pour ce qui nous intéresse, disons simplement qu'il a présidé le Groupe d'études Jung de Paris, fondé le cercle de réflexion français autour de l'oeuvre de Jung et dirige la traduction de l'oeuvre intégrale de Jung chez Albin Michel.

Sommaire
Page 9     Introduction à Jung
Page 15   Jung, aujourd'hui, plus que jamais
I - Ce qu'emporte la notion d'âme
Page 21   Structure et dynamique de l'inconscient
Page 41   Manifestations de l'inconscient
Page 55   L'individuation existait-elle avant Jung ?
Page 97   Jung et le tiers inclus
II - Questions connexes
Page 103  Jung et la modernité
Page 109  L'Eros ou le désir de l'Un
Page 115  L'imagination, puissance de l'âme
Page 123  Temps de l'homme, temps de l'âme
Page 129  Jung et le cinéma
III Introduction à Jung
Page 135 et jusqu'à la fin : diverses préfaces de Cazenave sur les traductions des oeuvres.


Avis personnel 
Ce livre n'est pas adapté pour qui veut débuter ou découvrir l'oeuvre de Jung...sauf solide formation littéraire ou philosophique. Mais quel régal pour celui qui est déjà rentré dans l'univers de la psychologie des profondeurs ! car il s'agit bien de revisiter, d'adopter l’exercice délicat de sortir des sentiers mille fois battus, des lieux communs et idées pré-mâchées. A la lumière de la grande culture de l'auteur (manifestement platonicien de coeur) et de son ouverture d'esprit (parfaite connaissance de Freud et Lacan), on découvre et découvre encore de nouvelles implications et intuitions à la psychologie des profondeurs. 
Comme à son habitude, la plume est précise mais la profondeur du raisonnement assez complexe...lecture attentive requise.
Le tome 2 paraîtra sous peu et je serai sans nul doute parmi ses lecteurs.

Quelques extraits
"Non qu'il refuse toute l'importance de la sexualité, comme on l'a trop souvent prétendu : mais il considère que l'humain est conduit par deux daïmons (au sens grec de ce terme : c'est-à-dire des puissances intermédiaires aux pouvoirs du sacré) - deux daï­mons au départ antithétiques, mais qu'il s'agit de réconcilier et de conjoindre dans une conjonction des opposés : la sexualité et la spiritualité, dont on ne peut, pour aucune, oublier toute l'impor­tance qu'elle a pour nous sans nous blesser profondément."

"…ce qu'il affirme en revanche, c'est simplement que, devant le fondement ultime de toutes choses, il ne peut pas y avoir de philosophie, de théologie, de métaphysique positives qui, du même mouvement qu'elles définiraient le fondement, se l'approprieraient de fait et s'y affirmeraient supérieures. Voilà cette « arrogance » que dénonce Jung, cette puérilité tout autant, cette pusillanimité de l'esprit qui « fait croire aux poissons qu'ils contiennent la mer ». La métaphysique sous-jacente qui est celle de Jung relève au contraire, à l'évidence, d'un ordre négatif, c'est-à-dire qu'elle fait partie de celles qui reconnaissent qu'elles ne peuvent en aucun cas parler de leurs propres conditions de possibilité, de celles qui se font un devoir éthique de poser, et par le fait même, de respecter leurs limites -dans une contrainte d'in-connaissance qui les légitime par ailleurs."

"Comme le signifient les anciens mystères grecs, tenir les lèvres fermées, cela signifie se taire, parce que ce que l'on a éprouvé, on ne peut rien en trans­mettre par le truchement du langage, c'est de l'ordre de l'indicible, c'est au-delà du discours et de ses structures logiques - ce qui impose du même coup le silence des initiés vis-à-vis de tous ceux qui n'en ont pas eu l'expérience."


"Si l'on entend en effet la sexualité sous le chef de la pulsion, et dans la catégorie de la libido de définition freudienne, il est vrai qu'elle manque singulièrement dans presque tout le travail de Jung : il sait bien sûr ce que c'est mais, d'une certaine façon, on peut dire que cela ne l'intéresse pas réellement. 
Qu'est-ce qu'on signifie par ces mots ? 
Sinon que, de la même manière que Jung se détache des topiques et de la dynamique freudiennes - non pas tant parce qu'il propose une autre interprétation de la même réalité incons­ciente, mais parce qu'il s'intéresse en fait à une autre réalité — il conçoit au principe les figures sexuelles comme relevant « par essence » d'un processus religieux où se fonde la psyché, et réin­tègre par là même toute sexualité telle qu'elle est, à un espace érotique qui est d'abord celui de l'âme."

dimanche 20 novembre 2011

Livre Rouge [6] - Ma visite au musée Guimet

 

J'ai laissé passer un peu de temps depuis ma visite dans ce joli musée que je ne connaissais pas. Il me fallait "digérer" des images. Pas celles qui ce sont offertes à mes yeux ce jour-là, mais toutes celles qui ont émergé en moi. 
Cette visite réalisait un constat déjà établi : le Livre Rouge fut le produit d'une vie, la cristallisation de décennies de travaux, recherches, confrontations...et durant toute cette période, Jung a produit des peintures, des dessins, des textes. J'ai eu l'intuition que toutes ces merveilles, au graphisme si particulier, remplissaient un rôle d'ébauche pour le maître Livre...mais les travaux d'ébauche ne sont ils pas les plus essentiels ?
Le plus émouvant pour moi fut la découverte des manuscrits, en particulier les fameux cahiers noirs, ouverts lors de la visite, sur un texte daté de novembre 1913, 98 ans plus tôt, j'imaginais Carl, fébrile et pourtant appliqué, remplissant les pages de ce petit cahier....

Le "jeune" Jung (avant la rédaction du Livre Rouge)


Carte d'étudiant française avec la mauvaise orthographe du nom

Aquarelle de 1903, présentant une esquif pris dans la tourmente des vagues. Jung était passionné de navigation mais cette coquille de noix dans la tempête ne symbolise t'elle pas merveilleusement ce qui l'attendait intérieurement quelques années plus tard ?


La rédaction du Livre Rouge


Cahier noir, extrait de 1913


Brouillon d'une lettrine et de l'un des mandalas. Ces brouillons sont touchants car on y lit l'implication et l'application extrêmes de Jung, en particulier ces essais multiples autour du mandala révèlent le travail intérieur et subjectif en jeu.

Le Livre















Les couleurs sont chatoyantes et, comme on me l'avait dit, beaucoup plus marquées et marquantes que dans la reproduction en vente. On voit ici par exemple les dorures de la lettrine.

Ce qui n'est pas dans le Livre

1917 - Représentation de divinités "chtoniennes"

Peinture de 1923 - Philémon apparaît en haut à droite

1919 - L'enfant divin, le même que l'on retrouve page 113 du Livre Rouge. Travail plus soigneux et travaillé, preuve peut être de l'importance que jouait ce personnage à ce moment de la vie de Jung

Sculptures, dont on retrouvera la représentation dans le Livre

Voici le tour rapide de l'exposition, malheureusement, les meilleurs clichés du monde (ce qui est très loin d'être le cas ici) ne pourront jamais témoigner de l'émotion...et que j'en ai eu des émotions lors de cette visite.


vendredi 11 novembre 2011

A mon ami Michel...


Ce billet est atypique puisqu'il ne traite pas de psychologie analytique...bien que nous restions dans le domaine de l'esprit humain et de ses défaillances.

J'aimerais donner un coup de pouce à un livre, traitant de la dépendance, principalement alcoolique. Une approche unique car hors des sentiers battus, des conventions habituelles et des dogmes ancrés autour de la maladie; l'auteur Michel Facon est à l'origine du modèle de PNL "alcoolisme" et a contribué à l'élaboration du programme du centre de cure Alpha à Royan (certains connaissent peut être) où il a travaillé et accompagné des centaines de malades vers l'abstinence.

Le corps médical accepte très mal la remise en cause quand elle ne vient pas d'un de ses pairs et les éditeurs très frileux sur certains sujets, le frère de Michel n'a pas eu d'autres moyens que de passer par une auto édition (lulu.com pour le citer)...pour tenir une promesse.

Une amie très proche a été sauvée en passant à Alpha, et elle est allée chercher Michel jusqu'au Pérou pour le remercier, suite à quoi je l'ai rencontré et nous avons vécu une profonde mais trop courte histoire d'amitié. J'ai découvert le vrai sens du mot humanisme avec lui.
Michel nous a quitté il y a bientôt 2 ans, je ne touche pas un centime d'euro sur le livre et la seule volonté est de faire découvrir cette approche atypique et basée exclusivement sur de l'empirisme clinique...un homme au service d'autres hommes, cela ne peut qu'évoquer de belles images aux lecteurs de ce blog.

Vous avez un aperçu et un témoignage introductif en page 8 de ce lien.

jeudi 3 novembre 2011

Le symbole selon Jung - Une approche spécifique

Le symbole, un thème communément abordé dans l'oeuvre de Jung et qui mérite que l'on s'y attarde. Pour l'aborder, j'ai choisi une tentative d'encadrement de l'acception "jungienne" du symbole. Le rôle, l'usage et la fonction du symbole dans la psyché humaine, que j'ai déjà succinctement mentionnés, feront l'objet d'un approfondissement ultérieur.
L'imagination, et les images qui en émergent, ont une grande importance pour Jung et je crois que sa définition du symbole y "trouva corps". 
"La parole, signe et symbole, sort par la bouche. Si la parole est un signe, elle ne signifie rien. Mais si elle est un symbole, alors elle signifie tout…Le symbole est cette parole qui sort par la bouche, qu’on ne prononce pas, mais qui remonte des profondeurs du Soi comme une parole de force et de détresse et qui se pose sur la langue inopinément. Il s’agit d’une parole étonnante et qui semble peut être déraisonnable, mais on l’identifie comme le symbole au fait qu’elle est étrangère à l’esprit conscient. Lorsqu’ on accepte le symbole, c’est comme si on ouvrait une porte qui mène dans une nouvelle pièce  dont on ignorait auparavant l’existence."

Ce que n'est pas le symbole

Approche apophatique (du grec apophasis: négation), ou démarche réductrice pour les philosophes, clin d'oeil en allusion à la théologie d'Eckhart, que Jung appréciait tant.
Le symbole n'est pas un signe. Pour autant, on peut distinguer le signe arbitraire (qui renvoie à une réalité signifiée) et le signe allégorique qui renvoie à une réalité difficile à "présenter". Ceci n'est pas symbole !
Le symbole au sens jungien se distingue notablement des notions de symbole classiques :
  • ce n'est pas le symbole "linguistique" qui se distancie des choses pour les re-présenter,
  • ce n'est pas le symbole des "initiés", qu'ils soient religieux ou de la "Tradition", qui est en fait un signe avec une signification ou ensemble de significations secrètes.
Ces deux symboles se rejoignent dans le fait d'occulter le sujet "percevant" dans le processus de création du sens.



Ce qui distingue le symbole selon Jung

Selon Jung, l’expression symbolique exprime le mieux possible un état de fait complexe et qui n’est pas encore clairement saisi par la conscience alors que le signe désigne toujours quelque chose de connu.
Le symbole est donc l'expérience personnelle de surgissement de sens dans la conscience. Par nature, cela ne peut exister que sur un plan subjectif et l'on perçoit alors la force de l'imaginal dans ce processus.

Pour être un peu simpliste, on peut dire que la sémiotique tend à réunir la pluralité en unité alors que le symbole accepte, invite, considère la pluralité.

Avec le symbole, nous sommes aux portes du sacré. Selon ses mots : "l’attitude symbolique résulte d’une certaine conception de la vie qui attribue un sens à tout évènement grand ou petit, et donne à ce sens plus de valeur qu’au fait lui-même "

Mais le symbole possède d'autres spécificités :
  • s'ils sont vécus par le sujet dans son intériorité, certains sont des représentations collectives,
  • le symbole est vivant en ce sens qu'il n'est jamais figé et surtout le lien entre les symboles et l'homme évolue depuis la nuit des temsp ("En réalité, les hommes d'autrefois ne réfléchissaient pas sur leurs symboles. Ils vivaient et étaient inconsciemment animés par leur signification." Jung)
Pour une approfondissement, je suggère de consulter l'ouvrage collectif "L'homme et ses symboles".

mardi 1 novembre 2011

Rob Jullien - Chercheur d'absolu

    Il est des artistes hors normes, non par l'excentricité apparente de leurs oeuvres, mais par leur autonomie créatrice, affranchie de toutes considérations extérieures et centrée viscéralement sur la mise en forme de "chants des profondeurs". Rob Jullien est de cette essence si rare et donc forcément considéré comme marginal de son vivant, adulé à sa mort comme il se doit...

Niché dans un ancien moulin à huile du Var, l'homme a passé une partie de sa vie à peindre, sculpter et donner une vie, année après année, à son atypique habitation qui est désormais un musée. Je n'ai pas eu la chance de le visiter mais j'ai découvert Jullien dans un petit reportage de 15 minutes qui m'a littéralement absorbé, un peu comme une connexion provisoire entre deux âmes. Il a rédigé un livre autobiographique, malheureusement épuisé, dont je parlerai surement dans un autre billet...on y découvre un mystique contemporain, un religieux au sens véritablement jungien du terme, qui a écouté son âme jusqu'à la limite. Son moulin est devenu son Bollingen, son Livre Rouge, remarquable, vibrant...

Je laisse le soin aux lecteurs d'en découvrir plus, la force d'internet est de mettre le monde sous ses yeux...et mes durables contrariétés techniques du moment ne m'offrent qu'une petite plage pour poser ces quelques mots.

Quelques oeuvres















lundi 17 octobre 2011

Livre Rouge (5) - L'imagination active


J'ai envie d'utiliser l'exemple du livre rouge pour traiter d'un concept très spécifique de l'approche jungienne, et fort délicate, l'imagination active. En effet, la production remarquable contenue dans le Livre Rouge est une représentation, une mise « en matière » qui a permis à Jung de « figer », de fixer à sa conscience le produit de cet exercice si particulier qu'il nommera plus tard, l’imagination active.

!!! Mise en garde !!!
Ce que je vais décrire au dessous demande une aptitude spécifique et indispensable : un Moi stable et fort, pour ne jamais lâcher les rennes. Celui qui n'a pas travaillé longuement cette étape ne doit pas s'aventurer plus loin...
Il faut être prêt à affronter les dieux eux-mêmes, ni plus ni moins, et le risque d’être dévoré est présent à chaque instant ! Jung lui-même estime être passé très prêt de la folie au cours de ces exercices...
Souvent, je compare cet exercice à un aller-retour au pays de sa propre folie…

Qu’est ce que l’imagination active ?
J’aime plutôt parler d’activation de l’imagination qui transmet mieux l’idée d’une participation consciente à un monde d’images indépendantes de la conscience. Jung a découvert de manière totalement empirique ce processus, par répétition et attention assidue, il en a extrait un processus. L’imagination active est souvent considérée comme un outil ou une technique. 
Elle est indissociable de la fameuse fonction transcendante (voir ici), ce processus libérateur, activateur de transformation chez l’individu. D’après Jung, là réside la véritable voie royale vers l’inconscient. En effet, si le rêve est une porte sure et profonde vers l’inconscient, pour qui sait « l’entendre », il est totalement indépendant de l’activité consciente contrairement à l’imagination active.


Mise en pratique
Pour mieux comprendre les enjeux et écueils possibles, marquons les étapes d’un exercice d’activation de l’imagination .
  1. L’étape préliminaire n’est pas sans rappeler la pratique de la méditation : stopper le flux des pensées, le parasitage du mental agité (que j’appelle souvent le petit singe cocaïnomane)…chacun usera de la méthode qui lui convient le mieux.
  2. Là, l’exercice précédent prend toute son importance. Happer un départ, qu’il soit bribe de rêve, image, son surgissant de l’intérieur. Ne pas vouloir saisir (juger, évaluer, etc) ce qui vient car cela va briser l’élan naturel et ne pas relâcher totalement l’attention qui va entraîner un flux inexploitable (imagination passive). L’art subtil du « laisser advenir »,
  3. Vient alors ce que l’on peut nommer la mise en forme. Il s’agit de donner corps aux images à travers ce qui conviendra le mieux sur le moment et selon « l’aptitude » de chacun, écriture, dessin, danse, chant, etc L’étape est particulièrement crucial car on peut la comparer à de l’archéologie humaine, il s’agit d’extraire des tréfonds de son être et de remonter à la surface de sa conscience. Ne jamais s’attarder sur l’esthétisme qui dénaturera le produit mais éviter toute négligence pour autant, l’attention dans l’instant,
  4.  L’heure de la confrontation a sonné. Sans concession, sans faiblesse, sans compromis, l’on doit alors faire face à ce à quoi on a donné corps. Rien ne doit être lâcher avant qu’un dialogue (avec une image, un personnage, un élément de son corps, etc) s’établisse…attention, car ce dialogue démarrera toujours par un conflit. Les deux pôles de notre être dialectise et surgira donc de cette étape une solution (sous forme symbolique toujours mais c’est un autre vaste sujet).
  5.  Enfin, à ne surtout pas oublier après tant d’efforts, la mise en forme puis en application du produit obtenu, la prise en compte du symbole, la rédaction de notre propre Livre Rouge...car il s’agit finalement de cela. Nul besoin de cuir ou de volume, un calepin d'étudiant peut faire l'affaire.

dimanche 9 octobre 2011

Archétype (6) - L'ombre


Voici l'heure d'aborder ce monument de la psychologie analytique. Sur ce concept probablement plus que sur tous les autres, il faut d'abord tenter de se libérer des idées préconçues, des caricatures restrictives et images populaires un peu trop simplistes. En effet, l'ombre est ce qui n'est pas beau en nous, ce qui nous fait peur ou fait fuir mais tellement d' autres choses également. Il me paraît essentiel, pour saisir correctement l'archétype (car s'en est un), de reprendre depuis le début...qu'est ce que l'ombre et à quoi sert elle ?



Genèse de l'ombre
L'ombre et le moi sont étroitement liés. Quand le moi se constitue, se "solidifie", il constitue une empreinte unique dans la matrice de l'inconscient indifférencié (pour rappel, voir le début de ce  billet)...l'image que j'avais employée du doigt qui marque la cire est aussi utile ici : le creux créé possède naturellement une autre face, opposée, une "bosse" qui est l'ombre. 
Tous les choix écartés dans notre vie, les potentiels inexploités, les carences entretenues, les images traumatiques qu'on a voulu enfouir (ou fuir), etc sont la nourriture fondatrice de l'ombre. L'ombre de quoi ? de la conscience évidemment. La vie nous éclaire continuellement et notre face éclairée est le moi. L'ombre à l'abri derrière répond à la nature même de l'objet éclairé. 

Constitution de l'ombre
L'ombre est archétype car répond au genre humain. Elle est associée au mal et là se pose une grande part des recherches de Jung : pourquoi fuir le mal ? Le mal en psychologie jungienne est l'absence de conscience, il n'y a pas de possibilité de jugement de valeur...l'héritage judéo-chrétien a fortement compliqué le rapport au mal de l'occidental et c'est justement en le dépassant que Jung en a déduit ses apports indéniables à la constitution de l'individu. L'ombre n'est en fait non pas le mal en nous mais l'archaïque, la nuance est fondamentale !
Pour résumer, j'aimerais dire que l'ombre pourrait être assimilé à l'inconscient personnel de l'individu. Unique à chacun, c'est aussi un médiateur précieux avec les profondeurs fondatrices de l'être.


Où est l'ombre ?
Nichée dans l'inconscient, seule une attention pointue et un désir réel peut nous permettre de la déceler. Elle existe chez chacun de nous à travers ce que l'on appelle la fonction inférieure (voir ici pour les détails).
Répondant au processus naturel, d'origine inconsciente, elle ne surgit à l'extérieur qu'à travers les projections (voir ici).

"De deux choses l'une, nous connaissons notre ombre ou ne la connaissons pas ; dans ce dernier cas, il arrive souvent que nous ayons un ennemi personnel sur lequel nous projetons notre Ombre, dont nous le chargeons gratuitement, qui, à nos yeux, la porte comme si elle était sienne, et auquel en incombe l'entière responsabilité ; c'est notre bête noire, que nous vilipendons et à laquelle nous reprochons tous les défauts, toutes les noirceurs et tous les vices qui nous appartiennent en propre! Nous devrions endosser une bonne part des reproches dont nous accablons autrui! Au lieu de cela, nous agissons comme s'il nous était possible, ainsi, de nous libérer de notre Ombre; c'est l'éternelle histoire de la paille et de la poutre." Jung L'homme à la découverte de son âme


Soyons attentif à nous-même pour déceler nos incompétences et nos lacunes, arrêtons nous quelques instants sur le type détestable qui nous agace prodigieusement (pourquoi ?) : nous touchons du doigt notre ombre.


L'ombre utile ?
Quelle question...l'ombre est fondamentale. L'individuation qui est projet de fondation de l'individu est une entreprise de terrassement : libérant strate après strate, ramenant à la surface des sédiments immémoriaux, les premiers coups de pelle vont tomber sur l'ombre. La part inconnue, inadaptée, primitive en nous est la source de notre enrichissement, quoi de plus logique ? mais c'est sans compter sur le conservatisme extrême du moi (voir ici)...et nous sommes en face de la source de nos peurs ! Pas de honte à avoir donc, c'est naturel d'avoir peur de s'y frotter...et inutile de "fuir à toute jambe", l'autonomie (une des caractéristiques des archétypes) lui confère tout pouvoir et plus nous croyons être loin d'elle, plus elle deviendra épaisse, lourde, noire...
En somme qu'il soit coopérant ou non, l'homme n'échappera pas au dialogue difficile avec l'ombre pour se libérer, s'épanouir, grandir.
Pour finir, une image employée par Roland Cahen me revient à l'esprit car elle me plaît : que tous ceux qui sont effrayés par leur double pervers et primitif n'oublient jamais qu'ils ont aussi en eux un double héroïque et divin, le Soi...


Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)

jeudi 29 septembre 2011

Dead can dance - Un groupe à part

Voici un ovni musical, dont je suis les pérégrinations avec bonheur et délectation depuis plus de 15 ans...Brendan Perry (voir ici), anglais, musicien polyvalent qui a commencé sa carrière dans un groupe punk, timbre de voix incomparable,  Lisa Gerrard (voir ici), australienne, divine voix de contralto (ce qui se fait de plus grave chez les chanteuses), chanteuse classique ...


Mélange de genre improbable, le duo va s'unir pour former un groupe qui marque définitivement le monde de la musique en explorant des univers musicaux inédits, mélange de musiques tribales, chants anciens, percussions contemporaines, l'alchimie a pris !
J'ai eu la chance de les voir en concert lors de leur tournée mondiale de 2005 et de 2012...



Divers morceaux à diverses périodes du groupe.


  







dimanche 25 septembre 2011

Livre rouge [4] - Dans la langue de Molière...


A l'instar de notre chère Ariaga (voir ici), j'ai donc reçu le volumineux ouvrage qui fait tant couler d'encre. Comme les lecteurs fidèles le savent, je n'ai malheureusement pas éprouvé l'émotion si particulière de la découverte, ayant eu en ma possession la version anglaise pendant plus d'un an (exemplaire désormais entre les mains d'un inconnu italien, j'aime préciser cette petite anecdote, qui m'évoque comme un passage de témoin). Tout se niche parfois dans le détail, la couverture reste toujours très sobre mais le petit symbole central et la police différente me donnent l'impression d'avoir un tout autre ouvrage entre les mains...tant mieux.

Feuilletant l'oeuvre, avec la même "avidité" qu'au premier jour, j'ai l'envie de me laisser envahir par le pouvoir des images et de délaisser pour le moment le texte...je vais donc rester sur mon petit projet initial (voir ici). Je crois même que je vais fixer mon attention sur des détails infimes, qui me font comme des clins d'oeil...peut être évoqueront ils également des choses pour vous ?

Je vais également tenter de respecter la chronologie du livre...j'ai le sentiment qu'un sens pourra ainsi se dégager...ou pas.                                                                                                                  
Ce petit détail à gauche est en fait issu de la première lettrine (grande majuscule agrémentée de riches dessins) du Liber Primus. J'aime contempler ce reptile surprenant, qui ne peut qu'évoquer le terrible basilic, surgissant de la marmite en feu (et non sur le feu) au milieu de la mer. Deux poissons semblant fuir la marmite, à gauche et à droite...ou s'ils provenaient de cette dernière ? La marmite a un petit motif que l'on arrive pas bien à identifier. L'ensemble du dessin semble de facture médiocre mais n'oublions pas que le Liber Primus est issu d'une première tentative de Jung et chaque page fut découpée puis consciencieusement collée sur le Liber novus final, ce collage est parfaitement visible.  L'athanor, source de feu sacré, combiné à l'eau de la mer profonde, donnant naissance au serpent couronné volant, aux poissons nichés au fond de l'eau...quelle ampleur symbolique ! Oui Carl, prends garde, toi qui conjugue les opposés, le basilic légendaire pourrait aisément s'envoler pour te brûler la vue.

Le dialogue est ouvert...