mardi 31 décembre 2013

Le petit ver...de tous les possibles !

Connaissez vous le planaire ?
C'est un petit ver plat qui vit dans l'eau douce et n'aurait probablement pas sa place ici s'il ne possédait pas quelques spécificités bien déroutantes; de récentes découvertes à son sujet, que je vais vous décrire, ont même ouvert des horizons insoupçonnés qui pourrait bien conduire à une conclusion sur une hypothèse de Jung (entre autre) : la psyché n'est pas seulement localisée dans le cerveau !

Le planaire
Ce petit animal de quelques cm de long est beaucoup utilisé en science expérimentale pour deux raisonbs principales :
  • bien que peu évolué, possédant une vue médiocre, il est sensible à de nombreux paramètres (températures, vibrations, chimie, etc) qui permettent d'interragir sur son confort et ses préférences,
  • il a la particularité de pouvoir totalement régénérer son corps, même à partir d'un fragment très petit, à partir des fameuses cellules souches, les néoblastes (on devine d'ailleurs dans quelle voie d'usage on les utilise, la médecine réparatrice)
L'expérience...en deux temps
1959 : Le biologiste James McConnell tente de découvrir la "dynamique de la mémoire" (la non localisation spécifique en quelque sorte) et ses premières conclusions sont positives mais trop peu reproductives et surtout, très critiquées à une époque où la neurologie était secondaire.

Juillet 2013 : Une équipe de chercheur américaine parvient à la même conclusion, avec des données reproductibles et incontestables.


Protocole
  1. On crée une mémoire, artificiellement, aux planaires : le ver, qui fuit la lumière et préfère les surfaces lisses, doit aller sur une surface rugueuse et éclairée pour se nourrir,
  2. La mémorisation est vérifiée quotidiennement durant 15 jours, temps de régénaration de la tête,
  3. On décapite les vers et on attend 15 jours que la tête se régénère,
  4. On les nourrit, toujours exclusivement dans la zone éclairée à surface rugueuse et, le miracle se produit, la mémoire est conservée, les vers regagnent la zone spontanément pour se nourrir.
Conclusions
  • Confirmation d'une hypothèse déjà ancienne, la mémoire ne se niche pas exclusivement dans le cerveau. Pour l'anecdote, bien qu'il n'y ait pas encore de certitudes scientifiques, la piste des celulles souches et de l'ADN comme malle à souvenir est évoquée,
  • Le premier des corollaires est que, si la mémoire, élément structurant de la conscience, n'est pas localisée dans le cerveau, la conscience, et de là, la psyché en général possède une source non cérébrale,
  • Si la mémoire d'un homme peut se perpétuer en dehors du cerveau, que l'on reste sur une hypothèse physique (comme l'ADN) ou non (hors du corps physique), on est en droit de poser l'hypothèse d'une mémoire de l'homme, appelée inconscient collectif par Jung...

Lien sur l'expérience, pour anglophone.

mardi 17 décembre 2013

Le torrent...

"...L'homme de 37 ans, père de deux enfants, comparaît aujourd'hui devant la cour d'assise pour le meurtre et le viol de cette fillette de 8 ans, mais tout de suite, la météo du jour, il va faire frisquet Louis apparemment..."

"...Merci Marie, en effet, ce débat autour de l'euthanasie est loin d'être aisé et suscite beaucoup de réactions, mais n'oubliez pas que durant toute la journée, Jeff de Bruges vous offre des ballotins de Noël, petits veinards..."

Est ce que quelque chose vous choque ?
Il n'y a pourtant pas de raison, apparemment, puisque, à quelques mots près, voici très précisément ce que j'ai entendu ce matin à la radio, RTL, donc de très grande audience, en l'espace de quelques minutes.

Saviez vous qu'à notre époque, un individu normalement "connecté" reçoit, en une seule journée, autant d'informations qu'une personne au 18ème siècle recevait durant toute sa vie ?
Me revient à l'esprit ce terme, inventé par Louis Claude de Saint Martin (voir ici ou ) d'homme de torrent, pour qualifier celui qui se laisse porter par les courants tumultueux et incessants des sollicitations externes, souvent sociétales, entretenant l'individu dans une appétence matérielle toujours renouvelée, jamais assouvie...la société que j'ai entraperçu ce matin, nourrit jusqu'à écœurement l'homme de torrent.

Je me suis rappelé, ce matin, cette défiance terrible que nourrissait Jung pour le collectif qui broie l'individu ou, pire, empêche son plein développement...

Mais, si jamais l'homme s'arrête un instant, accepte de contempler le torrent qui l'entraîne et, surtout,  ne tente pas de lutter contre, probablement entendra t'il ce petit murmure, ce souffle, spiritus, venant de l'intérieur, tuant soudain les désirs pour ne laisser la place qu'au Désir (encore une jolie expression de Saint Martin que cet homme de Désir).

jeudi 12 décembre 2013

Jung et Pauli - Archétype et science

Le lien d'amitié entre le physicien Pauli et Jung est connu. Mais qui connait Pauli ?

Un surdoué des mathématiques, contemporain de Einstein dont il publiera la première synthèse des travaux, collaborant ensuite avec le père de la physique quantique et laissant derrière lui plusieurs définitions majeures de la physique des particules.

La rencontre avec Jung fut liée à un mal être persistant de Pauli, hanté par des séries de rêves récurrents et, plus grave, sujet à un alcoolisme qui devenait handicapant au quotidien. L'analyse qui, on peut le déduire car je n'ai pas trouvé trace de cela, le guérit, aboutit également à une amitié entre les deux hommes.
Mais leur relation épistolaire et leurs travaux communs sur la synchronicité trouvent leur source ailleurs...Pauli connut des déboires répétés lors de ses expérimentations avec des machines et les défaillances se produisaient systématiquement quand il s'approchait. Il nomma même ce phénomène, "effet Pauli". Cette simple considération le décrédibilisa à l'époque aux yeux de certains de ses collègues, ce qu'il ne comprit et n'accepta pas et le rapprocha un peu plus de Jung, dont on connait l'ouverture d'esprit.

Jung et Pauli sont les deux poles du pont qui marque l'union de la matière et de l'esprit.




Voici ce qu'il écrivit au sujet des archétypes :

"Le processus de compréhension de la Nature, uni au plaisir que l’homme ressent lorsqu’il comprend, cela paraît, du fait de se familiariser à de nouvelles connaissances, reposer sur une correspondance, sur un ajustement ayant un rapport logique entre des images internes préexistantes dans l’Ame humaine et les objets extérieurs et son mode de comportement. Cette conception du savoir naturel remonte bien entendu à Platon, et fut aussi pleinement adoptée par Kepler. Ce dernier parle en effet d’idées préexistantes dans le mental divin et imprimées dans l’Ame humaine, comme des images provenant de Dieu.
Ces images originelles que l’Ame peut percevoir par moyen d’un instinct inné, Kepler les appelle archétypes. Cela concorde dans une grande mesure avec les images ou archétypes primordiaux introduits dans la Psychologie par C. G. Jung, qui fonctionnaient comme patrons instinctifs d’idéation. A ce niveau, le lieu des concepts nets est assumé par des images au contenu fortement émotionnel, qui ne sont pas des pensées mais des représentations picturales, comme si nous disions qu’elles s’offrent aux yeux du mental. Dans la mesure où ces images sont l’expression de réalités entrevues mais encore inconnues, elles peuvent aussi recevoir le nom de symboliques, selon la définition de symbolique proposée par Jung. En tant qu’agents ordonnateurs et adaptateurs de ce monde d’images symboliques, les archétypes fonctionnent, de fait, comme le pont désiré entre les perceptions sensibles et les idées, et constituent par conséquent une condition préliminaire indispensable pour le surgissement d’une théorie scientifique.


mercredi 20 novembre 2013

Une définition du bonheur ?


          
 S'il est bien une donnée insaisissable, c'est la définition du bonheur...plénitude de l'être pour certains, réalisation familiale pour d'autres, elle revêt un caractère singulier à chacun, lié tant au parcours de vie, qu'à sa boussole interne (voir à ce sujet, les fonctions psychologiques). La philosophie, qui s'est beaucoup nourrie de ce thème, a ébauché une proposition générale.
 
Hédonisme versus eudémonisme
 L'hédonisme est souvent assimilé à la recherche de satisfactions personnelles. Trop simpliste !
L'hédonisme est une voie philosophique menant au bonheur par la quête du plaisir et, critère tout aussi important, l'évitement des déplaisirs. Mais le plaisir n'est pas restreint aux sens (comme dans l'épicurisme par exemple) et s'étend aussi au contentement intellectuel, à la saveur d'une sérénité de l'instant, etc
Bien qu'attaché au développement personnel de l'individu, cette voie nécessite une connaissance fine et profonde de soi, du monde et des autres.
 
Souvent mis en opposition (à raison) de l'hédonisme et moins connu, l'eudémonisme est la pensée philosophique qui place aussi comme principe premier (celui qui va conduire tous les autres principes)  de la vie humaine la recherche du bonheur...à cette fin, la raison (dans son acception antique donc attachée à la vertu, l'éthique ou la morale) est le seul guide fiable.
En terme contemporain, on pourrait dire que l'eudémonisme permet de nourrir le juste et le vertueux pour nous, ou, plus simplement, d'édifier un sens à la vie.
 
On notera, au passage et pour l'anecdote, que le couple hédonisme/eudémonisme se rapproche de celui de l'introversion/extraversion.
 
 
Egoïsme versus altruisme ?
Finalement, l'hédonisme et l'eudémonisme ne peut il pas se traduire comme une forme d'égoïsme (je satisfais ma personne) face à de l'altruisme (je me construis en intégrant le monde) ?
 
La seule réponse qui me vient à l'esprit n'est pas de moi mais de Jésus dans l'évangile de Jean :
"Tu aimeras ton prochain comme toi-même !"
Société versus individu
Depuis quelque temps, j'entend beaucoup de choses sur l'altruisme, à commencer par la sortie récente de l'essai remarqué de Matthieu Ricard...je lisais récemment un article sur une recherche médicale qui conclut que l'altruisme (qu'il associe ouvertement à l'eudémonisme) se traduirait par un terrain génétique résistant face aux maladies...évidemment, les hédonistes/égoïstes posséderaient eux des gènes plus favorables à la venue de maladies.
Le message du collectif, en somme, est : "Soyez bons et vous serez en bonne santé et heureux !"
Mais qui peut donner ce qu'il ne possède pas ?
 
Le bonheur, une quête de soi qui conduit à l'autre
Je terminerais très rapidement bien que le sujet mériterait approfondissement et les questions sous-jacentes au thème sont nombreuses.
Les propositions de Jung ont ceci de séduisantes qu'elles traduisent l'appel de la vie et ne tombent dans aucun consensus...c'est une libération de l'individu, qui va tenter de se dévoiler face à lui-même, donc de se re-connaître, trouvant en chemin la paix en soi, et réaliser qu'une source en lui nourrit tous les autres autour de lui...
Bien entendu, libre à chacun de trouver ses outils et/ou son Jung pour y parvenir, on fait ce qu'on peut avec ce qu'on est !
 
Aimons oui mais nous-même avant toute autre chose !
 
 

mercredi 6 novembre 2013

Raymond Abellio - La structure absolue

"J'ai mis longtemps à comprendre que l'homme né deux fois, la première fois de la mère, la seconde de la femme, s'affronte entre ces deux naissances à ce semblant d'énigme qu'est la féminité hors de lui, alors que le seul mystère est la féminité en lui, la seule alchimie..." Abellio

L'homme
De son vrai nom Georges Soulès, Abellio est souvent décrit comme un philosophe gnostique, ou un gnostique philosophe, voire un philosophe de la gnose...qu'importe les adjectifs, ce fut  avant tout un cherchant, un conquérant de l'âme humaine. Mort il y a près de 30 ans, il laisse derrière lui une bibliographie consistante et variée ( n'hésitant pas à exposer sa pensée gnostique à travers des romans).
Peu connu du grand public, il fait partie de ces hommes, contemporains de Jung, qui suivent le même sillon, portent une énergie similaire et construisent, en cheminant, leur propre sagesse , inspirante pour les générations qui suivent...voici qui justifie amplement le billet.

La pensée
Qu'il est difficile de résumer une vie d'introspection et d'écriture, que je suis loin d'avoir appréhendée...la citation en tête du billet expose l'un des pans de sa pensée, un rapport profond et ouvert à la féminité.

En fait, Abellio, amateur de phénoménologie (philosophie de l'expérience vécue),  a rapidement fait le constat des antagonismes apparents au sein de l'homme, des couples de complémentaires présents dans tous les champs de l'être (anthropologique, social, ontologique, éthique, esthétique, ...). Durant 30 ans, il n'aurait de cesse de comprendre comment concilier et unifier ces facettes.
L'aboutissement de ses recherches, apogée de ce que l'on traduit par la "gnose abéllienne" est la découverte de la structure absolue.
"...la structure absolue ne se donne pas comme une recette ou une méthode d'organisation ou de classification entre d'autres, mais comme un pouvoir universel engageant un mode entièrement nouveau de connaissance, c'est à dire de communication avec le monde, et par conséquent aussi un mode entièrement nouveau d'existence."


La structure absolue
Tentons la simplicité, au risque de la simplification; chaque champ de l'être répond à quatre pôles réparties en deux paires d'opposition qui se croisent selon deux axes...cette structure hélicoïdale marque l'assomption des essences vers le haut et leur incarnation vers le bas.
Vous n'avez rien compris, c'est normal...prenez alors le brin d'ADN et coupez le transversalement. A noter d'ailleurs que la génétique a passionné Abellio, tout comme l'étude du Yi-king, établissant le lien entre les 64 hexagrammes et les 64 codons de l'ADN.
La structure absolue est une approche et une voie ("vois") supposée transformer, de l'intérieur, l'homme pour qui aura su saisir les pôles, deviner les paires d'opposées et sentir la dynamique en cours, processus de construction naturelle, vision unifiante de l'interne et de l'externe.

Je pense m'être aventurer un peu hâtivement sur les rives abelliennes mais si jamais j'ai éveillé quelques curiosités aux lecteurs, peut être aura t'il envie de s'aventurer sur cette mer profonde de savoir et de vécu ?

Pour être plus atrrayant et si le temps m'est donné, je ferai un billet complet sur les nombreuses similitudes entre la pensée de Abellio et de Jung...

mardi 8 octobre 2013

Le philosophe et la fève - Pythagore (1)


Le fleurissement des livres "Le philosophe et..." que je constate ces dernières années (qui n'est pas sans me rappeler les déclinaisons des Martine quelques décennies en arrière) m'a donné le titre de ce billet qui ne sera pas comme d'habitude; un peu de légèreté, quoi que...
Facétie oblige, je vais aborder le thème d'un grand philosophe antique en évoquant sa mort !
 
Pythagore serait mort à cause de la fève
Dirigeant une "école", comme il en existait beaucoup à l'époque, Pythagore établit un code de vie et de morale à l'adresse de ses disciples. On retrouvent dedans de très nombreuses recommandations, parfois évidentes (ne pas juger, ne pas voler, etc) et certaines à la tonalité immédiate très "exotiques"...parmi elles, la recommandation de ne jamais manger de fève !
Certains contemporains affirment que c'est par répulsion du végétal que Pythagore imposait cette règle mais, et cela est nettement plus séduisant pour le mythe, il semblerait que, bien au contraire, il lui reconnaissait un caractère éminement sacré.
Chassés par des opposants, plusieurs versions sur sa mort rapportent que c'est en refusant de piétiner un champs de fève qu'il fut ratrappé et exécuté.


Fève sacrée ?
L'antagonisme dans le symbole étant monnaie courante, le noir et le blanc n'étant que les deux facettes d'une même pièce, j'ai choisi délibéremment de m'attarder sur les attributs positifs de la fève que l'on retrouve dans les écrits d'un doxographe (commentateur des penseurs grecs, souvent antiques), Diogène Laërce.
  • La fève possède une âme : « En raison de leur nature venteuse, elles participent au plus haut point du souffle de l’âme ». Plante poussant dans des espaces venteux du moyen-orient...le soufle, spritus, l'esprit de vie.,
  • Tranquilise l'âme : « Et grâce à cela, on rend aussi plus douces et dénuées de troubles les images oniriques »,
  • Objet de transition : « Elles ressemblent aux portes de l’Hadès, car c’est l’unique plante qui n’a pas de nœuds », la tige n'est pas ligneuse et ne possède pas de noeud, agonatos en grc qui signifie aussi le gond de la porte, 
  • Cosmogonie de la fève : « Elle est semblable à l’univers. », à chaque lecteur de rêver au pourquoi, mais nul doute que la fève porte un symbole lié à la "réalité supérieure", 
  • Propriétaire de vérité : A l'époque, son usage était très fréquent pour le tirage au sort en cas de choix hasardeux, même dans le domaine politique.
Alors, je pense que vous ne regarderez plus de la même manière ce petit légumineux ?
Petite anecdotique complémentaire,  sa culture est très facile et sa fleur délicate et surprenante...

vendredi 13 septembre 2013

Le rêve selon Jung

« En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu'il nous voit bien différent de ce que nous croyons être. » Jung
Le rêve est un produit de la nature selon Jung;  il utilise un langage archaïque ce qui le rend souvent délicat à traduire...à l'instar de Freud, il pense que c'est le canal idéal pour instaurer un dialogue avec l'inconscient.

Nature du rêve
Le caractère naturel du rêve que j'évoquais juste au dessus implique une considération très particulière de ce dernier. L'homme étant coupé de son lien originel avec la nature (puisque la différence entre le "primitif" et l'homme contemporain est le niveau de conscience, qu'on a un peu facilement et sans fondement réel associé à une évolution positive), le langage du rêve lui est difficile d'accès.
Intuitivement, Jung aimait parler du rêve comme le gardien du sommeil...

Fonctions du rêve

  1. Cliché instantané de la psyché : Selon Jung, le rêve témoigne, de la manière la plus précise qui soit, de l'état de la psyché à un instant donné.
  2. Rétablissement de l'équilibre psychique : Conscient et inconscient doivent être reliés, afin de contribuer, conjointement, à la construction de l'individu. Toute attitude unilatérale (refus de l'inconscient ou, au contraire, perte des réalités conscientes) est traduite dans le rêve et, symboliquement, tirée vers une compensation menant à un équilibre psychique.
  3. Sens prospectif : Au delà de son rôle de compensation, Jung a constaté, notamment par l'étude de série de rêves, qu'il y a a un élan, une dynamique de construction qui se dessine dans les rêves. Guidé par un fil d'Ariane intérieur (qu'il nommera Soi, voir  ici), le rêveur est accompagné dans sa métamorphose intérieure.


Utilisation du rêve
Si l'on connait l'importance du collectif et de son influence sur l'individu dans l'oeuvre de Jung et s'il admet que des éléments oniriques peuvent avoir des signifiés communs, force est de d'admettre que les rêves portent un sens singulier pour chacun...aussi, quoi qu'on puisse lire ou écrire, le seul véritable interprète du rêve ne peut être que le rêveur lui-même.

Succinctement, Jung distingue deux plans dans l'interprétation du rêve :
  1. Le plan de l'objet : Les éléments oniriques sont examinés en lien avec leur "résonance"actuelle du rêveur ainsi que la valeur au regard du passé, notamment de l'enfance. C'est l'aspect réductif d'interprétation (qui résume en gros l'interprétation freudienne qui s'arrête aux question de réfoulement),
  2. Le plan du sujet : Cette méthode s'appuie sur le caractère prospectif du rêve (qu'est ce que ça veut ?). On va, cette fois, s'attarder sur les éléments du rêve en les considérant comme une dimension "cachée" (ou projections, voir ici) du rêveur...c'est la méthode constructive ou synthétique.
Ainsi, on voit aisément que l'interprétation des rêves pour Jung s’appuie sur la "méthode freudienne" (d'où je viens) , enrichie par un autre niveau de complexité (où je vais).

Je garde pour un prochain billet d'autres aspects importants du rêve pour Jung comme l'interprétation sur le plan transférentiel ou la méthode d'amplification...pour approfondir ce que je viens d'évoquer, je vous recommande l'ouvrage "L'homme à la découverte de son âme" (voir ici).

lundi 26 août 2013

Devenir sens



Le sens de mon existence est que la vie me pose une question. Ou, inversement, je suis moi-même une question posée au monde et je dois fournir ma réponse, sinon j'en suis réduit à la réponse que me donnera le monde.

Extrait de "Ma Vie" 

vendredi 16 août 2013

Nietzsche - La volonté de puissance


Sans complexe ni crainte, voici que je me lance à l'assaut d'une montagne de la philosophie...montagne autant par la teneur de la pensée, décalée, complexe dans ses implications et surtout excessivement galvaudée de nos jours où ne subsistent en général de Nietzsche que quelques lieux communs sans fondement réel, son soi-disant athéisme (Dieu est mort !), sa notion de surhomme (Zarathoustra), etc

Ce n'est évidemment pas par hasard que j'ai choisi d'étudier cette oeuvre, elle a beaucoup inspiré Jung qui, vision toute personnelle, semblait respecter sa profondeur tout en étant fasciné par l'application (implication) absolue de l'homme qui le mènera à la folie...il consacrera même un séminaire entier au Zarathoustra.

Avant d'aller plus avant et d'examiner cette philosophie, je tiens à souligner l'admirable approche que l'on peut lire sur le laboratoire de mon ami Ariaga, dont je dispose les liens en fin de billet.


Clef de voûte de la pensée nietzschienne, la volonté de puissance

Le premier constat fondamental de Nietzsche : on ne peut évaluer la vie qu'en s'en extrayant (il faut être extérieur à un objet pour pouvoir l'évaluer), ce qui est impossible pour l'homme. De là, aucune transcendance n'a sa place car le monde est "créé" par l'homme.
Sur la vie et sa valeur ne peuvent exister que deux positions antagonistes, négation ou affirmation. Selon Nietzsche, la vie est une dynamique d'accroissement de l'être et sa négation est appelée survie (ou blocage de la dynamique d'accroissement).
Détail intéressant, car l'on peut faire le jonction avec la pensée de Jung, l'affirmation de la vie serait de l'ordre instinctuel et non réflexif, plutôt du domaine insconcient que de celui de l'intellect.

De là, celui qui accède à l'affirmation de la vie, dispose d'une faculté de croissance de soi en soi. Au contraire, celui qui survit est dans le maintien d'un niveau, se retrouve avec un "manque d'être" (=d'accroissement) qu'il cherchera toujours à combler...le don (celui qui possède de soi) et la demande (celui qui comble) positionne le fort et le faible.  
Contrairement à l'idée populaire, Nietzsche n'établit pas dans la domination de l'autre, l'attribut de force, mais dans la capacité à se transformer, à abandonner l'avant.


La différenciation permet l'établissement de valeur, l'accroissement de l'être (je me diffère de ce que j'étais,  de ce que je suis pour aller vers autre chose)...son opposé, qui finalement conduit à une uniformisation, c'est ce qu'il appellera le nihilisme.

Un deuxième constat fondamental arrive alors : les conditions favorables et défavorables à la vie sont toutes, de fait, issues de la vie même (il ne peut en être autrement puisqu'il rejette le transcendant). Ces deux oppositions apparentes sont des manifestations d'une union préalable qui est la vie...ainsi, la force d'union qui contient cette dualité est la volonté de puissance.
Dans le don, je suis animé par la volonté de dépenser de la puissance et dans la demande, celui d'en obtenir. Bien entendu, nous sommes là au coeur de l'être et le don et la demande ne sont pas transposables (quoi que) à ce que l'on vit au quotidien.

Le lecteur devrait pouvoir (s'il a eu le courage de venir jusqu'à cette ligne) percevoir les rapprochements possibles avec certains pans de la pensée de Jung...
A suivre donc.

Cheminer dans le laboratoire d'Ariaga :

lundi 12 août 2013

Place à la vraie magie...

 
L'été, son lot de soleil, d'heures où l'on réapprend le temps de vivre, voici un nouveau partage autour du piano...cette fois, j'ai été puiser dans le registre classique parmi les interprètes qui me font vibrer.
 
Dans l'espoir que cette parenthèse musicale vous relie, ne serait ce qu'un instant, avec la magie ambiante et la présence des dieux...






samedi 3 août 2013

Viktor Frankl - Psychologie et quête de sens

 

Le lecteur régulier de ce blog en aura pris l'habitude, j'aime évoquer, au gré de mes envies et émotions, des hommes et leurs pensées (puisque c'est elles qui animent mon âme). Viktor Frankl est un personnage particulier dans le paysage de la psychologie, et peu connu en France (doit on, à l'instar d'un Jung, établir un lien avec son intérêt pour ce qui n'est pas "rationnel" ?); son parcours de vie et son approche, éminemment spiritualiste font de lui un personnage atypique et marquant...à découvrir donc.

Son histoire
Autrichien de souche, le petit Viktor démontra très précocement un intérêt pour l'homme, la conscience, la vie psychique...établissant une relation épistolaire avec Freud à 15 ans, il le rencontra quelques années plus tard et le "père officiel" de la psychanalyse marquera durablement Frankl (bien que s'éloignant de l'école freudienne, il gardera toujours un grand respect et une forme d'admiration pour Freud). A noter également son adhésion, transitoire, à "l'école de Adler" qu'il quittera pour divergence de pensée.
Déporté avec sa famille durant la terrible seconde guerre mondiale, il fut le seul rescapé. Cette expérience extrême aura un impact définitif sur l'orientation de son oeuvre
Spécialisé en neurologie et psychiatrie, il fonda, sur le tard, un institut pour diffuser, pratiquer et enseigner sa psychologie spécifique, la logothérapie (de logos, à la fois parole, raison et idée éternelle).

Sa pensée
Revenons sur l'épisode en camp de concentration.
Constatant que la robustesse physique n'avait pas de lien avec la survie des prisonniers, il réalisa qu'une force et un potentiel phénoménaux se nichaient dans ce qui constituait le sens pour l'homme...ceux qui réussissait à trouver un sens, une harmonie directrice pour eux dans le chaos extérieur apparent, parvenait à réveiller une énergie qui les maintenait en vie coûte que coûte.

Pour Frankl, le sens de l'individu trouve sa source dans le spirituel. Il en a une définition assez personnelle d'ailleurs "Un homme qui a trouvé une réponse à la question du sens de la vie, est un homme religieux". Il va même plus loin en mentionnant un inconscient spirituel, mais ce billet ne me permet pas de m'étendre plus avant (pour le moment).


Si loin de Jung ?
Soyons honnête, de nombreuses similitudes se retrouvent dans leurs œuvres :

  • le domaine de la religion et du sacré est à étudier à part entière,
  • l'homme est une totalité trinitaire, guidée par le "spirituel",
  • certaine névrose sont liées à une religiosité refoulée (l'âme en souffrance de Jung),
  • l'homme doit laisser vivre en lui la "spontanéité" (chez Frankl, elle est similaire au "non rationnel" de Jung),....
La liste est loin d'être exhaustive....j'aime aussi rapprocher leur personnalité qui les a conduit tous les deux, au cours de leur vie, à des ruptures fortes au nom de leur autonomie de pensée.

Et pourtant, Frankl rejette les propositions de Jung
Si j'ai insisté sur l'attachement originel de Frankl à Freud, c'est parce que je pense que cela a limité son ouverture à une pensée pourtant si proche de la sienne...une collaboration, même provisoire, entre ses deux archéologues de l'âme, percevant l'importance du spirituel, aurait surement été des plus fructueuse. 
Quelles propositions de Jung gênent Frankl ?

"En fait, la religiosité inconsciente ne représente à aucun degré, chez Jung, une option personnelle de l'homme."  
Pour Frankl, la notion d'archétype collectif aliène l'individu et ne lui permet plus de développement personnel. Peut être faut il rappeler que l'archétype n'existe que par son incarnation dans l'individu, qui prend, de fait, une teinte toute singulière et personnelle à chaque fois.

"Une religiosité authentique n'a pas le caractère d'une pulsion, mais celui d'une option. La religiosité s'affirme avec son caractère d'option et s'éteint avec son caractère de pulsion. La religiosité est existentielle ou bien n'existe pas."
Se niche ici une subtilité délicate...en effet, pour Frankl, existe un être spirituel, appelé "inconscient spirituel", qu'il convient de laisser "éclore" et qui relie l'individu au spirituel par l'émergence du sens. Cette dynamique s'opère par et pour l'individu et est donc guidé par le moi...pourquoi pas ?
Mais si ce travail n'est pas engagé et l'être spirituel étouffé, névrose et problème psychique surgissent...en somme, avez nous le choix ? et comment appeler une dynamique vital qu'on ne peut, sans conséquence, éviter ? n'est ce pas de l'ordre du pulsionnel ?

Bref, je stoppe ce billet déjà assez lourd et promet un développement futur sur l'ouvrage phare de Frankl, "le Dieu inconscient"...

mercredi 19 juin 2013

L'aigle et le rossignol






Connaissez vous Bernadette Brady ?
Probablement pas...Astrologue professionnelle de longue date, formatrice et auteur d'ouvrage autour de ce thème, c'est aussi une chercheuse, anglaise, qui ne limite pas sa pratique à un corpus de techniques et connaissances bien établis mais tente d'aller au delà, de comprendre, d'ouvrir de nouveau horizons...à ce sujet, son excellent livre (voir ici, malheureusement seulement paru en anglais) sur la prédiction en astrologie nous offre une petite fable que j'ai beaucoup aimé et dont je souhaitais vous livrer une version.

La petite aventure de ces deux oiseaux est évidemment à prendre comme une jolie allégorie.


Oublions tout ce que nous savons, et considérons l'aigle comme la raison, l'intellect, le savoir (puisque c'est en somme l'exercice proposé dans le livre) et le frêle rossignol comme l'intuition, la poésie, la part non rationnel en nous...ce qui n'empêche pas de laisser vaguer l'imagination personnelle.

"Il était une fois deux oiseaux, remarquables chacun par une singularité propre, l'aigle par sa force, son regard perçant, sa capacité à voler très haut et très longtemps. 
Le petit rossignol, lui, possédait un chant mélodieux qui fascinait tout le monde.

Ces deux volatils caressaient le même espoir, qui était de pouvoir se faire remarquer par Dieu et de bénéficier de son regard aimant...

L'aigle, sûr de lui, partit à tire-d'aile à la vertical en se disant qu'il allait bien rencontrer Dieu; en effet, une fois au dessus des nuages, il vit Dieu qui semblait impassible. Poussant son horrible cri d'aigle, rien ne se passait. 
Dieu ne voyait pas avec ses yeux et n'écoutait pas avec ses oreilles...mais par l'âme. 
Le petit rossignol, tout aussi sûr de lui, prit son plus joli timbre de voix et commença une splendide sérénade, le bec tendu vers le ciel, afin de capter l'attention du créateur...mais rien, aucun signe. 
Les deux oiseaux frustrés eurent alors une idée : le petit rossignol grimpa sur le dos de l'aigle qui partit aussitôt à la conquête des nuages...une fois dans les hauteurs, à portée de Dieu, le rossignol entama son plus beau chant. 
Alors Dieu ne vit pas l'aigle, n'entendit pas le rossignol, mais sentit que deux âmes s'unissaient près de lui...il posa le regard sur eux et donna sa bienveillance."




vendredi 31 mai 2013

Sérendipité. Place à l'instinct !


"...l’art de trouver ce que l’on ne cherche pas 
en cherchant ce que l’on ne trouve pas..."

Voici maintenant de nombreuses années que celui que je considère comme mon premier maître évoqua ce mot étrange; tout me plaisait à priori dans ce mot, la consonance pleine et ronde, agréable à l'oreille, l'équilibre des syllabes, et quand son sens me fut révélé, il lui conféra presque un caractère magique...

Le sens général
La sérendipité est la découverte totalement fortuite d'une trouvaille qu'on ne cherchait pas. Ce terme a été inventé par un philosophe anglais, Walpole, sur la base d'un néologisme (serendipity).

Il y a plusieurs sens induits qui constituent finalement, autant de degrés à considérer de la sérendipité. La proposition de l'ethnographe de Ronde me plait tout particulièrement et c'est donc celle-ci que j'ai retenu :

  1. On découvre par hasard ce que l'on ne cherchait pas. Vraie sérendipité.
  2. On découvre autre chose que ce que l'on cherchait grâce à un concours de circonstances favorables. Vraie sérendipité.
  3. On découvre par hasard ce que l'on cherchait. Pseudo-sérendipité.
  4. On découvre grâce à un concours de circonstances favorables ce que l'on cherchait. Pseudo-sérendipité.
Bien entendu, les exemples sont innombrables dans l'histoire de l'humanité, de la pénicilline à la tarte Tatin en passant par l'ADN, le lecteur pourra s'amuser à les recenser à sa guise...



Et l'homme face à la sérendipité ?
Qui dit sérendipité, dit réceptivité et attention, cette remarque n'est pas anodine pour la suite de notre billet.

Avec Platon et les Sophistes, le constat était déjà établi que l'on ne pouvait pas chercher ce que l'on ne connaissait pas parce que l'on ne sait pas ce que l'on doit chercher. La sérendipité privilégie les expériences, les ressentis, la position de guetteur, de fureteur, de vigie.

Ceux qui savent toujours où ils vont ne risquent jamais de se trouver ailleurs.

« Il fallait être Newton pour apercevoir que la Lune tombe, quand tout le monde voit qu’elle ne tombe pas » P. Valéry


La sérendipité, ce cadeau du "hasard heureux", demande une ouverture particulière pour exister. Garder une certaine perméabilité aux choses, conserver un oeil pour la vision générale, accepter l'inattendu et lui laisser une chance d'entrer dans nos vies, voici les critères qui font la sérendipité.


Utile la sérendipité ?
Sans nul doute, après ce que nous venons d'énumérer, qu'il convient de reconnaître qu'elle nécessite une certaine qualité d'être
On peut raisonnablement rapprocher cette qualité à celle définie par la fameuse injonction jungienne, décrivant l'attitude adaptée de l'homme face à son inconscient : "Laisser advenir".

Car oui, finalement, dans le chemin laborieux de l'individuation, la croisée de cette force structurante en nous et de notre conscience conduit-elle très souvent à d'étranges rencontres, révélations, surprises et à ce que le produit de ces rencontres soit généralement tellement loin de ce que nous souhaitions initialement ..c'est aussi cela la magie de la transformation qui opère, l'alchimie subtile de la vie.

Pour finir, j'aimerais revenir sur cette analogie hasardeuse voire trompeuse que l'on fait communément entre sérendipité et synchronicité. Certes, si l'on rapproche les choses au regard de la vie de la psyché, peut on envisager un lien entre les deux sur le plan du sujet...mais sachant que l'on trouve ce rapprochement dans tous les documents à vocation de vulgarisation, je rappelle que la synchronicité tient avant tout à la notion de "révélation personnelle"'...la tarte Tatin n'a qu'à bien se tenir.

Plus loin
Deux ouvrages majeurs, assez conséquents, délicats à la digestion.


vendredi 17 mai 2013

Benjamin Libet - Existence de l'inconscient par la science ?


Benjamin Libet,  neurologue américain, fit une découverte troublante en 1983, aboutissant à ce constat :  Notre conscience ne serait pas libre de vouloir mais de décider...autrement formulé, nos intentions émergent à l'insu de notre conscience, donc ont une origine "inconsciente". 

Evidemment, sans faire de tapage médiatique, ces recherches ont des répercussions profondes sur les considérations psychologiques et philosophiques du thème du libre-arbitre...et cette évocation d'une source inconsciente de nos choix ne peut qu'inspirer le lecteur sensible à la psychologie des profondeurs. Jung, initiateur des fameux tests d'association, aurait surement applaudi et apprécié.

Le constat
L'expérience, ou plutôt les expériences, qui ont permis de confirmer les conclusions déroutantes sont complexes et précises, aussi je mets à disposition des lecteurs un lien en fin de billet pour l'appréhender plus en détail.
Pour faire simple, lorsque je voulais faire un mouvement, voici le processus que l'on croyait à l'oeuvre :
  1. Je choisis de faire le mouvement,
  2. Mon cerveau prépare les impulsions nécessaires à déclencher le mouvement,
  3. Les muscles prennent le relais pour réaliser le mouvement.
Après de multiples essais, vérifications, expérimentations, Libet et son équipe durent se résigner et constater le processus réel en cause :
  1. L'activité cérébrale précède de très peu la décision consciente (350ms, soit à peu près un tiers de seconde),
  2. Le choix conscient s'accomplit,
  3. Les muscles prennent le relais pour réaliser le mouvement.

Conclusions directes
  • La conscience n'est pas à l'origine d'une décision,
  • C'est un processus qui met en cause le cerveau qui détient la capacité originelle du choix (puisque c'est décelable par lui),
  • La notion de libre-arbitre n'est probablement pas remis en cause puisque dans la chaîne, le positionnement de la conscience est déterminant : faire le geste ou ne pas le faire.

Conclusions indirectes
    • Le temps de la conscience n'est pas le temps des neurones !
    • La conscience a, finalement, un seul pouvoir réel : celui du veto, le refus de l'impulsion d'intention que lui envoie "la source",
    • Ne peut on pas associer cette "source" avec l'inconscient, voire avec l'âme de nos traditions ? auquel cas, ces impulsions initiales ne répondraient elles pas à un besoin naturel du même ordre que l'individuation sur le plan psychique ?
    • Si le libre-arbitre "survit" douloureusement (on a le choix final), la voie du déterminisme n'est pas une fatalité car nous ignorons encore (et surement pour longtemps) la source du processus...

    Des mots des grands esprits autour du sujet
    "Nous sommes une combinaison de deux entités" Sir John Eccles
    "L’esprit doit être restauré dans sa position prestigieuse au-dessus de la matière." Roger Sperry
    "...si les expériences en question devaient être vérifiées ce serait un jour sombre pour le matérialisme." Daniel Dennett

    Pour aller plus loin
    Un petit document complet, décrivant entre autre le protocole de l'expérience de Libet.

    Un livre de l'intéressé, mort en 2007, passionnant !


    vendredi 26 avril 2013

    Jung et le nazisme...pour en finir (2)

    Me voici de retour sur ce sujet sensible, grâce à l'intervention d'un membre du forum, Martine, qui m'a indiqué l'existence d'un entretien entre un journaliste et écrivain américain, Hubert Renfro Knickerbocker et Jung; le journaliste travaillant sur un essai autour des dictateurs, et Hitler en particulier (ouvrage en anglais mais encore accessible, comme ici), a demandé un profil psychologique du führer au psychiatre suisse. J'ai retrouvé cet entretien en anglais et l'ai traduit en français. On y cerne l'analyse si fine et intuitive qui devait caractériser Jung et, surtout, on découvre un homme lucide quant à la personnalité inquiétante et sombre de Hitler...sachant que cet interview eut lieu à la fin de 1938, soit avant l'avènement du nazisme destructeur, on conclut rapidement à l'absurdité de l''hypothèse des accointances de Jung avec le régime nazi.
    Madame Roudinesco, si jamais vous passiez par là, prenez donc le temps d'un peu de lecture...


    Edit : Après la rédaction de ce billet, j'ai réalisé que cet interview existait déjà, en langue française, dans le livre "Jung parle" (voir ici)

    Ces extraits sont des morceaux choisis du livre de Knickerbocker, issus de ma propre traduction en français, certainement loin d'être parfaite...

    Quel est le pouvoir de Hitler ?
    C'est une question qui m'intéressait depuis 18 ans, depuis j’avais rencontré Hitler et que je l’avais entendu parler. Depuis cet épisode, j’avais entendu des centaines d’explication sur son pouvoir et en avait élaboré par moi-même. Mais la plus intéressante et plausible discussion sur sa personnalité, je l’ai eu lors d’un entretien avec le Dr Carl G. Jung, grand psychiatre suisse, quand je lui ai rendu visite à son domicile à Zurich pour lui demander de diagnostiquer les dictateurs. C'était en Octobre 1938 et je revenais directement de Prague où j’avais assisté à la fin de la Tchécoslovaquie. L'analyse de M. Jung de Hitler fut remarquablement confirmée par les événements depuis. Il avait été personnellement fasciné par le problème de la personnalité de Hitler, et l’avait étudié pendant des années.

    « Il y a deux types de leader dans la société primitive, l’un est le chef qui est physiquement puissant, plus fort que ses concurrents, et l’autre est le medecine-man qui n’est pas forte physiquement mais est fort en raison de l'autorité que le peuple projette sur lui. Ainsi, il y avait l'empereur et le pape ».
    J'ai demandé: «Pourquoi est-ce que Hitler qui séduit chaque allemand qui l'adorent, produit pourtant aucune impression particulière sur un étranger? »

    «Exactement», ponctue le Dr Jung "Peu d'étranger y sont sensibles, mais apparemment tous les Allemands en Allemagne le sont. C'est parce que Hitler est le miroir de l'inconscient de tous les Allemands, mais bien sûr il n’est le support d’aucune projection pour un non allemand ». 

    « Il est le haut-parleur qui amplifie le murmure inaudible de l'âme allemande jusqu'à ce qu'ils puissent être entendus par l'oreille de la conscience de l'allemand. Il est le premier homme à dire tous les Allemands ce qu'ils pensent et ressentent inconsciemment sur ​​le sort allemand, surtout depuis la défaite de la Première Guerre mondiale, et l'une des caractéristiques qui teinte chaque âme allemande est le complexe d'infériorité typiquement allemand, le complexe du petit frère, de celui qui est toujours un peu en retard à la fête. Le pouvoir de Hitler n’est pas politique, il est magique. 

    Pour comprendre la magie vous devez comprendre ce qu’est l’inconscient C'est cette partie de notre constitution mentale sur laquelle nous avons peu de contrôle et qui est stockée avec toutes sortes d'impressions et de sensations; Qui contient des pensées et même des conclusions dont nous ne sommes pas conscients. Outre les impressions conscientes que nous recevons, il y a toutes sortes d'impressions constamment en arrière plan de nos sens dont nous ne prenons pas conscience parce qu'ils sont trop faibles pour attirer notre attention consciente. Elles se situent en dessous du seuil de la conscience. Mais toutes ces impressions subliminales sont enregistrées, rien n'est perdu, quelqu’un peut parler d'une voix peu audible dans pièce d'à côté pendant que nous parlons ici vous ne faites pas attention à lui, mais la conversation à côté est enregistrée dans l’inconscient aussi surement que par celle d’un dictaphone. 

    Maintenant, le secret de la puissance d'Hitler n'est pas que Hitler a un inconscient plus apte à stocker que le vôtre ou le mien, le secret de Hitler est double. D'abord, son inconscient a un accès exceptionnel à sa conscience et, deuxièmement, il se laisse toucher par lui. Il est comme un homme qui écoute attentivement un flux de suggestions d'une voix chuchotée à partir d'une source mystérieuse, puis agit sur ​​eux. 

    Dans notre cas, même si occasionnellement notre inconscient nous atteint à travers les rêves, nous avons trop de rationalité, trop de « cérébral » pour lui obéir, mais Hitler écoute et obéit. Le véritable leader est toujours « dirigé ». 

    Nous pouvons voir comment il fonctionne en lui Lui-même et fait référence à sa voix. Sa voix n'est rien d'autre que son propre inconscient, dans lequel le peuple allemand projette sa propre personne. C'est l'inconscient de 78.000.000 d’allemands. 

    C’est ce qui le rend puissant. Sans le peuple allemand il ne serait rien. Il est littéralement vrai quand il dit que tout ce qu'il est capable de faire, c'est uniquement parce qu'il a le peuple allemand derrière lui, ou, comme il le dit parfois, parce qu'il est l'Allemagne. Ainsi, avec son inconscient, étant le réceptacle des âmes de 78.000.000 allemands, il est puissant, et avec sa perception inconsciente du véritable équilibre des forces politiques du pays dans le monde, il a été jusqu'à présent infaillible. 

    C'est pourquoi il porte des jugements politiques qui se révèlent vrais malgré l'avis de tous ses conseillers et contre l'avis de tous les observateurs étrangers. Lorsque cela se produit, cela signifie seulement que les informations recueillies par son inconscient, et atteignent sa conscience par des moyens lié à son talent exceptionnel, sont plus correctes, que celles de tous les autres, en Allemagne ou à l’étranger, qui ont tenté de juger la situation et qui ont tiré des conclusions différentes de la sienne. » 

    Swastika
    Dr. Jung répondit gravement: «Oui, il semble que le peuple allemand est maintenant convaincu qu'il a trouvé son Messie ; en quelque sorte la position des Allemands est remarquablement semblable à celle des Juifs d'autrefois… 

    Depuis leur défaite dans la Première Guerre mondiale, les Allemands ont attendu un Messie, un sauveur. C'est caractéristique des personnes atteintes d'un complexe d'infériorité. Les Juifs ont déclenché leur complexe d'infériorité par les facteurs géographiques et politiques. Ils vivaient dans une partie du monde qui était un terrain de jeu pour les conquérants des deux côtés, et après leur retour de leur premier exil à Babylone, quand ils ont été menacés d'extinction par les Romains, ils ont inventé l'idée consolante d'un Messie qui allait rassembler les Juifs autour d’une nation et les sauver.



    Les Allemands ont obtenu leur complexe d'infériorité de causes comparables. Ils furent sortis de la vallée du Danube trop tard, et fondèrent les débuts de leur nation longtemps après que les Français et les Anglais étaient sur ​​la bonne voie pour leur nation. Ils étaient trop en retard pour la course des colonies et pour la fondation de l'empire.


    Puis, quand ils se sont rassemblés et ont fait une nation unifiée, ils regardèrent autour d'eux et virent les Britanniques, les Français et d'autres avec des colonies riches et tout l'équipement des nations adultes et ils sont devenus jaloux, rancuniers, comme un jeune frère dont les frères aînés ont pris la part du lion de l'héritage ».

    Dr, Jung a dit qu'il avait observé de près Hitler lors de sa rencontre avec Mussolini à Berlin.

    «J'étais seulement à quelques mètres des deux hommes et pouvais bien les étudier. Par comparaison avec Mussolini, Hitler faisait sur moi l'impression d'une sorte d'échafaudage en bois recouvert de tissu, un automate avec un masque, comme un robot ou un masque d'un robot. Pendant tout le spectacle, il ne riait jamais, c'était comme s'il était de mauvaise humeur, bouder il ne montrait aucun signe humain..



    Son expression était celle d'un produit inhumain semi-conscient, sans aucun sens de l'humour. Il semblait qu'il pouvait être le double d'une personne réelle, et que Hitler l'homme pourrait peut-être se cache à l'intérieur comme un appendice, et de façon délibérée, caché afin de ne pas perturber le « mécanisme ». Avec Hitler vous ne sentez pas que vous êtes en présence d’un humain. Vous êtes face à un « médecine-man », une forme de récipient spirituel, un demi-dieu, ou mieux encore, un mythe. Avec Hitler vous ressentez la peur. Tu sais que tu ne pourras jamais être capable de parler à cet homme, car il n'y a personne, il n'est pas un homme, mais un produit collectif, il n'est pas un individu, mais toute une nation, je considère qu'il est littéralement vrai qu'il n'a pas d'ami personnel. Comment pouvez-vous parler intimement avec une nation? »

    Wotan
    «Personne n’a appelé le royaume de Charlemagne le premier Reich, ni celui de William le deuxième Reich. Seuls les nazis appelaient leur Troisième Reich, car il a un sens mystique profonde."

    Dr. Jung a déclaré que les nazis ressentent un parallèle entre la triade biblique, Père, Fils et Saint-Esprit, et le troisième Reich, et que, en fait, de nombreux nazis se réfèrent à Hitler comme le Saint-Esprit. 
    « Encore une fois," Dr. Jung a continué, "envisager la reprise généralisée dans le Troisième Reich du culte de Wotan, dieu du vent qui prendra le nom" Sturmabteilang ", les troupes d'assaut. La swaslika est une forme renouvelée du vortex. Ne se déplaçant jamais vers la gauche, car la signification bouddhiste de la gauche est défavorable, orienté vers l'inconscient. Tous ces symboles du troisième Reich, dirigé par son prophète Hitler, reprennent l’allégorie du vent et de la tempête et tourbillonnant en vortex, balayant l'allemand dans un ouragan d’émotions irraisonnées vers un destin qui lui est inconnu, sauf pour le voyant, le prophète, le Führer qui peut lui-même le prédire…ou peut être même pas lui-même. ».

    mercredi 17 avril 2013

    Psychologie et philosophie - Zofingia - JUNG

    Voici "le petit dernier" des éditions Albin Michel qui, depuis quelques années et sous la direction de Michel Cazenave, a entrepris la traduction française des séminaires et conférences de Jung...heureuse initiative !
    Après les conférences de Tavistock (voir ici), nous voici gratifiés par les élans de jeunesse d'un Jung, passionné, engagé et fougueux...et en même temps porté par une profondeur de réflexion où se dessine sa  future psychologie.

    Sommaire
    Le livre est composé des conférences, dans l'ordre chronologique.
    - Les limites de la science exacte (novembre 1896)
    - Quelques réflexions sur la psychologie (mai 1897)
    - Discours d'investiture à la présidence de la société de Zofingue 1897-1898
    - Réflexions sur la nature et la valeur de la recherche spéculative (semestre d'été 1898)
    - Réflexions sur la conception du christianisme en rapport avec l'enseignement d'Albrecht Ritschl (janvier 1899)


    Contexte
    Jung est étudiant en médecine, il a alors 21 ans. Riche de ses lectures philosophies et théologiques, de ses questionnements intérieurs qui seront dévoilés beaucoup plus tard dans Ma Vie, le voici propulsé dans la société Zofingia. Ce groupement d'étudiants avait, à l'origine, une véritable vocation politique, promulguant la création d'un fédéralisme de la Suisse. On trouvera d'ailleurs beaucoup d'allusion politique, notamment par des considérations de l'influence de l'état sur l'individu, dans les conférences de Jung (thème qui sera aussi celui d'un de ses derniers essais, Présent et avenir).
    "Patriae, Amicitiae, Litteris" (A la Patrie, à l'Amitié, à la Science) était la devise de cette société, tout un programme !



    Avis personnel
    De la fougue, de l'impétuosité...naturelle ou calculée ? c'est un peu la question que je me suis posée tant on a du mal à reconnaître la patte de Jung. Et puis, bien vite, je me suis rappelé qu'il s'agissait de conférences, oral donc, d'un auditoire de la fin du 19ème, constitué de la jeune élite intellectuelle suisse engagée dans un mouvement politique et social...
    Quoi qu'il en soit, ce Jung passionné est passionnant. Frondeur, certes mais aussi d'une profondeur et d'une maturité stupéfiante.
    Le point indéniable que l'on identifie très rapidement : les germes de pratiquement tous les grands concepts de sa future psychologie sont mises à jour...même si l'histoire nous dit que la période de profonde régression après la rupture avec Freud et la rédaction des sept sermons furent les véritables sources et nourritures de sa pensée, il apparaît ici évident que "le matériau était déjà identifié".

    Quelques extraits

    Introduction
    L'intérêt de ces premières «lectures» n'est pas seule­ment de nous donner un aperçu de l'homme qu'était Jung à cette époque, mais de nous montrer à quel point ses vues de jeunesse concordent avec sa pensée ultérieure et comment il tentera finalement, tout au long de sa vie, de répondre aux questions qui l'agitaient alors.
    Sur l'âme 
    "Nous pourrions, en étant audacieux, donner à ce sujet transcendantal le nom d'âme. Qu'entendons-nous par l'âme? L'âme est une intelligence, indépendante de l'espace et du 

    temps.......Puisque l'âme n'est pas une forme de force matérielle, on ne peut émettre aucun jugement sur elle. Or, tout ce qui ne peut être soumis au jugement subsiste cependant en-dehors des concepts d'espace et de temps. L'âme est par conséquent indépendante de l'espace et du temps. Il existe donc pour nous une raison suffisante de postuler l'immor­talité de l'âme."
    Sur l'empirisme 
    "Le fondement de toute philosophie se doit d'être empirique. Toute philosophie se fonde vérita­blement sur ce que nous expérimentons par nous-mêmes et pour nous-mêmes dans le monde qui nous entoure. Toute construction a priori qui s'abstrait de l'expérience conduit à l'erreur. Nous devrions déjà le savoir, depuis les premiers philosophes post-kantiens comme Fichte, Schilling, Hegel, etc.. Comme le dit Nietzsche, notre phi­losophie se doit avant tout d'être une philosophie de ce qui nous entoure. Elle doit ouvrir sur l'inconnu en se fondant sur la base réelle de l'expérience,..."
    Sur les limites de la causalité 
    "Un caillou tombe au sol. Pourquoi ? À cause de la gravité. Pourquoi réagit-il à la gravité? Parce que telle est sa propriété. À ce point précis, notre capacité à saisir la situation atteint sa limite. Nous admettons en lui-même le principe incompréhensible de la gravitation universelle, c'est-à-dire que nous établissons un postulat transcendantal. La causalité nous conduit à une chose en soi que l'on n'est plus en mesure d'expliquer, à une cause primitive de nature transcendantale. En ce sens, il convient également de concevoir la catégorie de la causa­lité comme un indice merveilleux et a priori qu'il existe des causes de nature transcendantale, c'est-à-dire un monde invisible et inconcevable pour nous, une continuation de la nature matérielle dans le royaume de l'incalculable, de l'in­commensurable, de l'indéchiffrable."
    Sur la dualité et l'opposition apparente des choses. 
    Le monde absolu ne se divise pas en deux royaumes dis­tincts, celui de la chose en soi d'un côté, et le monde phé­noménal de l'autre. Tout est Un. Ce n'est que pour nous que cette division existe, parce que nos organes sensoriels ne sont capables de percevoir que certaines sphères du monde absolu.
    Jacob Bôhme a dit: 
    Sans opposition, aucune chose ne peut apparaître à elle-même; car s'il n'y a rien en elle qui lui résiste, elle se répan­dra perpétuellement vers l'extérieur et ne rentrera plus en elle-même, et si elle ne rentre pas de nouveau en elle-même, en sa source originelle, elle ne saura rien de sa condition première.