lundi 26 août 2013

Devenir sens



Le sens de mon existence est que la vie me pose une question. Ou, inversement, je suis moi-même une question posée au monde et je dois fournir ma réponse, sinon j'en suis réduit à la réponse que me donnera le monde.

Extrait de "Ma Vie" 

vendredi 16 août 2013

Nietzsche - La volonté de puissance


Sans complexe ni crainte, voici que je me lance à l'assaut d'une montagne de la philosophie...montagne autant par la teneur de la pensée, décalée, complexe dans ses implications et surtout excessivement galvaudée de nos jours où ne subsistent en général de Nietzsche que quelques lieux communs sans fondement réel, son soi-disant athéisme (Dieu est mort !), sa notion de surhomme (Zarathoustra), etc

Ce n'est évidemment pas par hasard que j'ai choisi d'étudier cette oeuvre, elle a beaucoup inspiré Jung qui, vision toute personnelle, semblait respecter sa profondeur tout en étant fasciné par l'application (implication) absolue de l'homme qui le mènera à la folie...il consacrera même un séminaire entier au Zarathoustra.

Avant d'aller plus avant et d'examiner cette philosophie, je tiens à souligner l'admirable approche que l'on peut lire sur le laboratoire de mon ami Ariaga, dont je dispose les liens en fin de billet.


Clef de voûte de la pensée nietzschienne, la volonté de puissance

Le premier constat fondamental de Nietzsche : on ne peut évaluer la vie qu'en s'en extrayant (il faut être extérieur à un objet pour pouvoir l'évaluer), ce qui est impossible pour l'homme. De là, aucune transcendance n'a sa place car le monde est "créé" par l'homme.
Sur la vie et sa valeur ne peuvent exister que deux positions antagonistes, négation ou affirmation. Selon Nietzsche, la vie est une dynamique d'accroissement de l'être et sa négation est appelée survie (ou blocage de la dynamique d'accroissement).
Détail intéressant, car l'on peut faire le jonction avec la pensée de Jung, l'affirmation de la vie serait de l'ordre instinctuel et non réflexif, plutôt du domaine insconcient que de celui de l'intellect.

De là, celui qui accède à l'affirmation de la vie, dispose d'une faculté de croissance de soi en soi. Au contraire, celui qui survit est dans le maintien d'un niveau, se retrouve avec un "manque d'être" (=d'accroissement) qu'il cherchera toujours à combler...le don (celui qui possède de soi) et la demande (celui qui comble) positionne le fort et le faible.  
Contrairement à l'idée populaire, Nietzsche n'établit pas dans la domination de l'autre, l'attribut de force, mais dans la capacité à se transformer, à abandonner l'avant.


La différenciation permet l'établissement de valeur, l'accroissement de l'être (je me diffère de ce que j'étais,  de ce que je suis pour aller vers autre chose)...son opposé, qui finalement conduit à une uniformisation, c'est ce qu'il appellera le nihilisme.

Un deuxième constat fondamental arrive alors : les conditions favorables et défavorables à la vie sont toutes, de fait, issues de la vie même (il ne peut en être autrement puisqu'il rejette le transcendant). Ces deux oppositions apparentes sont des manifestations d'une union préalable qui est la vie...ainsi, la force d'union qui contient cette dualité est la volonté de puissance.
Dans le don, je suis animé par la volonté de dépenser de la puissance et dans la demande, celui d'en obtenir. Bien entendu, nous sommes là au coeur de l'être et le don et la demande ne sont pas transposables (quoi que) à ce que l'on vit au quotidien.

Le lecteur devrait pouvoir (s'il a eu le courage de venir jusqu'à cette ligne) percevoir les rapprochements possibles avec certains pans de la pensée de Jung...
A suivre donc.

Cheminer dans le laboratoire d'Ariaga :

lundi 12 août 2013

Place à la vraie magie...

 
L'été, son lot de soleil, d'heures où l'on réapprend le temps de vivre, voici un nouveau partage autour du piano...cette fois, j'ai été puiser dans le registre classique parmi les interprètes qui me font vibrer.
 
Dans l'espoir que cette parenthèse musicale vous relie, ne serait ce qu'un instant, avec la magie ambiante et la présence des dieux...






samedi 3 août 2013

Viktor Frankl - Psychologie et quête de sens

 

Le lecteur régulier de ce blog en aura pris l'habitude, j'aime évoquer, au gré de mes envies et émotions, des hommes et leurs pensées (puisque c'est elles qui animent mon âme). Viktor Frankl est un personnage particulier dans le paysage de la psychologie, et peu connu en France (doit on, à l'instar d'un Jung, établir un lien avec son intérêt pour ce qui n'est pas "rationnel" ?); son parcours de vie et son approche, éminemment spiritualiste font de lui un personnage atypique et marquant...à découvrir donc.

Son histoire
Autrichien de souche, le petit Viktor démontra très précocement un intérêt pour l'homme, la conscience, la vie psychique...établissant une relation épistolaire avec Freud à 15 ans, il le rencontra quelques années plus tard et le "père officiel" de la psychanalyse marquera durablement Frankl (bien que s'éloignant de l'école freudienne, il gardera toujours un grand respect et une forme d'admiration pour Freud). A noter également son adhésion, transitoire, à "l'école de Adler" qu'il quittera pour divergence de pensée.
Déporté avec sa famille durant la terrible seconde guerre mondiale, il fut le seul rescapé. Cette expérience extrême aura un impact définitif sur l'orientation de son oeuvre
Spécialisé en neurologie et psychiatrie, il fonda, sur le tard, un institut pour diffuser, pratiquer et enseigner sa psychologie spécifique, la logothérapie (de logos, à la fois parole, raison et idée éternelle).

Sa pensée
Revenons sur l'épisode en camp de concentration.
Constatant que la robustesse physique n'avait pas de lien avec la survie des prisonniers, il réalisa qu'une force et un potentiel phénoménaux se nichaient dans ce qui constituait le sens pour l'homme...ceux qui réussissait à trouver un sens, une harmonie directrice pour eux dans le chaos extérieur apparent, parvenait à réveiller une énergie qui les maintenait en vie coûte que coûte.

Pour Frankl, le sens de l'individu trouve sa source dans le spirituel. Il en a une définition assez personnelle d'ailleurs "Un homme qui a trouvé une réponse à la question du sens de la vie, est un homme religieux". Il va même plus loin en mentionnant un inconscient spirituel, mais ce billet ne me permet pas de m'étendre plus avant (pour le moment).


Si loin de Jung ?
Soyons honnête, de nombreuses similitudes se retrouvent dans leurs œuvres :

  • le domaine de la religion et du sacré est à étudier à part entière,
  • l'homme est une totalité trinitaire, guidée par le "spirituel",
  • certaine névrose sont liées à une religiosité refoulée (l'âme en souffrance de Jung),
  • l'homme doit laisser vivre en lui la "spontanéité" (chez Frankl, elle est similaire au "non rationnel" de Jung),....
La liste est loin d'être exhaustive....j'aime aussi rapprocher leur personnalité qui les a conduit tous les deux, au cours de leur vie, à des ruptures fortes au nom de leur autonomie de pensée.

Et pourtant, Frankl rejette les propositions de Jung
Si j'ai insisté sur l'attachement originel de Frankl à Freud, c'est parce que je pense que cela a limité son ouverture à une pensée pourtant si proche de la sienne...une collaboration, même provisoire, entre ses deux archéologues de l'âme, percevant l'importance du spirituel, aurait surement été des plus fructueuse. 
Quelles propositions de Jung gênent Frankl ?

"En fait, la religiosité inconsciente ne représente à aucun degré, chez Jung, une option personnelle de l'homme."  
Pour Frankl, la notion d'archétype collectif aliène l'individu et ne lui permet plus de développement personnel. Peut être faut il rappeler que l'archétype n'existe que par son incarnation dans l'individu, qui prend, de fait, une teinte toute singulière et personnelle à chaque fois.

"Une religiosité authentique n'a pas le caractère d'une pulsion, mais celui d'une option. La religiosité s'affirme avec son caractère d'option et s'éteint avec son caractère de pulsion. La religiosité est existentielle ou bien n'existe pas."
Se niche ici une subtilité délicate...en effet, pour Frankl, existe un être spirituel, appelé "inconscient spirituel", qu'il convient de laisser "éclore" et qui relie l'individu au spirituel par l'émergence du sens. Cette dynamique s'opère par et pour l'individu et est donc guidé par le moi...pourquoi pas ?
Mais si ce travail n'est pas engagé et l'être spirituel étouffé, névrose et problème psychique surgissent...en somme, avez nous le choix ? et comment appeler une dynamique vital qu'on ne peut, sans conséquence, éviter ? n'est ce pas de l'ordre du pulsionnel ?

Bref, je stoppe ce billet déjà assez lourd et promet un développement futur sur l'ouvrage phare de Frankl, "le Dieu inconscient"...