samedi 17 mars 2012

"Chercher Dieu" - L'oeuvre d'une vie

Lors d'une grande braderie locale, un étalage d'ouvrages variés attira mon regard...un rapide coup d'oeil découragea toute envie de fouille dans ce fatras de papier, ou du moins, brisa toute illusion de trouver quelque chose autrement que par hasard...un peu pressé, je n'avais pas le temps de jouer au hasard...et pourtant, une couverture foncée d'un vieux cahier éculé se trouvait là, comment ai je pu remarquer le quelconque parmi le quelconque ? Je sentais rayonner ce vieux cahier scolaire. Sur la couverture, je lus le titre "Chercher Dieu". Il me fallait découvrir plus avant et les pages jaunies terminèrent chez moi.
A la fin du cahier, ces quelques mots touchants : "Cahier perdu, puis retrouvé...commencé en 1934, achevé fin 2002"...68 ans de quête d'une moniale ! Car j'ai fini, au fil des lignes, par comprendre qu'il s'agissait très certainement du cahier ayant appartenu à une religieuse.




Je rêve d'un grand feu de bois dans la campagne.
Et autour, nous autres. Quelques unes seulement, celles qui comprennent sans paroles.
Assises en rond, respirant au rythme de la terre.
Les étoiles sont comme la lampe dans le sanctuaire, aux pieds de Dieu.
Il n'y a plus de souffrance en nous. Il n'y a plus de nous....
Il n'y a plus que sa présence.

Pour ma petite Anna,
8-2-42




















Tout ce qu'on ne sait pas donner...possède !



















Un être vivant ne se conserve pas, il se donne...ou il meurt.


Je crois que l'océan qui vient battre les grèves après une tempête, a des flots moins cruels.
Et que, puisqu'ici-bas, nul n'achève ses rêves, c'est qu'ils sont éternels ! ...


lundi 5 mars 2012

Synchronicité (2) - Premiers approfondissements

Kaïros


"L’Orient fonde sa pensée et son évaluation des faits sur un autre principe. On n’a même pas de mot pour rendre compte de ce principe. L’Orient a bien sûr un mot pour cela mais nous ne le comprenons pas. Le mot oriental est Tao... J’utilise un autre mot pour le nommer mais c’est assez pauvre. Je l’appelle synchronicité."
Quelques mots de Jung pour entamer ce sujet qui tentera d'approfondir les notions de synchronicité, faisant suite à ce billet.




Le concept de synchronicité est apparu très tôt chez Jung, la première "trace" se retrouve dans un discours d'éloge funèbre de son ami Wilhelm (celui qui l'a initié au Yi King) en 1930 mais il faudra attendre plus de 20 ans, suite à l'étroite collaboration de Pauli (scientifique de renommée mondiale), pour voir éditer un texte sur le sujet, La synchronicité comme principe des relations acausales - 1952...on connait la frilosité de Jung à évoquer ces sujets qui pouvaient écorner sa crédibilité.

L'archétype du sens
Comme on l'a vu, lors d'une synchronicité, le sens semble être le point de jonction entre l'individu et l'évènement.
"La synchronicité présuppose un sens a priori par rapport à la conscience humaine, un sens qui en apparence se trouve à l’extérieur de l’être humain." Jung

Evidemment, cela n'est pas sans poser un réel souci d'approche :
"On est habitué à considérer que le concept de "sens" implique un phénomène ou un contenu physique dont on ne suppose pas qu’il puisse exister également à l’extérieur de notre psyché... Lorsque l’on considère l’hypothèse qu’un même sens (transcendant) peut se dévoiler à la fois dans la psyché humaine et dans l’arrangement d’un évènement simultané extérieur et indépendant, alors on entre en conflit avec nos idées scientifiques et épistémologiques traditionnelles."

Rapidement, Jung va émettre l'hypothèse (qu'il confirmera plus tard) que le sens est un archétype.
Il est important de rappeler que c’est la coïncidence qui fait advenir le sens. Le sens n’est qu’une potentialité inconsciente, un contenu psychique activé, certes, mais inconscient. Et c'est précisément cet état d’inconscience de ce contenu psychique activé qui est la condition sine qua non de l’apparition de phénomènes synchronistiques, lesquels "s’évanouissent" lorsque le contenu en question franchit le seuil de la conscience.
Cette conception d'un sens préexistant se retrouve déjà dans la pensée platonicienne. Jung et Pauli conclurent alors que la synchronicité répondait à un loi à part, l'ordre acausal.

Acausalité
Ici se situe un point de discorde entre Jung et Pauli.
Pauli, à juste titre, considérait que si la synchronicité opérait selon un principe organisateur (l'archétype du sens), une causalité, certes d'une profonde complexité, pouvait être établie. Mais Jung ne parle pas selon les mêmes conventions : pour lui, seuls les phénomènes mesurables ou observables dans l'espace et le temps permettent l'application du concept de causalité. Ainsi le domaine de la symbolique auquel répond l'archéype n 'obéit pas à cette loi.
Pour autant, il n'exclut pas un lien de causalité (comme évoqué par Pauli) mais considère que ce lien est indiscernable pour l'esprit humain.


Rapport Psyché/Matière : L'Unus Mundus
"Je n’oserai pas faire des prévisions sur l’avenir, averti que je suis par les échecs de tous les efforts prématurés d’unification de l’histoire de l’esprit. Je remarque seulement que, depuis le XVIIème siècle, les activités de l’esprit humain ont été divisées de façon stricte, mais que je conçois qu’une victoire des contraires, comprenant également la synthèse de la compréhension rationnelle et de l’expérience mystique de l’unité, est le mythe - déclaré ou non - de notre époque." Pauli
Jung, empruntant le terme à l'alchimiste du 17em Gerhard Dhorn, désigna cette unité qui transcende temps, l'espace, le corps et l'esprit, comme l'Unus Mundus. Dans son énorme opus Mysterium conjunctionis, il va décliner de nombreux exemples et tenter d'éclaircir cette notion très délicate à appréhender.
Pauli a de son côté travaillé également sur ce concept, ce qui est moins connu évidemment tant son oeuvre majeure reste sa contribution à l'édification de la mécanique quantique.
Pour les plus courageux, je renvois à son ouvrage,  Des exemples modernes de la physique "d’arrière-plan".
"La "correspondance", les "paires de contraires complémentaires" et la "globalité" apparaissent indépendamment dans la physique et dans les conceptions de l’inconscient" 

"D’après la conception exposée ici, la quaternité ne serait pas mise en valeur à l’intérieur de la physique, mais dans la mesure où la paire de contraires de la physique se trouve à nouveau reflétée dans le domaine psychique, on attribue une quaternité à la globalité composée de la physique et de la psychologie. Il me semble possible qu’il y ait des phénomènes où la quaternité entière joue un rôle essentiel et pas seulement les paires de contraires physique et psychique de leur côté. Dans des tels phénomènes, on ne pourrait plus définir judicieusement des différences conceptuelles comme "physique" et "psychique"