lundi 31 janvier 2011

Fonctions psychologiques (2) - Différenciation

Développement de l'approche préliminaire (à voir ici ).
Nous avons donc déjà vu que l'individu se "construit" une boussole psychologique dans sa relation au monde extérieur et intérieur. Il se "charge" en énergie par une des deux tendances (Extraversion ou introversion), il perçoit l'objet à l'aide d'une fonction irrationnelle dominante (sensation ou intuition) et il l'estime par une autre fonction, rationnelle (pensée ou sentiment). 
Histoire de compliquer tout cela, voyons maintenant quelle relation entretiennent ces fonctions entre elles au sein de l'individu et pourquoi chacune répond à un rôle bien défini.
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La distinction des quatre fonctions est essentielle : sans différenciation, on reste prisonnier de l'ambivalence, la contradiction et on est incapable de définir une orientation, de construire un sens.

Fonction dominante : Lorsque l'enfant se développe normalement, le processus d'individuation et les éléments de conditionnement (Jung parle "d'ambiance") vont le conduire à privilégier une fonction, celle qui répond à ses aptitudes naturelles et à ses besoins. C'est la fonction dominante. Parlons un peu de libido, notion qui, chez Jung, est très distincte de celle de Freud. Pour Carl Jung, on pourrait très rapidement la nommer "énergie psychique" et même, principe de vie. La libido va donc logiquement s'investir dans cette fonction privilégiée, au détriment des autres (la "réserve" de libido étant définie et stable pour chacun). Remarque intéressante, me semble t'il, quand cette fonction est très développée, elle ne reste pas contenue en nous (puisqu'elle réorganise la personnalité) et se trouve projetée à l'extérieur sous les traits d'un masque social inconscient, la personna (je ferai un billet prochainement).
Ainsi quelqu'un qui a la fonction pensée dominante va avoir tendance à intellectualiser les choses, à les passer au moulinet de la réflexion cérébrale.
Un autre, de type intuitif, va plutôt comprendre spontanément les possibilités cachées d'un objet, sans justification possible.

Fonction auxiliaire : Après l'établissement, la différenciation de la fonction dominante, en général vers l'adolescence, arrive une fonction compensatrice (la compensation est aussi une notion essentielle dans la pensée de Jung, j'y reviendrai également), la fonction auxiliaire. Elle sert, comme son nom l'indique, d'auxiliaire car elle complète et seconde la dominante. Ces deux fonctions complémentaires sont dans une polarité verticale, par conséquent la fonction auxiliaire répond à une charge de libido inverse et si la fonction dominante est en perception, l'auxiliaire est en jugement (et inversement).
Un individu d'inclinaison extraverti / (pensée ou sentiment) aura une fonction auxiliaire introvertie / (sensation ou intuition).

Ici, nous sommes en présence d'une paire de fonctions privilégiées, fondatrice de la personnalité, de la face "visible" et consciente de l'individu. Mais comme il s'agit de penchant, d'inclinaison, les deux autres fonctions ne sont jamais totalement délaissées, juste "mises à l'écart", peu exploitées ou développées. De la même manière que la première paire de fonctions, ces fonctions se complètent, s'équilibrent et "jouent" dans deux modes d'exploitation de libido (extraversion et introversion). Ces deux dernières fonctions sont définies une fois la première paire différenciée, donc en général à l'âge adulte.
La paire qui suit peut correspondre à la face cachée de notre personnalité...nous verrons plus tard que c'est justement sur ce plan particulier que doit travailler l'individu sur le chemin.

Fonction tertiaire :  Elle se situe dans la même fonction mentale que la fonction auxiliaire (extraversion /introversion) mais est l'attitude opposée.
Si ma fonction auxiliaire est introvertie / pensée, ma fonction tertiaire sera introvertie / sentiment.
Si ma fonction auxiliaire est extravertie / intuition, ma fonction tertiaire sera extravertie / sensation.


Fonction inférieure : A l'instar de la tertiaire avec l'auxiliaire, elle se situe dans le même "mode" énergétique que la dominante, mais toujours en opposition. Cette fonction est très particulière, la moins chargée en libido et donc la plus lointaine de la sphère de la conscience. Elle "flotte" naturellement dans le domaine inconscient et comme élément issu de l'inconscient, elle possède un potentiel puissant de transformation. Bien qu'elle soit la source de malaise profond (c'est notre point faible dans toute son acception), la considérer ouvre les portes d'une transformation importante.
Un individu extraverti sentimental aura une fonction inférieure extravertie / pensée.


J'ai conscience que ce schéma est complexe pour celui qui ne l'a pas manipulé, il peut sembler également arbitraire mais repose pourtant sur une considération clinique approfondie (celle de Jung à partir de centaines de patients) ainsi que sur des études savantes d'exemples dans l'histoire (voir son ouvrage Types psychologiques). Je vais m'atteler à un schéma simple pour évoquer ces notions...voir ici en attendant.

Au terme de son développement (je n'ai pas parlé de finalité, elle est encore ailleurs), un individu pourra se définir par son orientation d'énergie, par sa fonction dominante et sa fonction auxiliaire associée.

Nous verrons ensuite que ce schéma de construction est en perpétuelle évolution et que la hiérarchisation initiale des fonctions est amenée à être bouleversée, par le biais d'une autre fonction spécifique, la fonction transcendante (voir ici).

Suite ici.


Sommaire "Fonctions psychologiques" (Cliquer pour y parvenir)
3 - Schémas

Une pause...

Posez votre stylo, enlevez les doigts du clavier, fermez les yeux...et accordez vous 8 minutes entre vous et vous.


Les noces d'or
Michel Pépé

dimanche 30 janvier 2011

Le poisson rouge est mort

                                                                 Quoi de plus anodin, de plus anecdotique ? Après tout, cette petite chose colorée ne présentait plus aucun intérêt depuis longtemps. Nous ne le nourrissions que par mécanisme, souvent avec un léger agacement pour cette perte de temps inutile. Mais alors depuis sa disparition, pourquoi ce désagrément ? Pourquoi cet inconfort ?
Il me semble que ce type d'évènement, aussi insignifiant qu'il semble être, nous met face à un constat déplaisant : nous vivons endormis !
Qui n'a jamais reçu ces emails "polluants", où il est question de l'importance de montrer qu'on aime aux gens qu'on aime, de profiter de l'instant présent pour ce qu'il est, que la clef du bonheur réside dans le ici et maintenant ? Je mets au défi quiconque de dire avec sincérité qu'il n'a pas été touché. Certes, les scénarii de ces "spams" sont tissés pour provoquer larmoiement et émotion mais il n'empêche, si cela fonctionne si bien, c'est qu'ils font écho à quelque chose en nous...quelque chose d'éteint, de camouflé dans le tourbillon de la vie.
Nous vivons pour la plupart vite, très vite, trop vite. J'aimerais éviter de tomber dans des lieux communs mais ils sont bien souvent emplis d'une vérité...vérité tellement évidente et claire qu'on ne la voit plus. Au risque de jouer mon rétrograde, mon philosophe de comptoir, il me semble que dans cette cyber-époque où tout est accessible tout de suite, nous ne parcourons plus le paysage, nous ne faisons que le franchir. L'aptitude naturelle qui consistait à considérer chaque évènement de notre quotidien dans l'instant, de lui accorder l'attention et l'intention, a pratiquement disparu. Sclérosé par nos frustrations passées et l'angoisse future, la place réservée au présent est indigente.
Je vous livre un extrait du site merelle.net qui prend merveilleusement place ici :
" Hic Rhodus, hic salta ", "C'est ici Rhodes, c'est ici que tu dois danser !" : Jung aimait répéter cette phrase. Oui, c'est ici et maintenant que nous devons vivre, oui une partie de nous ne doit pas craindre de s'engager dans le tourbillon du quotidien, mais il importe également de trouver en soi ce témoin intérieur suffisamment distancié pour ne pas s'identifier aux mouvements du moi. Là est le centre, là est le point fixe, c'est là que s'enracine le Je !

Alors, me direz vous, que reste t'il à faire, c'est pourtant très simple : savoir s'accorder le temps qu'il faut pour regarder le poisson rouge.


A bientôt
Jean

samedi 29 janvier 2011

Quelques fractales de ma composition

Réalisés avec le logiciel Ultra Fractal. Le fractal est une figure mathématique assez particulière, très utilisée dans l'art numérique pour son esthétisme et ses possibilités de formes infinies.
Je vous livre quelques produits personnels.
Jean

Le magicien

Tempête

Naissance

Mère

Graal

La psychologie selon Jung

En cette époque, où l'on va chez le psy comme on va chercher son kit fajitas à l'épicerie, où les voies de développement personnel se comptent à la pelle, où le statut du psy ressemble finalement étrangement (mauvais qualificatif en fait, j'ai une petite idée du pourquoi) à celui du curé au 19ème, j'aimerais apporter un éclairage sur le sens de l'étude de la psyché, ou psychologie, tel que l'entendait Jung.

Du grec ancien ψυχή-, (psukhé-) (« esprit ») et -λογία, (-logía) (« parole »), en qui donne en français le préfixe psycho- et le suffixe -logie, littéralement « parole de l'esprit ». (wiktionnaire)

J'ai choisi de livrer des extraits d'un de ces derniers ouvrages, dans lequel il parle de sa compréhension de la psychologie...on va voir que cela mène beaucoup plus loin que son acception commune. Libre à vous de commenter au besoin.

A bientôt
Jean


L'on m'a déjà fait l'objection que cette conception du plan du sujet représente un problème philosophique ; l'application de son principe conduit bientôt aux confins des conceptions du monde, où, par le fait même, elle ne saurait se réclamer plus longtemps de la science. Je ne trouve pas qu'il y a lieu d'être surpris de voir la psychologie voisiner avec la philosophie, car l'acte de pensée, assise de toute philosophie, n'est-il pas une acti­vité psychique, qui, comme telle, relève directement de la psychologie? La psychologie ne doit-elle pas embrasser l'âme dans son extension totale, ce qui inclut philosophie, théologie et maintes autres choses encore ? En face de toutes les philosophies aux bigarrures infinies, de toutes les religions richement diversifiées, se dressent, suprême instance peut-être de la vérité ou de l'erreur, les données immuables de l'âme humaine.
Notre psychologie, qui se préoccupe avant tout de nécessités pratiques, se formalise peu de voir certains des problèmes qu'elle soulève heurter, de-ci de-là, des préjugés bien établis. Si la question des conceptions du monde est un problème psychologique, il nous faudra l'aborder, que la philosophie relève ou ne relève pas de la psychologie. De façon analogue, les questions des religions constituent pour nous, tout d'abord, une interrogation d'ordre psychologique.
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L'on a fait grief à mes travaux de ce que leur tendance pouvait avoir de « philosophique » (voire «théologique»), insinuant que «j'utilisais» l'aspect philosophique et son pouvoir explicatif, comme mes adversaires certains faits des sciences naturelles. La philosophie, l'histoire, l'histoire des religions, les sciences naturelles ne me servent qu'à la représentation des enchaînements et de la phénoménologie psychiques. Si, d'aventure, j'emploie un concept de Dieu, ou un concept tout aussi métaphysique d'Energie, c'est que j'y suis bel et bien contraint, car ce sont là des grandeurs qui préexistent dans l'âme depuis le premier commencement. Je ne me lasse pas de répéter que ni la loi morale, ni l'idée de Dieu, ni une quelconque religion ne s'est jamais saisie de l'homme de l'extérieur, tombant en quelque sorte du ciel; l'homme au contraire, depuis l'origine, porte tout cela en lui, et c'est d'ailleurs pourquoi, l'extrayant de lui-même, il le recrée toujours à nouveau. C'est donc une idée parfaitement oiseuse que de penser qu'il suffit de faire la guerre à l'obscurantisme pour dissiper ces fantômes. L'idée de loi morale, l'idée de Dieu font partie de la substance première et inexpugnable de l'âme humaine. C'est pourquoi toute psychologie sincère, qui n'est pas aveuglée par je ne sais quelle superbe d'esprit fort, se doit d'en accepter la discussion. Ni l'ironie mordante, ni les vaines explications ne parviendront à les dissiper. En physique nous pouvons nous passer d'un concept de Dieu; en psychologie, par contre, la notion de la divinité est une grandeur immuable avec laquelle il faut compter. La confusion originelle de l'imago et de son objet étouffe toute différenciation entre « Dieu » et l'« imago de Dieu »; c'est pourquoi l'on vous incrimine de théologie et l'on comprend Dieu chaque fois que vous parlez du « concept de Dieu ». La psychologie comme science n'a pas à entreprendre l'hypostase de l'imago divine; elle doit simplement, conformément aux faits, compter avec la fonction religieuse, avec l'image de Dieu. Il est clair que la notion de Dieu, par exemple, correspond à un certain complexe de faits psychologiques et qu'elle représente ainsi une potentialité donnée avec laquelle il faut compter. Une question n'en demeure pas moins au-delà de toute psychologie: celle de savoir ce que Dieu est en soi. Je regrette de devoir répéter de pareilles évidences.
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"L'homme est ce qu'il mange. » Cette façon de penser prétend réduire la vie de l'esprit à un fonctionnement d'assimilation et de désassimilation dans les cellules cérébrales, assimilation et désassimilation qui sont nécessairement toujours figurées comme des synthèses ou des désintégrations de laboratoire; car comment nous les représenter autrement, comment nous les représenter comme la vie les crée, tant que nous ne connaissons pas et que nous ne pouvons pas suivre en pensée les processus vitaux? Et pourtant c'est ainsi qu'il faudrait pouvoir reconstituer la vie cellulaire, si l'on désire assurer la validité de la conception matérialiste. Mais, ce faisant, on aurait déjà dépassé le matérialisme, puisque la vie apparaîtrait, non comme une fonction de la matière, mais comme un processus existant en soi et auquel force et matière seraient subordonnées. La vie comme fonction de la matière exigerait generatio aequivoca'. Il faudra sans doute en attendre encore longtemps la preuve. Rien ne nous autorise, si ce n'est l'exclusivisme, l'arbitraire et l'absence de témoignage, à concevoir la vie de façon matérialiste. Nous avons tout aussi peu le droit de réduire la psychologie à un fonctionnement cérébral, sans compter que toute tentative dans ce sens est vouée à l'absurde, comme le montrent toutes celles qui furent déjà entreprises. Le phénomène psychique doit être considéré sous son aspect psychique et non pas comme processus organique et cellulaire. Autant l'on s'emporte contre les « fantômes métaphysiques », dès que quelqu'un s'avise d'expliquer les processus cellulaires de façon vitaliste, autant l'hypothèse physique est accréditée comme scientifique, quoiqu'elle ne soit en rien moins fantastique que la première. Mais elle a l'avantage de cadrer avec le préjugé matérialiste et c'est pourquoi n'importe quelle absurdité est sacrée scientifique, dès qu'elle permet de muter du psychique en physique. Espérons que les temps ne sont plus éloignés où nos hommes de science se débarrasseront de ce restant de matérialisme creux et suranné.

Fonctions psychologiques (1) - Approches préliminaires

Nous allons de nouveau puiser dans cet ouvrage fleuve de Jung (pour l'anecdote, il lui fallut plusieurs années pour sa rédaction et beaucoup de spécialistes le considèrent comme son apport le plus important pour la psychanalyse, avis que je ne partage pas tout à fait).

L'individu est constamment soumis à des contenus provenant du monde extérieur, ou intérieur (on oublie souvent de préciser que la théorie des fonctions psychologiques s'appliquent de la même manière aux objets extérieurs qu'à ce qui se présente de l'intérieur). Pour capter et assimiler ces contenus, il s’appuie sur des processus psychiques, les quatre fonctions psychologiques.

Ce développement risque d'être fastidieux pour qui connaît un peu l'oeuvre du psychologue mais cette notion, à l'instar de l'orientation de la conscience (voir Extraversion et introversion), est importante pour comprendre le fonctionnement de la conscience, essentielle pour celui qui cherche à mieux se comprendre et cruciale pour accepter l'altérité.
Tout d'abord il est bon de souligner que ces fonctions s'associent par paire d'activité, c'est pour cela que vous trouverez un "OU" dans chaque processus, une fonction étant exploitée, elle condamne naturellement l'autre à être "délaissée". 
L'individu, en construisant son Moi (en devant adulte et "affirmé" sur un plan individuel), va développer une attitude psychologique qui le conduira à exploiter des fonctions, au détriment donc des autres. Restons vigilants cependant à parler de fonctions favorisées, aucune n'est réellement abandonnée et cette attitude évolue toute la vie...c'est l'individuation (on y reviendra largement plus tard). Et c'est cette même individuation qui poussera l'individu à "opter" pour des fonctions plutôt que d'autres, ainsi évidemment que le besoin d'adaptation dans la petite enfance et le cursus personnel. MAIS cette inclinaison n'est jamais figée et il m'apparaît ridicule de dire "tu es un extraverti intuitif" comme une vérité définitive. Jung lui-même, voyant cette tendance de catégorisation rigide poindre avec l'élaboration de ses types, rédigea un ouvrage pour apporter la nuance nécessaire (L'homme et ses symboles).


1- Accueillir le contenu (Fonctions irrationnelles)
     a - Sensation : Cette fonction opère en transmettant les stimuli physiques perçus. Nous restons avec cette fonction dans l'impression sensible et aucune relation ne s'établit avec l'objet. Comme nous sommes dans le registre du "spontané" et non dans celui de "l'élaboré", on parle de fonction irrationnelle.
OU
     b - Intuition : C'est une fonction très particulière. En effet, Jung souligne qu'elle "transmet les perceptions par voie inconsciente" qu'elle permet de lire "par delà les choses". L'intuition vise les possibilités que cachent une chose, un être ou une situation. On dit de quelqu'un qu’il est intuitif s’il porte des jugements justes sans justification logique ni possibilité d’analyse. Cette fonction me paraît tellement essentielle et distincte des autres, que je ferai un billet dédié prochainement.

ET

2- Traiter l'information, établir un jugement (Fonctions rationnelles)
     a - Pensée : Cette fonction est plus complexe que beaucoup de vulgarisateurs le laissent entendre. Je ne veux pas embrouiller le lecteur, je resterai à la surface pour le moment. La meilleure définition est donnée par son "concepteur" : "en fonction de ses propres lois établit des connections conceptuelles entre des contenus de représentation donnés". Disons simplement que la fonction est analytique. Signalons qu''il existe cependant un autre aspect, la pensée abstraite...
OU
      b - Sentiment: Là, nous sommes dans le coeur de la relation sujet/objet. Cette fonction établit une échelle de valeurs, un jugement purement subjectif (bon/mal, beau/laid, etc). Si elle ouvre la porte à la sensibilité, la compassion, elle construit aussi un référentiel par dichotomie qui complique l'accès à la totalité réelle des choses (extérieures comme intérieures), entraînant parfois le jugement destructeur ou la sollicitation étouffante.

Vous l'aurez compris le "ET" signifie qu'il nous faut une fonction de perception complétée d'une fonction de jugement pour appréhender les contenus. Je vais m'arrêtais ici pour le moment, nous verrons prochainement les implications de ce schéma cardinal dans l'évolution psychologique de l'individu sur le chemin de l'individuation.

En résumé : "La sensation vous dit que quelque chose existe ; la réflexion vous dit ce que c’est ; le sentiment vous dit si c'est agréable ou pas ; et l'intuition vous dit d'où il vient et où il va" Jung


Suite ici


Sommaire "Fonctions psychologiques" (Cliquer pour y parvenir)
2 - Différenciation
3 - Schémas
4 - Dynamique, individuation
5 - Aspect collectif
6 - Fonction transcendante
7 - La fonction intuition
8 - Facteurs endopsychiques

jeudi 27 janvier 2011

A écouter sans modération


Cum dederit du Nisi dominus de Vivaldi
Interprétation : Carlos Mena

Advenir à soi-même...

 « ...Ce n'est pas moi qui me crée moi-même : j'adviens plutôt à moi-même » Jung, Les racines de la conscience


Quand j'ai commencé à lire Jung, cette phrase en particulier m'a interpellé. Il est souvent question de laisser advenir dans le dialogue intérieur. Advenir, un verbe peu usuel, au fait, que signifie t'il ?
Sur le plan étymologique, il dérive du verbe avenir qui pouvait avoir plusieurs sens : 
– arriver, venir, survenir, se produire ;
– convenir,
– réussir, parvenir à, s'approcher de.

Cette définition contemporaine du verbe advenir me plaît :"Se produire, comme une chose possible, mais de manière non absolument prévisible, quoique attendue". Cela me fait penser à une spirale dans laquelle nous tournons, avec la possibilité de toucher le centre un jour.


Advenir s'inscrit, me semble t'il, dans le champ de l'expérience, notion si chère à Jung dans toute son oeuvre.  Il s'agit d'éprouver et surtout pas de prouver. Faire l'expérience, en fait, est même bien au delà de ce qu'on éprouve, c'est aussi et surtout un risque...risque d'être renversé voire bouleversé. C'est avant tout la rencontre avec l'inconnu et donc une source de peur irrationnelle. La plupart en restent là, dans cette seule certitude de la peur ressentie...après tout, quoi de plus humain. 
Et ils ont raison d'avoir peur car la plongée en soi, comme nous le verrons plus en détail dans ce blog, c'est la reddition du Moi, cette instance psychique qui est organisateur de l'expérience consciente et également au centre de la personnalité. Il est également responsable de nos sentiments d'identité et de continuité personnelle. Pour faire simple, le Moi, c'est ce qui apparaît en première expérience comme nous. Mais alors, reconnaître en lui un usurpateur est une mort à soi ? oui !


Si les choses s'arrêtaient ici, nous serions finalement condamnés à souffrir, à avoir peur mais sans besoin de sens, dans un confort absolu...beaucoup s'en contenterait mais heureusement (ou malheureusement, tout dépend du point de vue), la nature nous a fait tout autre. En effet, au plus profond de chacun, il y a une lumière, porteuse de vie, libératrice qui n'obéit qu'à sa propre loi. Entendons nous bien, cette phrase peut être perçue comme emplie de mysticisme mais je reste toujours dans le domaine psychologique...Jung a décelé, par l'expérience clinique, cette présence au coeur de notre psyché. Mais comme elle niche dans les couches les plus profondes de l'inconscient, elle est indéfinissable, inconnaissable, bref, c'est un concept limite : le Soi. La seule certitude réside dans les effets qu'il produit en nous. C'est une délivrance qui va à l'encontre de notre volonté, de nos convictions établies...elle ne se produit pas par la conquête et la maîtrise du Moi mais par son dépassement, par la reconnaissance de ce "tout autre" qu'est le Soi. 
Il est troublant de parler d'autonomie et d'objectif pour des choses qui n'appartiennent pas à la conscience et nous aborderons plus tard ce sujet mais si nous devions retenir une chose, c'est que empiriquement, le Soi cherche à fonder la totalité en nous qui signe la fin du conflit violent entre la conscience et l'inconscient...telle est la véritable source de bonheur, de sens et de vie !
Fort de cette conviction, qui, encore une fois, ne peut qu'être théorique et rester niché dans le cerveau mais doit être éprouvée, nous trouvons la confiance qui tait les peurs, la force qui nous permet alors de laisser advenir.

A bientôt

Jean

mercredi 26 janvier 2011

Pour connaitre carlitou

Ben oui, c'est l'affectueux sobriquet dont j'affuble le psychologue suisse dans l'intimité, un peu comme un ami que l'on aime taquiner.
Je suis productif, ce qui est normal dans ces débuts enthousiastes.

N'hésitez pas à devenir membre du blog pour suivre l'actualité et à intervenir en commentaire, les critiques sont toutes les bienvenues si elles sont rédigées dans un bon esprit .
J'aimerais ici vous aiguiller sur des lectures permettant d'appréhender, sans difficulté particulière, la pensée de Carl.

Pour commencer, parce qu'il vaut mieux aller directement à la source , je vais citer "L'homme à la découvert de son âme". Un ouvrage sérieux, tiré pour la plupart de séminaires du psychologue, avec donc une bonne valeur didactique, très facile à lire et enrichissant pour débuter avec son oeuvre. Je reprocherais peut être ses allusions fréquentes à ce qui lui apparaît comme réducteur dans la pensée freudienne, certes légitimes, mais pouvant passer pour une forme élégante de dénigrement.
Trois parties distinctes et passionnantes :
- présentation de la conscience, l'inconscient et leur rapport,
- fonctions et structures des ces deux instances constituantes de la psyché, 
- les rêves, fonction et interprétation.


Je retiendrais ensuite un livre de sa plus proche collaboratrice (dans les derniers temps), Marie-Louise von FRANTZ, CG Jung Son mythe en notre temps. Un ouvrage très riche, présentant les principaux axes de la psychologie analytique. Comme la plupart des livres de cet auteur, la plume est alerte, vivante, agréable...ne le cachons pas, infiniment plus facile et légère que celle de Jung.. La particularité intéressante de l'ouvrage est dans le titre. Elle s'attache, avec habilité, à relier les expériences vécues de Jung et l'émergence des concepts fondateurs de sa psychologie. On perçoit la très vive admiration de l'auteur qui pose parfois un peu idéalement Jung sur un piédestal...mais quand on connait la portée de son oeuvre, on a des difficultés à la blâmer.


Suit un ouvrage (trop) peu connu de Kaj NOSCHIS; Carl Gustav Jung, Vie et Psychologie. Une présentation assez docte mais bien documentée, complète pour embrasser les thèmes principaux. Si je retiens cet ouvrage, c'est par la remarquable distance et objectivité de son approche...pas d'adulation du maître mais un regard technique, intéressant pour celui qui veut aborder les choses sans affect visible.

Voili voilou, je pourrais parler des biographies, je pense notamment au fabuleux ouvrage de Deirdre BLAIR, mais il est question de l'homme et non de l'oeuvre...et je me garde un peu de munitions pour mes billets.

A bientôt

Jean

Extraversion et introversion


Alors, vous êtes plutôt du style à vous lover dans votre coquille ou bien à donner de la voix sans appréhension ?
Ce n'est pas si simple que cela...

Ces deux termes sont désormais dans le langage courant et désigne, dans un cas, un individu sociable, bavard, démonstratif voire exubérant et, dans l'autre cas, un timide, replié sur lui-même et ne se livrant que difficilement. Ces représentations, on les doit à Jung, mais elles sont comme la partie émergée de l'iceberg, en réalité, le concept renferme plus de subtilités et de nuances qu'il n'y parait. 
Pour faire simple, il s'agit de décrire l'attitude ou l'orientation d'un individu par rapport aux deux pôles essentiels de la conduite : le monde et soi. Jung a notamment puisé dans la pensée platonicienne pour édifier ces tendances. Platon dans ses études morales et politiques parle ainsi : "Il y a les gens aux mouvements rapides et violents, qui s'opposent aux personnes réservées et tranquilles. Les premiers se caractérisent par le courage et c'est la partie "irascible" qui prédomine ;  les autres se distinguent par la mesure, la sagesse et la prudence".

Dans cet ouvrage, Jung a décrit largement ces deux attitudes et, en particulier, leur influence à travers des écrits et des pensées qui ont marqué l'histoire (l'ouvrage fait près de 600 pages et je préviens le lecteur, il ne se dévore pas comme un roman mais se lit comme un essai d'étude).
Au plus rapide, disons que l'homme a besoin d'énergie psychique pour vivre. Dans le cas où l'individu la trouve dans l'environnement extérieur, les activités et les expériences, il a une inclinaison extravertie. Dans le cas où il la trouve dans l'univers intérieur des idées, des souvenirs et des émotions, il présente une inclinaison introvertie.
Présenter une inclinaison ne signifie jamais répondre uniquement à cette tendance !

Extraverti : Précisons un peu les choses. Celui-ci tire son énergie du monde et sa conscience regarde vers l'extérieur parce que c'est toujours de là que vient la détermination importante et décisive (pour lui évidemment, nous endossons le manteau d'extraverti dans ce paragraphe).
Ses forces : n'ayant d'autre prétention que de remplir les conditions objectivement fixées, il est perçu comme sociable et souvent apprécié pour son enthousiasme. Il peut paraître souvent courageux en répondant sans concession à ses objectifs.
Risques : Il y a l'inévitable dispersion, sa parole volubile qui prend le dessus de l'écoute...mais plus profond est le risque de refoulement du moi profond; dans sa réponse aux nécessités de l'extérieur, les besoins intérieurs peuvent être négligés.

Introverti : Ce dernier tire son énergie de la considération intérieure subjective. Il se glisse toujours, entre la perception de l'objet (le monde) et sa propre action, une opinion personnelle qui empêche l'action de prendre un caractère correspondant à la donnée objective. Il ne se coupe pas du monde mais communique avec lui par l'intermédiaire de sa perception intérieure.
Ses forces : concentration, écoute, contenu et réservé.
Risques : il ne se sent à l'aise que dans la solitude, face à lui-même. Dans un cas poussé, il peut alors bâtir des systèmes autoritaires dans l'insensibilité d'autrui.


Il me semble important de prendre en considération ces tendances naturelles de l'homme car, comme beaucoup d'aspects de la psychologie jungienne, elles incitent à un regard plus tolérant, plus ouvert sur l'autre, en particulier sur celui qui nous semble si loin, qui peut être d'une tendance opposée. Il n'y a pas de bon ou de mauvais jugement, qu'il soit centré sur le monde ou sur soi, il n'est qu'une réponse à notre nature.
Le livre de Jung sur les types psychologiques, qui fera l'objet de plusieurs autres billets, met en évidence ce que ces deux formes d'exploitation d'énergie ont pu produire chez de grands hommes du passé. Nous réalisons alors l'importance et le "rôle" tenus par chaque type.
Moi, extraverti devant l'éternel, ne peut plus porter de regard juge sur l'individu discret à côté de moi...il répond à sa nature, comme moi. Qui peut juger de cela ?

A bientôt

Jean

mardi 25 janvier 2011

La vie est là, elle nous attend mais...

Ce titre est une autre formulation du bien connu "Deviens qui tu es". Cette citation, qu'on attribue abusivement, à Jung n'a même pas été emprunté à Nietzsche comme beaucoup le croit, bien qu'il l'ait employé, mais à un poète antique Pindare...rendons à Pindare ce qui est à Pindare ! 
Ces mots sont bien tournés, ils résonnent en nous, comme porteurs d'espoir, mais qui devine ce qu'ils impliquent ? Car, contrairement à ce que l'on souhaiterait, nous ne sommes pas composés que de belles et nobles choses. En nous siègent des rancœurs, des faiblesses, des pensées inavouables, des frustrations lancinantes et j'en passe...mais l'erreur est de condamner ou, pire, tenter d'étouffer ces noirceurs. Bien au contraire, c'est à la lumière qu'elles prennent une autre teinte et que nous pouvons enfin les regarder sans crainte comme éléments de notre totalité.
En tombant dans le principe commun de la dualité, nous nous fermons à nous-même. Nous sommes tentés dans une première introspection de juger ceci comme bien ou ceci comme mal en nous...mais pourtant ceci EST nous ! C'est probablement par cette acceptation préliminaire, aboutissement d'un chemin douloureux et bouleversant, qu'il nous faut passer. Jung utilisait ces mots pertinents pour le dire : "Ce n'est pas en regardant la lumière qu'on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité".
Et la lumière que mentionne Jung existe, c'est le Soi, la vie, "le divin en nous" pour reprendre ses mots. Ce blog, au gré de mes humeurs, mes envies, ce qui me fait homme au fond, tentera de mettre en mots ce que je croise dans mon chemin. J'essayerai aussi de rendre accessible ce que j'ai moi-même assimilé de cette psychologie si particulière, qui porte tellement bien le qualificatif "des profondeurs".
A très bientôt donc
Jean