vendredi 26 avril 2013

Jung et le nazisme...pour en finir (2)

Me voici de retour sur ce sujet sensible, grâce à l'intervention d'un membre du forum, Martine, qui m'a indiqué l'existence d'un entretien entre un journaliste et écrivain américain, Hubert Renfro Knickerbocker et Jung; le journaliste travaillant sur un essai autour des dictateurs, et Hitler en particulier (ouvrage en anglais mais encore accessible, comme ici), a demandé un profil psychologique du führer au psychiatre suisse. J'ai retrouvé cet entretien en anglais et l'ai traduit en français. On y cerne l'analyse si fine et intuitive qui devait caractériser Jung et, surtout, on découvre un homme lucide quant à la personnalité inquiétante et sombre de Hitler...sachant que cet interview eut lieu à la fin de 1938, soit avant l'avènement du nazisme destructeur, on conclut rapidement à l'absurdité de l''hypothèse des accointances de Jung avec le régime nazi.
Madame Roudinesco, si jamais vous passiez par là, prenez donc le temps d'un peu de lecture...


Edit : Après la rédaction de ce billet, j'ai réalisé que cet interview existait déjà, en langue française, dans le livre "Jung parle" (voir ici)

Ces extraits sont des morceaux choisis du livre de Knickerbocker, issus de ma propre traduction en français, certainement loin d'être parfaite...

Quel est le pouvoir de Hitler ?
C'est une question qui m'intéressait depuis 18 ans, depuis j’avais rencontré Hitler et que je l’avais entendu parler. Depuis cet épisode, j’avais entendu des centaines d’explication sur son pouvoir et en avait élaboré par moi-même. Mais la plus intéressante et plausible discussion sur sa personnalité, je l’ai eu lors d’un entretien avec le Dr Carl G. Jung, grand psychiatre suisse, quand je lui ai rendu visite à son domicile à Zurich pour lui demander de diagnostiquer les dictateurs. C'était en Octobre 1938 et je revenais directement de Prague où j’avais assisté à la fin de la Tchécoslovaquie. L'analyse de M. Jung de Hitler fut remarquablement confirmée par les événements depuis. Il avait été personnellement fasciné par le problème de la personnalité de Hitler, et l’avait étudié pendant des années.

« Il y a deux types de leader dans la société primitive, l’un est le chef qui est physiquement puissant, plus fort que ses concurrents, et l’autre est le medecine-man qui n’est pas forte physiquement mais est fort en raison de l'autorité que le peuple projette sur lui. Ainsi, il y avait l'empereur et le pape ».
J'ai demandé: «Pourquoi est-ce que Hitler qui séduit chaque allemand qui l'adorent, produit pourtant aucune impression particulière sur un étranger? »

«Exactement», ponctue le Dr Jung "Peu d'étranger y sont sensibles, mais apparemment tous les Allemands en Allemagne le sont. C'est parce que Hitler est le miroir de l'inconscient de tous les Allemands, mais bien sûr il n’est le support d’aucune projection pour un non allemand ». 

« Il est le haut-parleur qui amplifie le murmure inaudible de l'âme allemande jusqu'à ce qu'ils puissent être entendus par l'oreille de la conscience de l'allemand. Il est le premier homme à dire tous les Allemands ce qu'ils pensent et ressentent inconsciemment sur ​​le sort allemand, surtout depuis la défaite de la Première Guerre mondiale, et l'une des caractéristiques qui teinte chaque âme allemande est le complexe d'infériorité typiquement allemand, le complexe du petit frère, de celui qui est toujours un peu en retard à la fête. Le pouvoir de Hitler n’est pas politique, il est magique. 

Pour comprendre la magie vous devez comprendre ce qu’est l’inconscient C'est cette partie de notre constitution mentale sur laquelle nous avons peu de contrôle et qui est stockée avec toutes sortes d'impressions et de sensations; Qui contient des pensées et même des conclusions dont nous ne sommes pas conscients. Outre les impressions conscientes que nous recevons, il y a toutes sortes d'impressions constamment en arrière plan de nos sens dont nous ne prenons pas conscience parce qu'ils sont trop faibles pour attirer notre attention consciente. Elles se situent en dessous du seuil de la conscience. Mais toutes ces impressions subliminales sont enregistrées, rien n'est perdu, quelqu’un peut parler d'une voix peu audible dans pièce d'à côté pendant que nous parlons ici vous ne faites pas attention à lui, mais la conversation à côté est enregistrée dans l’inconscient aussi surement que par celle d’un dictaphone. 

Maintenant, le secret de la puissance d'Hitler n'est pas que Hitler a un inconscient plus apte à stocker que le vôtre ou le mien, le secret de Hitler est double. D'abord, son inconscient a un accès exceptionnel à sa conscience et, deuxièmement, il se laisse toucher par lui. Il est comme un homme qui écoute attentivement un flux de suggestions d'une voix chuchotée à partir d'une source mystérieuse, puis agit sur ​​eux. 

Dans notre cas, même si occasionnellement notre inconscient nous atteint à travers les rêves, nous avons trop de rationalité, trop de « cérébral » pour lui obéir, mais Hitler écoute et obéit. Le véritable leader est toujours « dirigé ». 

Nous pouvons voir comment il fonctionne en lui Lui-même et fait référence à sa voix. Sa voix n'est rien d'autre que son propre inconscient, dans lequel le peuple allemand projette sa propre personne. C'est l'inconscient de 78.000.000 d’allemands. 

C’est ce qui le rend puissant. Sans le peuple allemand il ne serait rien. Il est littéralement vrai quand il dit que tout ce qu'il est capable de faire, c'est uniquement parce qu'il a le peuple allemand derrière lui, ou, comme il le dit parfois, parce qu'il est l'Allemagne. Ainsi, avec son inconscient, étant le réceptacle des âmes de 78.000.000 allemands, il est puissant, et avec sa perception inconsciente du véritable équilibre des forces politiques du pays dans le monde, il a été jusqu'à présent infaillible. 

C'est pourquoi il porte des jugements politiques qui se révèlent vrais malgré l'avis de tous ses conseillers et contre l'avis de tous les observateurs étrangers. Lorsque cela se produit, cela signifie seulement que les informations recueillies par son inconscient, et atteignent sa conscience par des moyens lié à son talent exceptionnel, sont plus correctes, que celles de tous les autres, en Allemagne ou à l’étranger, qui ont tenté de juger la situation et qui ont tiré des conclusions différentes de la sienne. » 

Swastika
Dr. Jung répondit gravement: «Oui, il semble que le peuple allemand est maintenant convaincu qu'il a trouvé son Messie ; en quelque sorte la position des Allemands est remarquablement semblable à celle des Juifs d'autrefois… 

Depuis leur défaite dans la Première Guerre mondiale, les Allemands ont attendu un Messie, un sauveur. C'est caractéristique des personnes atteintes d'un complexe d'infériorité. Les Juifs ont déclenché leur complexe d'infériorité par les facteurs géographiques et politiques. Ils vivaient dans une partie du monde qui était un terrain de jeu pour les conquérants des deux côtés, et après leur retour de leur premier exil à Babylone, quand ils ont été menacés d'extinction par les Romains, ils ont inventé l'idée consolante d'un Messie qui allait rassembler les Juifs autour d’une nation et les sauver.



Les Allemands ont obtenu leur complexe d'infériorité de causes comparables. Ils furent sortis de la vallée du Danube trop tard, et fondèrent les débuts de leur nation longtemps après que les Français et les Anglais étaient sur ​​la bonne voie pour leur nation. Ils étaient trop en retard pour la course des colonies et pour la fondation de l'empire.


Puis, quand ils se sont rassemblés et ont fait une nation unifiée, ils regardèrent autour d'eux et virent les Britanniques, les Français et d'autres avec des colonies riches et tout l'équipement des nations adultes et ils sont devenus jaloux, rancuniers, comme un jeune frère dont les frères aînés ont pris la part du lion de l'héritage ».

Dr, Jung a dit qu'il avait observé de près Hitler lors de sa rencontre avec Mussolini à Berlin.

«J'étais seulement à quelques mètres des deux hommes et pouvais bien les étudier. Par comparaison avec Mussolini, Hitler faisait sur moi l'impression d'une sorte d'échafaudage en bois recouvert de tissu, un automate avec un masque, comme un robot ou un masque d'un robot. Pendant tout le spectacle, il ne riait jamais, c'était comme s'il était de mauvaise humeur, bouder il ne montrait aucun signe humain..



Son expression était celle d'un produit inhumain semi-conscient, sans aucun sens de l'humour. Il semblait qu'il pouvait être le double d'une personne réelle, et que Hitler l'homme pourrait peut-être se cache à l'intérieur comme un appendice, et de façon délibérée, caché afin de ne pas perturber le « mécanisme ». Avec Hitler vous ne sentez pas que vous êtes en présence d’un humain. Vous êtes face à un « médecine-man », une forme de récipient spirituel, un demi-dieu, ou mieux encore, un mythe. Avec Hitler vous ressentez la peur. Tu sais que tu ne pourras jamais être capable de parler à cet homme, car il n'y a personne, il n'est pas un homme, mais un produit collectif, il n'est pas un individu, mais toute une nation, je considère qu'il est littéralement vrai qu'il n'a pas d'ami personnel. Comment pouvez-vous parler intimement avec une nation? »

Wotan
«Personne n’a appelé le royaume de Charlemagne le premier Reich, ni celui de William le deuxième Reich. Seuls les nazis appelaient leur Troisième Reich, car il a un sens mystique profonde."

Dr. Jung a déclaré que les nazis ressentent un parallèle entre la triade biblique, Père, Fils et Saint-Esprit, et le troisième Reich, et que, en fait, de nombreux nazis se réfèrent à Hitler comme le Saint-Esprit. 
« Encore une fois," Dr. Jung a continué, "envisager la reprise généralisée dans le Troisième Reich du culte de Wotan, dieu du vent qui prendra le nom" Sturmabteilang ", les troupes d'assaut. La swaslika est une forme renouvelée du vortex. Ne se déplaçant jamais vers la gauche, car la signification bouddhiste de la gauche est défavorable, orienté vers l'inconscient. Tous ces symboles du troisième Reich, dirigé par son prophète Hitler, reprennent l’allégorie du vent et de la tempête et tourbillonnant en vortex, balayant l'allemand dans un ouragan d’émotions irraisonnées vers un destin qui lui est inconnu, sauf pour le voyant, le prophète, le Führer qui peut lui-même le prédire…ou peut être même pas lui-même. ».

mercredi 17 avril 2013

Psychologie et philosophie - Zofingia - JUNG

Voici "le petit dernier" des éditions Albin Michel qui, depuis quelques années et sous la direction de Michel Cazenave, a entrepris la traduction française des séminaires et conférences de Jung...heureuse initiative !
Après les conférences de Tavistock (voir ici), nous voici gratifiés par les élans de jeunesse d'un Jung, passionné, engagé et fougueux...et en même temps porté par une profondeur de réflexion où se dessine sa  future psychologie.

Sommaire
Le livre est composé des conférences, dans l'ordre chronologique.
- Les limites de la science exacte (novembre 1896)
- Quelques réflexions sur la psychologie (mai 1897)
- Discours d'investiture à la présidence de la société de Zofingue 1897-1898
- Réflexions sur la nature et la valeur de la recherche spéculative (semestre d'été 1898)
- Réflexions sur la conception du christianisme en rapport avec l'enseignement d'Albrecht Ritschl (janvier 1899)


Contexte
Jung est étudiant en médecine, il a alors 21 ans. Riche de ses lectures philosophies et théologiques, de ses questionnements intérieurs qui seront dévoilés beaucoup plus tard dans Ma Vie, le voici propulsé dans la société Zofingia. Ce groupement d'étudiants avait, à l'origine, une véritable vocation politique, promulguant la création d'un fédéralisme de la Suisse. On trouvera d'ailleurs beaucoup d'allusion politique, notamment par des considérations de l'influence de l'état sur l'individu, dans les conférences de Jung (thème qui sera aussi celui d'un de ses derniers essais, Présent et avenir).
"Patriae, Amicitiae, Litteris" (A la Patrie, à l'Amitié, à la Science) était la devise de cette société, tout un programme !



Avis personnel
De la fougue, de l'impétuosité...naturelle ou calculée ? c'est un peu la question que je me suis posée tant on a du mal à reconnaître la patte de Jung. Et puis, bien vite, je me suis rappelé qu'il s'agissait de conférences, oral donc, d'un auditoire de la fin du 19ème, constitué de la jeune élite intellectuelle suisse engagée dans un mouvement politique et social...
Quoi qu'il en soit, ce Jung passionné est passionnant. Frondeur, certes mais aussi d'une profondeur et d'une maturité stupéfiante.
Le point indéniable que l'on identifie très rapidement : les germes de pratiquement tous les grands concepts de sa future psychologie sont mises à jour...même si l'histoire nous dit que la période de profonde régression après la rupture avec Freud et la rédaction des sept sermons furent les véritables sources et nourritures de sa pensée, il apparaît ici évident que "le matériau était déjà identifié".

Quelques extraits

Introduction
L'intérêt de ces premières «lectures» n'est pas seule­ment de nous donner un aperçu de l'homme qu'était Jung à cette époque, mais de nous montrer à quel point ses vues de jeunesse concordent avec sa pensée ultérieure et comment il tentera finalement, tout au long de sa vie, de répondre aux questions qui l'agitaient alors.
Sur l'âme 
"Nous pourrions, en étant audacieux, donner à ce sujet transcendantal le nom d'âme. Qu'entendons-nous par l'âme? L'âme est une intelligence, indépendante de l'espace et du 

temps.......Puisque l'âme n'est pas une forme de force matérielle, on ne peut émettre aucun jugement sur elle. Or, tout ce qui ne peut être soumis au jugement subsiste cependant en-dehors des concepts d'espace et de temps. L'âme est par conséquent indépendante de l'espace et du temps. Il existe donc pour nous une raison suffisante de postuler l'immor­talité de l'âme."
Sur l'empirisme 
"Le fondement de toute philosophie se doit d'être empirique. Toute philosophie se fonde vérita­blement sur ce que nous expérimentons par nous-mêmes et pour nous-mêmes dans le monde qui nous entoure. Toute construction a priori qui s'abstrait de l'expérience conduit à l'erreur. Nous devrions déjà le savoir, depuis les premiers philosophes post-kantiens comme Fichte, Schilling, Hegel, etc.. Comme le dit Nietzsche, notre phi­losophie se doit avant tout d'être une philosophie de ce qui nous entoure. Elle doit ouvrir sur l'inconnu en se fondant sur la base réelle de l'expérience,..."
Sur les limites de la causalité 
"Un caillou tombe au sol. Pourquoi ? À cause de la gravité. Pourquoi réagit-il à la gravité? Parce que telle est sa propriété. À ce point précis, notre capacité à saisir la situation atteint sa limite. Nous admettons en lui-même le principe incompréhensible de la gravitation universelle, c'est-à-dire que nous établissons un postulat transcendantal. La causalité nous conduit à une chose en soi que l'on n'est plus en mesure d'expliquer, à une cause primitive de nature transcendantale. En ce sens, il convient également de concevoir la catégorie de la causa­lité comme un indice merveilleux et a priori qu'il existe des causes de nature transcendantale, c'est-à-dire un monde invisible et inconcevable pour nous, une continuation de la nature matérielle dans le royaume de l'incalculable, de l'in­commensurable, de l'indéchiffrable."
Sur la dualité et l'opposition apparente des choses. 
Le monde absolu ne se divise pas en deux royaumes dis­tincts, celui de la chose en soi d'un côté, et le monde phé­noménal de l'autre. Tout est Un. Ce n'est que pour nous que cette division existe, parce que nos organes sensoriels ne sont capables de percevoir que certaines sphères du monde absolu.
Jacob Bôhme a dit: 
Sans opposition, aucune chose ne peut apparaître à elle-même; car s'il n'y a rien en elle qui lui résiste, elle se répan­dra perpétuellement vers l'extérieur et ne rentrera plus en elle-même, et si elle ne rentre pas de nouveau en elle-même, en sa source originelle, elle ne saura rien de sa condition première.

mercredi 3 avril 2013

Felicia neurosis !!! - Une approche de la psychologie de Jung


Cette expression, Jung aimait l'évoquer pour désigner les symptômes névrotiques...quelques témoignages de proches ou bribes tirées de correspondances mentionnent ses mots particuliers que l'on peut rapidement traduire par "prolifique" ou "bienfaisante" névrose. Curieuse expression !

Un postulat révolutionnaire : la fonction prospective de l'inconscient
« Aucun fait psychologique ne peut jamais être expliqué de manière exhaustive en seuls termes de causalité ; en tant que phénomène vivant, il est toujours indissolublement rattaché à la continuité d’un processus vital, de sorte qu’il s’agit de quelque chose qui non seulement a évolué, mais est aussi créatif et en continuelle évolution »
Je ne reviendra pas sur la genèse, issue de l'empirisme clinique et notamment l'étude des rêves, mais il me semble que nous tenons, pour l'époque (les choses ont heureusement évolué), la plus grande distinction existante avec les autres psychologies, en particulier l'école freudienne. 
Freud considérait avec une immense méfiance la capacité de régression chez l’homme (voir ici), Jung, quant à lui, percevait dans l’irrationnel une composante profonde et donc essentielle de l'humain.

En termes simples et concis, Jung  a réalisé que l'inconscient n'était pas qu'un grenier rempli de refoulements divers mais contenait également les clefs d'une construction intérieure en cours.
Pour lui, il existe chez l'homme une aspiration profonde à retourner dans la matrice de l'inconscient pour y vivre une sorte de "re-naissance" intérieure. Cette aspiration comporte une dimension spirituelle. Jung insiste donc sur un dynamisme de transformation et de création présent dans la psyché humaine.


Pourquoi "Luxus neurosis" ?
 « Nous ne devrions pas tenter de nous débarrasser d’une névrose, mais bien plutôt de voir ce qu’elle signifie, ce qu’elle a à nous enseigner, quel est son but. Une névrose n’est véritablement supprimée que lorsqu’elle a supprimé les fausses attitudes du moi. Nous ne la guérissons pas ; c’est elle qui nous soigne. Un homme est malade, mais la maladie est la tentative de la nature pour le guérir ». Jung en 1934

Pour Jung, la névrose est avant tout une désunion avec soi-même, c'est "l'expression d'une âme en souffrance". Mais elle porte en elle une tentative de guérison. Souvent, c'est une compensation à une attitude unilatérale (par exemple une conscience qui n'accepte pas les produits de l'inconscient).
Pour image, nous pourrions dire que la conscience se perd sur la route de l'accomplissement (c'est même dans sa nature mais c'est un autre sujet) et que le névrose est appel, lancinant et souvent douloureux, qui l'attire vers le chemin adapté.
Mais la souffrance ne revêt pas seulement des aspects négatifs, elle constitue aussi une invitation au changement, à l'élargissement de nos horizons, une sorte de passage obligé à une métamorphose de la personnalité.


Le pouvoir de guérison de la psyché
"La plupart des écoles psychologiques contemporaines élaborent leur théorie de l'homme à partir d'un présupposé tacite qui prétend savoir ce qu'est la maladie psychique et connaître les règles ou les critères collectifs de la normalité humaine. Il s'insère de ce fait un élément de manipulation plus ou moins important dans l'ensemble des thérapies médicales (...) A l'opposé de cette façon de voir, la thérapie selon C.G. Jung pourrait être qualifiée d'"homéopathique". En effet, nous ne pensons pas savoir ce qui est bon pour le patient; en revanche, nous faisons confiance aux tendances naturelles d'autoguérison de la psyché. C'est pourquoi cette thérapie porte toute son attention sur la compréhension de ces forces d'autoguérison et s'efforce de les favoriser, sans plus. Toutefois, nous ne saurions comprendre ces tendances de l'âme vers la guérison sans arriver à "déchiffrer" le langage onirique par lequel s'exprime la nature psychique. Cela représente un travail ardu auquel Jung a consacré toute sa vie et toute son oeuvre."
Marie-Louise Von Franz, dans son livre "La délivrance dans les contes de fées"

Parmi les autres apports fondamentaux de Jung
  1. Jung apporta une innovation acceptée par les analystes d’aujourd’hui : dans le rêve, on peut retrouver l'éclairage objet et sujet; notamment, les personnages des rêves peuvent être considérés comme représentant des aspects du moi propre du rêveur. 
  2. Vers 1915, Freud écrivit : « C’est, à mon avis, l’un des grands services que nous a rendu l’école de Zurich, que d’avoir fait ressortir la nécessité pour toute personne voulant pratiquer l’analyse de se soumettre auparavant elle-même à cette épreuve chez un analyste qualifié. » Jung imposa l"idée qu'un analyste devait d'abord être passé par l'analyse pour évaluer les enjeux en cours dans un échange analytique et "s'en affranchir" pour ne polluer la thérapie...on reconnait bien là sa "rigueur opérative".