dimanche 29 avril 2012

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)

Voici un nom qui reste dans la mémoire collective mais assez peu connaisse l'oeuvre de cet homme au parcours atypique, contemporain de Jung. Education catholique rigoureuse, ordonné prêtre de la communauté jésuite à 30 ans, formé à la paléontologie où ses recherches aboutiront à des découvertes encore reconnues aujourd'hui. Un homme de science et de religion engagé qui puisera dans ces sources pour aboutir à des thèmes qui ne peuvent qu'émouvoir les jungiens en particulier et le "cherchant" en général. Deux caractéristiques principales : la conviction que l'évolution de l'homme l'amènera à une spiritualisation de la matière, plus haut degré de spiritualité et  celle qui présente esprit et matière comme deux facettes de la même réalité, tiens donc...

L'homme
En lisant la biographie de De Chardin, j'ai retrouvé des similitudes avec la personnalité de Jung (et probablement communes à tous les grands esprits); citons en particulier l'amour de l'humain, une force et un dévouement inouï pour ses recherches, qui le conduiront jusqu'au sacrifice ultime (en découvrant sa publication sur le Pêche originel, qui le mènera à une mise à l'index de l'église et de lourdes contraintes posées par son ordre, je revoyais Jung abandonnant l'école freudienne en publiant ses Métamorphoses de l'âme).

Sa pensée
Je vais m'éloigner un peu de la paléontologie. Ses travaux sur l'évolution de l'espèce humaine (alliés à ses connaissances théologiques) l'amenèrent à certains concepts qui ne seront pas sans nous évoquer ceux de Jung.
Nous pourrions résumer ceci par cette phrase : l’évolution est une montée spirituelle qui a sa source dans la « puissance spirituelle de la matière ». Pour De Chardin, un examen critique de l'histoire de l'espèce humaine aboutit à la conclusion suivante : l'homme est conduit naturellement à une spiritualisation de plus en plus structurée et extériorisée, impliquant une conscience en continuelle accroissement (formulation différente mais idée identique exprimée par Jung lorsqu'il mentionne les primitifs et leur spiritualité basée sur des projections "les esprits de la nature").
Il nous faut mentionner également sa théorie de l’énergie qu'il considère comme l'élément originaire de la vie elle-même. Il la conçoit à l'origine de nature psychique, se différenciant ensuite en énergie physique et en matière. Esprit et matière seraient donc intrinsèquement liés. L'homme serait porteur de ce potentiel spirituel, étant le seul être vivant pouvant connaître une croissance continue de la conscience.


La noosphère
Le radical grec noüs désigne un concept aristotélicien évoquant le principe qui ordonne esprit et matière. Chardin emprunte le terme du chimiste et minéralogiste Vernadsky. Ce dernier voyait là la troisième étape du vivant, après la géosphère et la biosphère.
Il est délicat de résumer simplement le concept car De Chardin lui-même l'a développé, enrichi et précisé tout au long de sa vie...disons, de manière lapidaire, qu'il s'agirait d'un tissu vivant enveloppant la planète (à l'instar des couches de l'atmosphère) et constitué d'une part de la conscience de chaque individu depuis que l'homme possède une conscience de lui-même. Cette nappe issue de consciences posséderait elle-même sa propre faculté de pensée. Pour le jésuite, cette noosphère conduirait graduellement l'humanité a toujours plus de conscience, dépassant les civilisations, puis les sociétés, les lois puis l'éthique, pour renouer avec l'esprit immanent de la matière sous une forme unifiée de "spiritualité".

Jung écrira à la fin de sa vie qu'il était convaincu que De Chardin connaissait ses travaux...il est vrai que la noosphère et l'inconscient collectif ont indéniablement de forts liens de cousinage.
Ce billet sera surement suivi d'autres car en préparant cette synthèse, j'ai réalisé que plusieurs sujets passionnants y étaient liés.

Global Consciousness Project

jeudi 19 avril 2012

Suiseki (2) - La pierre fontaine


Apercevez vous comme moi cette source jaillissante, 
qui bouillonne au milieu de la pierre noire ?
Source de vie, elle s'écoule de gauche et de droite...



Par le versant nord, beaucoup ont tenté de la gravir, 
impétueux, téméraires.
Ces sentiers escarpés ont créé tant de dépit et d'échecs.


Une vieille légende raconte qu'un vilaine sorcière grimaçante serait à l'origine de ces malheurs.


Toutes  les pierres de cette section proviennent de ma collection personnelle et sont entièrement naturelles, façonnées par la nature.

dimanche 15 avril 2012

Archétype (9) - L'anima par James Hillman - Partie 2

Reprenons le travail de synthèse entamé ici. Hillman, qui nous a quitté il y a quelques mois est souvent considéré comme LE continuateur de la pensée de Jung outre-atlantique. Nous avions précédemment passés au crible les notion de contrepartie sexuelle de l'homme, de l'Eros et du sentiment pour finalement conclure avec Hilllman que l'Anima ne pouvait pas y être contenue de manière satisfaisante. Je regrette la manière lapidaire dont je dois traiter les chapitres de l'ouvrage pour être compatible avec l'exercice d'un blog...aussi j'engage le lecteur à venir sur le forum pour approfondir éventuellement la discussion.

4- Anima et féminin
Hillman fait un constat simple et solide : si l'Anima a un dimension archétypale reconnue (Jung l'appelle parfois "l'archétype du féminin"), elle ne peut être seulement localisée à la psyché masculine. Nous butons face à la théorie classique de Jung et pourtant Hillman rappelle que le même comportement est appelé Anima chez l'homme et nature féminine ou ombre chez la femme...
Il émet l'hypothèse que les femmes sont, par nature, âme si l'on accepte le lien entre âme et féminité. Mais le sentiment intime de l'âme n'est pas donné à la femme. Le travail avec l'Animus qui est une conquête de l'esprit (Logos) fait ressortir que l'âme est bien la sphère de leur besoin et donc non acquise de fait. L'esprit actif n'est pas l'imaginal est les deux sont nécessaires à la constitution de l'âme !
Je dois malheureusement être lapidaire mais après une étude des femmes Anima, Hillman conclue ainsi : "L'Anima devient ainsi le véhicule originel de la psyché ou l'archétype même de cette dernière".


5- Anima et psyché
Anima comme archéype de la psyché, Hillman s'appuie sur plusieurs constatations :

  • Jung associe beaucoup d'images à l'anima mais garde hors de ses limites la mère. L'anima est alors source de croissance qui éloigne de la nature. Dans l'alchimie, ce processus spécifique, appelé opus contra naturam relation qu'entretient l'adepte avec l'anima-soror, est la perspective de compréhension psychologique à opposer à la compréhension naturaliste des évènements psychiques.
  • Rappelons le lien étroit qu'établissait Jung entre Anima et Mercure, entre la "personnification de l'inconscient collectif" et "l'archétype de l'inconscient". Hillman exprime que leur identité est d'autant plus étroite que la différenciation esprit/âme n'est pas faite. 
  • Sur le plan alchimique, l'anima s'apparente à Luna et Regina. Jung s'est attardé sur Regina et conclue par le fait qu'elle est conjonction simultanée de la contrepartie du corps et de la contrepartie de l'esprit. "L'anima n'est peut être qu'une seul parmi les ingrédients de l'alchimie du processus psychique.Mais du fait de son rôle conjonctif (anima mercurius), elle constitue ce facteur au travers duquel tout se produit de façon psychique". Nous trouvons même l'idée chez Jung que plus l'anima parvient à la réalisation, plus l'existence psychique devient réalité.
  • Jung a construit ses théories sur cinq pulsions instinctuelles (contre une seule pour Freud) : faim, sexualité, activité, réflexion et création. La notion de réflexion, "se pencher en arrière" et "se tourner vers l'intérieur" est en forte corrélation avec l'anima. "La faveur des images intérieures...correspond à l'intériorisation par le sacrifice décrite par Jung, nécessaire à la conscience psychique". Dans ses séminaires anglais, Jung parle de "l'esprit de nature", où nous ne pensons pas mais sommes pensés, et il affirme que cet esprit est une propriété exclusivement féminine.  "...la réflexion est un acte spirituel qui va à l'encontre du processus naturel; un acte au moyen duquel nous nous arrêtons pour évoquer quelque chose, former une image, puis entrer en relation pour ensuite en finir avec ce que nous avons vu. Il faut, par conséquent, la comprendre comme un acte permettant de devenir conscient". Jung Ou encore, parlant de l'anima "C'est la vie derrière la conscience...dont la conscience est issue" Jung

Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)

mercredi 11 avril 2012

Petit moment de grâce (5)




Reynaldo Hahn: L'heure exquise, Chansons grises No.5
Paroles de Verlaine

Philippe Jaroussky, contretenor
Jérôme Ducros, piano

Petit moment de grâce (1)




dimanche 8 avril 2012

Petit traité de vie intérieure - Lenoir

Sous ce titre banal, j'ai eu la surprise de découvrir un ouvrage vibrant...vibrant par l'humanisme qu'il porte, la sincère joie de vivre qu'il transmet et le témoignage d'un homme, simple et ordinaire, qui a trouvé les pierres pour édifier son "temple intérieur".

L'auteur
Lorsque j'ai découvert Frédéric Lenoir il n'y a pas si longtemps lors d'un débat sur la chrétienté, je n'étais pas en accord avec ses propos...mais j'ai aussitôt eu envie de le connaître mieux, touché par l'authenticité qui se dégageait de l'individu, attribut si rare sur les plateaux de télé. 
Lenoir a eu un parcours atypique. Passionné de philosophie dès le plus jeune âge, il entreprit ses études dans ce domaine avec son meilleur ami, devenu prêtre depuis, pour être finalement diplômé en philosophie, sociologie et histoire de la religion. Passionné par les religions, il a étudié, entre autre, l'hébreu et la kabbale, le bouddhisme tibétain et s'est réconcilié tardivement avec les évangiles, il va réaliser finalement une retraite de trois dans une communauté chrétienne. C'est un homme qui a éprouvé !
Chose que j'ai appris plus tard, sa route a croisé l'oeuvre de Jung à l'adolescence, le marquant durablement.

Sommaire
I Dire oui à la vie                                            XI La règle d'or
II Confiance et lâcher prise                       XII L'amour et l'amitié
III. Responsable de sa vie                           XIII La non-violence et le pardon
IV. Agir et non agir                                         XIV Le partage
V. Silence et méditation                                XV Attachement et non-attachement
VI. Connaissance et discernement             XVI L'adversité est un maître spirituel
VII. Connais toi toi-même                             XVII Ici et maintenant
VIII L'acquisition des vertus                      XVIII Apprivoiser la mort
IX Devenir libre                                                XIX L'humour
X Amour de soi et guérison intérieure      XX La beauté

Avis personnel
J'avais rédigé un long paragraphe mais, après réflexion, je crois que ces quelques mots de l'auteur résument mieux que je ne l'aurais fait mon sentiment :
"Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c'est passer de l'ignorance à la connaissance, de la peur à l'amour."

Quelques extraits

"Si nous apprenons à nous connaître en vérité, nous devenons plus compatissants et l'image idéalisée que nous avons de nous-mêmes va s'écrouler. Cela peut être insupportable tant que l'on n'entre pas dans l'ac­ceptation de ce qui est. Une acceptation qui est l'in­dispensable premier pas vers la transformation. S'idéaliser soi-même, idéaliser son clan ou sa nation, a pour conséquence de rejeter le mal sur l'extérieur. C'est ainsi que se légitiment presque toutes les guerres."

"Sans estime de soi, on ne peut pas estimer les autres ; sans respect de soi, on ne peut pas respecter les autres. Sans amour de soi, on ne peut pas aimer les autres. L'apprentissage de la relation à soi est donc la condition de l'apprentissage de la relation aux autres."

"Une conversion du regard s'impose. Il est temps d'admettre que, non seulement l'échec n'est pas un drame, mais qu'il peut bien souvent devenir un évé­nement positif. Son premier atout, qui est loin d'être négligeable, consiste à nous remettre dans une atti­tude d'humilité face à la vie. Il nous contraint à accepter la vie telle qu'elle est et non pas telle que nous la voulons ou la rêvons. La vraie souffrance, comme je l'ai rappelé à la suite des philosophes stoï­ciens, mais aussi taoïstes, naît de notre résistance au changement, au mouvement de la vie, à son flux. Alors, réjouissons-nous quand il y a des hauts; et quand des bas se présentent, acceptons-les et fai­sons en sorte qu'ils nous servent de tremplin. En ce sens, je considère nos échecs comme autant de maîtres spirituels, c'est-à-dire de guides qui nous aident à rectifier notre trajectoire. Ils appartiennent à la loi de la vie, et je pense que leur présence, qui nous est naturellement désagréable sur le moment, est néanmoins indispensable à la globalité de notre parcours."