vendredi 21 décembre 2012

Suiseki (3) - Le dragon rouge en Alchimie


Qui connait le dragon ? 
Redoutable, redouté et pourtant allié incontournable de toute transformation....
Enfermant les attributs archaïques, sa force élémentaire antérieure à la matière, précède même la séparation du bien et du mal.


Adulé en Asie, symbole de fertilité et d'esprit créatif, il apparaît également en occident, porteur de connaissances ésotériques et témoin de LA tradition, il contenait à l'époque des Grecs et Romains les germes du savoir par l'initiation.


En Alchimie, le dragon rouge symbolise la voie par le cinabre, qui peut être sèche (l'illumination précède l'initiation) ou humide (l'initiation précède l'illumination).


Le dragon rouge, ou cinabre, enferme à la fois le principe actif masculin (soufre) et le principe passif féminin (mercure métallique)...notons aussi que c'est également un sel (le liant), ainsi le cinabre peut se définir à la fois comme le début (élément chimique) et la fin (l'union des trois principes alchimiques).


Mais avant tout, le dragon rouge est une invitation à la plongée dans l'obscurité qui masque la lumière, c'est pour cette raison qu'il paraît si effrayant...


Toutes  les pierres de cette section proviennent de ma collection personnelle et sont entièrement naturelles, façonnées par la nature.


Suiseki (2) La pierre fontaine

samedi 15 décembre 2012

Hors série Le Point - Le mystère Carl Jung


Il n'est pas rare de découvrir, au détour d'un magazine, une apparition du vieux zurichois pour mentionner un de ses concepts clef ou pour agrémenter une thématique...mais voici que le hors série n°13 (décembre/janvier) du point lui propose un numéro entier !!! Je crois que c'est une première en France pour un hebdomadaire "grand tirage" et c'est avec une petite appréhension que je m’empressais de l'acheter dès sa sortie. Allait on retomber dans les lieux communs ou mettre l'accent sur des aspects "exotiques" de son oeuvre, au détriment du message essentiel et du contenu ?

Sommaire
Jung le chamane

Du disciple au maître                                                  
"Carl Pasteur" l'enfant de l'ombre, Les "portes d'or" de l'université, Quand la psychiatrie découvrait la parole  , A la clinique de Burghölzli, Freud/Jung, une histoire d'amour, Ménage à trois, Sabina Spielrein, la passion rejetée, La quête de la liberté, Les journées Eranos, Des écrivains à Bollingen, Nazisme : le soupçon, Le vieil alchimiste, L'accouchement au forceps de "la vitta".

Who's who   
Cary et Peter Baynes, Otto Gross, Aniéla Jaffé, Wolfgang, Pauli, etc

L'élaboration d'un oeuvre
Comment est née la psychologie analytique ?, Aux sources de la pensée jungienne, L'ombre de Merlin, Parlez vous jungien ?, Le poids de l'archétype, L'autre inconscient, "Le transfert relève de l'alchimie", Comment être soi, Le Livre Rouge.

La postérité
De la difficulté d'être jungien, Les héritiers du New-Age, Individuation et franc-maçonnerie;

Impression générale
L'ensemble est d'excellente teneur, la structure rend la lecture vivante et très facile (sa vie, son oeuvre, ses relations, son influence). Les nombreuses illustrations apportent un attrait complémentaire et les intervenants sont issus d'horizons variés (parmi le panel de "jungiens" évidemment mais également un "freudien", un sociologue, artiste, etc).
Les soupçons autour du nazisme sont enfin abordés sans concession et avec objectivité, même s'il manque une partie des éléments (voir ce billet pour plus de détails).
D'après ma lecture, voici une matière intéressante pour découvrir l'homme, son influence, et pour comprendre la genèse de son oeuvre...bref, une grande avancée dans un pays où la pensée rationaliste a quelque peu étouffé le développement de la psychologie analytique.

Quelques extraits
Comme Jung l'a souvent écrit : sa psychologie n'est rien d'autre qu'un modèle qui permet de pen­ser et de mettre en ordre un cer­tain nombre de phénomènes psy­chiques. Elle n'a certes pas la prétention d'établir ce que sont en soi les forces qui, si nous n'y prenons pas garde, nous gouvernent malgré nous :... L'inconscient est donc hors de no­tre portée et nous ne pouvons prendre en compte que ce que nous considérons comme ses ma­nifestations en nous … Ce que nous dénommons inconscient est une notion bâtie par induction, qui désigne les « forces » qui s'emparent de nous, ce qui nous dépasse de partout, ce sur quoi nous ne pourrons jamais réellement nous expliquer.
-------- 
Quels sont les centres jungiens les plus importants dans le monde?

L'Europe et les États-Unis, d'abord, où se dessinent quatre zones d'influence im­portantes : à Zurich, où l'on défend un héritage assez clas­sique ; à Londres, où l'on pro­meut une approche développe-mentale qui met l'accent sur le travail de transfert ; aux États-Unis, où les neuropsychologues s'intéressent particulièrement au rôle central de l'image et de l'imagination pour en voir l'ap­plication dans le fonctionne­ment cérébral ; en Allemagne, où certains analystes dévelop­pent l'aspect métaphysique* de la pensée de |ung. Mais la géographie des jungiens bouge. De nouveaux pôles émergent en Amérique latine et en Asie. Dans certains pays où le contex­te politique est parfois très dur et où l'accès à la liberté indivi­duelle n'est pas garantie, onse passionne pour Jung, dont les idées valorisent justement la singularité de chaque indi­vidu.
----- 
Je vis Jung pour la première fois le 14 janvier 1929 et malgré ma certitude de n'avoir jamais rencontré Jung, ou même vu une photographie de lui auparavant, j'éprouvai pourtant te plus intense sentiment du déjà vu jamais vécu. En même temps, je savais que c'était la personne la plus complète qu'il m'eût été donné de connaître. Quand je peignais, j'avais toujours été attiré par cette qualité que l'on retrouve intacte, dans les animaux ou chez la plupart des enfants. Dans te monde des adultes, je ne l'avais perçu que chez les primitifs épargnés par la civilisation ou chez les vieux paysans européens qui ont vécu toute leur vie en contact étroit avec la terre. J'avais depuis longtemps abandonné tout espoir de le retrouver chez les gens cultivés {...) Tout ébranlée par ces fortes impressions, je me baissai pour caresser le chien jusqu'à ce que je sois rappelée à la réalité par Jung qui me demandait sèchement : "Êtes-vous venue de Paris pour voir mon chien ou moi?" B. Hannah

samedi 1 décembre 2012

La musique et Jung...

Jung écoutait rarement de la musique parce que "la musique touche un matériel archétypal si profond et que ceux qui la jouent ne s'en rendent pas compte. Or, si elle était utilisée en thérapie à ce niveau là, elle devrait jouer un rôle essentiel dans toute analyse" (CG Jung parle, p 214).

Selon lui, "la musique exprime par des sentiments ce que les fantasmes ou les visions expriment par des images visuels...la musique représente le mouvement, l'évolution et la transformation des motifs de l'inconscient collectif". (Correspondance 1950-1954)

Grace à Aniela Jaffé, on en sait un peu plus sur le rapport de Jung à la musique et, en fait, sa sensibilité  particulière et l'apparente perméabilité de son être aux enjeux collectifs expliquent qu'il écoutait peu la grande musique...elle pouvait provoquer une vraie souffrance chez lui.
Jaffé raconte comment un quatuor à cordes de Schubert avait dû être interrompu car "il le touchait trop". Certains quatuors tardifs de Beethoven "le remuait presque au-delà de l'insoutenable".
"Bach parle à Dieu. Bach me passionne. Mais je pourrais massacrer l'homme qui joue du Bach dans un cadre superficiel". (CG Jung parle, p 249)

Il avouera également une véritable passion pour la musique negro-spiritual.

Place à la musique, morceaux choisis parmi ceux qui touchaient le plus Jung.





mercredi 14 novembre 2012

Systema Mundi Totius

Système du monde entier
«C’est le premier mandala que j’ai réalisé, en 1916, 
complètement inconscient de ce qu’il 
signifiait.»

Ce mandala, précurseur de la série qui allait illustrer le cheminement intérieur de Carl Jung, a été conçu lors de l'inspiration qui a abouti au fameux "Sept sermons aux morts", écrits dont il y a tellement à dire, tant sur son profond décalage avec le reste de son oeuvre que sur les révélations personnelles exprimées qui ont guidées le psychologue toute sa vie durant.
La première publication de cette figure, anonyme à cette occasion, date de 1955 (Jung avait alors tout juste 80 ans). Le commentaire de la figure était fourni par l'auteur lui-même.

Je me suis permis en astérisque, quelques annotations personnelles.


«Il représente le paradoxe que constitue un microcosme à l’intérieur d’un macrocosme, et ce qui les oppose. Tout en haut, on peut voir la figure du jeune garçon dans l’œuf ailé; appelé Erikèpaios ou Phanès, en tant que créature spirituelle, il rappelle des dieux orphiques*. Sa sombre figure antithétique dans les profondeurs des Enfers est ici désignée comme Abraxas. 
Représentant le «dominus mundi», maître du monde physique, c’est un créateur de nature ambivalente. De son corps jaillit l’arbre de vie portant l’inscription «vita» (la vie) auquel fait pendant, dans la partie supérieure, un arbre lumineux ayant la forme d’un candélabre à sept branches et désigné par les mots «ignis» (le feu) et «Eros» (l’amour). 
Sa lumière est dirigée vers le monde spirituel de l’Enfant divin. 

L’art et la science appartiennent également à ce royaume spirituel, l’art étant représenté sous la forme d’un serpent ailé et la science sous celle d’une souris, elle aussi ailée (symbole d’une activité qui creuse des trous!). – Le candélabre est basé sur le principe du trois**, chiffre sacré (deux fois trois flammes et une grande flamme au centre), tandis que le monde inférieur d’Abraxas est caractérisé par le chiffre symbolisant l’Homme naturel, le cinq*** (son étoile comptant deux fois cinq branches). 

Les animaux accompagnant le monde naturel sont un monstre diabolique et une larve. Cette dernière symbolise la mort et la renaissance. 

Le mandala est également divisé à l’horizontale. Sur la gauche, d’une sphère interne symbolisant le corps ou le sang, surgit un serpent qui s’enroule autour du phallus, en tant que principe générateur****. 
Le serpent, sombre et lumineux, fait allusion au royaume ténébreux de la Terre, de la Lune, et du Vide (et est, par conséquent, appelé Satan). 

Le resplendissant royaume de la plénitude se trouve sur la droite, là où la colombe du Saint-Esprit s’envole du cercle lumineux «frigus sive amor dei» [froid, ou l’amour de Dieu] tandis que la sagesse (Sophia) se déverse sur la gauche et sur la droite d’un double calice – Cette sphère féminine est celle du Ciel. – La sphère la plus grande, caractérisée par des lignes en zigzag ou rayons, représente un soleil intérieur; dans cette sphère, le macrocosme est encore une fois reproduit – le haut et le bas étant toutefois inversés, 
comme dans un miroir. 

Ce macrocosme se répète à l’infini, son image devenant toujours plus petite, jusqu’à ce que le centre le plus intime – le microcosme proprement dit – soit atteint

*L'orphisme est un mouvement religieux de la Grèce antique, aux courant multiples et complexes, dont la croyance fondatrice est la double origine de l'homme (divine et des Titans, créatures puissantes, "telluriques")
**Le trois est associé au principe, l'unité sortant d'une dynamique (les opposés 2 et le troisième terme 1)
***Voir l'homme de Vitruve de De Vinci
****Caducée, très forte symbolique, on s'étonne que Jung ne s'y attarde pas, est ce volontaire ?

dimanche 4 novembre 2012

La libido selon Jung (1)

"On peut dire que dans le domaine psychologique le concept de libido a la même signification que celui d'énergie dans le domaine de la physique depuis Robert Mayer".

Cette phrase, extraite de Les métamorphoses de l'âme et ses symboles, contient, selon moi, le ferment qui donnera toute l'oeuvre de Jung; son point de rupture avec Freud, sa psychologie de la créativité, l'ouverture vers le sacré...en effet, pour le zurichois, la sexualité n'est qu'une des formes que revêt l'énergie vitale psychique, ou libido. Il est bon de noter que Freud lui-même, dans ses essais plus tardifs sur la théorie sexuelle, reconnaîtra que la libido peut être contenue dans des forces instinctives (pulsions) autres que sexuelles.

Unité d'intensité psychique
La libido représente l' intensité du processus psychique, sa valeur psychologique en quelque sorte. 
Toutefois il ne s'agit pas d'une valeur attribuée d'ordre moral, esthétique ou intellectuel; la valeur psychique correspond à la force déterminante du processus, qui se manifeste par des états définis ou "rendements psychiques".

Psychodynamisme indifférencié,
Ce terme abscons définit la vie de l'âme selon Jung. Comme la précédente définition de la libido l'évoque, Jung postule l'existence d'une énergie vitale psychique en constant mouvement ET, selon le premier principe de la thermodynamique de Mayer, en conservation de quantité. Pour faire simple, la libido obéit à un flux naturel, à l'instar de la circulation sanguine dans le corps, afin de nourrir la psyché. Elle circule à la fois dans l'inconscient et la conscience mais, répondant au principe de conservation, ce qui est apporté à l'un est déduit de l'autre...

La libido n'est pas seulement celle qui crée, forme et engendre ; c'est également une poussée vers un but que l'on pourrait résumer simplement par l'accroissement de la conscience humaine.
Le cours de la libido n'est pas linéaire; Jung a décelé que la dynamique psychoénergétique est "oscillatoire".

Les cycles régression/progression
 "Si la libido reste fixée au royaume merveilleux du monde intérieur, alors l'homme est devenu une ombre pour le monde d'en haut, il est comme mort ou gravement malade. Mais si la libido réussit à se libérer et à remonter vers le monde d'en haut, alors se produit un miracle: le voyage aux enfers a été pour elle une fontaine de jouvence et de la mort apparente surgit une nouvelle fécondité".

Voici qui résume bien cette notion de cycle...
Prenons le cas d'école d'un individu à l'évolution psychique optimal. 
La libido s'investit dans la conscience qui va alors se distinguait des contenus de l'inconscient, et se faisant s’accroître, c'est la phase de progression. Mais le processus épuise cette énergie et des symptômes de désunion de l'individu apparaissent.
En fait, la libido a changé de route et plongé dans l'inconscient qui retrouve alors une possibilité d'action, qui peut de nouveau exercer une influence grandissante sur la conscience, bien souvent en dépit de la résistance désespérée de l'intelligence claire. C'est la phase de régression, la fameuse descente en enfer mentionnée par Jung.

Il y a un mouvement régressif qui puise dans l'énergie indifférenciée et fait gagner en force vive en diminuant la différenciation et le mouvement progressif qui augmente la capacité discriminative mais fait perdre de la force. La conjonction du mouvement permet donc une différenciation grâce à la force extraite de l'indifférenciation.



La force du symbole
La naissance du symbole arrête la régression de la libido dans l'inconscient. La régression devient progression, le refoulement, flux. Ainsi est brisée la puissance attractive de la profondeur première.
Le salut, c'est donc le symbole (voir à ce sujet ce billet) qui peut comprendre et unir en soi conscient et inconscient.

Je réalise que ce billet est excessivement condensé, probablement trop car chaque section pourrait être l'objet d'un développement, considérons ce travail comme une première ébauche...
Il y aurait encore tant à dire, comme l'analogie entre introversion/extraversion et cycle régression/progression, les formes d'investissement de la libido, mais voici déjà une première matière très lourde à digérer...


jeudi 1 novembre 2012

L'énergétique psychique - Format poche



Ma présence sur "la toile" est rare depuis quelque temps et les billets approfondis absents...la vie est ainsi faite de certains cycles, que l'on sait déceler ou pas, mais qu'il faut toujours essayer d'accepter avec sérénité. 
En attendant que "la roue tourne", je vous propose une information concernant la sortie, relativement récente, d'un ouvrage de Jung, au format poche. Il s'agit en fait d'une compilation de plusieurs essais courts datant de périodes diverses. 
Le titre "L'énergétique psychique" est un peu trompeur car seule la première partie de l'ouvrage traite réellement de la thématique de la libido selon Jung, les autres chapitres sont, en quelque sorte, des études sur  les flux de libido et son expression visible chez l'homme...on notera l'approche résolument orientée vers l'occultisme (la croyance aux esprits, les phénomènes paranormaux, etc).

J' ai choisi cette courte présentation car je dois prendre le temps de réaliser un petit écrit sur le thème de la libido pour une amie très chère, cybervoisine pour tout dire...me voici donc sur les rails.

samedi 29 septembre 2012

Dead can dance (2) - Concert au Grand Rex

Voici le retour de la musique avec un groupe qui m'est cher et qui suit le sentier de mes introspections depuis un peu plus de 30 ans, Dead can dance (voir la présentation ici )...j'ai eu la chance d'assister à leur troisième concert français, donné au Grand Rex jeudi dernier. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que deux jours plus tard, leur concert était visible sur les plateformes de videos et ce, de plusieurs sources différentes...et bien, profitons alors de ces petits moments de partage sélectionnés par mes soins.







Cette dernière de piètre qualité mais qui m'a touché car faisant référence au décès d'un proche du chanteur...



lundi 24 septembre 2012

Global Consciousness Project


Ce billet est en écho direct avec celui sur De Chardin (voir ici ), notamment concernant le concept de noosphère qui y était évoqué. J'aimerais vous parler d'un projet particulier qui soulève un certain nombre de polémiques dans le milieu scientifique, le Global Consciousness Project (ou GCP).
Ou comment mettre en évidence ce lien subtil qui unit le genre humain, je pense que Jung aurait adoré l'expérience, lui qui la tenta à plusieurs reprises si malheureusement et avec les maigres moyens techniques de l'époque...

A quoi cela sert il ?
L’objectif premier est d'étudier « les corrélations subtiles qui reflètent la présence et l’activité de la conscience à l’échelle du monde ».  En termes simples, tenter de vérifier, de manière scientifique, qu'il existe un champ collectif de conscience humaine, que De Chardin désignait sous le terme de noosphère
Petite remarque, le projet mentionne une conscience collective mais puisqu'elle échappe à l'esprit humain et à l'individu en particulier, ne sommes nous pas dans la face cachée de la conscience, c'est à dire l'inconscient ? Et, plus clairement, le projet touchant l'échelle de l'humanité, ne sommes nous pas sur le territoire de ce que Jung nommait l'inconscient collectif ?

Qui ?

L'histoire débute dans la prestigieuse école américaine de Princeton, sous l'égide d'un spécialiste de la physique des particules, Robert Jahn, passionné également de parapsychologie, qui tenta les premiers essais avec des étudiants et fut très surpris de constater que des résultats normalement aléatoires semblaient influencés...Roger Nelson, toujours de Princeton mais cette fois spécialiste de psychologie cognitive, a dirigé l'ouverture de ce projet en septembre 1997.




Comment cela fonctionne t'il ?
Pour faire au plus simple, voici le principe :
- 65 "générateurs de nombres aléatoires" (GNA) répartis dans le monde entier envoient, à chaque seconde, 200 nombres binaires (0 ou 1),
- Sur un plan statistique et sur une échelle de masse (beaucoup de données), on devrait obtenir 50% de 0 et 50% de 1,
- Les constats depuis 1997 permettent de révéler des fluctuations, parfois importantes, dans les tendances statistiques,
- Un recensement des évènements mondiaux "remarquables" est fait pour tenter d'établir une corrélation avec les écarts statistiques anormaux.

Localisation des "GNA"

Des résultats
Délicat de se prononcer définitivement car les résultats sont évidemment sujets à polémique et les écarts sur des milliards de données ne sont pas systématiquement liés à un évènement...de plus, si l'on prend le cas marquant du 11 septembre 2001, des écarts importants sont révélés par l'équipe du GCP...mais remis en cause par une autre équipe indépendante (la polémique se situe sur le choix des GNA).
Il n'empêche qu'il ne faut pas perdre à l'esprit qu'un écart statistique notable (beaucoup plus de 1 que de 0 par exemple) n'a qu'une chance infime de se produire "naturellement" (en général moins de 1 chance sur 100 000).
La mort de Diana, de mère Thérésa, le tsunami de 2004, l'élection d'Obama, le printemps arabe sont des exemples d'évènements ayant une corrélation avec des écarts...

Ci-dessus, le pic au moment du 11 septembre 2001 avec un fait troublant : les écarts se sont révélés 4 heures avant la chute du premier avion.

Que chacun construise son propre avis, je trouve néanmoins courageux qu'un institut de notoriété mondiale ait pu dégager des fonds et des hommes pour une recherche que beaucoup considérerait comme marginal et non rentable...

Site officiel :

lundi 17 septembre 2012

Livre rouge (8) - Le texte en format poche !



Je découvre cette édition (Les Arènes) qui doit probablement exister depuis quelque temps...il s'agit du format poche de l'énorme opus jungien, qui contient le texte de la version complète. 
Je me doute que la consultation de ce "petit" ouvrage (650 pages tout de même) ne procurera pas l'effet de saisissement qui m'a traversé face à ces dessins fascinants, ces couleurs éclatantes, le grain particulier de la feuille et le format hors norme, de l'original...mais pour qui veut plonger dans l'intimité la plus extrême (et brutale) du père de la psychologie des profondeurs, c'est une aubaine à moins de 30 euros (au lieu de 200 pour l'original).
Accessible dans toute bonne libraire, virtuelle ou non, l'information est transmise.

Février 2013 : A cette heure, la majorité des exemplaires de la première édition est épuisée...et les spéculations font envoler les prix, gageons qu'une deuxième édition va arriver rapidement.

samedi 8 septembre 2012

Livre rouge (7) - Le contenu

Septembre, mois de toutes les reprises, voici donc la période propice pour mobiliser les énergies...afin d'assurer la transition vers de nouvelles lignes en cours de préparation, j'ai choisi la voie de la facilité en proposant un petit travail exposé sur le blog de mon amie Ariaga ( Laboratoire du Rêve et de l'Alchimie ). Facilité guidée aussi par une discussion en cours sur le forum.
Je tentais d'évoquer mon ressenti sur le parcours général du fameux Livre Rouge, version française...voici donc une copie 


Photo Ariaga, p. 119 du Livre Rouge de C.G.JUNG
Chère Ariaga,

Ayant succinctement parcouru les écrits de l’ouvrage, tu m’avais demandé, durant ta récente convalescence, mon ressenti. Je suis bien loin d’avoir tout appréhendé et je ne pense pas en avoir jamais l’ambition. Je dois t’avouer qu’un constat pointe : ce livre peut être abordé de deux façons radicalement différentes
Comme nous l’avons fait tous les deux au début, se contenter de l’ouvrir, admirer, laisser venir et parler les forces symboliques des dessins, de la texture du papier, des lettres gothiques ... et se les attribuer. Ou alors, se plonger dans l’écrit, activer la fonction pensée et tenter de comprendre la plongée dans l’âme de Jung … qui devient alors seul maître à bord.
Use, amie Ariaga, le plus longuement possible de l’esprit de découverte avant de passer à un approfondissement car j’ai peur que la marche arrière ne soit pas possible.


Liber primus
Ce qui m’a frappé de prime abord, c’est le fantôme apparent d’une première version. En effet, Jung avait entamé le travail de mise en forme de ses cahiers noirs sur un premier ouvrage dont les dimensions ne convenaient pas…et, soigneusement, il a collé chaque page sur la mouture finale, comme un symbole de ces éternels retours en arrière sur le chemin de l’individuation.

Je n’ai pas pu m’empêcher de " voir " Carl, regard concentré, langue sortie, appliqué à faire ses collages (je sais, j’adore les clichés).
La vision prophétique de « la marée terrifiante », augurant l’arrivée future de la première guerre mondiale m’a particulièrement touchée. J’avais alors le sentiment de découvrir l’âme élevée de Jung, sensible à une « infection psychique » par l’inconscient collectif.
Au cours de ma première lecture, le couple mystérieux Elie et Salomé a résonné au fond de moi...m’interpelant, me questionnant et le rôle de Salomé, femme séductrice et aveugle m’intriguait particulièrement. Et pour cause, c’est l’expression de l’anima qui ne peut que résonner en chaque homme. Cette figure mystérieuse bouscule Jung, le pousse à l'expérience du non mental...exercice totalement contre nature pour lui et qui le force à aller vers sa souffrance.

Liber secundus
Voici l’heure d’Izdubar, colossal et puissant (saisissant est le mot parfaitement adapté) … mais anéanti par le poison du mental si ancré chez Jung ; la raison tue le numinosum. Le géant divin est alors réduit à l’état d’un œuf que Jung garde sur lui, croyant le contrôler. Le contrôler car il ne peut pas s’en passer, il l’aime ! (Je crois que des enjeux énormes sont placés dans cet œuf et je creuserai probablement la question dans les prochains mois)
Même à l’état embryonnaire, sa force submerge Jung qui doit lui redonner vie…mais personne ne peut donner naissance à un Dieu. Carl passera à cette période, comme le raconte dans Ma vie, très près de la folie.

Philémon arrive alors, comme pour le sauver. Jung en parle ainsi : « …la fusion du sens et du non-sens, qui produit la signification suprême… ». C’est une image du Soi, du Dieu en lui. Naturellement, Jung va passer par une phase de fusion très déroutante pour le lecteur où il écrit comme étant représentant de Dieu... Finalement, il va donner " corps " à ce vieux sage à travers la réalisation d'un superbe dessin détaillé. Ce travail va lui permettre de l'objectiver et ainsi de s'en différencier.

Salomé réapparait, guérie et souhaitant de nouveau lui imposer sa présence. Jung refuse, poussé par une peur viscérale ... combien j’ai été troublé de lire ce Jung de fonction psychologique dominante "pensée" tellement effrayé par son anima, porteuse du "sentiment" (à l'opposé de la pensée). Ces puissances vitales sont bien capables de ramener un brillant chercheur à l’état de petit enfant !

Epreuves
Cette partie n'existe pas dans la version du Livre Rouge original mais a été insérée par l’éditeur ce qui me semble cohérent.
Je retiendrais deux choses : Le fameux Sermon aux morts où Jung, pour reprendre ses propres mots, « a découvert les couches pré-personnelles en lui, formant une sorte de prélude à ce qu’il avait à communiquer au monde sur l’inconscient » et puis cette phrase « Par l’union avec le soi, nous atteignons le Dieu » … pas Dieu, ni un Dieu mais LE Dieu.

Si je devais, amie, résumer ma perception du Livre rouge, je parlerais d’un chemin de souffrance et d’amour purifié.

vendredi 13 juillet 2012

Quelques pensées pour les vacances...

"La sagesse est de savoir douter où il faut, se soumettre où il faut, croire où il faut." Blaise Pascal


"Les gens réfléchissent trop à ce qu'ils doivent faire et trop peu à ce qu'ils doivent être."  Maître Eckhart


"Penser est difficile, c'est pourquoi tellement se font juges" Carl Gustav Jung


"Mon Dieu, si je n'existais pas, vous non plus n'existeriez pas puisque moi, c'est vous, avec ce besoin que vous avez de moi" Angelus silesius


"La hauteur nous attire, mais non les degrés qui y mènent; les yeux fixés sur la lune, nous cheminons volontiers dans la plaine" Goethe



"Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaitre." Christian Bobin



Je souhaite à chacun un été agréable et paisible, avec du soleil plein le coeur, qui comblera largement celui du ciel qui fait défaut...
Jean





vendredi 22 juin 2012

Matt Harding - Celui qui fait danser le monde

La ronde des anges (Fra Angelico)

C'est l'histoire d'un jeune américain qui, suite à un échec dans l'univers du jeu vidéo, décida de faire le tour du monde à la découverte des merveilles...un ami fidèle le suivit et le filma sur de courtes séquences, improvisant une danse simple, toujours la même. Le résultat eut un succès surprenant.



Fort de son succès, il décida alors de renouveler l'expérience mais cette fois, en utilisant la population locale pour le filmer, et même participer avec lui à la chorégraphie...la joie, l'allégresse de cette danse collective est communicative. Je ne saurais expliquer précisément pourquoi mais je suis à chaque fois touché par ce que je perçois dans ces visages de danseurs, de toutes les couleurs des continents...



Enfin, très récemment (mise en ligne le 20 juin), il continua sur sa lancée en orchestrant des danses collectives avec les populations, dans une chorégraphie précise, rythmée par une chanson interprétée par une amie à lui et dont il a écrit en partie les paroles (paroles d'espoir et de joie humaniste pour ceux qui comprennent l'anglais). 
C'est probablement la vidéo qui me touche le plus...elle porte en elle le symbole incarné de la cohésion humaine, de l'universalité des choses (comme la musique et la danse)...à découvrir donc.




mardi 19 juin 2012

L'homme à la découverte de son âme - Jung


"Personnellement, j'ai toujours été convaincu, depuis qu'à vingt-deux ans j'ai eu la chance de rencontrer Jung, l'homme et son œuvre, que dans les siècles futurs on parlera de Freud et de Jung un peu comme aujourd'hui nous parlons d'Aristote et de Platon. C'est pourquoi il ne faut pas laisser banaliser, polluer les sources essentielles de la vie psychologique de l'homme." Dr Roland Cahen
"Préfaceur" et traducteur de bon nombre d'ouvrages de Jung, Cahen a rédigé cette phrase que j'ai trouvé démesurée de prétention à la première lecture...et puis, finalement, du chemin parcouru entre temps, j'en arrive à me dire que ces quatre penseurs étaient bien des archéologues de l'âme comme l'histoire en a peu connu....

Continuons donc en douceur avec un ouvrage que l'on peut qualifier de vulgarisation. Cahen a réuni des textes épars dans un ensemble finalement très cohérent. Jung expose ici, avec simplicité et clarté, sa psychologie. Il constitue une excellente entrée en matière (même si je reconnais la qualité d'autres vulgarisateurs, Jung parlant de son oeuvre est d'une autre précision) qui pourrait être suivi par la lecture du plus approfondi "Dialectique du moi et de l'inconscient" (voir ici).

Le livre est articulé selon trois axes distincts et complémentaires :
Partie 1  
Jung fait état de l'homme face à ses angoisses intérieures, son rapport à la magie et la spiritualité, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, où les institutions religieuses et autres mouvements n'arrivent plus à combler chez lui un besoin de sens qui doit se construire par une quête éminemment personnelle. Il y définit ce qu'il entend par l'âme et pose la question qui jalonne toute son oeuvre "où cela me mène t'il ?".
"elle a la dignité d'une entité à laquelle il est donné d'être consciente d'une relation avec la divinité"

Partie 2
Voici le moment de découvrir les complexes, ces personnalités parcellaires qui se construisent en même temps que le moi...un long et passionnant chapitre traite notamment du fameux test d'association  et, c'est ici que se situe le plus palpitant, la manière dont ce sont établies les modalités d'interprétation.
Ici, nous sommes dans la zone liminale entre conscient et inconscient !

Partie 3
Enfin, nous entrons de plein pied dans l'ombre de l'inconscient avec les rêves...nous retrouverons ici les notions déjà établies par Freud mais surtout, les spécificités de l'approche jungienne, avec sa fonction prospective.


Quelques extraits
"nous sommes éternellement inachevés, nous croissons et changeons. La personnalité future que nous serons est déjà là, mais encore cachée dans l'ombre. Le moi, dans un certain sens, est comme une fente mobile qui se déplace sur un film, progressivement. Les potentialités futures du moi relèvent de son ombre présente. Nous savons ce que nous avons été, mais nous ignorons ce que nous serons."

"La fonction prospective forme à mon avis un attribut essentiel du rêve; l'on fera cependant bien de ne pas la surestimer; sinon l'on serait facilement tenté de voir dans le rêve une espèce de psychopompe qui, douée de sagesse supérieure, serait capable d'engager l'existence dans des voies infaillibles. Autant l'on sous-estime, d'une part, la portée psychologique du rêve, autant, d'autre part, le danger est grand, pour quiconque étudie les songes et pratique leur interprétation, de surestimer la validité de l'incons­cient pour la vie réelle."

"L'inconscient n'est pas un monstre démoniaque; c'est un organisme naturel, indifférent au point de vue moral, esthétique et intellectuel, qui ne devient réellement dangereux que lorsque notre attitude consciente à son égard est désespérément fausse."
"Nous comprenons toujours autrui comme nous nous comprenons nous-mêmes ou du moins comme nous cherchons à nous comprendre. Ce que nous ne comprenons pas en nous-mêmes nous ne le comprenons pas chez les autres et inversement. Ainsi, pour des raisons dont on n'a que l'embarras du choix, l'image d'autrui que nous portons en nous est en général hautement subjective. Comme l'on sait, même une connaissance intime ne saurait impliquer une appréciation d'autrui à son exacte valeur."

mercredi 13 juin 2012

Kairos


Voici bien longtemps que je n'avais écrit pour ce blog, les aléas de la vie dressent souvent des priorités naturelles et incontournables...pour reprendre contact avec mes lecteurs, j'aborde un thème particulier qui m'est cher, le Kairos.

Du côté grec
A l'origine, Kairos est le dieu des occasions opportunes. Evidemment, il est presque insaisissable, d'où les ailes aux talons que l'on retrouve sur ses représentations et qui lui confère cette célérité.

Ses prêtres, à l'instar du dieu, étaient rasés à l'arrière du crane et se laissaient pousser une longue mèche à l'avant. Devant le Kairos, l'homme a donc trois possibilités :
1- Ne pas le discerner,
2- Réaliser sa présence mais ne pas avoir la promptitude suffisante pour le saisir
3- Avoir la capacité de la voir et d'empoigner sa mèche.

Il me semble que cette mèche témoigne que, malgré sa rapidité, le Kairos nous offre toujours une possibilité de le saisir...

Que porte le Kairos ?
S'il incarne la bonne opportunité pour chacun, il apparaît évident que celui qui maîtrise le Kairos sera porté par le succès alors que celui qui ne le voit pas connaîtra des réussites plus "laborieuses"...mais réussite de quoi ? que ce soit sur le plan social, matériel, professionnel, c'est toujours un apport positif pour celui qui le vit. Cette notion de personnalisation est très importante.

D'ailleurs, à ce sujet, puisque Kairos s'incarne dans un instant précis, il faut souligner la différence entre lui et Chronos, le temps qui passe et s'écoule. Chronos nous emporte, tel le courant de la rivière, tous, sans exception ni distinction, mais Kairos ne se présente qu'en des points précis et distincts pour tous !
Le temps du Chronos est linéaire et saggital alors que le temps du Kairos est en lien avec notre intériorité, singulière.
Sans vouloir aller trop loin (pour cette fois), il est bon  d'évoquer la similitude qu'il peut y avoir entre le Kairos et la synchronicité. 

Le Kairos peut jouer un rôle majeur dans nos vies, car le moment juste, opportun, porte en lui le basculement, le point d'inflexion qui crée un avant et un après.



Comment attraper la mèche ?
Aristote s'est, notamment, penché sur la question dans ses traités d'éthique et un mot revient dans sa démonstration : Phronesis. La définition la plus médiocre est prudence (médiocre car ce mot n'a plus son acception antique) mais ma préférée est "sagesse pratique".
La phronesis est l'art de la vision juste pour soi et au bon moment. Celui qui a su apprendre à se connaître, sans concession, et qui, par cette connaissance de soi, possède le discernement de voir ce qui est bon pour lui.

Mais sous ce terme, les grecs vont bien plus loin car ils postulent le fait que cette connaissance de soi peut amener à la (re)connaissance de l'amour des dieux pour nous...une union réciproque en somme.
Le Kairos devient alors l’instant fugitif mais essentiel, soumis au hasard mais lié à l’absolu.

Si l'on en revient aux boussoles psychologiques de l'être, la transcription d'une bonne appréhension du Kairos me semble être :  une fonction sentiment assumée et une fonction intuition développée...pour un instant suspendu entre le temps profane et le temps sacré, quoi de plus normal d'en appeler à une fonction irrationnelle couplée, pour l'aspect connaissance de soi, à une fonction rationnel.

Je ne veux pas être trop lourd pour cette reprise et je terminerais par un commentaire sur Pindare de Gilbert Romeyer Dherbey.
«Le kairos est un don, et le don est un kairos; l'intervention du dieu dans le sort des mortels en modifie la temporalité, et l'on comprend dès lors que l'un des sens de kairos ait désigné le moment fugace où tout se décide, où la durée prend un cours favorable à nos voeux. (...) L'irruption soudaine du kairos, c'est-à-dire d'un temps visité par le dieu, se marque en général chez Pindare, par l'apparition de la lumière. (...) Lorsque l'orage a bien enténébré la terre, soudain le vent faiblit, la pluie s'arrête, la nue s'entrouve - et c'est l'embellie, une clairière de lumière soudain, dans un lieu de désolation. L'homme a senti le passage du dieu, et tel est le kairos. (...) Le kairos est une seconde d'éternité. »

mercredi 16 mai 2012

Interlude musical...

Brendan Perry du groupe Dead can dance, sur une reprise de Portishead.

Bonne écoute...


mardi 8 mai 2012

Dans les forêts de Sibérie - Sylvain Tesson

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas évoquer d'ouvrage autour de la psychologie mais je reviens aux écritures poétiques, dans la veine de la plume de Bobin (voir ici). L'auteur est un aventurier au sens originel, tour de monde en vélo, traversée de l’Himalaya, escalade de Notre Dame de Paris sont parmi ses faits d'arme. Mais son grand amour réside en Russie orientale, s'étende de la Sibérie à la Mongolie et détient un record de taille et de transparence : le lac Baïkal.

Je ne m'étendrais pas outre mesure et préfère, une nouvelle fois, laisser parler les mots du livre. Mentionnons qu'il s'agit du récit de l'auteur qui a choisi de vivre 6 mois dans une cabane de pêcheur durant l'hiver, au fin fond  des forêts de Sibérie, à quelques centaines de mètre de l'objet de ses désirs, les berges du lac Baïkal. La prose nous délivre les émotions, les paysages, les contemplations, les rapports humains, le rapport à la solitude, du rêve, de l'inaccessible...à découvrir pour tout amateur de belle plume évocatrice.


Quelques extraits


C'est le soir, il est 9 heures, je suis devant la fenêtre. Une lune timide cherche une âme sœur mais le ciel est vide. Moi qui sautais au cou de chaque seconde pour lui faire rendre gorge et en extraire le suc, j'apprends la contempla­tion. Le meilleur moyen pour se convertir au calme monas­tique est de s'y trouver contraint. S'asseoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l'idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspira­tion sortir. 


C'est dans l'intérêt du solitaire de se montrer bienveillant avec ce qui l'entoure, de rallier à sa cause bêtes, plantes et dieux. Pourquoi ajouterait-il à l'austérité de son état le sen­timent de l'hostilité du monde? L'ermite s'interdit toute brutalité à l'égard de son environnement. C'est le syn­drome de saint François d'Assise. Le saint parle à ses frères oiseaux, Bouddha caresse l'éléphant enragé, saint Séraphin de Sarov nourrit les ours bruns, et Rousseau cherche conso­lation dans l'herborisation. 


Un ermite ne menace pas la société des hommes. Tout juste en incarne-t-il la critique. Le vagabond chaparde. Le rebelle appointé s'exprime à la télévision. 
L'anarchiste rêve de détruire la société dans laquelle il se fond. Le hacker aujourd'hui fomente l'écroulement de citadelles virtuelles depuis sa chambre. Le premier bricole ses bombes dans les tavernes, le second arme des pro­grammes depuis son ordinateur. Tous deux ont besoin de la société honnie. Elle constitue leur cible et la destruction de la cible est leur raison d'être. 
L'ermite se tient à l'écart, dans un refus poli. Il ressemble au convive qui, d'un geste doux, refuse le plat. Si la société disparaissait, l'ermite poursuivrait sa vie d'ermite. Les révoltés, eux, se trouveraient au chômage technique. L'er­mite ne s'oppose pas, il épouse un mode de vie. Il ne dénonce pas un mensonge, il cherche une vérité. Il est physiquement inoffensif et on le tolère comme s'il appar­tenait à un ordre intermédiaire, une caste médiane entre le barbare et le civilisé. Yvain, le chevalier fou d'amour, erre tout nu dans la forêt. Il rencontre un ermite qui le recueille, le soigne, le ramène à la raison et le reconduit à la ville. L'ermite, passeur des mondes. 


Sur la grève, les événements des derniers jours ont libéré la vie. Le jour est plein de mouches. Je fais la sieste sur des galets chauffés. Sur les talus, des bouquets d'anémones piquettent le sable. Des canards se sont abattus sur les plans libres, avides d'amour et d'eau fraîche. Ils prenaient du bon temps au sud. Quand les chiens courent vers eux, ils décollent pathétiquement. Les hommes ont d'abord imité les oiseaux pour construire des avions, les canards, eux, imitent les premiers avions. Les rives sont agitées par un meeting aérien permanent. Des aigles planent, les oies patrouillent en bandes, les mouettes enchaînent les piqués et des papillons, tout étonnés de vivre, titubent dans l'air. Quarante-huit heures ont suffi au printemps pour confirmer son putsch.


dimanche 29 avril 2012

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)

Voici un nom qui reste dans la mémoire collective mais assez peu connaisse l'oeuvre de cet homme au parcours atypique, contemporain de Jung. Education catholique rigoureuse, ordonné prêtre de la communauté jésuite à 30 ans, formé à la paléontologie où ses recherches aboutiront à des découvertes encore reconnues aujourd'hui. Un homme de science et de religion engagé qui puisera dans ces sources pour aboutir à des thèmes qui ne peuvent qu'émouvoir les jungiens en particulier et le "cherchant" en général. Deux caractéristiques principales : la conviction que l'évolution de l'homme l'amènera à une spiritualisation de la matière, plus haut degré de spiritualité et  celle qui présente esprit et matière comme deux facettes de la même réalité, tiens donc...

L'homme
En lisant la biographie de De Chardin, j'ai retrouvé des similitudes avec la personnalité de Jung (et probablement communes à tous les grands esprits); citons en particulier l'amour de l'humain, une force et un dévouement inouï pour ses recherches, qui le conduiront jusqu'au sacrifice ultime (en découvrant sa publication sur le Pêche originel, qui le mènera à une mise à l'index de l'église et de lourdes contraintes posées par son ordre, je revoyais Jung abandonnant l'école freudienne en publiant ses Métamorphoses de l'âme).

Sa pensée
Je vais m'éloigner un peu de la paléontologie. Ses travaux sur l'évolution de l'espèce humaine (alliés à ses connaissances théologiques) l'amenèrent à certains concepts qui ne seront pas sans nous évoquer ceux de Jung.
Nous pourrions résumer ceci par cette phrase : l’évolution est une montée spirituelle qui a sa source dans la « puissance spirituelle de la matière ». Pour De Chardin, un examen critique de l'histoire de l'espèce humaine aboutit à la conclusion suivante : l'homme est conduit naturellement à une spiritualisation de plus en plus structurée et extériorisée, impliquant une conscience en continuelle accroissement (formulation différente mais idée identique exprimée par Jung lorsqu'il mentionne les primitifs et leur spiritualité basée sur des projections "les esprits de la nature").
Il nous faut mentionner également sa théorie de l’énergie qu'il considère comme l'élément originaire de la vie elle-même. Il la conçoit à l'origine de nature psychique, se différenciant ensuite en énergie physique et en matière. Esprit et matière seraient donc intrinsèquement liés. L'homme serait porteur de ce potentiel spirituel, étant le seul être vivant pouvant connaître une croissance continue de la conscience.


La noosphère
Le radical grec noüs désigne un concept aristotélicien évoquant le principe qui ordonne esprit et matière. Chardin emprunte le terme du chimiste et minéralogiste Vernadsky. Ce dernier voyait là la troisième étape du vivant, après la géosphère et la biosphère.
Il est délicat de résumer simplement le concept car De Chardin lui-même l'a développé, enrichi et précisé tout au long de sa vie...disons, de manière lapidaire, qu'il s'agirait d'un tissu vivant enveloppant la planète (à l'instar des couches de l'atmosphère) et constitué d'une part de la conscience de chaque individu depuis que l'homme possède une conscience de lui-même. Cette nappe issue de consciences posséderait elle-même sa propre faculté de pensée. Pour le jésuite, cette noosphère conduirait graduellement l'humanité a toujours plus de conscience, dépassant les civilisations, puis les sociétés, les lois puis l'éthique, pour renouer avec l'esprit immanent de la matière sous une forme unifiée de "spiritualité".

Jung écrira à la fin de sa vie qu'il était convaincu que De Chardin connaissait ses travaux...il est vrai que la noosphère et l'inconscient collectif ont indéniablement de forts liens de cousinage.
Ce billet sera surement suivi d'autres car en préparant cette synthèse, j'ai réalisé que plusieurs sujets passionnants y étaient liés.

Global Consciousness Project

jeudi 19 avril 2012

Suiseki (2) - La pierre fontaine


Apercevez vous comme moi cette source jaillissante, 
qui bouillonne au milieu de la pierre noire ?
Source de vie, elle s'écoule de gauche et de droite...



Par le versant nord, beaucoup ont tenté de la gravir, 
impétueux, téméraires.
Ces sentiers escarpés ont créé tant de dépit et d'échecs.


Une vieille légende raconte qu'un vilaine sorcière grimaçante serait à l'origine de ces malheurs.


Toutes  les pierres de cette section proviennent de ma collection personnelle et sont entièrement naturelles, façonnées par la nature.

dimanche 15 avril 2012

Archétype (9) - L'anima par James Hillman - Partie 2

Reprenons le travail de synthèse entamé ici. Hillman, qui nous a quitté il y a quelques mois est souvent considéré comme LE continuateur de la pensée de Jung outre-atlantique. Nous avions précédemment passés au crible les notion de contrepartie sexuelle de l'homme, de l'Eros et du sentiment pour finalement conclure avec Hilllman que l'Anima ne pouvait pas y être contenue de manière satisfaisante. Je regrette la manière lapidaire dont je dois traiter les chapitres de l'ouvrage pour être compatible avec l'exercice d'un blog...aussi j'engage le lecteur à venir sur le forum pour approfondir éventuellement la discussion.

4- Anima et féminin
Hillman fait un constat simple et solide : si l'Anima a un dimension archétypale reconnue (Jung l'appelle parfois "l'archétype du féminin"), elle ne peut être seulement localisée à la psyché masculine. Nous butons face à la théorie classique de Jung et pourtant Hillman rappelle que le même comportement est appelé Anima chez l'homme et nature féminine ou ombre chez la femme...
Il émet l'hypothèse que les femmes sont, par nature, âme si l'on accepte le lien entre âme et féminité. Mais le sentiment intime de l'âme n'est pas donné à la femme. Le travail avec l'Animus qui est une conquête de l'esprit (Logos) fait ressortir que l'âme est bien la sphère de leur besoin et donc non acquise de fait. L'esprit actif n'est pas l'imaginal est les deux sont nécessaires à la constitution de l'âme !
Je dois malheureusement être lapidaire mais après une étude des femmes Anima, Hillman conclue ainsi : "L'Anima devient ainsi le véhicule originel de la psyché ou l'archétype même de cette dernière".


5- Anima et psyché
Anima comme archéype de la psyché, Hillman s'appuie sur plusieurs constatations :

  • Jung associe beaucoup d'images à l'anima mais garde hors de ses limites la mère. L'anima est alors source de croissance qui éloigne de la nature. Dans l'alchimie, ce processus spécifique, appelé opus contra naturam relation qu'entretient l'adepte avec l'anima-soror, est la perspective de compréhension psychologique à opposer à la compréhension naturaliste des évènements psychiques.
  • Rappelons le lien étroit qu'établissait Jung entre Anima et Mercure, entre la "personnification de l'inconscient collectif" et "l'archétype de l'inconscient". Hillman exprime que leur identité est d'autant plus étroite que la différenciation esprit/âme n'est pas faite. 
  • Sur le plan alchimique, l'anima s'apparente à Luna et Regina. Jung s'est attardé sur Regina et conclue par le fait qu'elle est conjonction simultanée de la contrepartie du corps et de la contrepartie de l'esprit. "L'anima n'est peut être qu'une seul parmi les ingrédients de l'alchimie du processus psychique.Mais du fait de son rôle conjonctif (anima mercurius), elle constitue ce facteur au travers duquel tout se produit de façon psychique". Nous trouvons même l'idée chez Jung que plus l'anima parvient à la réalisation, plus l'existence psychique devient réalité.
  • Jung a construit ses théories sur cinq pulsions instinctuelles (contre une seule pour Freud) : faim, sexualité, activité, réflexion et création. La notion de réflexion, "se pencher en arrière" et "se tourner vers l'intérieur" est en forte corrélation avec l'anima. "La faveur des images intérieures...correspond à l'intériorisation par le sacrifice décrite par Jung, nécessaire à la conscience psychique". Dans ses séminaires anglais, Jung parle de "l'esprit de nature", où nous ne pensons pas mais sommes pensés, et il affirme que cet esprit est une propriété exclusivement féminine.  "...la réflexion est un acte spirituel qui va à l'encontre du processus naturel; un acte au moyen duquel nous nous arrêtons pour évoquer quelque chose, former une image, puis entrer en relation pour ensuite en finir avec ce que nous avons vu. Il faut, par conséquent, la comprendre comme un acte permettant de devenir conscient". Jung Ou encore, parlant de l'anima "C'est la vie derrière la conscience...dont la conscience est issue" Jung

Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)