mardi 26 mai 2020

Médiocre et rampant, on arrive à tout.

Citation de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799)

La dystopie échoue-t-elle à prévenir ? - Dystopie - Un genre ...

Anecdote


Cette citation en titre, entendue il y a quelques années, m’a longtemps amusé.
Plus de trois siècles après sa rédaction, le sourire se crispe car ce qui était un joli trait de mots à l’époque, devient une pertinente, donc douloureuse, appréciation de la société contemporaine.
Hier soir, j’éteins la télé, abasourdi.
Une chaine d’information (sic) avec les sempiternels experts (re-sic) chroniqueurs font ce qu’ils savent faire, commenter. En effet, l’investigation a disparu depuis 20 ans au profit du jugement instantané et subjectif. J’entends une succession de demi-vérités, de demi-mensonges, de complète désinformation.
« ça » existe parce que l’audience existe, l’audience existe parce que les téléspectateurs sont présents et attendent « ça », car plus capables de discerner.

Constats ?

La tour de Pise penchée au milieu de nulle partLe niveau scolaire s’effondre depuis quelques décennies, pour un ensemble de raisons mais la principale a été probablement identifiée par Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy, dans L’École désœuvrée, quand ils affirment que « l’on accueille des élèves plus faibles dans des classes plus avancées, puis, dans un second temps, on révise à la baisse les exigences en se réglant sur leurs capacités ».
Suivant l’inexorable élan d’une société devenue indolente, l’école ne vise plus à éduquer, encore moins élever, l’esprit de nos bambins mais se contente de déposer un lot de connaissances, calibré sur la base du maillon le plus « faible ». La notion de l’effort s’est perdue au profit d’une standardisation de la pensée, tirant naturellement vers un appauvrissement général.
L’enseignement, socle de la culture, culture arme contre l’ignorance, ignorance mère de tous les maux, pour reprendre Rabelais.
Que peut-on attendre d’une société qui ne propose plus
à ses enfants de culture suffisante ni même le goût du « savoir » ou de l’effort ?

Et pour les grands, où en est-on ?
  • Sur le plan social, la « beaufitude » et la négligence sont des valeurs refuge.
  • Sur le plan de la communication, les réseaux sociaux culminent. Comme l’écrivait Umberto Eco, ces espaces communautaires offrent au premier imbécile venu un poids de parole supérieur à celui d’un prix Nobel. Plus inquiétant, ils offrent un anonymat suffisant pour laisser tous les instincts s’épancher sans réserve.
  • Sur le plan sportif, l’argent et la triche ont remplacé allègrement la recherche gratuite de l’honneur et du dépassement de soi.
  • Sur le plan économique, l’enjeu du gain a, depuis longtemps, écrasé la valeur de l’unité humaine.
  • Sur le plan politique, ceux que nous élisons pour nous diriger et pour guider la cité n’ont pour seule ambition que de se faire réélire en suivant les délires vulgaires de la foule, au lieu de répondre aux responsabilités de leur fonction.
  • Sur le plan sociétal, la licence et les réglementations remplacent la liberté, tournant le dos à des siècles de civilisation.
  • Sur le plan éthique, l’hédonisme fait figure de norme et l’effort de repoussoir.
Conséquences

Au risque d’être qualifié de réac’, force est de reconnaitre qu’aujourd’hui, dans tous les domaines, la médiocrité et le « prêt-à-penser » règnent.
Les rouages qui ont conduit à cette « médiocratie » sont discrets, implacables, intégrés dans un paysage social où « l’un-dividu » ne peut que se perdre et à qui l’on impose comme normalité un objectif de confort et un mode de pensée standardisé.
Comble, cette « normalité » est érigée comme idéologie dominante de notre société.
Gare à la tête qui dépasse ! 

Individus sous influences : une société de moutons? | État du ...
Reprenant, peut être facilement, le bien connu mythe de Platon, tout le monde est au fond de la grotte à s’ébahir de la danse des ombres !
Mais aujourd’hui, les ombres dansent à toute vitesse sur des écrans de smartphone et tout le monde est confortablement assis sur des sofas offerts par une élite, heureuse de cette situation.

Finalement, l’époque tente de dissoudre l’individu au sein d’une matière collective molle, malléable à souhait.

Quelle issue ?

L’outil doit être la pensée critique, 
le terrain du combat, la subjectivité, 
l’objectif, le discernement.

25 troupeaux de moutons qui vont vous donner envie de batifoler ... 

 Développer la pensée critique, c’est faire en sorte de transformer les éléments de notre subjectivité en objet de la pensée. Penser en fonction des ressources propres à l’esprit et non par rapport aux modalités instituées par des appareils de pouvoir.
Qu’importe l’avis des experts de tous bords, les informations officielles, la pensée dominante, écrasante. Il est grand temps que l’on se mette à penser par nous-mêmes, de manière libre.
Ne plus laisser les termes idéologiques et les assertions du pouvoir gagner le siège de la subjectivité mais reconquérir une vision lucide, validée par notre pensée et des sentiments congruents.

Cela demande un effort soutenu, nécessite de sortir du lot d’une normalité docile, d’une facilité puérile… c’est finalement se lever et sortir de la caverne, seul, certes, mais libre.

La tâche est ardue mais loin d’être insurmontable.

Commençant cet article par une citation du XVIIIe, je conclurais de la même manière.
Le politicien Pierre-Marc-Gaston de Lévis (1764-1830) écrivait « attiré par la nouveauté, mais esclave de l’habitude, l’homme passe sa vie à désirer le changement et à soupirer après le repos. »
 
Cessons de désirer le changement, créons le ici et maintenant !

mardi 21 avril 2020

Habiter sa maison




Lequel es tu de ces mille visages que tu montres ?
Sais-tu qui tu es réellement ?
Sais-tu quel est l’élan qui t’anime ?
Pourquoi cours-tu continuellement ?

Tu rêves de transparence et te voilà plongeant dans le mensonge et la compromission.
Tu es opaque à toi-même.

Tu as soif de profondeur et d’intériorité et te voilà t’installant dans la banalité, cette banalité rampante qui rogne tes ailes naissantes.

Tu veux régler ta vie pour l’aventure intérieure et te voilà, écervelé, versatile, exubérant, extraverti, te diluant dans le monde avec application.

Où est ta continuité ?
Qu’est ce qui te fait toi ?
Quel sens ta vie a-t-elle dans l’économie du monde ?

Ces questions lancinantes reviennent périodiquement. Elles entretiennent un fond de frustration et d’insatisfaction qui me porte à désirer de plus en plus de changement, avec toujours plus d’ardeur.
Être en vacances de soi et de ses pesanteurs, avancer, avancer, avancer, avancer…alors que cette voie de transformation semble être un éternel retour à la case départ.

La voie empruntée n’est que doutes, inconnus, confrontations avec tout ce que tu cherches à fuir, et puis, parfois, un aperçu fugace de la douce lumière, un avant goût de quiétude, une journée « sainte chronicité ».
 
Comment écarter le plus difficile au profit du reste ?
Comment trouver l’énergie qui nous fera remonter encore et encore sur le dos du furieux destrier de la vie qui, en un instant, peut nous faire de nouveau mordre la poussière de l’amertume et de la frustration ?

On nous explique, dans la plupart des traditions, que le but est bien moins important que le chemin…cheminer, c’est bien beau, mais puisque je n’arrête pas de dire que c’est ce que je veux : AVANCER !

Je crois avoir compris, accepté et validé intellectuellement la signification profonde de cette proposition…
Le sens, qui s’éveille avec ou sans validation de l’intellect, doit prendre le pas. Car avec lui, vient l’évidence de l’application. En effet, en tant que questeur intérieur, « je m’entends ».
L’arrivée du sens ne se contre pas.
C’est l’âme qui découvre qu’elle respire.

Maître Eckhart employait à ce sujet une bien belle phrase :
Dieu vient frapper à tout instant à notre porte, mais nous ne sommes pas chez nous.

L’important du chemin, ce n’est pas d’être tendu en vue d’atteindre le but de mon voyage ; l’important, c’est d’être présent dans chaque pas. L’important, c’est d’habiter sa maison !

Hic Rhodus, hic salta , c’est ici Rhodes, c’est ici que tu dois danser  Jung aimait répéter cette phrase. C’est ici et maintenant que nous devons vivre.
Une partie de nous ne doit pas craindre de s’engager dans le tourbillon du quotidien mais il importe également de trouver en soi ce témoin intérieur suffisamment distancié pour ne pas s’identifier au mouvement du moi.
Là est le centre, le point fixe, c’est là que peut s’enraciner le JE.
Oublier d’avoir à oublier.
J’ai réalisé que vivre l’instant avec la présence la plus totale que l’on puisse donner, c’est accepter de ne plus jamais être seul.
Et c’est une pratique âpre, difficile, la plus difficile, mais accessible à tous.
Il y a plusieurs choses qui coexistent en moi.
D'une part cette certitude grandissante d’une présence bienveillante et de la profondeur de ce qu’elle est, et, d'autre part, la vie qui continue à se dérouler selon ses lois propres.
Et ce n'est que très progressivement que le mystère de ce nouveau lien va "informer" ma vie c'est-à-dire lui donner forme, structurer ma vie, changer mes façons de sentir, de réagir, d'agir de telle sorte que, petit à petit, ce que je fais, ce que je pense, ce que je sens, ma manière d'aimer ne soit plus tout à fait seulement à moi, mais soit remplie de ce que m’apporte ce lien nouvellement créé.
Ce lien, porté par une petite voix, murmure à mon âme,
 « Remonte encore et encore sur le destrier de la vie».