vendredi 24 février 2012

A la rencontre de Carl Gustav Jung - Cazenave


J'ai évoqué l'année dernière un livre de Michel Cazenave (voir ici) et c'est avec un immense plaisir que je vous livre mes impressions de cette dernière lecture...moi qui m'attendais à une énième présentation générale du psychologue et de son oeuvre, j'ai été surpris, touché, bouleversé même.
Ici, on est dans l'humain, le vécu, la tragi-comédie...Cazenave se livre, se dévoile, alors que ses derniers ouvrages très érudits auraient pu nous inciter à croire que l'intellect avait pris le dessus, voici qu'il nous livre une facette inattendue de lui.




Sommaire
Avertissement.............................................................. 5
I. Première rencontre................................................... 7
IL Seconde rencontre................................................. 23
III. Et puis Jung, malgré tout........................................35
IV. De quelques lectures de Jung................................ 47
V. Avec Jung et Pierre Solié....................................... 61
VI. Avec Jung et Henry Corbin................................... 97
VII. (En guise de conclusion) Et toujours avec Jung.....115

Avis personnel 
Je pense que mon introduction résume bien mes impressions de lecture. Cette collection d'ouvrages de chez Oxus semble s'orienter sur une présentation assez particulière : une personnalité liée par une affinité, une sensibilité commune, un parcours de vie parle sans retenue d'une autre personnalité. On aboutit sur quelque chose de vivant, stimulant voire touchant...j'ai été touché de fait. Lire Cazenave évoquer ses  profonds déboires amoureux, sa pensée résolument portée par le mystère de la vie, déceler entre les lignes un homme marqué d'un certain décalage avec son environnement qui va finalement, au gré de "hasards", trouver écho, "substance" et enfin réponses  à ses interrogations auprès d'un pair (père?) que fut Jung. Cela éclaire d'une tout autre profondeur la vie de l'auteur...et cela laisse songeur, car qui n'a jamais rêvé de vivre l'intensité d'une telle communion d'esprit ?

Quelques extraits

"La rencontre de Jung...

Le Jung que je présente ici est donc celui que j'ai compris selon les aléas de mon existence. L'on entendra dès lors pourquoi je me mets moi-même tellement enjeu dans les pages qui suivent - ce qui me semblait le minimum d'honnêteté nécessaire - de sorte que le lecteur puisse y apporter toutes les corrections qu'il jugera utiles par rapport à ses propres expériences intérieures. "


"Dans un mécanisme de défense évident, je décidai donc que je ne voulais rien savoir de lui, que je ne lirais plus le moindre texte paru sous sa signature, et que, de toute façon, ma vie n'avait qu'à se dérouler comme elle l'entendait, sans que je veuille y intervenir le moins du monde. 
(Merveilleuse contradiction dont je refusais de me rendre compte : après tout, n'était-ce pas là, précisément, une décision que j'avais prise ? Dans les instants où, malgré tout, j'en nourrissais l'obscure intuition, je m'en tirais par un tour typiquement mercurien, en arguant de ce que j'avais décidé de ne plus rien décider, et que je laissais dorénavant advenir ce qui « voulait » m'arriver.) 
Très bêtement, je n'avais pas prévu que Jung se réimposerait à travers, justement, cette apparente suspension de toute volonté quelle qu'elle fût. "

"En avais-je fini avec Jung ?
Je faillis presque le croire... Mais la vie se charge vite de vous faire changer d'avis, et j'eus tôt fait de découvrir qu'il est de ces destins auxquels on ne peut échapper, ou plutôt des « destins », des couleurs de l'existence, des « notes » fondamentales avec lesquelles on n'en a jamais terminé de s'expliquer - et qui vous marquent au plus secret de votre expérience.
Ainsi, de la disparition, des années après que j'avais connu Corbin, de celle qui avait été la compagne de ma vie, et qui avait marqué l'une des raisons de ma mélancolie de jeune homme.
Si on ne l'a pas vécu soi-même, peut-on deviner ce que signifie ainsi la mort de l'être le plus cher au monde, de celui qui vous donnait votre sens et vous indiquait la direction des Cieux dont elle vous faisait pressentir comme vous en étiez par nature un habitant naturel ?"

samedi 18 février 2012

L'alchimie à l'ère de Carl Jung - Video


Je n'ai pas encore abordé ce pan essentiel dans l'oeuvre de Jung, l'alchimie...il y aura énormément à dire et encore plus à vivre. La création récente du forum mobilisant une grande part de mon énergie, je vais me contenter, pour cette semaine, de vous offrir une vidéo très instructive (pour celui qui aborde la relation de l'alchimie et de Jung).
On trouvera une approche avant tout historique des choses mais si peu de document de qualité existe en français sur la toile qu'il me semble important de partager quand on trouve.

Pour l'aspect pratique, vous pouvez visionner le document entier, à la manière d'une vidéo classique et vous avez également un sommaire à droite qui permet de choisir une séquence précise, j'ai trouvé cela très agréable à l'usage.

Bon visionnage à tous !

vendredi 10 février 2012

Suiseki (1) - L'art de la pierre

J'aimerais vous faire partager une de mes passions, assez peu connue et encore moins diffusée en France, le Suiseki. Ce n'est pas très aisé de décrire en quelques mots ce que l'on pourrait qualifier d'art de la pierre ou, pour rendre à César ce qui est à César, l'art de la nature sur les pierres. Le Suiseki, c'est la mise en valeur de pierres spécifiques, qui finalement n'ont de valeur que par leur pouvoir d'évocation qu'elles exercent sur le regard...haut pouvoir subjectif s'il en est !
La pierre a inspiré toutes les cultures et, symbolisant ce qui est durable et solide, a souvent été le support de représentations sacrées. Les exemples sont innombrables  (mégalithisme, les trois religions monothéistes, l'alchimie, les sociétés initiatiques, etc).


Jung témoigne, dans son autobiographie "Ma vie", de son rapport particulier au minéral. Enfant, assis sur une grosse pierre, dans de longs moments de contemplation, sa conscience était ballottée et il se demandait s'il était assis sur la pierre ou s'il était la pierre elle-même...il avait aussi jeté son dévolu sur une petit pierre à qui il prêtait un caractère sacré et fusionnel avec lui. Plus tard, il se passionna pour la sculpture sur pierre et la fameuse pierre de Bollingen en est l'héritage le plus fort.


D'aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai toujours eu une fascination particulière pour le règne minéral...une collection de minéraux à l'adolescence, des visites de grottes, un voyage en Bretagne pour admirer les agencements particuliers, cette découverte fabuleuse près de Saint Malo (voir ici), etc.  

Le Suiseki est une pierre que la nature (en théorie l'abrasion naturelle des rivières) a modelé, lustré, travaillé pendant des siècles ou des millénaires et qui va prendre un caractère particulier de forme, de texture ou de teinte. L'art consiste à mettre en valeur cette pierre sur un socle en bois (daïza) ou un plateau empli d'eau ou de sable (suiban). La collection de pierre démarra en Chine vers le cinquième siècle et se développa au Japon vers le septième siècle, suite à des échanges commerciaux.

Ce n'est pas nous qui choisissons la pierre mais elle qui nous trouve...même sil existe des critères d'évaluation de qualité de pierre, je ne suis jamais rentré dans ces principes de cotations et laisse entièrement parlé mon ressenti dans le choix. J'ai envie, au fil de quelques billets, de vous présenter certaines d'entre elles et de vous les "raconter". Toutes les photos de Suiseki, qui seront associés, viennent de ma collection personnelle.

Le mot de la fin au maître japonais, Arishige Matsuura « Un bon suiseki a le pouvoir de représenter aux yeux de l'homme, sur quelques centimètres, la terre entière et le cosmos ».



vendredi 3 février 2012

Archétype (8) - L'anima par James Hillman - Partie 1


Je reviens sur ce sujet inépuisable et je vais m'inspirer des écrits de Hillman, que l'on peut découvrir dans un ouvrage malheureusement aujourd'hui très difficile à se procurer (Anima et Animus - Hillman et Emma Jung). Dans cet essai, le psychologue est allé très loin dans ses tentatives d'encadrement de la notion d'Anima...tentatives passionnantes par les perspectives offertes et les profondeurs d'implication. Je vais tâcher de ne pas dénaturer sa pensée en la résumant, ce qui ne sera pas une mince affaire.



1- Contrepartie sexuelle
Il s'agit là de l'acception la plus usuelle, se résumant par le fragment le plus inconscient de la psyché masculine, associé à sa part de féminité dans l'ombre. Mais sur ce point, Hillman demeure assez circonspect et remet en perspective la relativité de ce que l'on nomme les attributs sexuels.  "...aussi longtemps que l'Anima restera la "salade russe" dans laquelle seront confondues sentiment, Eros, relations humaines, introversion,...le développement de l'anima, but de la thérapie, tout comme l'anima elle-même, continuera à signifier tout et n'importe quoi..."


2- Eros
Contenus et sentiments érotiques seraient liés à l'anima. Pourtant, Hillman nous explique que les quatre degrés de l'anima mis en lien avec les quatre stades de la culture de l'Eros (Eve, Hélène, Marie, Sophia) par Jung sont des images du féminin sacré, un Graal pour recueillir son sang mais ne sont pas l'Eros. Selon lui, "l'anima ne rentre en usage pour nommer la vie de l'âme qu'après notre mort" (symbolique), c'est une mort tapie en notre âme, nous sommes éloignés de la pulsion de vie de l'Eros. Il nous rappelle également justement que tout ce qui est féminin n'est pas nécessairement anima et que tout ce qui est anima n'est pas forcément vénusien. A ce sujet, Hillman aborde la question de l'archétype d'Aphrodite qui brouille beaucoup les cartes car tout en désirant être reconnue, pousse son fils porteur de vie dans la danse.
"Bien que l'amour soit essentiel à l'âme,...et bien que l'âme soit ce par quoi nous recevons l'amour, il n'en est pas moins vrai que l'âme n'est pas l'amour".


3- Le sentiment
Anima comme archétype de la fonction sentiment ? forfaiture d'après Hillman qui explique cette confusion par l'idée d'infériorité (dans l'esprit collectif, fonction sentiment et féminité sont à développer pour l'homme) et par l'idée que le sentiment serait une prérogative féminine.La tâche ne serait pas de différencier le sentiment pour différencier l'anima mais de différencier le sentiment de l'anima.
Hillman pousse le raisonnement en dressant le constat de ce qui semble être la panacée pour une certaine psychologie analytique Anima = relation = sentiment. Mais, comme il le précise, l'anima est une fonction de relation qui médiatise le personnel et le collectif, ce qui est réel et ce qui ne l'est pas...ce n'est pas du tout une fonction du relationnel.
De plus, associer Anima et sentiment signifie que le rapport de deux personnes ne se fait plus à l'aune de leur personnalité propre mais de reflets archétypaux et que le développement thérapeutique est basé sur la culture du sentiment...le processus lui semble en réalité plus complexe. "Le sentiment qui se développe au cours de la constitution de l'âme est plus impersonnel, un sensibilité de détail envers la valeur spécifique des contenus psychiques et des attitudes, qu'il n'est personnel".

Afin de ne pas alourdir la lecture, j'ai choisi de diviser le sujet en plusieurs parties, s'en suivront, le rapport de l'anima et du féminin, ainsi que celui avec la psyché, l'anima et dépersonnalisation, l'intégration de l'anima, l'anima comme médiatrice de l'inconnu puis comme personnalité une et enfin anima et syzygie.

La suite ici

Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)