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mercredi 29 octobre 2025

Le moutruche, régulateur de la société...malgré lui.

Peut-être ne connaissez vous pas cet animal chimérique, composé d'une part de mouton et d'une autre d'autruche ?

Il semble pourtant important d'identifier cette créature, plus complexe qu'il n'y paraît, espèce majoritaire de la population, et déterminante du devenir de la société.

 

Magie du cybermonde, le Wiktionnaire nous propose une définition officielle :

Individu qui a les traits de caractère supposés du mouton et de l’autruche, à savoir une docilité extrême et le refus de voir les choses telles qu'elles sont en réalité, notamment en matière de politique et de problèmes sociaux. 

Ethologie* du moutruche.    *étude du comportement dans son milieu naturel

  • Le moutruche a un instinct grégaire aigu. Il suit tout autre moutruche et s'il se sent isolé de ses congénères, il plonge la tête dans le sol.
  • Le moutruche est, naturellement, très méfiant vis à vis d'individu qui présenterait la moindre singularité (au regard de ses congénères) que ce soit dans son attitude, son discours ou son apparence. S'il vous identifie comme tel, vous êtes immédiatement ranger dans une catégorie "nocive" (complotiste, révolutionnaire, hérétique, excentrique, malade mental, etc.).
  • Pour survivre, le moutruche se niche en des lieux où un discours de masse est proposé, en se gardant toujours du moindre esprit critique ou de réflexion de fond.
  • Pourtant, le moutruche peut se sentir, quelque fois, concerné...mais jamais responsable.
  • Apparent paradoxe, les moutruches aime les leaders autoritaires, voire brutaux, tant qu'ils peuvent avoir d'autres moutruches autour et, surtout, devant, eux.
  • La classe dirigeante aime profondément le moutruche et, par cycle coïncidant curieusement avec les périodes de renouvellement de leur mandat, adopte alors les discours propres à éveiller l'esprit grégaire du moutruche.
  • Le moutruche se nourrit d'espoir facile et de bonheur confortable, même sous forme d'illusion grossière, et ne supporte aucun aspect de la réalité qui contrarierait cette quête. S'il est bousculé, le moutruche plonge la tête dans le sol. 
  • Le moutruche peut se trouver dans toutes les couches sociales, tous les niveaux intellectuels, hautement diplômé ou non, rien ne le distingue, de prime abord, d'un non-moutruche.
  • Dénombrer les moutruches est un exercice périlleux car ils se révèlent de nouveaux moutruches à chaque crise, tension sociale, politique, etc.
  • Il paraitrait (Mais attention aux légendes) qu'il existe une sous-espèce rare du moutruche, le mougeon.

Le moutruche dangereux ?

  • Le moutruche isolé est, comme nous l'avons vu, totalement inoffensif et démuni.
  • En meute, il convient que le non-moutruche se tienne en retrait et, s'il le peut, prenne l'apparence du moutruche. Dans le cas contraire, tout est possible et dépend de l'intensité du sentiment de danger éprouvé par la meute. Un conseil assez fiable est, en cas d'identification comme non-moutruche, de tenter de jouer sur ce qui les effraye et d'en profiter quand leur tête est enfoui.

Moutruche et société.

C'est à l'échelle de la société que le moutruche atteint son seuil critique de nuisance, ou peut être plus précis, que sa forte propension à l'inertie et l'endormissement peut faire perdre toute capacité de choix éclairé.

On ne combat pas le moutruche car il refuse toute confrontation. Sa force réside dans son nombre. 

La vigueur d'une société est totalement proportionnelle à la quantité de moutruches en son sein.

Mutation du moutruche.

Les récentes études montrent qu'il existe une capacité de mutation chez le moutruche, qui peut, dans des cas spécifiques, lui faire perdre une part de son capitale génétique pour devenir un non-moutruche.

Le processus est mystérieux, certains affirment que c'est une question de conscience (notamment lorsqu'il réalise que la tête dans le sol laisse une partie délicate de leur anatomie à la portée de prédateurs).

mercredi 24 avril 2024

Pélerin de Compostelle comme allégorie de l'individuation

Invitation au voyage

Le pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle remonte au X° siècle. La grande époque s'étend sur les XI° et XII° siècles. Durant un millénaire, les chemins de Saint Jacques de Compostelle ont été des grands lieux de passage et d'échange, ils sont imprégnés de toute notre culture. Deux autres routes sacrées, dans le monde chrétien, valaient toutes sortes de bénédictions et d'indulgences à quiconque les parcourait : c'était celle de Rome qui menait au tombeau de Saint Pierre, son symbole était une croix et c'était celle de Jérusalem qui menait au Saint Sépulcre du Christ, son symbole était les palmes qui saluèrent le Christ quand il entra dans la ville.
Un pèlerinage peut être abordé de différentes manières et chacun l'aborde avec la culture qui est la sienne, et avec sa propre problématique religieuse, sportive, culturelle, psychologique ou mystique. Mais un pèlerinage, c'est d'abord une quête, une aventure intérieure et personnelle. Chaque étape du chemin, comme chaque fait de l'existence, revêt une valeur initiatique qu'il importe de découvrir. Le pèlerinage est une épreuve de détachement - d'arrachement de la quotidienneté - qu'il importe de vivre en tant que telle, de manière à trouver un nouvel équilibre de vie, mieux, un nouvel art de vivre. C'est également, en ce sens, du fait de tout ce que l'on abandonne, un rite de purification. Et ce dont on se purifie, c'est essentiellement de la banalité qui étouffe la conscience sous les routines. L'illumination et la révélation sont la récompense promise au terme du voyage. Le pèlerin revenant de Compostelle est souvent représenté avec un livre ouvert, symbole de la connaissance révélée. C'est le troisième aspect du pèlerinage : la conquête d'un état nouveau.
 


Notre pèlerinage part du Puy en Velay, célèbre par sa Vierge noire, forme christianisée de l'ancienne déesse Isis qui parcourut toute la Terre à la recherche des débris du corps de son frère et époux Osiris. Isis est l'initiatrice, celle qui détient le secret de la vie, de la mort et de la résurrection ; la croix ansée est le symbole de sa puissance. Isis nous invite à rechercher, au cours de notre pérégrination, les vestiges d'une connaissance perdue ou voilée et à en réaliser une synthèse vivante. C'est à un éveil de conscience que nous sommes invités. La symbolique de la Vierge noire est identique : c'est la terre avant sa fécondation, celle qui doit enfanter, la mère des dieux. La Vierge noire désigne la terre primitive, la materia prima, celle que l'artiste alchimiste doit choisir pour sujet de son grand ouvrage, c'est-à-dire sa propre transmutation.
La Vierge est souvent représentée nimbée d'étoiles. Et l'étoile, c'est le sens de Compostelle : le champ de l'étoile ou encore celui qui a reçu ou qui possède l'étoile. Le chemin de Compostelle est appelé la "voie lactée" ou encore la route étoilée.
L'étoile, c'est le signe qui annonce la naissance du 'Sauveur' et montre le chemin jusqu'à lui, signe à prendre pour nous au sens figuré de signe annonciateur et prometteur d'une nouvelle naissance, d'une régénération. Le 'Sauveur' est le symbole de la conscience nouvelle, de l'Homme total. Jacques le Majeur, Saint Jacques ou Maître Jacques, est un disciple du Sauveur, il ne le quitte pas ; avec la calebasse, le bourdon bénit et la coquille, il possède les attributs nécessaires à l'enseignement caché des pèlerins du Grand Oeuvre. C'est le porteur de l'Esprit, le Pèlerin dans la Nature. Pour nous, c'est le guide intérieur et personnel qu'il importe de découvrir sur notre sentier. C'est l'intermédiaire qui peut rendre intelligible la révélation du silence. Il est ce témoin immobile qui, en chacun de nous, regarde notre nature agir. C'est l'état intérieur dans lequel on peut se situer pour regarder le mental opérer.
L'objet du pèlerinage est donc clairement annoncé : "Conscience et Régénération".
 


C'est la première étape alchimique. Tous les alchimistes à leur début, dit-on, doivent en passer par là. Il leur faut accomplir, avec la calebasse pour viatique, le bourdon pour guide et la mérelle pour enseigne, ce long et dangereux parcours de régénération. Au figuré du moins, car c'est un voyage symbolique et celui qui veut en profiter ne doit pas quitter son laboratoire. Il lui faut veiller sans trêve sur le vase, la matière et le feu. Il doit, jour et nuit, demeurer sur la brèche. Pour l'alchimiste, Compostelle, cité emblématique, n'est point située en terre espagnole, mais dans la terre même du sujet philosophique, c'est la préparation initiale et délicate de la matière première. Route longue et fatigante par laquelle "le potentiel devient actuel et l'occulte manifeste" ! En arrivant à Compostelle la coquille, portée au chapeau, se transforme en astre éclatant, en auréole de lumière, car le premier but de transformation de la conscience est atteint. L'Adepte sait lire le Grand Livre de la Nature.
Les attributs de Saint Jacques et du pèlerin de Compostelle, avons-nous dit, sont au nombre de 3 : la calebasse, le bâton et la coquille.
 

La calebasse, qui renferme le breuvage du pérégrinant, est le signe de la purification par l'eau ; pour l'alchimiste, c'est l'image des vertus dissolvantes du mercure.
Le bâton, ou bourdon, symbolise l'endurance et le dépouillement. Il soutient la marche sur ce chemin rude et pénible ; mais c'est également une arme utile sur ce chemin plein d'imprévu et de danger. C'est une arme magique capable de mettre en œuvre les forces vitales. Lorsqu'il devient sceptre enfin, c'est un symbole de souveraineté, de puissance et de commandement, c'est l'axe du monde.
La coquille Saint-Jacques ou Mérelle de Compostelle est le symbole le plus connu. Elle est portée mystiquement par tous ceux qui entreprennent le travail et cherchent à obtenir l'étoile. On rencontre fréquemment dans les églises de grandes coquilles qui contiennent l'eau bénite. Mérelle signifie mère de la lumière. Elle sert à désigner le principe Mercure, appelé encore Voyageur ou Pèlerin, ou encore "l'eau benoîte" des Philosophes.
Pour conclure ces quelques explications, nous retiendrons que le Chemin de Saint Jacques de Compostelle est celui de la quête de l'intériorité. Il part de chacun de nous, tel que nous sommes - notre matière première - et nous conduit de dépouillement en dépouillement, de révélation en révélation, jusqu'à notre centre, source d'une vie nouvelle. Un guide intérieur nous accompagne dans ce voyage, il est symbolisé par Saint Jacques.
Se mettre à l'écoute de sa propre voix intérieure, donner vie à sa propre Présence, c'est déjà, sur la Terre, cheminer dans l'immortalité. 

dimanche 7 avril 2024

Sérendipité. Place à l'instinct !


"...l’art de trouver ce que l’on ne cherche pas 
en cherchant ce que l’on ne trouve pas..."

De nombreuses années plus tôt, je découvris ce mot dans un ouvrage de Jung. 
Tout me plaisait, à priori, dans ce mot, la consonance pleine et ronde, agréable à l'oreille, l'équilibre des syllabes. Quand son sens me fut révélé, il lui conféra alors presque un caractère magique...

Le sens général
 
La sérendipité est la découverte totalement fortuite d'une trouvaille qu'on ne cherchait pas. 
Ce terme a été inventé par un philosophe anglais, Robert Walpole (1676-1745), sur la base d'un néologisme (serendipity).

Il y a plusieurs sens induits qui constituent finalement, autant de degrés à considérer de la sérendipité. 
La proposition de l'ethnographie me plait tout particulièrement et c'est donc celle-ci que j'ai retenu :
  1. On découvre par hasard ce que l'on ne cherchait pas. Vraie sérendipité.
  2. On découvre autre chose que ce que l'on cherchait grâce à un concours de circonstances favorables. Vraie sérendipité.
  3. On découvre par hasard ce que l'on cherchait. Pseudo-sérendipité.
  4. On découvre grâce à un concours de circonstances favorables ce que l'on cherchait. Pseudo-sérendipité.
 
Bien entendu, les exemples sont innombrables dans l'histoire de l'humanité, de la pénicilline à la tarte Tatin en passant par l'ADN, le lecteur pourra s'amuser à les recenser à sa guise...

Et l'homme face à la sérendipité ?
 
Qui dit sérendipité, dit réception et attention, cette remarque n'est pas anodine pour la suite de notre billet.

Avec Platon et les Sophistes, le constat était déjà établi que l'on ne pouvait pas chercher ce que l'on ne connaissait pas parce que l'on ne sait pas ce que l'on doit chercher. Évident...en apparence.
La sérendipité privilégie pourtant les expériences, les ressentis, la position de guetteur, de fureteur, de vigie.

Ceux qui savent toujours où ils vont ne risquent jamais de se trouver ailleurs.

« Il fallait être Newton pour apercevoir que la Lune tombe, quand tout le monde voit qu’elle ne tombe pas » P. Valéry

La sérendipité, ce cadeau du "hasard heureux", demande une ouverture et des dispositions particulières pour émerger. 
Toucher la "perméabilité" aux choses, garder en alerte un regard de l'ensemble distinct du particulier, accepter l'inattendu et lui laisser une chance d'entrer dans nos vies, voici les critères principaux qui permettent la sérendipité.


Utile la sérendipité ?
 
Au risque d'être réducteur, il semble que la sérendipité exige une certaine qualité d'être. 
On peut aussi, raisonnablement, rapprocher cette qualité de celle définie par la fameuse injonction jungienne, décrivant l'attitude adaptée de l'homme face à son inconscient : "Laisser advenir".

Car oui, finalement, dans le chemin laborieux de l'individuation, la croisée de cette force structurante en nous et de notre conscience conduit, très souvent, à d'étranges rencontres, révélations, surprises et à ce que le produit de ces rencontres soit généralement tellement loin de ce que nous souhaitions initialement...c'est aussi cela la magie de la transformation qui opère, l'alchimie subtile de la vie.

Pour conclure sur le sujet, j'aimerais revenir sur cette analogie hasardeuse, voire trompeuse, que l'on fait communément entre sérendipité et synchronicité. 
Sur le "plan de l'objet" ou celui du processus engagé, on peut évoquer des similitudes. Mais rappelons, simplement, que la synchronicité tient avant tout à la notion de "révélation personnelle"'...la tarte Tatin n'a qu'à bien se tenir.
 

Plus loin
 
Deux ouvrages majeurs, assez conséquents, délicats à la digestion.


samedi 30 mars 2024

La solitude partagée...

Dans ce que j’appellerais ma quête de sens, de vérité intérieure, la recherche de mon mythe personnel selon Jung, j'ai eu la chance de croiser des personnes animées par le même "feu". 
Certains ont cheminé avec moi puis disparu, d'autres sont devenus des amis. Tous ont contribué à qui je suis aujourd'hui, et je pense pouvoir affirmer que tous vivent dans une certaine solitude assumée...solitude inhérente à cette recherche du rapport singulier à la Vie. 
J'ai fini par définir le lien, aussi fort qu'intime, qui unit nos solitudes, une affinité élective.

Cette quête défait, très naturellement, tout ce qui n'obéit pas au domaine de l'authenticité. 
Consensus, compromis, conventions de toutes sortes s'effondrent...
Il ne s'agit pas d'anarchie mais, bien au contraire, d'une "mise en ordre".

Lorsque l'on refuse de croire les apparences, d'adhérer aux pensées dominantes, de se soumettre à la doxa, deux "mouvements contradictoires" s'imposent alors à nous : 

1- La sensation d'une plénitude, d'une satisfaction intérieure, d'une réponse (provisoire ?) acquise. Un autre regard sur le monde et les autres s'édifie.
2- Simultanément, surgissent une hostilité voire un rejet de certaines personnes, parfois même proches ou "amis". Processus notoire, l'inconnu et l'incompréhension réveillent l'instinct de division et de séparation.


Ce chemin, cet engagement de vie, ne doit pourtant pas conduire à une indifférence face au "groupe", écueil fréquent, menant soit à un isolement mortifère (seul contre le monde) soit à une inflation égotique (seul digne de ce monde). 

S'il convient de se distancier de la "meute" et de son influence, ce n'est pas pour la condamner. 
Il s'agit d'établir la compréhension véritable de l'autre et de rétablir une communication authentique, expurgée de nos projections. Ce nouveau rapport à l'autre est le fruit de notre propre dialogue intérieur.

Formulé par Jung, démontré par la clinique et éprouvé par ceux qui œuvrent pour leur "accomplissement intérieur", le travail sur la psyché dépasse, finalement, le cadre du patrimoine personnel. 
Se révèle, par miroitements toujours inattendus, une part de l'humanité, un fragment "d'universel éternel", scintillements et reflets de ces fameux archétypes...

Inscrite dans "la hiérarchie naturelle des choses", cette profondeur ne sera touchée qu'une fois atteinte puis dépassée la crainte de l'affrontement de nos ténèbres personnels.
Cette lutte personnelle n'est pourtant jamais aboutie, les premières noirceurs faisant toujours place à d'autres. 
Jung évoque un processus d'individuation, certainement pas une étape ou un stade, mais bien un phénomène dynamique discontinu.
Notre conscience ne se crée pas elle-même… Elle est comme un enfant qui naît quotidiennement du sein maternel de l'inconscient.
Symbolique de l'esprit, p.465
Le courtois comptable réalise soudainement que des pulsions inavouables l'habitent, la gentille vétérinaire découvre au fond d'elle des envies sadiques et morbides qui la bousculent, l'érudit polyglotte est confronté à des besoins d'archaïsme et de sauvagerie.
Pourquoi parfois, en moi, surgit ce qui me bouscule ?


Le jugement est une capacité innée de l'humain. Jung l'a même érigé comme un des quatre constituants de la boussole psychique.
Mais le jugement ne doit jamais devenir condamnation qui est là, un choix (écueil ?) personnel.
Quand je juge autrui, je réalise, si la première "ouverture de conscience" est accomplie, que je me juge moi-même. J'abrite les tendances coupables que je suis en train de juger. Qu'il est douloureux mais libérateur d'accepter nos imperfections, nos failles....cette acceptation, si elle est sincère et assumée est une bénédiction !
Le contraire,  s'idéaliser soi-même, idéaliser son clan ou sa nation, a pour conséquence de rejeter le mal sur l'extérieur. 
"L'ennemi est tellement bête, qu'il croit que c'est nous, l'ennemi" Desproges.
Accepter l'autre dans sa différence, c'est se libérer des projections et accéder à la plus belle faculté de l'âme, l'altérité (voir ici).

Graduellement, un autre monde s'offre à nous...non, plus précisément, nous accueillons une autre vision du monde. 

Nous accepter dans notre "caractère d'imperfection" (au regard de la totalité de notre être qui nous attend) aide alors à accepter les obstacles et échecs dans notre vie. 
Ils deviennent de véritables opportunités pour la transformation intérieure; ils nous poussent à l'humilité et au lâcher-prise.

La vraie souffrance naît de notre résistance au changement, pas de nos échecs. 

« Dans l’obstacle se trouve le chemin » 





Maj du billet du 29/03/2024

mardi 26 décembre 2023

Solve et coagula - Abandon et détermination


Arcane 15, le diable sous forme de bouc humanisé
Arcane 13- Chapelle des Avenières
 
" Je retrouvai ainsi enfin le sol qui avait été la base de mes propres expériences, durant les années 1913 à 1917 ; car le processus par lequel j'étais alors passé correspondait au processus de métamorphose alchimique. " Jung, Ma vie, page 244
 
Continuons un peu sur le terrain fertile de l'alchimie dans l'œuvre de Jung.
 
Solve et coagula, pierre angulaire (ou plutôt clef définitive) du Grand Œuvre, peut se traduire  par dissolution et coagulation...deux termes qui méritent notre attention car les similitudes avec le processus d'individuation sont nombreuses.
 
Regard alchimique

Les alchimistes, qui vivaient l'expérience commune de l'esprit et de la matière (LABOR ORATOIRE),  conjuguaient la dissolution des éléments dans l'athanor (le fourneau) à celle de leur propre "nature profonde" (l'individu de Jung). 
Selon un des principes de l'alchimie, les éléments dissous, se recombinaient ensuite, pour donner un produit nouveau,  affiné, transformé, renouvelé. 
Simultanément, la plongée en eux-mêmes, suivant le rythme de la chimie visible, aboutissait à une métamorphose intérieure, l'ouverture à un tout autre, à une conversion, une métanoïa. 
L'affinage de la matière brute initiale se vivait donc dans le visible comme dans l'invisible, l'un ne pouvant se passer de l'autre.

De l'importance du cycle

Suivant les traditions d'Occident ou d'Orient, le temps linéaire n'est qu'une illusion, le temps cyclique (inscrit dans des cycles successifs) régit la réalité, le monde de l'esprit comme la dynamique de l'être...jusqu'à ce que, rejoignant, ou retrouvant une unité perdue, l'être sorte du chemin cyclique, dissipant toutes les illusions.
Dans le cas qui nous intéresse, l'édification psychique, il semblerait qu'une loi similaire gouverne les processus. Jung décrit amplement cette dualité inhérente à la psyché, imposant une résolution continuelle vers une conjonction, le binaire résolu dans le ternaire, écho ou accomplissent de l'unité. 
La plongée dans nos profondeurs toujours plus inaccessibles et impersonnelles en apparence, conduisant à cette unité fondatrice pourrait avoir comme représentation la spirale, conjonction de l'axe horizontale cyclique et l'axe verticale descendant.
 
Libido : Progression et régression

Comment, dans ce processus cyclique de dissolution et reconstitution, ne pas faire l'analogie avec les évolutions de libido, selon Jung, qui suivent des phases :
  • Régression : Inadaptation du niveau de conscience, immersion dans l'inconscient, ébranlement de l'existant, plongée vers l'inconnu, les produits de l'ombre, du fond inexploré de l'être (Solve),
  • Progression : Réorganisation des outils psychiques, adaptation au milieu extérieur, accroissement de la conscience (Coagule)

Il est essentiel de noter que les deux phases sont indissociables et indispensables.
 
La progression établit l'individu, la régression lui fournit de nouveaux matériaux, le cycle accompli construit du nouveau, suit la trace de l'unité perdue, la quête de la pierre philosophale.

vendredi 15 décembre 2023

Médiocre et rampant, on arrive à tout.

Citation de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799)

La dystopie échoue-t-elle à prévenir ? - Dystopie - Un genre ...

Anecdote


Cette citation en titre, entendue il y a quelques années, m’a longtemps amusé.
Plus de trois siècles après sa rédaction, le sourire se crispe car ce qui était un joli trait de mots à l’époque, devient une pertinente, donc douloureuse, appréciation de la société contemporaine.
Hier soir, j’éteins la télé, abasourdi.
Une chaine d’information (sic) avec les sempiternels experts (re-sic) chroniqueurs font ce qu’ils savent faire, commenter. En effet, l’investigation a disparu depuis 20 ans au profit du jugement instantané et subjectif. J’entends une succession de demi-vérités, de demi-mensonges, de complète désinformation.
« ça » existe parce que l’audience existe, l’audience existe parce que les téléspectateurs sont présents et attendent « ça », car plus capables de discerner.

Constats ?

La tour de Pise penchée au milieu de nulle partLe niveau scolaire s’effondre depuis quelques décennies, pour un ensemble de raisons mais la principale a été probablement identifiée par Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy, dans L’École désœuvrée, quand ils affirment que « l’on accueille des élèves plus faibles dans des classes plus avancées, puis, dans un second temps, on révise à la baisse les exigences en se réglant sur leurs capacités ».
Suivant l’inexorable élan d’une société, devenue indolente, l’école ne vise plus à éduquer, encore moins élever, l’esprit de nos bambins mais se contente de déposer un lot de connaissances, calibré sur la base du maillon le plus « faible ». 
La notion de l’effort s’est perdue au profit d’une standardisation de la pensée, tirant naturellement vers un appauvrissement général.
L’enseignement, socle de la culture, culture elle-même arme contre l’ignorance, ignorance mère de tous les maux, pour reprendre Rabelais. 

Que peut-on attendre d’une société qui ne propose plus
à ses enfants de culture suffisante ni même le goût du « savoir » ou encore de l’effort ?

Et pour les adultes, où en est-on ?
  • Sur le plan social, la « beaufitude » et la négligence sont des valeurs refuge.
  • Sur le plan de la communication, les réseaux sociaux culminent. Comme l’écrivait Umberto Eco, ces espaces communautaires offrent au premier imbécile venu un poids de parole supérieur à celui d’un prix Nobel. Plus inquiétant, ils offrent un anonymat suffisant pour laisser tous les instincts s’épancher sans réserve.
  • Sur le plan sportif, l’argent voire la triche ont remplacé allègrement la recherche gratuite de l’honneur et du dépassement de soi.
  • Sur le plan économique, l’enjeu du gain a, depuis longtemps, écrasé la valeur de l’unité humaine.
  • Sur le plan politique, ceux que nous élisons pour nous diriger et pour guider la cité n’ont pour seule ambition que l'assurance d'un prochain mandat en suivant les délires vulgaires de la foule, au lieu de répondre aux responsabilités de leur fonction.
  • Sur le plan sociétal, la licence et les réglementations remplacent la liberté, tournant le dos à des siècles de civilisation.
  • Sur le plan éthique, l’hédonisme fait figure de norme et l’effort de repoussoir.
Conséquences

Au risque d’être qualifié de "réac", force est de reconnaitre qu’aujourd’hui, dans tous les domaines, la médiocrité et le « prêt-à-penser » règnent.
Les rouages qui ont conduit à cette « médiocratie » sont discrets, implacables, intégrés dans un paysage social où « l’un-dividu » ne peut que se perdre et à qui l’on impose comme normalité un objectif de confort et un mode de pensée standardisé.
Comble, cette « normalité » est érigée comme idéologie dominante de notre société.
Gare à la tête qui dépasse ! 

 
Reprenant, peut être facilement, le bien connu mythe de Platon, tout le monde est au fond de la grotte à s’ébahir de la danse des ombres !
Mais aujourd’hui, les ombres dansent à toute vitesse sur des écrans de smartphone et tout le monde est confortablement assis sur des sofas offerts par une élite, heureuse de cette situation.

Finalement, l’époque tente de dissoudre l’individu au sein d’une matière collective molle, malléable à souhait.

Quelle issue ?

L’outil doit être la pensée critique, le terrain du combat, la subjectivité,  l’objectif, le discernement.


Développer la pensée critique, c’est faire en sorte de transformer les éléments de notre subjectivité en objet de la pensée. 
Penser en fonction des ressources propres à l’esprit et non par rapport aux modalités instituées par des appareils de pouvoir.
Qu’importe l’avis des experts de tous bords, les informations officielles, la pensée dominante, écrasante. Il est grand temps que l’on se mette à penser par nous-mêmes, de manière libre.
Ne plus laisser les termes idéologiques et les assertions du pouvoir gagner le siège de la subjectivité mais reconquérir une vision lucide, validée par notre pensée et des sentiments congruents.

Cela demande un effort soutenu, nécessite de sortir du lot d’une normalité docile, d’une facilité puérile… c’est finalement se lever et sortir de la caverne, seul, certes, mais libre.

La tâche est ardue mais loin d’être insurmontable.

Commençant cet article par une citation du XVIIIe, je conclurais de la même manière.
Le politicien Pierre-Marc-Gaston de Lévis (1764-1830) écrivait « attiré par la nouveauté, mais esclave de l’habitude, l’homme passe sa vie à désirer le changement et à soupirer après le repos. »
 
 
Cessons de désirer le changement, créons le ici et maintenant !