jeudi 7 février 2013

Apoptose - La mort nécessaire

cellule-souche - Trust My Science  

Ce terme étrange est également appelée "suicide cellulaire" ou, beaucoup plus déroutant, "mort cellulaire programmée"; il désigne le processus biologique particulier qui dicte à des cellules leur autodestruction. Jusqu'à sa découverte, seule la nécrose expliquait la mort cellulaire. 
Pourquoi s'intéresse à la biologie cellulaire me demanderez vous ? Parce des analogies avec les processus psychiques peuvent être révélées et qu'il est toujours instructif de noter l'inventivité de la vie, "externe comme interne".

Quelle fonction à l'apoptose ?

Elle est essentielle, sur plusieurs plans. 

La construction :
C'est par elle que durant l’embryogenèse (période de développement précédant le stade du fœtus), des distinctions morphologiques se font :
  • ce qui sera la main du fœtus ressemble initialement à une moufle, par l'apoptose, des cellules meurent pour faire apparaître les doigts,
  • elle permet aussi la disparition de notre archaïque appendice caudal,
  • elle entraîne le disparition des neurones isolés, etc.

Régulation :
  • Lors des processus immunitaires, certains anticorps inopérants peuvent devenir dangereux. Ils s'éliminent par apoptose. 
  • Lorsque la phase d'allaitement se termine, l'apoptose organise la restructuration du sein pour son retour à l'état initial en éliminant les cellules excédentaires, etc.

La participation à un équilibre subtile
On se rend compte que le corps fonctionne sur un modèle de régulation, d'ajustement continu...ainsi, l'apoptose permet elle d'équilibrer le développement cellulaire.  

Le blocage de l’apoptose : l'exemple le plus connu est celui des cellules cancéreuses.
Une apoptose intempestive : des découvertes récentes ont conclu que les problèmes lymphocytaires (immunitaires) des personnes atteintes du VIH (sida) était due à une apoptose non contrôlée.

L'apoptose est en lien avec la notion, que l'on retrouve en fréquemment cité par Jung dans ses descriptions de dynamique psychique, d'homéostasie, c'est à dire la capacité d'équilibre d'un système.
Entre création et mort, le corps est constamment maintenu dans un état d'équilibre



Comment cela se passe t'il (simplement) ?
Les biologistes expliquent que pour qu'une activité soit maintenue, le corps doit constamment envoyer des  "signaux de croissance" à ses cellules...dès que le signal est coupé, la cellule entre en apoptose. Elle s'isole et détruit son noyau.
Ainsi, au bout d'un certain nombre de divisions, qui ont fatigué progressivement son bagage génétique, la cellule enclenche l'apoptose...la vieillesse et la fin de vie répondent au même processus.


C'est donc par un phénomène interne que cette mort cellulaire s'enclenche, contrairement à la nécrose qui est liée à une intrusion externe.
Aqua Permanens: décembre 2011

Apoptose psychique ?
Je m'engage là dans un jeu d'esprit, afin de proposer des pistes de réflexion autour d'hypothétiques analogies entre l'apoptose cellulaire et considérations psychiques.

  • Tout comme l'embryon doit vivre une succession de sacrifices (morts cellulaires) pour devenir fœtus accompli, l'individu sera confronté à des morts symboliques au sein de la psyché pour se construire (voir à ce sujet le billet sur le sacrifice),
  • Le mystère de la vie place l'enjeu global au dessus des enjeux particuliers; la cellule, en se sacrifiant, contribue à la survie et au dynamisme de l'ensemble. Si elle ne s'y soumet pas, c'est tout l'ensemble qui en pâtit. De même, ces phases régressives de la libido, qui soumettent (proposent à ?) l'individu à l'abandon de "l'ancien", s'inscrivent elles dans un processus intégrant les éléments impersonnels et collectifs, l'individuation,
  • Par extrapolation, n'y t'il pas un lien étroit à établir entre les signaux de croissance et l'apoptose et les phases de progression et de régression de libido ? Cela conduirait au fait que les signaux de croissance de la conscience serait liés à la perméabilité à son inconscient, à la capacité à établir le dialogue...
  • L'organe le plus mal connu de l'organisme, le cerveau, orchestre les impulsions métaboliques, comprenant la commande de l'apoptose, afin de maintenir la vie dans son équilibre le plus parfait, quid du Soi pour la psyché ?

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Jean,

Excellent billet. Ta réflexion est très intéressante, les leçons que tu en tires me semblent « parfaites ». Merci pour cette ouverture sur l’horizon de l’Homme.

Amicalement,
Amezeg

Benoit Mouroux a dit…

Bonsoir Amezeg,

Merci pour tes fidèles lectures...

Amicalement,
Jean

Ariaga a dit…

Excellent article et comme Amezeg, je pense que tes conclusion sont l'aboutissement d'une belle réflexion. Au sujet de l'homéostase je pense à la notion de Jung de système autorégulé de la psyché(en particulier par la fonction compensatoire des rêves) et à la polarité dynamique entre les opposés. Amitiés.

Benoit Mouroux a dit…

Bonjour Ariaga,

Oui tu as tout à fait raison de le rappeler, nous sommes bien dans cet équilibre compensé...

Amitiés,
Jean

Anonyme a dit…

Merci Jean pour cet article, très intéressant parallèle. Il y a quelques jours j'ai rêvé que j'écrivais un texte pour mes propres funérailles, sur un papier à lettre de la paroisse. J'étais consciente de l'étrangeté d'une telle entreprise, et de l'étonnement que je susciterais. Mais j'y prenais plaisir.
A la prochaine,
Michelle

Benoit Mouroux a dit…

Intéressant témoignage...et un rêve très structurant je trouve.

Jean