mardi 20 septembre 2011

Un projet de vie

Le hasard est parfois facétieux...il souffle un chaud et froid nécessaire. Après une réflexion sur la mort et la psyché (voir ici), voici que s'est dessinée, tout naturellement, sans que j'établisse de prime abord le lien, une approche sur les "règles de conduite" pour l'individuation, suggérées par Jung dans son oeuvre...j'ai immédiatement pensé à un projet de vie, peut être pour mieux vivre et accepter ce qui semble n'être qu'une étape de plus, la mort. Car, rappelons le, la mort si tabou en occident, n'est pas l'opposé de la vie mais la fin d'une période débutée par la naissance.




Pilier 1 : L'ouverture
Une ébauche avait été tentée sur un ancien billet (ici). 
Un seul mot d'ordre : l'étonnement !  
Retrouver son regard d'enfant qui découvre la vie, sans à priori, sans effort d'interprétation, sans retenue...Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent nous enseigne Jésus dans Matthieu 19:14.
On peut noter à ce sujet que cette attitude n'est pas sans rappeler la réduction phénoménologique si chère à Jung. 
Savoir accueillir les choses comme elles se présentent, combien l'exercice est périlleux et on saisit bien ce que voulait dire Jung quand il écrivait, dans une lettre, "la plus grande difficulté réside dans l'extrême simplicité". Ne pas se mettre à l'écoute de" l'intérieur" est le risque de perdre le contact avec son âme.

 « II est une belle vieille légende d'un rabbin à qui un élève rend visite et demande : "Rabbi, dans le temps, il existait des hommes qui avaient vu Dieu face à face, pourquoi n'y en a-t-il plus aujourd'hui ?" Le rabbin répondit : "Parce que personne, aujourd'hui, ne peut plus s'incliner assez profondément." Il faut en effet se courber assez bas pour puiser dans le fleuve. » Jung


Pilier 2 : Spiritus rector
On trouve peu souvent ce terme dans l'oeuvre de Jung mais il m'avait fortement interpellé...comme un écho, comme si apparaissait soudainement en mot ce que je sentais depuis toujours. Ce mot transpirait de numinosité
Par ces termes, Jung évoquait le Daïmon de Socrate, cet esprit, ce génie personnel qui servait de médiateur entre les Dieux et l'homme (pour plus de détails, voir cet excellent texte). L'intuition prend alors une nouvelle teinte, comme un murmure, des mots susurrés à l'oreille mais provenant de l'intérieur. Mais s'il ne s'agissait que d'intuition, cela serait finalement assez simple...ce guide sait où il nous mène, mais peu importe pour lui les moyens et les chemins empruntés. Et quand on connaît les moyens disproportionnés dont il dispose, attention aux dégâts possibles ! C'est là où la première règle s'impose avant tout, garder toujours l'oreille ouverte, afin de ne pas provoquer les Dieux...et même dans ce cas, il n'est pas dit que nous ne soyons amenés aux portes de la folie, folie au regard des autres, nécessité impérieuse pour nous.
 « II y avait en moi un daïmon qui, en dernier ressort, a emporté la décision. Il me dominait, me dépassait, et quand il m'est arrivé de faire fi des égards (qui sont habituels dans la vie courante], c'est que j'étais aux prises avec le daïmon. Je ne pouvais jamais m'arrêter à ce que j'avais déjà obtenu. Il me fallait continuer à aller de l'avant pour rattraper ma vision. Comme, naturel­lement, mes contemporains ne pouvaient percevoir ma vision, ils ne me voyaient que me hâtant toujours en avant. » Jung


Pilier 3 : Ne jamais lâcher le Moi 
Le "laisser advenir" ne signifiera jamais une pieuse et béate acceptation de ce qui nous parvient du monde sombre de l'inconscient. Donner les brides à notre daïmon, c'est un aller sans retour vers des contrées terrifiantes car éternellement inconnues.
Quand Jung parle de confrontation, implicitement, il dresse le caractère essentiel du Moi dans le processus, sans qui aucune confrontation n'existe. Nous n'allons pas vers la fin de la raison (et du discernement) mais vers son dépassement puisqu'elle aura été entièrement assumée.
Renoncer à son Moi, succomber à la puissance du numen, c'est terminer foudroyé (l'arche d'alliance qu'il est interdit de toucher).

Que peut paraître cruelle notre condition humaine : nous sommes finis par nature, infinis par essence, sortis de l'Un. Cette différenciation est source de nostalgie et de quête d'impossible...mais ce n'est que par elle, source de conscience, que nous pouvons faire vivre l'infini en notre sein.

« Pour l'homme, en déclare Jung, la question décisive est celle-ci : te réfères-tu ou non à l'infini ? Tel est le critère de sa vie. C'est unique­ment si je sais que l'illimité est l'essentiel que je n'attache pas mon intérêt à des facilités et à des choses qui n'ont pas une importance décisive... Si nous comprenons et sentons que, dans cette vie déjà, nous sommes rattachés à l'infini, désirs et attitudes se modifient. Finalement, nous ne valons que par l'essentiel, et si on n'y a pas trouvé accès, la vie est gaspillée.» 

«Je ne parviens au sentiment de l'illimité que si je suis limité à l'extrême. La plus grande limitation de l'homme est le Soi ; il se manifeste dans la constatation vécue du "Je ne suis que cela !"... C'est quand j'ai conscience de cela que je m'expérimente à la fois comme limité et éternel, comme l'un et comme l'autre. En ayant conscience de ce que ma combinaison personnelle comporte d'unicité, c'est-à-dire, en définitive, de limitation, s'ouvre à moi la possibilité de pren­dre conscience aussi de l'infini. Mais seulement comme cela




5 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel beau billet très inspiré tu nous offres là, Jean !

Je dirais presque que « tout y est »... et parmi toutes ces précieuses citations accompagnées de tes commentaires pertinents, il me semble aujourd’hui que la plus précieuse clé est souvent celle de la simplicité : "la plus grande difficulté réside dans l'extrême simplicité".
Mais toutes sont précieuses.

Merci

Amezeg

Michelle a dit…

Simplicité de l'enfant, ouverture aux messages de l'esprit, sans lâcher le gouvernail: c'est tout un programme! Le seul qui vaille la peine, puisqu'il nous emporte dans l'aventure authentique de la vie!

Merci beaucoup, c'est magnifique!

Anonyme a dit…

Ah oui, moi j'aime bien l'idée d'un truc qui aurait une fin ça permet d'imaginer ce qu'il y aura après !

Non mais, je pense que l'infini que nous imaginons est juste celui que l'on parvient à imaginer donc pas grand chose à voir avec le réel infini

ouais…

Aston

Jean Bissur a dit…

Bienvenue Aston,

Parler de l'infini, c'est vouloir retenir l'eau entre ses bras...

Jean

Anonyme a dit…

C'est très joli ce que tu dis très poétique

Aston