jeudi 12 décembre 2013

Jung et Pauli - Archétype et science

Le lien d'amitié entre le physicien Pauli et Jung est connu. Mais qui connait Pauli ?

Un surdoué des mathématiques, contemporain de Einstein dont il publiera la première synthèse des travaux, collaborant ensuite avec le père de la physique quantique et laissant derrière lui plusieurs définitions majeures de la physique des particules.

La rencontre avec Jung fut liée à un mal être persistant de Pauli, hanté par des séries de rêves récurrents et, plus grave, sujet à un alcoolisme qui devenait handicapant au quotidien. L'analyse qui, on peut le déduire car je n'ai pas trouvé trace de cela, le guérit, aboutit également à une amitié entre les deux hommes.
Mais leur relation épistolaire et leurs travaux communs sur la synchronicité trouvent leur source ailleurs...Pauli connut des déboires répétés lors de ses expérimentations avec des machines et les défaillances se produisaient systématiquement quand il s'approchait. Il nomma même ce phénomène, "effet Pauli". Cette simple considération le décrédibilisa à l'époque aux yeux de certains de ses collègues, ce qu'il ne comprit et n'accepta pas et le rapprocha un peu plus de Jung, dont on connait l'ouverture d'esprit.

Jung et Pauli sont les deux poles du pont qui marque l'union de la matière et de l'esprit.




Voici ce qu'il écrivit au sujet des archétypes :

"Le processus de compréhension de la Nature, uni au plaisir que l’homme ressent lorsqu’il comprend, cela paraît, du fait de se familiariser à de nouvelles connaissances, reposer sur une correspondance, sur un ajustement ayant un rapport logique entre des images internes préexistantes dans l’Ame humaine et les objets extérieurs et son mode de comportement. Cette conception du savoir naturel remonte bien entendu à Platon, et fut aussi pleinement adoptée par Kepler. Ce dernier parle en effet d’idées préexistantes dans le mental divin et imprimées dans l’Ame humaine, comme des images provenant de Dieu.
Ces images originelles que l’Ame peut percevoir par moyen d’un instinct inné, Kepler les appelle archétypes. Cela concorde dans une grande mesure avec les images ou archétypes primordiaux introduits dans la Psychologie par C. G. Jung, qui fonctionnaient comme patrons instinctifs d’idéation. A ce niveau, le lieu des concepts nets est assumé par des images au contenu fortement émotionnel, qui ne sont pas des pensées mais des représentations picturales, comme si nous disions qu’elles s’offrent aux yeux du mental. Dans la mesure où ces images sont l’expression de réalités entrevues mais encore inconnues, elles peuvent aussi recevoir le nom de symboliques, selon la définition de symbolique proposée par Jung. En tant qu’agents ordonnateurs et adaptateurs de ce monde d’images symboliques, les archétypes fonctionnent, de fait, comme le pont désiré entre les perceptions sensibles et les idées, et constituent par conséquent une condition préliminaire indispensable pour le surgissement d’une théorie scientifique.


9 commentaires:

Ariaga a dit…

Quelle bonne idée de parler de Pauli surtout au moment où je me suis penchée sur Psychologie et Alchimie, le livre où Jung livre une analyse symbolique et"structurelle" des rêves de Pauli. Ton texte est excellent et je t'en remercie. Amicales bises.

Jean Bissur a dit…

Je suis content que le premier commentaire soit de toi...et si élogieux, je suis comblé ;)

Pas de hasard, tes récents billets ont fait écho à mon "inspiration".

Amicales bises,
Jean

Anonyme a dit…

Bonjour Jean,

Nous te devons là un article très intéressant, comme d’ailleurs l’article qui le suit.

" L’effet Pauli " que tu évoques me fait penser au rêve 11 de la série des rêves de W.E.Pauli étudiée par Jung dans "Psychologie et alchimie" :
« 11. RÊVE :
Le rêveur, le médecin, un pilote et la femme inconnue voyagent en avion. Tout à coup, une boule de croquet fracasse le miroir, instrument de navigation indispensable, et l’avion est précipité vers le sol. Ici aussi on ignore à qui appartient l'inconnue. »

Dans le cours de son commentaire, Jung écrit : « Ici encore, le rêveur et les trois personnages du rêve forment une quaternité. La femme inconnue, l'anima, représente toujours la fonction indifférenciée, « inférieure », qui est le sentiment dans le cas de notre sujet. La boule de croquet est liée au thème du « rond » ; elle est par conséquent un symbole de la totalité, c'est-à-dire du soi, qui est présenté ici comme étant hostile a l'intellect (au miroir). Il est évident que le rêveur « navigue » trop en fonction de l'intellect et perturbe ainsi le processus d'individuation. Dans le traité De vita longa, Paracelse nomme les quatre, Scaiolae, mais le soi, Adech (d'Adam = le premier homme). Comme le souligne Paracelse, tous deux causent des difficultés dans 1' « œuvre », de sorte qu'on peut presque parler d'une hostilité de la part d'Adech. » C.G.Jung, " Psychologie et alchimie », Éditions Buchet/Chastel.

Ne peut-on se dire que " l’effet Pauli " serait l’équivalent du fracassement du miroir par la boule de croquet du rêve, serait la traduction dans la matière, par le jeu de synchronicités incontrôlables, de l’hostilité du Soi au désir de saisie trop intellectuelle des réalités "ultimes" que manifestait le physicien Pauli au détriment d’autres aspects de sa psyché qui devaient participer davantage à cette saisie, que le chemin de l’individuation de Pauli en dépendait et exigeait cette participation de l’homme tout entier afin de se poursuivre. Il lui aurait ainsi été rappelé par le Soi que la réalisation du Soi est ce qui fait le sens d’une existence humaine, et cela par des voies qui sont celles choisies par le Soi ?

Amezeg

Jean Bissur a dit…

Bonjour Amezeg,

C'est une hypothèse tout à fait intéressante que tu nous livres là; bien évidemment, personne ne pourra définitivement la confirmer mais l'énergie dispensée par Pauli dans son travail autour des implications philosophiques de la "nouvelle science" de l'époque semble bien indiquer une inflexion dans ses orientations personnelles.

Des 5 pères de la physique quantique, c'est tout de même le seul qui ait mesuré l'impact potentiel et "systémique" de la découverte des quantas et de leurs propriétés...la suite nous donnera raison.

Amicalement,
Jean

Jean Bissur a dit…

"lui et non pas "nous", lapsus intéressant, héhéhé

Anonyme a dit…

Bonjour Jean,
Un petit message pour te dire que ce billet sur ton blog a été écrit exactement cent ans après la première plongée expérimentale de Jung dans l'inconscient. Voici un texte d'Ariaga qui en fait foi:
http://ariaga.hautetfort.com/archive/2007/09/12/c-g-jung-se-laisse-tomber-dans-l-inconscient.html
Amicalement,
Michelle

Jean Bissur a dit…

Etonnante synchronisation, merci beaucoup pour cette remarque qui permet de plonger aussi dans d'anciens billets d'
ariaga
Amicalement,
Jean

Ariaga a dit…

Je viens de m'apercevoir que Amezeg fait d'intéressantes fouilles dans mes caves. Qui sait ? Peut-être y trouvera t-il une bonne bouteille pour célébrer la fête de la Lumière. Amicales bises;

Jean Bissur a dit…

Ouiiii, c'est l'occasion de sortir les petits bijoux de la cave.

C'est notre chère Michelle qui en est à l'origine, bien que Amezeg ait initié la fête.

Bises
Jean