samedi 3 août 2013

Viktor Frankl - Psychologie et quête de sens

 

Le lecteur régulier de ce blog en aura pris l'habitude, j'aime évoquer, au gré de mes envies et émotions, des hommes et leurs pensées (puisque c'est elles qui animent mon âme). Viktor Frankl est un personnage particulier dans le paysage de la psychologie, et peu connu en France (doit on, à l'instar d'un Jung, établir un lien avec son intérêt pour ce qui n'est pas "rationnel" ?); son parcours de vie et son approche, éminemment spiritualiste font de lui un personnage atypique et marquant...à découvrir donc.

Son histoire
Autrichien de souche, le petit Viktor démontra très précocement un intérêt pour l'homme, la conscience, la vie psychique...établissant une relation épistolaire avec Freud à 15 ans, il le rencontra quelques années plus tard et le "père officiel" de la psychanalyse marquera durablement Frankl (bien que s'éloignant de l'école freudienne, il gardera toujours un grand respect et une forme d'admiration pour Freud). A noter également son adhésion, transitoire, à "l'école de Adler" qu'il quittera pour divergence de pensée.
Déporté avec sa famille durant la terrible seconde guerre mondiale, il fut le seul rescapé. Cette expérience extrême aura un impact définitif sur l'orientation de son oeuvre
Spécialisé en neurologie et psychiatrie, il fonda, sur le tard, un institut pour diffuser, pratiquer et enseigner sa psychologie spécifique, la logothérapie (de logos, à la fois parole, raison et idée éternelle).

Sa pensée
Revenons sur l'épisode en camp de concentration.
Constatant que la robustesse physique n'avait pas de lien avec la survie des prisonniers, il réalisa qu'une force et un potentiel phénoménaux se nichaient dans ce qui constituait le sens pour l'homme...ceux qui réussissait à trouver un sens, une harmonie directrice pour eux dans le chaos extérieur apparent, parvenait à réveiller une énergie qui les maintenait en vie coûte que coûte.

Pour Frankl, le sens de l'individu trouve sa source dans le spirituel. Il en a une définition assez personnelle d'ailleurs "Un homme qui a trouvé une réponse à la question du sens de la vie, est un homme religieux". Il va même plus loin en mentionnant un inconscient spirituel, mais ce billet ne me permet pas de m'étendre plus avant (pour le moment).


Si loin de Jung ?
Soyons honnête, de nombreuses similitudes se retrouvent dans leurs œuvres :

  • le domaine de la religion et du sacré est à étudier à part entière,
  • l'homme est une totalité trinitaire, guidée par le "spirituel",
  • certaine névrose sont liées à une religiosité refoulée (l'âme en souffrance de Jung),
  • l'homme doit laisser vivre en lui la "spontanéité" (chez Frankl, elle est similaire au "non rationnel" de Jung),....
La liste est loin d'être exhaustive....j'aime aussi rapprocher leur personnalité qui les a conduit tous les deux, au cours de leur vie, à des ruptures fortes au nom de leur autonomie de pensée.

Et pourtant, Frankl rejette les propositions de Jung
Si j'ai insisté sur l'attachement originel de Frankl à Freud, c'est parce que je pense que cela a limité son ouverture à une pensée pourtant si proche de la sienne...une collaboration, même provisoire, entre ses deux archéologues de l'âme, percevant l'importance du spirituel, aurait surement été des plus fructueuse. 
Quelles propositions de Jung gênent Frankl ?

"En fait, la religiosité inconsciente ne représente à aucun degré, chez Jung, une option personnelle de l'homme."  
Pour Frankl, la notion d'archétype collectif aliène l'individu et ne lui permet plus de développement personnel. Peut être faut il rappeler que l'archétype n'existe que par son incarnation dans l'individu, qui prend, de fait, une teinte toute singulière et personnelle à chaque fois.

"Une religiosité authentique n'a pas le caractère d'une pulsion, mais celui d'une option. La religiosité s'affirme avec son caractère d'option et s'éteint avec son caractère de pulsion. La religiosité est existentielle ou bien n'existe pas."
Se niche ici une subtilité délicate...en effet, pour Frankl, existe un être spirituel, appelé "inconscient spirituel", qu'il convient de laisser "éclore" et qui relie l'individu au spirituel par l'émergence du sens. Cette dynamique s'opère par et pour l'individu et est donc guidé par le moi...pourquoi pas ?
Mais si ce travail n'est pas engagé et l'être spirituel étouffé, névrose et problème psychique surgissent...en somme, avez nous le choix ? et comment appeler une dynamique vital qu'on ne peut, sans conséquence, éviter ? n'est ce pas de l'ordre du pulsionnel ?

Bref, je stoppe ce billet déjà assez lourd et promet un développement futur sur l'ouvrage phare de Frankl, "le Dieu inconscient"...

8 commentaires:

nicole a dit…

merci jean de rappeler la contribution de victor Frankle au domaine de la psychologie .Il fut le premier psy que j,ai lu (à 15 ans) période riche en recherche de sens...;o)ce rapprochement avec jung est très pertinent .

amitiés nicole

Jean Bissur a dit…

Content de te lire Nicole, merci pour ton passage et appréciation !

Amitiés,
Jean

Ariaga a dit…

Je connaissais le nom et très vaguement l'histoire mais ton article si intéressant et si bien construit me fait vraiment connaître ce penseur dont les idées me me semblent mériter d'être vraiment connues. C'est en effet dommage qu'il n'ai pas travaillé en harmonie avec Jung mais tu sais, comme moi, que c'est en se différenciant que l'on peut progresser. Amitiés.

Jean Bissur a dit…

Quelle gentille appréciation...tu as raison de souligner l'importance de la différenciation...mais, au risque de me tromper, je crois que Jung, à la différence de Frankl, a saisi cette subjectivité essentielle et l'a "transcendé"...mais je n'en fais pas une idole, jusque dans les années 50, il ne supportait pas la critique ;)

Bonne journée, chère Ariage,
Amitiés,
Jean

Ariaga a dit…

je pense qu'il y a des allusions au jeune Viktor dans la correspondance Jung Freud mais une recherche rapide faite ce matin n'a pas été fructueuse alors j'attends d'être moins en mode "été. Amitiés.

Jean Bissur a dit…

Quelle fine détectrice tu fais Ariaga !!!

Cela semble tout à fait logique en effet, je possède les correspondances, il faudrait aussi que je fouille.

Merci pour la piste,
Amitiés,
Jean

Michelle Nadeau a dit…

Bonjour Jean,
Je ne connaissais pas du tout cet homme. Merci pour ce portrait qui me donne le goût d'en savoir plus. Il semble que pour lui l'humour était primordial. Je suis bien d'accord avec ça. J'ai regardé dans l'index de la correspondance Freud-Jung mais n'y ai pas trouvé Viktor Frankl.
Amicalement,
Michelle

Jean Bissur a dit…

Ravi de te lire Miochelle.

Je n'ai, moi non plus, pas trouvé de référence à Frankl...peut être est il évoqué sans cité son nom mais là, je n'ai pas le courage de tout passer en revue.

A bientôt,
Jean