lundi 14 février 2011

Appareil psychique - Version simplifiée

Je vais tenter de dresser le tableau schématique de la psyché, telle que décrite par Jung. Disons le tout de suite, je ne vais pas rentrer dans un débat comparatif, notamment avec la vision freudienne de la chose, non par manque d'intérêt (dudit débat) ou de la crainte de controverse, mais parce que la finalité de ce billet est juste d'établir une image brute, voire même simpliste. Le lecteur assidu aura compris que j'adopte une démarche verticale dans l'approche de la psychologie jungienne...partant des structures "superficielles", je vais petit à petit m'enfoncer dans les strates de l'inconscient, répondant finalement au qualificatif de profondeur.


Pour commencer, la psyché (ou l'appareil psychique) est constituée par une opposition fondatrice (car source de vie psychique), celle entre la conscience et l'inconscient. Le sujet est d'une extrême complexité car ce que je sépare par commodité, ainsi que toutes les instances que je vais mentionner, sont en fait interpénétrés, interdépendants, et en échange continuel...ainsi, il est finalement très réducteur de les isoler. Mais comment faire autrement pour que ce soit intelligible ?

La conscience
C'est une double interface : 
          - elle reçoit les informations de l'extérieur,
          - elle reçoit les informations provenant de l'inconscient.
Pour mieux comprendre comment sont accueillies les informations dans la conscience (et l'enjeu qui y réside), je vous invite à lire les billets sur les fonctions psychologiques.
Au coeur de la conscience, existe quelque chose de très particulier, produit de l'inconscient (c'est un complexe, nous y reviendrons) : le Moi (=l'égo pour faire simple, voir ici). Au début, il est organisateur de l'expérience consciente. Puis, il se complexifie. Il devient un ensemble de représentations. C'est une force unificatrice de la psyché, il se trouve au centre de la personnalité. Il est également responsable de nos sentiments d'identité et de continuité personnelle.

La conscience est essentielle en ce qu'elle est notre seule et unique outil pour vivre toute expérience ! De quelque profondeur de notre être que surgit un contenu, il ne pourra être vécu que par la conscience. Toute transformation de l'être peut donc être résumée par un enrichissement, un "élargissement" de la conscience.
Dernière remarque, et non la moindre, contrairement à la pensée générale, c'est la conscience qui est non inconscient, et non l'inverse...en d'autre terme, la conscience adviendrait d'un champ lui préexistant.

L'inconscient
Pour simplifier au plus rapide, disons que, dans la psychologie analytique, il existe deux couches à l'inconscient, une spécifiquement liée à la singularité de l'individu, dite inconscient personnel, et l'autre, plus profondément inscrite, héritage universel de l'homme, source entre autre des mythes fondateurs de l'humanité, dénommée inconscient collectif (il me semble que le terme d'universel aurait été plus adapté, le collectif étant de nos jours proche de la notion de groupe, de communauté, etc).

L'inconscient personnel
Il est proche de l'image populaire de l'inconscient. Se nichent là des choses refoulées, expériences réprimées, oubliées, etc
Jung est à l'origine d'un test passionnant, le test d'association de mots. On livre au patient une liste de mots et on lui demande de donner le plus rapidement possible le premier terme que lui évoque chaque mot. On note le temps de réponse, la réponse, les hésitations, signes extérieurs de malaise...certains mots provoquent des "arrêts", des montées émotionnelles brusques (=affects), tout cela hors du champ de conscience du patient qui est étonné et sceptique si on lui mentionne. Ces "noeuds" inconscients, Jung les a appelé complexes.  Il se conduisent de manière autonome, comme des "personnalités parasitantes". Attention, les complexes sont des produits naturels et n'ont pas vocation destructive...le Moi dont nous avons parlé est également un complexe et on perçoit vite son intérêt. 
En se "construisant", le Moi va laisser de côté ce qu'il juge inadapté, inacceptable...ce qui, naturellement, va conduire à la "genèse" d'un autre complexe, finalement compensatoire, très important dans la psychologie analytique (nous y reviendrons), l'Ombre (voir ici). Dans la culture populaire, c'est notre "mauvaise moitié", notre "Dark Vador" personnel...et pourtant nous verrons que c'est aussi le terreau de tout développement futur.

L'inconscient collectif
C'est comme l'immense réservoir des processus du monde, ancrés dans notre cerveau; il constitue dans sa totalité une espèce d'image du monde atemporelle et éternelle qui fait contrepoids à notre vue actuelle contemporaine et consciente du monde. Il s'agit des traces d'expériences communes de l'espèce, répétées pendant des millénaires par des générations de personnes.
Nous avons vu l'existence des complexes dans l'inconscient personnel, on peut trouver leur pendant dans l'inconscient collectif avec une immense différence d'échelle dans leurs attributs. L'inconscient collectif comprend un nombre illimité d'images. Les images primordiales sont les archétypes (voir ici). Ils renferment tous un thème universel et produisent des manifestations, perçues sous forme symbolique ou mythologique.
L'image commune définissant l'archétype : c'est la structure cristalline, toujours identique pour un cristal donné, qui va finalement donner une infinité de cristaux de forme et de couleur différentes.
Ces archétypes sont puissants, source de vie mais aussi potentiellement de mort psychique (ils peuvent balayer le Moi et engendrer la dissociation psychotique). Il mobilise tant d'énergie psychique (la « libido » chez Jung) qu'il exerce, comme les planètes dans l'espace gravitationnel compare Jung, une force d'attraction qui peut influencer durablement, voire de manière définitive, le Moi


Les archétypes principaux :
   - Anima et Animus : très succinctement, l'archétype féminin présent chez tout homme et l'archétype masculin chez toute femme.
   - Ombre : complexe fort, niché dans l'inconscient personnel mais présent chez tous les hommes et donc formellement archétype.
    - Personna : c'est le masque social que chacun construit, comme compromis entre soi et la société.
    - le Soi : le "roi" des archétypes. Archétype de la totalité, réunissant les opposés et donc, par là même, la conscience à l'inconscient. La religiosité humaine serait une expression de cet archétype.


Sommaire "Archétype" étudié (Cliquer pour y parvenir)
4 - L'Anima
6 - L'ombre
7 - Le Soi

4 commentaires:

Ariaga a dit…

Toujours aussi clair et didactique. Merci;

Antiochus a dit…

Jung décrivait-t-il des différences notables entre le "moi" et "l'ego" ?
Antiochus

Jean Bissur a dit…

Bonjour Antiochus,

Délicate question. De nos jours, la majorité ne se la pose tout simplement pas. De fait, on peut considérer l’ego comme équivalent au Moi. Cependant, Jung ne parle pas (ou pas dans ce que j'ai lu) d’ego mais de Moi, notamment dans le livre de vulgarisation "Dialectique du moi et de l'inconscient".
De nos jours, l’ego a une connotation teintée de dépréciation, de nombrilisme et d'individualisme, image inadaptée ou incomplète du Moi. En synthèse, on pourrait dire que l'ego est un aspect commun du Moi mais incomplet (compensatoire face à l'inconscient et non "intégrative", je sais pas si c'est parlant pour vous)...ça n'est que mon avis.
Bonne soirée

Antiochus a dit…

C'est tout à fait parlant ... merci de votre réponse, Jean, l'ego comme image incomplète du "moi" ...