vendredi 22 avril 2011

Archétype (2) - La persona

Jung la décrit ainsi : " la persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu'il est ". Les autres m'apparaissent important pour la cerner car la construction de la persona ne se structure finalement que lorsque l'individu se confronte à l'autre. Et c'est le regard de et vers l'autre qui la révèle à soi-même.
Ce thème de la persona , en apparence assez simple à cerner, est en fait profondément délicat, pour deux raisons :
- Jung, qui a édifié ce concept assez tôt, lors de la rupture avec Freud, va le développer dans plusieurs ouvrages avant de finalement ne plus du tout en parler, au profit de l'Anima/us,
- La Persona ne répond pas précisément à la nature d'un archétype. Postuler la persona comme archétype est une confusion entre l'archétype et sa représentation. La persona est en fait un attribut du moi au service de processus archétypiques...mais restons en là pour ne pas compliquer les choses.

La persona est souvent représentée comme un simple masque, interface vital de l'individu face aux autres, à la société. Pour simplifier, disons que c'est la face éclairée et visible de notre être "sociabilisé", et que la source lumineuse est au sein même de notre psyché...au gré des jeux sociaux et culturels, nous orientons différemment la lumière. Mais les mains qui tiennent le spot sont en fait une part de notre inconscient...c'est là l'aspect fondamental, me semble t'il, de la persona. Elle révèle la façon dont le moi vit ses tensions relationnelles : l'ombre non intégrée, les failles narcissiques, les complexes autonomes, les conflits des opposés, viennent buter contre elle ou s'en saisir. Elle impose le personnage qu'elle joue à son insu, sacrifiant le moi réel qu'elle croit représenter. En cela, finalement, la persona serait alors la fonction qui permettrait au moi de se présenter aux objets externes et d'entrer en relation avec eux, tout en tenant compte de ses objets internes



Si la persona est indispensable, car, sans, nous sommes d'une totale vulnérabilité et inadapté sur un plan social, le danger premier est de s'identifier tout entier à elle. C'est un cas assez classique et confortable que d'accepter comme soi fini cette "construction sociale"...c'est évidemment dénier notre nature profonde et réelle qui saura de gré ou de force remonter à la surface à un moment. Le travail laborieux qui permet la différenciation, opère selon plusieurs phases : la re-connaissance de la personna, l'identification de ce qui en est à la source et qui finalement va consteller des contenus collectifs comme l'Anima/us. C'est donc un travail aussi essentiel, et très souvent parallèle, à celui que l'on opère sur l'Ombre (billet à suivre).
Tout comme la persona est la fonction de relation du moi aux objets externes, l'anima/us est la fonction de relation aux objets internes. Elles ont l'une vis-à-vis de l'autre un rapport de complémentarité. L'identification du moi à l'une ou l'autre fonction maintient l'autre dans l'inconscient.

Le moi, en tant que porteur du masque, ne doit pas oublier l'importance de la face interne. Il est tellement aisé de s'identifier à celle qui est la plus sollicitée par le collectif,. Dans le processus d'individuation, il y a comme un quelque chose qui rend le masque de plus en plus léger : les traits externes deviennent toujours plus homologues de ceux de l'intérieur. Le masque deviendra plus léger et plus élastique, par conséquent moins rigide, plus facile à endosser, et à porter avec naturel parmi les autres. Il deviendra en fait une véritable protection dans toutes les circonstances de la vie.

Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)
3 - Approfondissement
4 - L'Anima
5 - Approche de l'animus
6 - L'ombre
7 - Le Soi
8/9 - L'anima par Hillman Partie 1  Partie 2 
10 - Encore un peu plus loin

8 commentaires:

Ariaga a dit…

Nous serions bien nu sans le vêtement de la Persona. amitiés.

Jean Bissur a dit…

En effet, l'âme prendrait vite froid sans elle.

Amitiés

Lilou a dit…

Le masque devient notre allié dès que nous savons le mettre et l'enlever..
C'est une manière de conjuguer " je suis" au présent en liant Etre et suivre.

Voilà les mots qui se sont posés spontanémént après avoir lu cet article passionnant..
Merci de ce partage.

Jean Bissur a dit…

C'est moi qui doit remercier pour cette synthèse si claire et légère...
Merci donc

Kélilan a dit…

Bonsoir Jean,

En lisant l'Introduction du Livre Rouge, je suis tombé sur cette phrase, page 208 colonne gauche au milieu, à propos de la Personna :

"Il s'agit d'un segment de psyché collective attribué, par erreur, à l'individu."

Je dois dire que je ne saisis pas bien ce "par erreur" et ça me turlupine, d'autant plus que je n'ai pas trouvé de secours dans les quelques livres de et sur Jung en ma possession ainsi que dans le Dictionnaire Jung.

Pourriez-vous m'éclairer sur le sens de cette phrase d'après vous ?...

Merci :)
Stéphane

Jean Bissur a dit…

Bonsoir Stéphane,

Tout d'abord, je vous félicite d'avoir franchi le cap et acheter cet ouvrage si particulier...je pense que l'aspect graphique devrait particulièrement vous séduire (le reste n'appartient qu'à vous seul).

Selon moi, puisque vous mentionnez la note d'éditeur, cela signifie que l'on associe naturellement la persona à l'individu alors qu'elle est du domaine de l'impersonnel. Dire, "c'est l'image de moi que je fournis aux autres" n'est pas la réalité complète...et pourtant ce qui est souvent admis comme tel.
La persona est le sas entre deux profondeurs de l'inconscient.
C'est ce que je précisais dans mon billet par "attribut du moi au service de processus archétypiques"...comme c'est une notion hautement subtile, il existe plusieurs voie "d'interprétation". Pour le commentateur du Livre Rouge, nous sommes pleinement dans le collectif, je serais personnellement moins catégorique.

Amitiés,
Jean

Anonyme a dit…

Le masque est générateur d'illusions, quitter l'illusion pour le réel fait tomber de très haut et ça fait très mal mais c'est le seul moyen de ne pas dévier et partir dans le délire

Psyché

Anonyme a dit…

Bien sûr ensuite il faut accepter cette réalité c'est la deuxième étape pour ne pas dévier dans le délire.

Psyché