mercredi 25 mai 2011

Archétype (3) - Approfondissement

Poursuivons la présentation de ce concept fondamental, entamée ici. Encore une fois, est il important de rappeler que théoriser la vie psychologique est illusoire car elle ne peut que se vivre personnellement, à l'aune de sa subjectivité propre...cela s'applique d'autant plus à ce qui touche à l'inconscient collectif, patrimoine du genre humain en perpétuelle évolution. J'aime l'idée que l'accomplissement d'une vie, l'élargissement d'une conscience, va nourrir ce patrimoine et le changeait à jamais... 

L’archétype est comme un trou noir dans l’espace. La conscience ne pourra jamais l'appréhender mais percevoir son influence par la façon dont il attire la matière et la lumière vers lui. Les archétypes sont souvent comparés à des potentialités d'images tant que nous ne les avons pas vécues individuellement. Quand elle est associée à un vécu concret, une image  prend vie, acquiert un sens et une influence sur nous mais ce faisant elle s'ampute de son "ampleur", de sa charge d'énergie, qui passe de l'inconscient à la conscience. C'est la vocation finale de l'archétype dans le cadre de l'accomplissement psychologique de l'individu (individuation). Pour Jung, nous sommes, de façon naturelle, constamment confrontés aux archétypes qui structurent et ordonnent notre psyché, sans que nous ne puissions jamais nous les approprier...il utilise la jolie image de la mer qui porte les vagues (psychés individuelles). Pour autant, " l'archétype n'est pas une disposition qui sommeille, en attendant bien tranquillement son actuation. Bien au contraire, c'est une disposition dynamique qui tend vers sa réalisation ". L'inconscient mène une vie autonome et se manifeste dans la conscience sans l'avis ou l'accord de celle-ci...alors, autant coopérer.


Marie-Louise von Franz apporte un éclairage intéressant, me semble t'il : « Jung définit comme archétypes toutes les dispositions innées et structures psychiques évidentes qui, dans des situations caractéristiques et répétées produisent des représentations, des pensées, des émotions et des motifs imaginaires similaires dans leurs structures. ».
On a souvent comparé les archétypes aux « Idées » de Platon. Il y a pourtant une différence entre une représentation archétypique et une idée platonicienne. Cette dernière est un contenu purement abstrait alors que l'archétype peut "émerger" par le biais d'un sentiment ou d'une émotion mais aussi par les supports smythologiques. Von Franz dit encore ceci : « Les archétypes en tant que tels sont des structures intangibles : ce n'est que lors de leur stimulation par une situation critique, intérieure ou extérieure, c’est-à-dire à un moment décisif, qu'ils vont produire une image archétypique ( ... ), une pensée, une intuition ou une émotion. ».


Tous les archétypes sont "bipolaires". ( "ils contiennent tout ce qui il y a de plus beau et de plus grand de ce que l'humanité a jamais pensé, senti ou éprouvé, mais aussi toutes les pires infamies et les plus infernales inventions dont les hommes ont pu être capables".). Ils paraissent paradoxaux dans leur principe ; ainsi l'esprit est à la fois "senex et juvenis" et le vieux sage peut aussi être le magicien démoniaque. En fait, renfermant potentiellement le noir avec le blanc, le plus avec le moins, ils concilient intrinsèquement les opposés. Ils sont à l'origine du processus le plus fondamental du développement psychique, et le plus mal compris, la conjonction des opposés différenciésLa conjonction n’est ni mélange, ni fusion, ni conflit des opposés. Elle "traverse" les deux camps pour arriver vers un troisième, quintessence des deux premiers, toujours exprimé symboliquement. C'est la voie d'enrichissement la plus poussée de la conscience mais le processus nécessaire est long et douloureux : en effet, l'archétype vit dans l'inconscient par les projections (voir ici) dont il faut dans un premier temps prendre conscience pour s'en libérer et se réattribuer l'énergie (remise en cause profonde) pour finalement aboutir au sacrifice de l'ancien moi (nous y reviendrons).

Jung découvre que l'archétype pose son influence à la frontière de deux mondes;. il a un pied dans la matière et un autre dans l'esprit..L'archétype est défini comme psychoïde: il est à la jointure entre la psyché et le soma et opère dans les deux domaines. Ce qui fait qu'il peut s'exprimer autant par les mythes, l'imaginal, les images symboliques que par la souffrance, la pathologie, ou, plus légèrement , par des fantaisies du comportement, des formes de style, de voix, de maintient etc..

Nous voici parvenus sur des rives lointaines et prometteuses que j'explorerai dans de prochains billets...


Sommaire "Archétype" (Cliquer pour y parvenir)
2 - La persona
4 - L'Anima
5 - Approche de l'animus
6 - L'ombre
7 - Le Soi
8/9 - L'anima par Hillman Partie 1  Partie 2
10 - Encore un peu plus loin

5 commentaires:

nicole a dit…

que c'est rafraîchissant de te lire Jean; après de nombreuses années , je n'avais pas vraiment tablé sur les principes jungiens. Tes synthèses et réflexions sur ceux-ci me permettent d'y retoucher tout en m,épargnant temps et énergie...;o) tout en apportant quelque chose de neuf. Merci de ton apport à la connaissance mais aussi à l'actualisation de l'approche.

amicalement nicole

Jean Bissur a dit…

C'est le plus stimulant compliment que l'on pouvait me faire Nicole...ma productivité ralentie m'oblige à mesurer plus les mots, dans tout mal se cache un bien.

Amitiés

Ariaga a dit…

Toute la journée de hier, impossible de valider un commentaire sur ton blog. Je voulais te féliciter pour avoir repris tex textes si intéressants. Je pense au psychoïde que je n'ai jamais pu définir clairement et même Jung ... Amitiés.

Ariaga a dit…

Une relecture ...

Anonyme a dit…

"Chaque symbole est un microcosme, un monde total." "Le symbole, pluridimensionnel, est susceptible d'un nombre infini de dimensions"
écrit Jean Chevalier dans la préface au dictionnaire des symboles.

Merci beaucoup Jean pour cet article très vivant et intéressant sur une notion pas facile à saisir et donc à exprimer en mots!

Amicalement,
Michelle