mercredi 25 mai 2011

Archétype (3) - Approfondissement


Poursuivons la présentation de ce concept fondamental, entamée ici. 
Remarque liminaire : Théoriser la vie psychologique est utile pour sa compréhension mais présente l'écueil d'une limitation subjective de l'auteur. La dynamique psychique ne peut se vivre qu'à l'échelle individuelle, à l'aune de sa propre expérience intérieure...Ceci est d'autant plus vrai quand on aborde le domaine de l'inconscient collectif, patrimoine du genre humain, en perpétuelle évolution. Rappelons l'idée défendue par Jung que l'accomplissement d'une vie, l'élargissement d'une conscience, va nourrir ce patrimoine et le changeait pour toujours.


L’archétype agit tel un trou noir dans l’espace. 

La conscience ne pourra jamais l'appréhender, seulement percevoir son influence par la façon dont il attire "la matière et la lumière vers lui".
Jung déduit finalement que les archétypes constituent des centres d'énergies (voir libido ) si intenses qu'ils semblent influer sur l'ensemble des mouvements psychiques, tels des "point nodaux" d'un réseau. Il évoque le caractère numineux de l'archétype, reprenant l'expression dérivée du latin numen (utilisé par les romains pour désigner la puissance agissante divine) de Rudolf Otto.
« L’expérience archétypique est une expérience intense et bouleversante. Il nous est facile de parler aussi tranquillement des archétypes, mais se trouver réellement confronté à eux est une toute autre affaire. La différence est la même qu’entre le fait de parler d’un lion et celui de devoir l’affronter. Affronter un lion constitue une expérience intense et effrayante, qui peut marquer durablement la personnalité. » Psychologie du transfert p103
Archétype comme images source de vie.

Les archétypes sont souvent comparés à des "potentialités d'images ", qui demeurent potentiels tant que nous ne les avons pas vécues individuellement. Quand cette énergie potentielle est associée à un vécu concret, nourrit par un transfert de libido, une image  prend vie, acquiert un sens et exerce une influence sur nous. 
Par ce processus, l'image s'ampute de son "ampleur initiale", de sa charge "d'énergie", passant des profondeurs insondables de l'inconscient à la lumière de la conscience. C'est la vocation de l'archétype dans le cadre de "l'accomplissement psychologique" de l'individu, que Jung nomme individuation. 
Dans la perspective de la psyché humaine, l'archétype pourrait  donc apparaître comme une source de vie potentielle, qui s'actualise par l'émergence dans la conscience.
Un aspect particulier de la nature de l'archétype, apportant un sérieux degré de complexité, ne doit pas être oublié, c'est son caractère autonome.

Nature autonome de l'archétype.

Jung nous rappelle que " l'archétype n'est pas une disposition qui sommeille, en attendant bien tranquillement son actuation. Bien au contraire, c'est une disposition dynamique qui tend vers sa réalisation "(in L'homme et ses symboles).  
L'inconscient mène une vie autonome et se manifeste dans la conscience, avec ou sans sa coopération.


Pour Jung, nous sommes, de façon naturelle, constamment confrontés aux archétypes qui structurent et ordonnent notre psyché, sans que nous ne puissions jamais nous les approprier...il utilise la jolie image de la mer comme champ archétypal, portant les vagues,  psychés individuelles. 



Marie-Louise von Franz apporte un éclairage intéressant dans Matière et psyché :
 « Jung définit comme archétypes toutes les dispositions innées et structures psychiques évidentes qui, dans des situations caractéristiques et répétées produisent des représentations, des pensées, des émotions et des motifs imaginaires similaires dans leurs structures. ».
On a souvent comparé les archétypes aux « Idées » de Platon. 
Il y a pourtant une différence fondamentale entre une représentation archétypique et une idée platonicienne : Cette dernière est un contenu purement abstrait alors que l'archétype peut "émerger" par le biais d'un sentiment ou d'une émotion mais aussi par les supports mythologiques. 

Von Franz précise à ce sujet, dans le même ouvrage :
 « Les archétypes en tant que tels sont des structures intangibles : ce n'est que lors de leur stimulation par une situation critique, intérieure ou extérieure, c’est-à-dire à un moment décisif, qu'ils vont produire une image archétypique ( ... ), une pensée, une intuition ou une émotion. ».
Tous les archétypes sont "bipolaires".
"ils contiennent tout ce qui il y a de plus beau et de plus grand de ce que l'humanité a jamais pensé, senti ou éprouvé, mais aussi toutes les pires infamies et les plus infernales inventions dont les hommes ont pu être capables." Jung, Psychologie de l'inconscient
Les archétypes paraissent paradoxaux dans leur principe agissant ; ainsi l'esprit est à la fois "senex et juvenis" et le vieux sage peut aussi être le magicien démoniaque. 
En fait, renfermant potentiellement le noir avec le blanc, le plus avec le moins, ils concilient intrinsèquement les opposés. 


Les archétypes sont à l'origine du processus le plus fondamental du développement psychique, et un des plus mal compris, la conjonction des opposés différenciés.
La conjonction n’est pas mélange, ni fusion, ni confusion, ni conflit des opposés. Elle "traverse" les deux camps pour arriver vers un troisième, quintessence des deux premiers, toujours exprimé symboliquement. 
C'est la voie d'enrichissement la plus poussée de la conscience mais le processus nécessaire est toujours long et douloureux, même si son issue peut survenir brutalement et soudainement. 
En effet, l'archétype vit dans l'inconscient, d'abord par le jeu des projections (voir ici) qu'il convient, dans un premier temps, de ramener à la conscience. Cette "libération" s'accompagne de la réattribution de l'énergie, la libido, d'un mouvement de l'inconscient vers la conscience. Concrètement, cette phase est désigné dans différentes littératures comme le "sacrifice de l'ancien moi", "mort du vieil homme", etc.

Archétype comme objet "psychoïde"

Jung découvre que l'archétype pose son influence à la frontière de deux mondes;. il a un pied dans la matière et un autre dans le monde invisible de la psyché.

L'archétype est défini comme psychoïde: il est à la jointure entre la psyché et le soma, opère dans les deux domaines et dans l'espace qui les sépare.
Ce caractère particulier fait qu'il peut s'exprimer autant par les mythes, l'imaginal, les images symboliques que par la souffrance, la pathologie, ou, plus légèrement , par des fantaisies du comportement, des formes de style, de voix, de maintien, etc..

vendredi 6 mai 2011

"Justice est faite"


Nul ne peut ignorer la nouvelle de la semaine, tendue en pâture aux âmes avides de sensationnel : Ben Laden n'est plus. Levons, avant toute chose, la moindre ambiguïté : cet homme était l'un des plus grands représentants du terrorisme, affichant ouvertement ce qui est incompréhensible, la négation du respect de la vie, l'effacement de toute dignité humaine au nom d'un principe de loi divine (sic)...bref, je n'ai pas versé de larme à l'annonce de sa mort.

Mais quelle ne fut pas mon étonnement, puis rapidement mon indignation, d'entendre Obama prononçait ces quelques mots : "Justice est faite !". La loi du talion affichée par le représentant de la première puissance mondiale. Le Bien a enfin triomphé du Mal, ce devait être et ce fut...je fus saisis par tout ce que sous-tendait ces mots. Les 3000 familles endeuillées continueront de porter le fardeau, les haines extrémistes sont ranimées, bientôt galvanisée par l'émergence d'un martyr "remarquable"...mais qu'importe, justice est faite !

Voici là un exemple frappant de projection négative collective, qu'on appelle plus simplement bouc émissaire. J'aimerais partager des phrases éclairantes de Jung, visionnaire de l'âme humaine pour ces choses là et qui avait senti sourdre, entre autre, la fureur intérieure qui rongeait l’Allemagne et conduisit à la seconde guerre mondiale...

"L'existence réelle d'un ennemi, bouc émissaire chargé de tous les pêchés capitaux, quel indéniable soulagement pour la conscience ! Quelle satisfaction que de clouer ouvertement au pilori le fauteur de trouble; l'on peut dorénavant proclamer bien haut qui est responsable, ce qui souligne l'origine extérieure du désastre et met l'attitude personnelle à l'abri de toute suspicion"

A bientôt,
Jean

mardi 3 mai 2011

La quête du sens - Von Franz

Edité par la Fontaine de Pierre, sous format de deux CDs audio ainsi qu'une retranscription papier. Deux interviews de Marie-Louise von Franz, en français s'il vous plait, le premier datant de 1978 et le deuxième de 1986 (deux ans avant son départ). 

Sommaire
Préface..................p7
Le cri de Merlin.....p9 (CD 1)
Rêve et destinée.... p67 (CD 2)

Avis personnel
J'ai été très touché par la vigueur et la passion que dégage sa voix. On sent pourtant la fatigue dans le deuxième CD, alors qu'elle était âgée de 70 ans et avait subi une attaque, mais une très grande force l'anime...je crois que c'est ça la force de Vie.
L'aisance dont elle fait preuve pour parler de concepts délicats avec simplicité m'a beaucoup séduit...tout en conservant un humour dosé et efficace qui n'est pas sans me rappeler celui de Carl Jung. Seul petit bémol, le ton un peu trop solennel des interlocuteurs, mais c'était une posture usuelle pour une émission culturelle des années 80.
Le Soi, les rêves, la mort, et finalement le sens de la vie, des thèmes fondamentaux, abordés sous l'éclairage de cas clinique passionnants, on mesure rapidement la profondeur de la portée de cette psychologie. 
Je conseille donc cet ouvrage "audiophonique" à tous, du simple curieux au jungien confirmé...et même si l'écoute ne suffira pas à trouver le sens de sa vie, elle apporte la conviction qu'il existe, là, tapie au fond de nous.

Petit extrait
…Je n'avais pas peur de mourir, mais j'avais le sentiment que cette œuvre ne serait pas finie. Et j'ai vu à ce moment, très clairement, que c'est la tâche, accomplir sa tâche, qui est important et pas tellement la vie personnelle. Et ça m'est toujours resté. J'avais le sentiment que je ne mourrais pas ou que j'espérais ne pas mourir avant que j'aie fini ma tâche. Et maintenant que j'ai soixante-dix ans, j'ai le sentiment : « Maintenant, je pourrais mourir, parce que j'ai plus ou moins fini ma tâche. » S'il y a encore une petite prolongation, il y a encore des choses à faire, mais l'essentiel est fait. Et, dans ce sens, ça vous donne un sentiment subjectif que, comme vous dites, il y a quelque chose à accomplir dans la vie, que nous sommes des ouvriers, que nous avons à faire quelque chose et que c'est ça qui nous préserve, dans la vie. C'est pour ça que, quand la vie n'a plus de sens, les gens meurent, même d'un rhume. Tout à coup, ils meurent. La tâche est finie, ils ne peuvent plus continuer, ils sont bloqués…

jeudi 28 avril 2011

La crise du milieu de vie - Lisbeth Von Benedek



Voici un ouvrage qui pourrait inspirer méfiance avec son titre aguicheur et le thème que l'on a vu, revu et rerevu ...on m'a offert cet ouvrage et j'ai eu cette appréhension. Finalement, ce livre mérite qu'on dépasse l'à-priori et même si le sujet est abordé de manière délibérément simple, l'approche est plutôt neuve et le regard "jungien" de l'auteur rappelle à des perspectives profondes.





L'auteur (présentation officielle) 

Lisbeth von Benedek, docteur en psychologie, est psychanalyste didacticienne de la SFPA (Institut C.-G. JUNG, France). Elle a été responsable, pendant une vingtaine d'années, de l'enseignement de la psychologie clinique et de l'introduction à la psychanalyse à l'Université Paris XIII.



Sommaire de l'ouvrage
Chapitre 1 : Qu'avons nous fait de notre vie ? (un bilan inévitable,...)
Chapitre 2 : Adieu à l'adolescence éternel (accepter de vieillie, ...)
Chapitre 3 : Le temps qui passe (vivre un sentiment d'abandon, ...)
Chapitre 4 : Les masques tombent (paraître ou être,...)
Chapitre 5 : Bonjour les complexes (les obstacles intérieurs,...)
Chapitre 6 : Rendez-vous inévitable avec la dépression (un phénomène naturel, ...)
Chapitre 7 : Face à face avec l'étranger en nous (l'Ombre,...)
Chapitre 8 : Enceint de soi (le moment juste,...)

Avis personnel
Très facile à lire, cet ouvrage traite de cette période charnière de la vie avec intelligence. L'auteur a délibérément choisi d'être pratique, avec des petits exercices sous formes de questionnements à la fin de chaque chapitre...s'il peut paraître fastidieux de les faire, ils présentent néanmoins le mérite d'éveiller la curiosité, de pousser le lecteur dans ses retranchements (les questions sur le papier ne peuvent plus être ignorées consciemment). 
L'approche jungienne présentée dans le livre est résolument optimiste et donne subitement envie au lecteur dans la quarantaine de réévaluer ses priorités...


Petits extraits

La crise du milieu de vie est également une des crises de crois­sance'. Elle est au moins aussi importante que celle de l'adoles­cence, comme si ces deux moments charnières de notre vie se faisaient face, symbolisant deux portes d'entrée : l'une vers notre identité sociale, élaborée au contact du monde extérieur et l'autre vers une identité plus complète, conquise par la confrontation avec notre monde interne.

Nous avons compris que la dépression n'est pas seulement cette dynamique qui nous oblige à revivre nos traumatismes antérieurs, elle exige également une descente pénible vers la matrice, « la mère originelle », racine de notre être, d'où l'on peut renaître ensuite. Cette régression, cet état de déstabilisation et de grande insécurité, est donc le prix à payer pour pouvoir se séparer de l'illusion de for­mer une unité toute-puissante avec une personne par laquelle nous nous sentons « magiquement » protégés1. S'en différencier enclen­che un processus de métamorphose qui nous permettra de devenir un être humain à part entière.

Prenant conscience de cette ombre, nous découvrirons qu'elle est une partie incontournable de notre personnalité ; l'affronter nous permettra de nous accomplir. Chaque nouvelle prise de conscience sera un pas en avant sur un chemin difficile et semé d'obstacles, car nous n'en finissons pas de nous confronter avec l'ombre. Tant que nous sommes vivants, elle nous poursuit : une fois une confrontation résolue, une autre émerge. Ainsi, à chaque étape de notre évolution, nous avons à « saluer » une autre part contraire de nous-mêmes. 

dimanche 24 avril 2011

[Documentaire] Monastère, M Vig et la nonne


Monsieur Vig et soeur Ambrosia...le titre d'un conte de fée, et si cet émouvant documentaire n'en était finalement pas si loin ? Je l'ai découvert par hasard lors d'une crise d'insomnie sur Arte et j'avoue avoir été assez bouleversé par l'humanité qui est dégagée.

Vig est un vieux monsieur, très vieux monsieur, à la respiration sifflante au moindre effort qui, pourtant, ne s'épargne pas beaucoup physiquement. En effet, son projet qu'il nourrit depuis 40 ans va prendre enfin forme : établir dans son château (en ruine), au fin fond de la province danoise, une communauté monastique orthodoxe. C'est que cet ancien théologien, comme tout homme qui sent la mort s'approcher, désire ardemment laisser une trace durable...alors, il brique l'escalier, dépoussière les pièces de son manoir qui n'ont vu que lui depuis plusieurs décennies, enlève les décors bouddhistes qu'il affectionne...il prépare l'arrivée d'un petit groupe de nonne, dirigée par l'exigeante soeur Ambrosia.

Au fil de ce surprenant documentaire, on découvre graduellement ces deux protagonistes, leurs querelles, leur compromis...et on s'émeut forcément en plongeant dans les confidences de Vig, qui se déclare lui-même, avec une troublant lucidité, "handicapé des sentiments". 
La fin du documentaire, en particulier, ne pourra pas vous laisser indifférent.
Bref, j'ai trouve le lien officiel pour visionner ce documentaire, cela ne durera que quelques jours...

Bon visionnage,
Jean

lundi 18 avril 2011

Archétype (1) - Présentation générale (et succincte)

On croit souvent que le terme "archétype" désigne des images ou des motifs mythologiques définis. Mais ceux-ci ne sont rien autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puissent être transmises en héritage...
L'archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental.
C.G. Jung " L'homme et ses symboles ", Robert Laffont, 1964 p 67.

L'archétype est probablement une des clefs de voûte de la psychologie analytique. 
Le terme, en passant dans le langage populaire, a naturellement perdu son sens original et il devient d'autant plus nécessaire d'encadrer précisément cette notion. 
Jung le décrit comme un "concept limite", puisqu'il ne peut être appréhendé qu'aux travers de ses effets et non de son "essence".
Lorsque je parle de l’atome, c’est du modèle que l’on en a construit que je parle ; et lorsque je parle de l’archétype, c’est de ses représentations qu’il s’agit, jamais de la chose en elle-même qui, dans les deux cas, reste un mystère relevant de la transcendance.
C. G. Jung, Correspondance 1950-1954, Paris, Albin Michel, 1992, p.108.

Dans cet extrait d'une lettre de Jung de 1957, on trouve une des définitions les plus concises que l'on puisse dresser de l'archétype : 

Les archétypes sont les formes instinctives de représentation mentale.

  • formes instinctives : Ils sont naturels car, d'après Jung, inscrit depuis toujours dans le vivant. C'est pourquoi ces "instincts" appartiennent à l'humanité entière et ne répondent pas aux contraintes temporelles ou spatiales (partout, à tout moment).
  •  représentation mentale : L'archétype lui-même n'est pas directement accessible à l'expérience mais ils sont la source des mythes, des "grands" symboles, etc. C'est "une forme symbolique qui entre en fonction partout où n'existe encore aucun concept conscient" (Jung in Types psychologiques).
Une lecture dont nous ne retrouvons plus la source citait cette belle métaphore pour exprimer l'idée des représentations archétypales : ce sont les empreintes de pas d'éléphant dans la forêt.
Les empreintes sont là, tangibles, visibles par tous, elles trahissent la présence des pachydermes mais eux, demeurent toujours invisibles.
Il me semble important de retenir que les archétypes sont des "préformes vides" que des images, symboles, représentations vont cristalliser.
Comme le relève la dernière phrase de Jung citée, l'archétype éclaire ce que la conscience n'a pas encore touché.


 L'arbre de vie : tout savoir sur ce symbole porte-bonheur • Chakras Shop

Il est parfois mentionné que l'archétype est à l'inconscient collectif ce que le complexe est à l'inconscient personnel...pourquoi pas mais cela paraît un peu simpliste, tout étant interpénétré dans la psyché. 

Quoi qu'il en soit, relevant de l'inconscient collectif, il est aisé de réaliser que leur "charge énergétique psychique" (la libido) est immense, démesurée, en particulier si on la ramène à l'échelle d'un individu.
Jung mentionne, à l'instar de "l'effet de gravité" de l'étoile sur les planètes, une force d'attraction incoercible de l'archétype sur le moi.
La rencontre avec un archétype n'est jamais anodin ni sans danger !
Le terme de numineux (du numen d'Otto dans son ouvrage sur le sacré, voir ici) lui est attribué.

L'expérience archétypique est une expérience intense et bouleversante. Il nous est facile de parler aussi tranquillement des archétypes, mais se trouver réellement confronté à eux est une toute autre affaire. La différence est la même qu'entre le fait de parler d'un lion et celui de devoir l'affronter. Affronter un lion constitue une expérience intense et effrayante, qui peut marquer durablement la personnalité.

Jung, Sur l'interprétation des rêves.
Les représentations archétypiques sont des symboles "vivants", qui laissent pressentir à la conscience la nature de sa totalité...le symbole est en effet, dans l'acception jungienne, l'outil puissant et singulier à chacun sur la voie de l'individuation.
Pourquoi ?
Parce que c'est le seul qui contient en lui la conjonction d'opposés qui semblent, en apparence, inconciliables.


Au cours de la vie, au fil du cheminement intérieur, les archétypes jouent un rôle prépondérant et décisif pour un individu en construction.

vendredi 15 avril 2011

The Carl Jung's show - Jung à la télé

Voici un document connu mais toujours intéressant, sous-titré en français ce qui ne gâche rien; ce sont aussi les dernières images télévisées de Carl Jung de son vivant. Le coeur de cette vidéo est une interview de 1959 par la BBC. Je trouve qu'il y a, parmi les lieux communs et questions journalistiques "incontournables", des passages révélateurs, où Jung dévoile des implications profondes de certains de ces concepts...comme la dualité bien/mal, la mort, etc



Documentaire qui date de la fin des années 80, avec une participation du jeune Michel Cazenave qui fera la carrière que connaissent les amateurs de Jung. Vous avez ici deux possibilités : les six parties disposées sur Youtube, que vous pouvez voir ici ou directement sur le site en plus grand et les liens vers dailymotion avec une numérisation de meilleure facture. Sur ce dernier site, j'ai été attiré par les commentaires qui témoignent du lien qui unit le psychologue à ceux qui se sont penchés sur son oeuvre.
Bon visionnage à ceux qui découvrent et aux autres !

Jean








dimanche 10 avril 2011

Fonctions psychologiques (7) - La fonction intuition

Continuons l'approche débutée ici.
Cette fonction mérite un article spécifique, car elle est probablement la plus délicate à saisir et à définir, échappant à tout encadrement purement intellectuel. 
Qualifiée d'irrationnelle par Jung, comme la fonction sensation, c'est une fonction perceptive qui ne répond pas à une loi de la raison mais pourrait s'apparenter à celle de l'impression. 
Fonction très singulière qui donne une perception immédiate et directe des choses. La compréhension saisie par l'intuition est à la fois spontanée et non réfléchie. Elle est le produit d'une inspiration et non d'un acte volontaire, tel un surgissement d'une profondeur hors de portée de la conscience.
D'ailleurs, selon Jung, l'intuition est la faculté la plus à même d'ouvrir le chemin vers l'inconscient. Comme nous allons le voir, c'est la dernière fonction qu'il ait réussi à déceler, étant convaincu pendant longtemps que les trois premières que nous avons décrit suffisaient à décrire toutes relations entre le sujet et l'objet.
 
La fonction intuition par son côté insaisissable, presque facétieux voire mystérieux, soulève bien des questions.
L'intuition arrive, telle la bulle de champagne remontant à la surface du verre, on sait qu'elle est là, présente, mais on ne sait jamais où elle va surgir ni sous quelle forme. Elle échappe aussi, la plupart du temps, à tout effort de volonté. 
Au mieux peut on être coopératif, à l'écoute...finalement, l’exercice le plus délicat et le plus périlleux (l'erreur et l'imprégnation du moi n'est jamais loin), est de réussir à rester à la fois ouvert à l'intuition et confiant quant à son existence, telle la conviction d'une potentialité, même si non contrôlable. Sans ces deux "dispositions" bien spécifiques, elle ne peut exister ou même avoir une raison d'être.
 
Intuition - Seth Kahan's Visionary Leadership
 
Pour beaucoup de raison, le travail que l'on peut opérer avec l'intuition est très similaire à celui que l'on peut faire avec l'inconscient. Plus que toute autre fonction, une seule attitude semble efficace, "laisser advenir". Et de la même manière, cet effort soutenu de "mise à disposition et de coopération" doit être complété par un traitement, un saisissement par la conscience, de ce qu'il advient, sans quoi le processus est vain. 
Combien de fois avons nous pensé "si seulement j'avais écouté mon intuition" ?
Le leçon doit être double, comme bien souvent. Ne pas répéter l'erreur, et, le cas échéant, tirer le profit psychologique offert par la fonction intuition, celle de s'engager dans plus de proximité avec "l'autre en soi".
 
œuf cosmique | Œufs, Franc maconnerie, Maçonnerie


Terminons en laissant la plume à la personne la plus compétente pour parler de cette fonction, c'est son "découvreur" lui-même, dans le livre passionnant "Entretiens" édité par Fontaine de pierre (voir ici).
Remarquez, je ne savais rien de l'intuition alors. Elle est venue en dernier lieu parce que, bien entendu, c'est aussi la plus difficile. Parce qu'on ne peut pas bien la saisir, elle n'est pas rationnelle. Penser est rationnel, ou vouloir savoir ce qu'est une chose. Savoir ou apprendre la valeur que vous accordez à quelque chose est aussi de l'ordre du rationnel. Affirmer que quelque chose existe, ce que fait la sensation, est aussi assez rationnel en fait. Et ensuite ? Au-delà, voyez-vous, il n'y a rien, si bien que je déclare que nous avons trois fonctions. Et, précisément à ce moment-là, j'ai une patiente, une femme intelligente qui était très éveillée à certains égards, mais extrêmement névrosée. Un jour, elle m'a dit : « Pourquoi ne parlez-vous pas de l'intuition ? » J'ai répondu : « Qu'entendez-vous par intuition ? Ce n'est pas une fonction. ».
Elle ne faisait pas partie de mes trois fonctions, voyez-vous. Qu'est-ce que l'intuition, en fait ? C'est un pressentiment. Ce n'est rien. Comment pouvez-vous définir une intuition ? Soudain vous vous souvenez de quelque chose, vous prévoyez quelque chose que vous ne pouviez absolument pas prévoir. C'est complètement infondé, voyez-vous, infondé. Comment pouvez-vous savoir quelque chose à l'avance, personne ne sait rien à l'avance, c'est uniquement de la devinette.
Suite => Facteurs endopsychiques

Sommaire "Fonctions psychologiques" (Cliquer pour y parvenir)
1 - Approches préliminaires
2 - Différenciation
3 - Schémas
4 - Dynamique, individuation
5 - Fonction transcendante
6 - Aspect collectif
8 - Facteurs endopsychiques

dimanche 3 avril 2011

Le Livre Rouge - Une coquille ?

Pour le moment, nous n'allons pas entrer dans des considérations sur le contenu, ni même vraiment la forme.
Les petits détails, les petits riens, les petits tout en fait...qui nous projettent au delà des mots, au delà des concepts, qui nous entraînent sur des chemins où l'on a parfois le sentiment d'entendre résonner très proche les pas du père de la psychologie des profondeurs.
Pour des soucis de propriété éditorial, nous ne disposerons qu'un cliché de détail très précis de l'ouvrage, sans montrer la page d'ensemble.




Ouvrons le livre premier "Liber Primus".
Nous découvrons rapide ce qui semble être une erreur grossière.
Comme beaucoup savent, Jung rédigeait à la plume, en lettres gothiques et en suisse allemand son "Liber Novus".
Cependant, le morceau choisi ici est en latin, faisait partie de l'introduction.


Jung a ajouté deux lettres qui ne doivent pas être là.
Voulant écrire Plenum (signifiant, empli, plein, arrivé à sa maturité, etc), voici que l'on a ici Plenum[um].
Les crochets sont une correction de sa part.
Alors qu'il débutait la rédaction la plus importante de toute sa vie, qu'il rédigeait ses premières phrases, ses premiers mots, que l'on est donc en droit de penser que son implication était pleine, entière, concentrée, comment une erreur aussi grossière a t'elle pu être commise ?
La période de grande perturbation que traversait Jung à cette période (embourbé dans l'anathème freudien, en pleine auto analyse, confronté aux forces violentes et souterraines de son inconscient) peut elle tout expliquer ? 
Une fatigue passagère peut elle faire perdre le fil ?
Une facétie inconsciente, un petit clin d’œil de la part de lui-même auquel il se trouvait confronté, qui ne trouve signification que pour celui qui le vit ?
Et si, usons toutes les cordes, l'on écartait la possibilité d'erreur grossière et , à l'instar des procédés de certains occultistes et "ésotéristes", que Jung étudiait attentivement en cette période, il laissait derrière lui des petits cailloux, qu'il nous fallait apprendre à déchiffrer ?


Le Livre Rouge

jeudi 31 mars 2011

Fonctions psychologiques (6) - Aspect collectif

En lisant l'ouvrage ci-contre, composé d'entretiens avec Jean Biès (voir ici pour connaitre le personnage, il n'est pas précisé que sa femme, Rolande Biès fut proche et dernière analyste formée par Marie-Louise von Franz), une proposition assez originale nous est offerte.

Dans cet ouvrage, qui n'a jamais été autant d'actualité bien qu'écrit en 2001, on y découvre, au passage, la notion de quaternité, thème fondateur chez Jung sur lequel nous reviendrons...
A la fin de la lecture de ce passage, une question reste en suspens, chargée d'espoir et d'incertitude : Soit, et après, que nous attend il ?
 
Nota Bene : 9 ans après la rédaction de ce billet, l'année 2020 voit une crise majeure toucher le monde, crise dépassant très largement le cadre sanitaire. Il me semble que les fondations même de nos civilisations soient engagées dans une transition, prémices d'un changement majeur. Si l'issue est incertaine et imprévisible, il m'apparaît évident que chaque individu est appelé à se positionner, en conscience.
 
 
 
…On peut dire que par la nature de ses thèmes et de son inspiration, le XIIe siècle est illuminé par la fonction Intuition avec la même évidence que notre époque se situe dans la fonction Sensation, comme le classicisme se situait dans la Pensée, et le Romantisme dans le Sentiment. 
Cette clé, car c'en est une, qu'est la quaternité des fonctions, ne permet pas seulement de comprendre l'être humain que l'on est, et ce que sont les êtres humains ; elle précise aussi le profil, l'atmosphère des époques. 
Pour ce qui est de la nôtre, il me semble évident que l'érotisation généralisée, la « libération des mœurs », les priorités sportives et alimentaires, l'obsessionnel freudien dont on voudrait nous faire croire qu'il explique tout, sont autant de réalités omniprésentes qui placent notre époque, d'emblée, sous l'influence de la Sensation. Tout le monde peut le vérifier. En quoi le XXe siècle aura été à l'exact opposé du XIIe…

Sommaire "Fonctions psychologiques" (Cliquer pour y parvenir)
1 - Approches préliminaires
2 - Différenciation
3 - Schémas
4 - Dynamique, individuation
5 - Fonction transcendante
7 - La fonction intuition
8 - Facteurs endopsychiques


jeudi 17 mars 2011

L'oeuf, la poule...ou autre chose.

La causalité est un principe qui reste pour nous la manière la plus simple de penser un processus qui a un commencement dans le temps et se poursuit, en déroulant des effets. J’aimerai tenter une approche sur la causalité et, par extension, l’hypothèse d’un principe acausale. Dans la synchronicité de Jung, coïncidence avec sens pour faire bref, nous ne sommes plus dans la causalité et les implications et développements apportés par le psychologue mènent vers des considérations extraordinaires…j’aborderais cela plus tard.

Penser qu’il y a une seule cause derrière un phénomène, n’est-ce pas simpliste ? On accorde un sens à la causalité mais n’est-elle pas nécessairement complexe ? Et finalement une causalité complexe ne revient-elle pas à parler d’une manifestation globale ?
Le principe de causalité est rangé au nombre des principes rationnels. Il est en fait inséparable de l’espace et du temps; le vent à 15h31, dans mon bureau, a entraîné la chute d’une feuille. Le principe de causalité est très rassurant et il offre une prise à l’action de l’homme sur le monde. La raison, le mental, a un besoin vital de causalité…d’ailleurs, au passage, c’est la démonstration que le besoin de merveilleux et de magie nourrit un autre part de notre être.

David Hume (voir ici) émit des doutes très sérieux sur l’existence réelle de cette causalité et de la prétention d’en faire un principe rationnel. Personne n’a jamais observé le principe de causalité dans l’expérience. Nous ne percevons que des événements. La conjonction constante de deux événements, ainsi que l’attente anticipée est ce à quoi se résume notre idée de la causalité. Finalement, le principe de causalité est seulement un principe cognitif.

En science, la preuve de ce lien de causalité réside dans le fait que l’apparition d’un événement permet de prédire à l’avance l’apparition de l’autre…et c’est précisément ce prédicat qui va être ruiné par un pan récent des science, la physique quantique. En effet, le principe d’incertitude explique que l’indéterminisme est fondamentale dans la matière et donc, le principe de causalité doit être abandonné. Si le sujet vous interpelle, n’hésitez pas à « googoliser » (comme ça) sur l’intrication quantique, la non-localité, vous serez surpris de constater que cette branche des sciences aboutit à l’idée que l’Univers forme un tout indivisible, qui apporte cohérence à chaque événement se produisant en lui.
Un doute surgit : ne pourrait-on pas mettre en évidence, à un niveau macroscopique, le caractère inadéquat du principe de causalité ? Il me semble que le principe de la synchronicité est un fort pertinent exemple.


En faisant un petit pas de retrait, nous réalisons que le monde réel n’est pas ce que le mental représente. La vision en profondeur est elle-même non-causale. Heidegger disait très joliment « la rose est sans pourquoi ». 
Mais alors, sur quoi buttons-nous ? D’où nous vient cette fixation sur l’idée même de causalité ? Est-ce une compulsion de l’ego que de chercher à quadriller le réel avec la causalité ?
Le mental projette constamment la dualité. Une conscience plus élevée est nécessaire. Quelle est-elle ? Une présence est ce qui advient spontanément quand le mental cesse de produire ses constructions et quand il reste en silence. Alors une conscience d’une qualité fondamentalement différente apparaît, car son assise est a-causale et intemporelle. Aucune théorie ne peut décrire l’ultime...seule l'expérimentation fait foi.

Ce que la pensée classique n’a pas compris, c’est à quel point le principe de causalité est lié à une forme de conscience. Le Vedânta indien a plongé depuis des millénaires dans cette perspective qui dépasse le principe de causalité. Plus récemment, les concepts de synchronicité, Unus Mundus, psychoïde maniés par Jung postulent le principe d'une unité globale, hors du champs de la conscience, où finalement causalité et a-causalité ne serait que des "processus" secondaires d'un principe supérieur...

mercredi 16 mars 2011

Severance...

Un groupe que j'affectionne depuis plus de vingt ans, Dead can dance. J'ai choisi arbitrairement un solo de Brendan Perry, qu'on entend souvent moins que Lisa Gerrard...son timbre de voix est envoûtant.
Deux versions live, 16 ans d'écart.


mardi 8 mars 2011

Le livre rouge


Tous ceux qui s'intéressent à l’œuvre de Jung ne peuvent ignorer la nature particulière de cet ouvrage. Pour les autres, on pourrait le résumer comme le journal intime du psychanalyste zurichois qui retrace ses confrontations avec l'inconscient. 
On comprend vite l'aspect éminemment intime et confidentiel du livre (et on est en droit, d'ailleurs, de se poser la question de la légitimité de sa diffusion au public mais le consensus général précise que Jung n'a jamais mentionné une autorisation ou refus à sa publication).

 Nous engageons le lecteur à naviguer sur cet espace pour découvrir les coulisses de la mise en œuvre de cette édition si particulière.


Le Livre Rouge

lundi 7 mars 2011

Fonction psychologique (5) Fonction transcendante...la transformation radicale.

Voici le moment d'évoquer cette fonction très particulière. Peut on la ranger avec les autres fonctions que nous avons étudiées (voir ici) ? la question mérite d'être posée mais la réponse ne peut être définitive...et, compte tenu de l'évolution de sa définition dans les écrits de Jung, peut être est il plus prudent et productif de se contenter de parler de son rôle, de ses conséquences, du sens qu'elle détient pour celui qui la vit. 
Nous allons, pour ce faire, nous appuyer sur le cahier jungien n°77 de 1993, dédié au thème de la fonction transcendante et la partie III de L'âme et le Soi, dans laquelle Jung l'a spécifiquement traité. 
Cette fonction, supposée participer à la subtile alchimie de la conjonction d'opposés est elle-même formée d'apparentes contradictions...mais nous y reviendrons plus tard.

Une fonction 

Cela signifie une fonction psychologique constituée d'éléments conscients et inconscients, une coopération discursive de facteurs conscients et inconscients. On la dit "trans­cendante parce qu'elle rend la transition d'une attitude à une autre organiquement possible sans perte de l'inconscient"; "parce qu'elle facilite la transition d'une condition psychique à une autre par le moyen de la confrontation mutuelle des opposés.
L’Âme et le Soi, partie III, p156
La fonction transcendante "unit les paires d'opposés".
Elle est liée de près à la formation du symbole, et le Soi, en tant que symbole qui réconcilie, est considéré comme son "fruit le plus recherché".
Cette expérience complexe vient de l'intérieur, c'est-à-dire de l'inconscient. 
"l'initiative appartient à l'inconscient, mais toutes les critiques, les choix, les décisions incombent à la conscience..."
C'est une conversation suivie avec l'inconscient.
"Chez les gens normaux, la fonction transcendante se déroule uniquement dans l'inconscient, qui tend continuellement à maintenir l'équilibre psychique".
La fonction transcendante n'est pas quelque chose que nous créons nous-mêmes, mais plutôt une chose qui apparaît lorsque l'on supporte la lutte entre des opposés.
Elle "apparaît comme un mode d'appréhension médiatisé par les archétypes et capable d'unir les opposés". 

Jung postule ainsi clairement la nature archétypique de cette fonction. (Voir les archétypes) 
 

 

Un processus

Jusqu'ici, la fonction transcendante a été clairement définie comme étant une fonction, c'est à dire d'une activité spécifique au sein d'un ensemble.
D'autres passages des écrits de Jung la qualifient de "tran­sition vers une nouvelle attitude" , "une expérience personnelle spon­tanée", "un processus purement naturel". 
Ce "n'est pas un processus partiel soumis à un déroulement conditionné mais bien un événement global qui inclut ou mieux, devrait inclure, tous les aspects." 
Nous dépassons, de fait, la définition d'une fonction.
Dans des textes plus récents de Jung, la référence au processus d'individuation devient plus explicite : la fonction transcendante est considérée comme "en faisant partie", parfois même, elle est identifiée à "la conjonction du conscient et de l'inconscient", "la transition vers le Soi". 
"Le traite­ment constructif de l'inconscient, c'est-à-dire, la question du sens et de la finalité, ouvre la voie au patient vers ce processus que j'ai appelé fonction transcendante".

Une méthode

"Mais cela peut être aussi une méthode : à savoir, quand on essaye, avec l'aide de rêves et d'autres manifestations de l'inconscient, de reconnaître la contre-volonté inconsciente. A ce moment, la personnalité consciente est confrontée avec la contre-volonté inconsciente. Le conflit qui s'ensuit mène - grâce à la fonction transcen­dante - à un symbole qui unit les points de vue opposés. Le symbole ne peut être choisi ou construit consciemment ; c'est une sorte d'intuition ou de révélation."

 Un résultat?

Pour tout compliquer, une quatrième définition apparaît ça et là : la fonction transcendante serait le résultat de "l'union des contenus conscients et incons­cients", "la réconciliation des paires d'opposés. De cette réconciliation naît toujours une chose nouvelle, quelque chose de neuf est réalisé. C'est la fonction transcendante...".

Jung propose ici une vivante description de la fonction, de la méthode, du processus et du résultat final :
"L'aller et retour des arguments et des affects représente la fonction transcen­dante des opposés. La confrontation des positions crée une tension énergétique source de vie, un troisième terme (...), une naissance vivante qui conduit à un nouveau palier, à une nouvelle situation. La fonction transcendante apparaît donc comme une propriété des contraires rapprochés."
On le voit, définir et cadrer cette fonction n'est pas une mince affaire...
Finalement, la définir précisément n'est probablement pas nécessaire car, plus que toute autre fonction, la fonction transcendante est une expérience vivante, singulière à chacun
Théoriser autour n'est pas "efficace"...mais cela a le mérite d'aider à comprendre, ce faisant, faciliter la "coopération" dans le travail redoutable avec l'inconscient.


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