dimanche 29 janvier 2023

Livre Rouge - Visite au musée Guimet (novembre 2011)

 

Cette visite réalisait un constat déjà établi : le Livre Rouge fut le produit d'une vie, la cristallisation de décennies de travaux, recherches, confrontations intérieures...et durant toute cette période, Jung a produit des peintures, des dessins, des textes.
Toutes ces "merveilles", au graphisme si particulier, remplissaient un rôle d'ébauche pour le maître Livre...mais les travaux d'ébauche ne sont ils pas les plus essentiels ?
La découverte, des plus émouvantes, des manuscrits, en particulier les fameux cahiers noirs, ouverts lors de la visite, sur un texte daté de novembre 1913, 98 ans plus tôt, plonge le visiteur dans un état entre contemplation et fascination.

Le "jeune" Jung 

(avant la rédaction du Livre Rouge)


Carte d'étudiant française avec la mauvaise orthographe du nom

Aquarelle de 1903, présentant une esquif prise dans la tourmente des vagues. Jung était passionné de navigation mais cette coquille de noix dans la tempête ne symbolise t'elle pas merveilleusement ce qui l'attendait intérieurement quelques années plus tard ?

La rédaction du Livre Rouge


Cahier noir, extrait de 1913



Brouillon d'une lettrine et de l'un des mandalas. Ces brouillons sont touchants car on y lit l'implication et l'application extrêmes de Jung, en particulier ces essais multiples autour du mandala révèlent le travail intérieur et subjectif en jeu.

Le Livre rouge







Les couleurs sont chatoyantes et, comme on me l'avait dit, beaucoup plus marquées et marquantes que dans la reproduction en vente. On voit ici par exemple les dorures de la lettrine.

Ce qui n'est pas dans le Livre


1917 - Représentation de divinités "chtoniennes"

Peinture de 1923 - Philémon apparaît en haut à droite

1919 - L'enfant divin, le même que l'on retrouve page 113 du Livre Rouge. Travail plus soigneux et travaillé, preuve peut être de l'importance que jouait ce personnage à ce moment de la vie de Jung


Sculptures, dont on retrouvera la représentation dans le Livre

Voici le tour rapide de l'exposition, malheureusement, les meilleurs clichés du monde (ce qui est très loin d'être le cas ici) ne pourront jamais témoigner des émotions ressenties...et qu'elles furent intenses et variées durant cette visite.

jeudi 26 janvier 2023

Le philosophe et la fève - Pythagore

Théorème de Pythagore – GeoGebra

La (sur)abondance des livres "Le philosophe et..." édités ces dernières années (qui n'est pas sans me rappeler les déclinaisons des Martine quelques décennies en arrière) m'a donné le titre de ce billet qui pourra paraître, par rapport à la tonalité habituelle du blog, un peu léger, voire décalé, qu'importe...
Une fois n'est pas coutume, je vais aborder un grand philosophe antique en évoquant sa mort !
 
Pythagore serait mort à cause de la fève
 
Dirigeant une "école", comme il en existait beaucoup à l'époque, Pythagore établit un code de vie et de morale à l'adresse de ses disciples. On y retrouve de très nombreuses recommandations, parfois évidentes (ne pas juger, ne pas voler, etc) et certaines pour le moins déconcertantes...parmi elles, la recommandation de ne jamais manger de fève !
Certains contemporains affirment que c'est par répulsion du végétal que Pythagore imposait cette règle mais, et cela est nettement plus séduisant pour le mythe, il semblerait que, bien au contraire, il lui reconnaissait un caractère éminemment sacré.
Chassés par des opposants, plusieurs versions sur sa mort rapportent que c'est en refusant de piétiner un champs de fève qu'il fut rattrapé puis exécuté.

Fève sacrée ?

Examinons les attributs positifs de la fève selon doxographe (commentateur des penseurs grecs, souvent antiques), Diogène Laërce.

  • La fève possède une âme : « En raison de leur nature venteuse, elles participent au plus haut point du souffle de l’âme ». Plante poussant dans des espaces venteux du moyen-orient...le souffle, spiritus, l'esprit de vie.,
  • Tranquillise l'âme : « Et grâce à cela, on rend aussi plus douces et dénuées de troubles les images oniriques »,
  • Objet de transition : « Elles ressemblent aux portes de l’Hadès, car c’est l’unique plante qui n’a pas de nœuds », la tige n'est pas ligneuse et ne possède pas de nœud, agonatos en grec qui signifie aussi le gond de la porte, 
  • Cosmogonie de la fève : « Elle est semblable à l’univers. », à chaque lecteur de rêver au pourquoi, mais nul doute que la fève porte un symbole lié à la "réalité supérieure", 
  • Propriétaire de vérité : A l'époque, son usage était très fréquent pour le tirage au sort en cas de choix hasardeux, même dans le domaine politique.
Alors, je pense que vous ne regarderez plus de la même manière ce petit légumineux ?
Petite anecdotique complémentaire,  sa culture est très facile et sa fleur délicate et surprenante...
 

vendredi 6 janvier 2023

Exister ou Vivre ?

De la crise sanitaire à la crise existentielle


Ancien article rédigé en avril 2021, en pleine crise de la pandémie, que je souhaitais rendre à nouveau disponible.
Un cri !

Un cri du corps, du cœur, de l’âme, de l’être qui refuse, parfois envers et contre tous, de vivre dans la société qu’il voit se dessiner.
Un cri à s’en époumoner, contre les conséquences évitables d’une pandémie de virus respiratoire.
Un cri pour soulager le poids imposé par un monde en fin de cycle.
Un cri pour se prouver, et montrer aux autres, que l’on est bien là, présent, jamais résigné !

Plus que jamais, il faut préserver l’Un-dividu.

Ici et maintenant s'impose la conquête d’une indépendance de pensée, d’une capacité de jugement, du maintien d’un esprit critique, autrement formulé, dans une période d’hypermédiatisation alarmiste, la survie de notre identité commence par la qualité de réception et de traitement des informations auxquelles nous avons accès (excès).

Nulle envie de condamner les politiques, d’évaluer la pertinence, voire la légitimité, des mesures imposées à la population. 
Le temps, imperturbable juge, s’en chargera.

Il est vital, « essen-ciel », de témoigner des dérives graves et profondes de notre rapport à la vie, dépassant, de très loin, le contexte sanitaire, qui entachent la dignité de l’homme, qui entravent sa condition d’existence…

Témoigner pour agir, individuellement et ensemble !


Au fin fond de la caverne de Platon.

Les courbes, les chiffres, les interprétations, les conclusions, parfois contradictoires, toujours mouvants, s’amoncellent au seuil de notre raison qui vacille.

  • Déposséder de l’esprit de famille, des générations en collision.
On nous impose un isolement des aînés, les mères doivent accoucher seules, les divorces accroissent. 
Le discours de la doxa, les clips de « propagande officielle » opposent les générations les unes aux autres, rendant les jeunes responsables des plus âgés, les plus âgés, la cause des mesures imposées à tous…les fondements qui tissent une société sont transgressés.
  • Une société exsangue.
Les commerces et entreprises ne survivent, quand ils survivent, que par perfusion d’aides coulant à flot. Aides qui, n’en doutons pas, ne sont qu’une hypothèque qui basculera en dettes sur la tête de nos générations futures.
La précarité n’a jamais été aussi forte que depuis l’après-guerre.
Les personnes les plus vulnérables sont soumis à un isolement dont on connait les dégâts, notamment psychologiques.
Les dépressions augmentent en flèche (les « spécialistes » nous rassurent, par « effet de sidération », les suicides ne suivent pas cette inflexion, mais combien de temps reste t’on sidéré ?). 
  • Une liberté restreinte.
Il faut nous délivrer (sic) des autorisations pour justifier nos déplacements…sous peine d’amende dissuasive.
Le couvre-feu, que nous n’avions pas connu depuis les heures sombres de la guerre, est de retour.
Le gouvernement régit les distances que l’on peut parcourir, les temps de sorties, etc.
Le « passeport vaccinal » n’est plus une spéculation, le spectre du traçage des citoyens se densifie chaque jour…
  • Une dignité bafouée.
On règlemente et contraint la manière dont nous « pouvons » traiter nos propres morts, de l’accompagnement vers « l’autre rive » jusqu’à leur mise en terre.
Ce qui est essentiel à nos besoins et ce qui ne l’est pas sont désormais définis par un « conseil de guerre ».
Le droit au cinéma, au théâtre, à la culture, aux sorties entre amis, en famille, nous est retiré, celui de travailler, maintenu.
Le couple « médiatico-politique » nous assène (assomme) des rappels sur nos responsabilités, au rythme et à la manière des tétés de bébés de quelques mois.

Toutes ces mesures ne sont prises que pour lutter contre ce mal invisible qui rode…Encore faut-il identifier le véritable mal qui se réveille.

Hébété, saoulé, aliéné...
Assiégé, cadenassé, résigné…
Angoissé, égaré, terrorisé…

Si l’enfer flirte avec un état d'inhumanité, de barbarie, de bêtise, qu'il nous condamne à aller vers le pire à cause de la gravité de nos propres errements, nous y sommes de plain-pied !


De quelle crise parle-t-on ?

Sans être grand clerc, il est aisé de comprendre que la crise a révélé, de la manière la plus cruelle qui soit, les carences générées par les politiques de ces dernières décennies. Alors oui, pour pallier les soucis d’un système hospitalier dévitalisé qui n’a plus la capacité de gérer des flux de malades, les mesures qu’on connait se sont imposées !

Ce constat établi, on peut, très facilement, comprendre pourquoi il n’est pas nécessaire de soutenir des décisions incontournables par de solides démonstrations scientifiques., d’autant plus quand la majorité des pays font des choix similaires pour des raisons semblables (Et par manque de courage politique. Les quelques pays s’étant marginalisés dans leur choix devinrent proies idéales pour le journalisme indigent du XXIe siècle).

Et ce n’est pas une population angoissée, contenue par une peur de la mort, qui réagira…des morts au nombre égrené quotidiennement, puis du nombre des réanimations, des hospitalisations, pour enfin arriver sur le seul indicateur d’alerte, celui des cas positifs (une première dans l’histoire des épidémies), après avoir, assez logiquement (selon une logique prédéfinie, disons), imposé un dépistage massif et systématique. Que la plupart des études démontrent que ces tests ne sont utiles (sous réserves de certaines précautions) qu’en cas de symptômes avérés n’est qu’un détail au regard des approximations scientifiques de l’ensemble.

Quelles conséquences directes à ces imprécisions répétées ?

L’émergence du doute, de l’errement, de l’égarement, voie royale à tous les excès et toutes les dérives.

Voici venus les prophètes de l’apocalypse qui nous prévoient les morts, au décuple des chiffres constatés mais qui continuent pourtant d’envahir les plateaux de TV et les « complotistes » (ce mot va bientôt devenir une insulte) dont les théories ne touchent plus le sol. Et encore, ces derniers ont peut-être l’excuse de vouloir se cramponner, « quoi qu’il en coute », à une illusion de sens pour ne pas sombrer dans le chaos délétère ambiant.
Quand la raison est assaillie, étouffée, noyée, ce qui n’est pas raison en l’homme peut prendre le relais pour assumer l’instinct de vie…

Prophète contre complotiste, alarmiste contre « rassuriste », pro / contre vaccin, discipliné contre irresponsable, la société humaine n’a jamais été autant clivée, divisée.

Et c’est précisément dans cette division que le germe de la folie, de l’injustice, de la mort, peut lever.


Cette crise est avant tout une mise à l’épreuve individuelle.

Vouloir préserver la vie, « quoi qu’il en coûte », a entraîné une rupture brutale avec tous les liens de ce qui la fonde, la nourrisse, l’entretienne.
Quelle valeur réelle, objective, a une vie dans les conditions imposées aujourd’hui ?
Ce refus de toute mort, maquillé en ardent désir de vie, est une mort prématurée !

Il parait que toutes ces mesures extrêmes et aveugles n’ont pour seul but que de défendre la vie.
Mais de quelle vie s’agit-il ?
La vie biologique ?
« Quoi qu’il en coûte » ? Méprisant toutes les dimensions autre que l’aspect vital ?
Autrement formulé, au détriment de l’existence, qui est vie avec sens, grandeur, valeurs, animée par les principes de liberté, de dignité, du sacré ?

La politique, l’exercice du pouvoir organisant une société, doit permettre à chacun de vivre ET d’exister librement…
Cesser d’exister pour rester en vie, voici la proposition que les pouvoirs en place tentent pourtant de nous imposer !

Que cela plaise ou pas, il nous faut l’admettre, la communauté humaine semble avoir atteint un seuil d’exigence éthique et spirituel terriblement bas.
Cependant, chacun à la responsabilité de se positionner. Vivre ou exister ?

Ce n’est pas une posture ou un exercice de pensée, c’est une réalité qui s’impose, bon gré mal gré. 
Jung, sans avoir été correctement compris, nommait ces interrogations métaphysiques qui s’imposent à nous, « un destin qui nous rattrape ».


Rester maître de soi.

Ces constats funestes et, en apparence, accablants ne sont pas vains et ne doivent pas être désespérants.
Ce chavirement imposé des valeurs nous questionne, fatalement, directement, et singulièrement.
Cette période de violence psychologique extrême constitue aussi une opportunité.

Le changement profond n’est jamais tranquillité, docile inflexion, il est toujours inscrit dans une impérieuse nécessité, un périlleux rappel à nos priorités intérieures.
Développer la pensée critique, c’est faire en sorte de transformer les éléments de notre subjectivité en objet de la pensée. C’est une perméabilité au monde qui accroit le monde et soi en même temps.
Penser en fonction des ressources propres à l’esprit et non par rapport aux modalités instituées par des appareils de pouvoir.
Qu’importe l’avis des experts de tous bords, les informations officielles, la pensée dominante, écrasante. Il est grand temps que l’on se mette à penser par nous-mêmes, de manière libre.
Ne plus laisser les termes idéologiques et les assertions du pouvoir gagner le siège de la subjectivité mais reconquérir une vision lucide, validée par notre pensée et des sentiments congruents.
La question du sens de la vie pour chaque être humain est étroitement liée à celle de la capacité d’établir des liens.

Lien social qui fonde l’humain...
Lien avec l’autre,...
Lien avec cet « autre » qui sommeille en nous, et qui appelle à la vie dans sa virginale authenticité .

Sortir de la caverne, c’est conquérir la liberté, c’est donner vie à ce qui n’était pas vivant, c’est édifier un sens.

lundi 2 janvier 2023

Jung dans l'intimité...

Difficile d'évoquer l'intimité d'une personnalité dont même ce qu'il appelait "âme" a été exposée, avec son consentement et son désir de témoignage (petit bémol sur le Livre rouge mais je ne souhaite pas alimenter un débat stérile)...pour autant, ce qui nous reste de ses écrits, hors "livres d'essai", permet de se rapprocher, de sentir, parfois "en creux", la présence d'un Jung bien singulier.

Même pour un adepte (au sens plein) de l'authenticité, beaucoup de mises en scène décelables dans les clichés ou les (rares) apparitions médiatiques de son époque...libre à nous pour autant de "ressentir", c'est à dire de laisser vivre la part insaisissable de notre sensibilité, de nos instincts.

J'ai donc ouvert une nouvelle rubrique "Jung discret", discret dont l'étymologie ramène à la sagesse, la discrétion et l'art du discernement.

J'ay apporterai, au fil du temps, quelques clichés peu connus, écrits,  rarement évoqués, correspondance, peu exploitée, et dont j'assume l'entière subjectivité du choix...

Cette photo bien connue, que j'ai sciemment utilisée sur tous les médias numériques de "Autour de Carl", reste pour moi, une splendide source de contemplation, une intarissable source d'imagination pour "lire Jung"...les pieds dans l'eau, le regard "libéré" vers le lac de Zurich, au pied de sa tour de Bollingen...l'eau qui a toujours exercé une fascination pour Jung, dont il déduira la source.

Il nous en fournira un produit fantastique dans La vie symbolique, psychologie et vie religieuse.

L'inconscient est comme la nature : neutre. S'il est destructif d'un côté, de l'autre il est constructif. Il est la source de tous les maux possibles, et en même temps la matrice de toute expérience du divin, et - si paradoxal que cela semble - c'est lui qui a produit la conscience, et qui la produit encore. Une telle assertion ne signifie pas que c'est la source qui crée l'eau; que l'eau est produite à l'endroit précis où l'on voit jaillir la source; l'eau monte des profondeurs de la montagne, par des chemins secrets, pour atteindre la lumière du jour. Lorsque je dis "voici la source", je veux dire par là simplement l'endroit où l'eau apparaît au regard. Cette métaphore de l'eau exprime de manière assez juste la nature et l'importance de l'inconscient. Là où il n'y a pas d'eau, il n'y a pas de vie; là où il y en a trop, tout est noyé. C'est la tâche de la conscience que de choisir le lieu juste où l'on ne se trouve pas trop près de l'eau, ou trop loin d'elle; mais l'eau est indispensable.

jeudi 22 décembre 2022

Fonctions psychologiques (8) - Facteurs endopsychiques

Après une approche approfondie des fonctions psychologiques (voir ici), nous avons constaté à plusieurs reprises l'interpénétration des "mondes psychiques" (conscience et inconscient) et la difficulté de séparer chaque "instance" des autres. Ainsi, avons nous vu que la fonction intuition établit un pont entre monde interne et externe, ouvre une fenêtre du présent vers le futur (voir ici ). Au-delà des fonctions permettant l'orientation du sujet dans le monde "objet", qualifié par Jung de monde exopsychique, il introduit la notion de monde endopsychique, comme le système de relations entre les contenus de la conscience et les processus de l'inconscient. Il va recenser un certains nombres de fonctions, qu'il préférera appeler plus tard facteurs. Comme la majorité de ses concepts établie sur la base empirique, leur contour et nature évolueront au fil de ses recherches.

Pour être précis, les fonctions endopsychiques sont au-dessous du seuil de conscience mais, à l'instar de la fonction intuition, "gravitent dans sa frange". Nous allons les aborder par "profondeur croissante". (notez les nombreuses parenthèses qui traduisent la difficulté à ajuster la précision du vocabulaire sur un concept intrinsèquement "insaisissable").


Première fonction : la mémoire 
 
C'est notre capacité à réactiver des contenus qui étaient passés dans l'inconscient.
Si l'on accepte la définition de base de l'inconscient, il ne faut alors pas perdre à l'esprit que tous ces souvenirs stockés que l'on peut retrouver avec plus ou moins de facilité (donc ramener vers la conscience) sont naturellement "stockés" au sein de notre inconscient personnel.
La mémoire apparaît comme l'outil excavateur qui ramène à la surface.
Cette faculté possède la capacité d'être contrôlée dans une certaine mesure par la volonté (on peut améliorer ses capacités mémorielles).

Deuxième fonction : composantes subjectives 
des fonctions conscientes 
 
Nous sommes ici sur le "versant nord de la psyché"...ces composantes seraient d'ailleurs en étroite relation avec l'ombre de l'individu, archétype (voir ici ) fondamental dans l'enjeu de la croissance psychique.
Ces composantes répondent à notre nature profonde, donc subjective, sous son aspect le moins développé voire refoulé de chacun. Lorsqu'une fonction psychologique est "activée", le résultat est immédiat et systématiquement accompagné d'une réaction que l'on cherche à faire taire.
Imaginons que nous rencontrons quelqu'un pour la première fois. Après quelques échanges, la fonction sentiment va évaluer la "valeur" que j'accorde à l'inconnu....il semble gentil, aimable...et simultanément, viendra la conviction ressentie qu'une gentillesse ostentatoire révèle forcément une grande fausseté ou hypocrisie. Cette pensée, je la garde pour moi afin de rester dans les bonnes conventions sociales...et finalement passer moi aussi pour un "aimable personnage". Exemple caricatural mais qui révèle la composante subjective d'une fonction en action.
Identifier ces composantes et tenter d'en retrouver leur source est d'ailleurs une étape cruciale (et ô combien délicate car nous ne voulons surtout pas rayer la patine de notre persona).



Troisième fonction : émotion et affect 
 
L'étymologie du mot "émotion" vient du latin motio = mouvement, et du préfixe e = qui vient de.
C'est en effet un mouvement interne qui nous submerge, prend provisoirement les commandes, et puis s'en va. Si on peut sentir son arrivée, il est excessivement difficile de la contrôler. 
L'affect est l'état conscient qui se révèle dans l'émotion, la sensation, le sentiment, l'humeur.
D'après Jung, les émotions prennent racine dans l'inconscient comme les affects en général mais qui témoignent, eux, du caractère refoulé. 
A ce sujet, il écrit dans L'homme et ses symboles :
...Et la faculté de dominer nos émotions, qui peut nous paraître désirable d'un certain point de vue, serait par ailleurs une qualité de valeur contestable, car elle enlèverait aux relations humaines toute variété, toute couleur, toute chaleur et tout charme... L'affect est enraciné encore plus en profondeur car il est l'expression d'un complexe (voir inconscient personnel )

Quatrième fonction : l'irruption 
 
Dans ce cas, la conscience est quasiment en veille et les contenus inconscient ont l'ascendant pour un temps. C'est d'une nature proche de l'affect et de l'émotion mais la charge de libido est nettement plus élevée...l'individu prit par l'irruption peut être saisi de lubies, d'apathie, de fantasmes éveillés.
On dira "il n'est plus lui-même" ou "il traverse une drôle de phase".
C'est un phénomène provisoire et rare chez l'individu "normal" mais symptomatique chez le névrosé.

Au-delà de l'irruption, nous sommes dans l'inconscient et ne pouvons donc rien en dire.

Jung a peu traité directement ces fonctions/facteurs hormis dans ces conférences et correspondances (voir en particulier Les conférences de Tavistock).


Sommaire "Fonctions psychologiques" (Cliquer pour y parvenir)
3 - Schémas
7 - La fonction intuition

samedi 17 décembre 2022

Le rêve par Michel Jouvet

Au gré d'une lecture, je découvre la proposition de Michel Jouvet sur la fonction des rêves et je suis immédiatement frappé par la similitude avec les théories jungiennes. Depuis, je me suis intéressé au personnage fascinant et passionné, reconnu par ses pairs comme l'un des plus grands neurobiologistes, spécialiste du sommeil et surtout "découvreur" officiel du sommeil paradoxal. J'invite le lecteur à aller fouiller dans ses ouvrages éclairants et accessibles pour approfondir les lignes au dessous (sa bibliographie).


Tout d'abord, gardons à l'esprit que nous sommes ici en territoire biologique donc ancré au soma et même si les théories de Jouvet flirtent souvent avec le psychique, les approches conservent une limite rationnelle compréhensible mais, selon moi, lacunaire.

Constats préliminaires :

- le sommeil est découpé en cycle d'environ 90 minutes et 20 minutes de ce temps est consacré au sommeil paradoxal. Ces cycles sont "universels", commun aux hommes de toutes origines ethniques et sociales,
- le sommeil paradoxal est nommé ainsi car l'activité cérébrale est la plus proche de celle de l'éveil, d'où le paradoxe,
- ce sommeil paradoxal s'accompagne de plus d'une accélération cardiaque et de mouvements oculaires rapides. Ces "signes" semblent corrélés avec l'intensité onirique.
Il apparaît que le rêve est donc "programmé" dans la nature biologique de l'homme. Reste à définir alors sa nature et sa fonction....


Nature du rêve

Jouvet postule le fait que le rêve est le troisième état du cerveau...ni en sommeil, ni en éveil, il répond à un autre mode de fonctionnement (anecdote intéressante, cette intuition lui est venue suite à une lecture d'un passage des Upanishad). 
C'est à la fois simple et lourd d'implication. L'état de veille permet la vie sociale, l'état de sommeil permet la récupération physique et "l'intégration" intellectuelle...l'état de rêve devrait donc constituer une phase aussi fondamentale de la vie
Sur ce point, Jouvet affirme que l'homme peut vivre sans rêver, en étant privé de sommeil paradoxal...ce qui contredit quelque peu la fonction qu'il propose du rêve (nous allons l'aborder) et que je critique en établissant l'hypothèse que si le sommeil paradoxal semble nous indiquer l'état de rêve, rien ne nous dit que cet état peut se produire hors toute "lecture physique possible" (hypothèse en voie de confirmation par les dernières recherches) d'après ce que j'ai lu.

Fonction du rêve

Jouvet fait une proposition audacieux, qu'il argumente avec forts appuis cliniques et scientifiques qui me dépassent et dont je vais épargner le lecteur. 
Un indice quand même : ce sommeil paradoxal n'apparaît que chez les animaux dont le développement neuronal est limité (le capital de neurones est rapidement atteint dès le jeune âge). Les rêves seraient donc là pour compenser ce défaut de neurogenèse, afin d'harmoniser constamment la vie extérieure et l'attente, génétiquement programmé, de la vie intérieure...chaque individu répondrait donc à un développement qui lui est spécifique et inscrit dans son code génétique, le rêve lui permettant constamment d'ajuster les choses. Le rêve jouerait donc un rôle-clé dans le maintien de notre individualité psychologique.


Jung décrit le rêve comme porteur d'un dynamisme de changement intérieur, d'un processus de transformation de la personnalité présent dans l'inconscient humain. Quelle étrange similitude !
On pourrait aussi mentionner l'existence de l'inconscient collectif, la présence, dans le psychisme humain, de structures innées, les organisateurs inconscients, pouvant sur le plan psychique se comparer au code génétique sur le plan physique, constituent des facteurs d'auto-guérison, des forces de transformation présentes dans l'inconscient, visant à nous faire advenir à nous-mêmes.


J'ai le sentiment que, dans deux domaines spécifiques, la convergence de géniales intuitions est flagrante.

Pour finir, une interview de Jouvet, où tout bon amateur de psychanalyse tiquera à quelque reprise mais qu'importe, restons ouverts....

dimanche 20 novembre 2022

Oublier des vérités...pour en découvrir d'autres

 

Ce qu'il y a de plus difficile - et de plus nécessaire - lorsque l'on aborde l'étude d'une pensée qui n'est plus la nôtre, c'est - comme l'a admirablement montré un historien - moins d'apprendre ce que l'on ne sait pas, et ce que savait le penseur en question, que d'oublier ce que nous savons ou croyons savoir. Il est parfois, ajouterons-nous, nécessaire non seulement d'oublier d'oublier des vérités qui sont devenues parties intégrantes de notre pensée, mais même d'adopter certains modes, certains catégories de raisonnement ou du moins certains principes métaphysiques qui, pour pour les gens d'une époque passée, étaient d'aussi valables et d'aussi sûres bases de raisonnement et de recherche que le sont pour nous les principes de la physique mathématique et les données de l'astronomie.

Alexandre Koyré - Paracelse 1933

vendredi 14 octobre 2022

Le fini ne saisira jamais l'infini...

Hermaphrodite alchimique

Chaque fait psychologique est un phénomène vivant pris indissolublement dans la continuité du processus vital, de sorte qu'il est toujours un devenu et un devenir, un devenir qui va être lui-même créateur. Tel Janus aux deux visages, le moment psychologique regarde en arrière et en avant en se réalisant, il prépare ce qui sera...
L'âme renferme autant d'énigmes que le monde avec ses systèmes galactiques, devant le sublime spectacle desquels seul un esprit sans imagination peut ne pas s'avouer son insuffisance. Devant cette extrême incertitude de la pensée humaine, les prétentions au savoir sont non seulement ridicules, mais aussi tristement dépourvues d'esprit...
L'âme, reflet du monde et de l'homme, est d'une telle diversité, d'une telle complexité qu'on peut la considérer et la juger sous des angles infiniment variés. Il en est de la psyché exactement comme du monde : une systémati­que du monde reste en dehors du pouvoir humain [...] 
Le fini ne saisira jamais l'infini...

C.G. JUNG - L'âme et la vie

Janus, Dieu romain



lundi 10 octobre 2022

Pélerin de Compostelle comme allégorie de l'individuation


Invitation au voyage

Le pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle remonte au X° siècle. La grande époque s'étend sur les XI° et XII° siècles. Durant un millénaire, les chemins de Saint Jacques de Compostelle ont été des grands lieux de passage et d'échange, ils sont imprégnés de toute notre culture. Deux autres routes sacrées, dans le monde chrétien, valaient toutes sortes de bénédictions et d'indulgences à quiconque les parcourait : c'était celle de Rome qui menait au tombeau de Saint Pierre, son symbole était une croix et c'était celle de Jérusalem qui menait au Saint Sépulcre du Christ, son symbole était les palmes qui saluèrent le Christ quand il entra dans la ville.
Un pèlerinage peut être abordé de différentes manières et chacun l'aborde avec la culture qui est la sienne, et avec sa propre problématique religieuse, sportive, culturelle, psychologique ou mystique. Mais un pèlerinage, c'est d'abord une quête, une aventure intérieure et personnelle. Chaque étape du chemin, comme chaque fait de l'existence, revêt une valeur initiatique qu'il importe de découvrir. Le pèlerinage est une épreuve de détachement - d'arrachement de la quotidienneté - qu'il importe de vivre en tant que telle, de manière à trouver un nouvel équilibre de vie, mieux, un nouvel art de vivre. C'est également, en ce sens, du fait de tout ce que l'on abandonne, un rite de purification. Et ce dont on se purifie, c'est essentiellement de la banalité qui étouffe la conscience sous les routines. L'illumination et la révélation sont la récompense promise au terme du voyage. Le pèlerin revenant de Compostelle est souvent représenté avec un livre ouvert, symbole de la connaissance révélée. C'est le troisième aspect du pèlerinage : la conquête d'un état nouveau.

Notre pèlerinage part du Puy en Velay, célèbre par sa Vierge noire, forme christianisée de l'ancienne déesse Isis qui parcourut toute la Terre à la recherche des débris du corps de son frère et époux Osiris. Isis est l'initiatrice, celle qui détient le secret de la vie, de la mort et de la résurrection ; la croix ansée est le symbole de sa puissance. Isis nous invite à rechercher, au cours de notre pérégrination, les vestiges d'une connaissance perdue ou voilée et à en réaliser une synthèse vivante. C'est à un éveil de conscience que nous sommes invités. La symbolique de la Vierge noire est identique : c'est la terre avant sa fécondation, celle qui doit enfanter, la mère des dieux. La Vierge noire désigne la terre primitive, la materia prima, celle que l'artiste alchimiste doit choisir pour sujet de son grand ouvrage, c'est-à-dire sa propre transmutation.
La Vierge est souvent représentée nimbée d'étoiles. Et l'étoile, c'est le sens de Compostelle : le champ de l'étoile ou encore celui qui a reçu ou qui possède l'étoile. Le chemin de Compostelle est appelé la "voie lactée" ou encore la route étoilée.
L'étoile, c'est le signe qui annonce la naissance du 'Sauveur' et montre le chemin jusqu'à lui, signe à prendre pour nous au sens figuré de signe annonciateur et prometteur d'une nouvelle naissance, d'une régénération. Le 'Sauveur' est le symbole de la conscience nouvelle, de l'Homme total. Jacques le Majeur, Saint Jacques ou Maître Jacques, est un disciple du Sauveur, il ne le quitte pas ; avec la calebasse, le bourdon bénit et la coquille, il possède les attributs nécessaires à l'enseignement caché des pèlerins du Grand Oeuvre. C'est le porteur de l'Esprit, le Pèlerin dans la Nature. Pour nous, c'est le guide intérieur et personnel qu'il importe de découvrir sur notre sentier. C'est l'intermédiaire qui peut rendre intelligible la révélation du silence. Il est ce témoin immobile qui, en chacun de nous, regarde notre nature agir. C'est l'état intérieur dans lequel on peut se situer pour regarder le mental opérer.
L'objet du pèlerinage est donc clairement annoncé : "Conscience et Régénération".

C'est la première étape alchimique. Tous les alchimistes à leur début, dit-on, doivent en passer par là. Il leur faut accomplir, avec la calebasse pour viatique, le bourdon pour guide et la mérelle pour enseigne, ce long et dangereux parcours de régénération. Au figuré du moins, car c'est un voyage symbolique et celui qui veut en profiter ne doit pas quitter son laboratoire. Il lui faut veiller sans trêve sur le vase, la matière et le feu. Il doit, jour et nuit, demeurer sur la brèche. Pour l'alchimiste, Compostelle, cité emblématique, n'est point située en terre espagnole, mais dans la terre même du sujet philosophique, c'est la préparation initiale et délicate de la matière première. Route longue et fatigante par laquelle "le potentiel devient actuel et l'occulte manifeste" ! En arrivant à Compostelle la coquille, portée au chapeau, se transforme en astre éclatant, en auréole de lumière, car le premier but de transformation de la conscience est atteint. L'Adepte sait lire le Grand Livre de la Nature.
Les attributs de Saint Jacques et du pèlerin de Compostelle, avons-nous dit, sont au nombre de 3 : la calebasse, le bâton et la coquille.

La calebasse, qui renferme le breuvage du pérégrinant, est le signe de la purification par l'eau ; pour l'alchimiste, c'est l'image des vertus dissolvantes du mercure.
Le bâton, ou bourdon, symbolise l'endurance et le dépouillement. Il soutient la marche sur ce chemin rude et pénible ; mais c'est également une arme utile sur ce chemin plein d'imprévu et de danger. C'est une arme magique capable de mettre en œuvre les forces vitales. Lorsqu'il devient sceptre enfin, c'est un symbole de souveraineté, de puissance et de commandement, c'est l'axe du monde.
La coquille Saint-Jacques ou Mérelle de Compostelle est le symbole le plus connu. Elle est portée mystiquement par tous ceux qui entreprennent le travail et cherchent à obtenir l'étoile. On rencontre fréquemment dans les églises de grandes coquilles qui contiennent l'eau bénite. Mérelle signifie mère de la lumière. Elle sert à désigner le principe Mercure, appelé encore Voyageur ou Pèlerin, ou encore "l'eau benoîte" des Philosophes.
Pour conclure ces quelques explications, nous retiendrons que le Chemin de Saint Jacques de Compostelle est celui de la quête de l'intériorité. Il part de chacun de nous, tel que nous sommes - notre matière première - et nous conduit de dépouillement en dépouillement, de révélation en révélation, jusqu'à notre centre, source d'une vie nouvelle. Un guide intérieur nous accompagne dans ce voyage, il est symbolisé par Saint Jacques.
Se mettre à l'écoute de sa propre voix intérieure, donner vie à sa propre Présence, c'est déjà, sur la Terre, cheminer dans l'immortalité.