dimanche 6 février 2011

Tout...à portée de rêve.

Les grands événements de l'histoire du monde sont, au fond, d'une insignifiance profonde. Seule est essentielle, en dernière analyse, la vie subjective de l'individu. C'est celle-ci seulement qui fait l'histoire; c'est en elle que se jouent d'abord toutes les grandes transformations; l'histoire entière et l'avenir du monde résultent en définitive de la somme colossale de ces sources cachées et individuelles. Nous sommes, dans ce que notre vie a de plus privé et de plus subjectif, non seulement les victimes, mais aussi les artisans de notre temps. Notre temps - c'est nous !
Quand je conseille à mon malade : « Prêtez attention à vos rêves », j'entends par là: « Revenez à ce qu'il y a de plus subjectif en vous, à la source de votre existence et de votre vie, à ce point où vous participez, à votre insu, à l'histoire du monde. L'obstacle, d'apparence insurmontable, auquel vous vous heurtez doit être effectivement une difficulté insoluble, afin que vous ne continuiez point à vous consumer à la recherche de remèdes dont l'inefficacité est démontrée d'avance. Vos rêves sont l'expression de votre nature subjective ; c'est pourquoi ils peuvent vous révéler par quelle faute d'attitude vous vous êtes fourvoyé dans une impasse. »
En fait, les rêves sont des produits de l'âme inconsciente; ils sont spontanés, sans parti pris, soustraits à l'arbitraire de la conscience. Ils sont pure nature et, par suite, d'une vérité naturelle et sans fard; c'est pourquoi ils jouissent d'un privilège sans égal pour nous restituer une attitude conforme à la nature fondamentale de l'homme, si notre conscience s'est éloignée de ses assises et embourbée dans quelque ornière ou quelque impossibilité.
Méditer ses rêves, c'est faire un retour sur soi-même.

Extrait de "L'homme à la découverte de son âme" Edition Albin Michel, page 85


Je conseille très sincèrement cet ouvrage de Jung à tous. Je l'ai découvert assez tardivement mais j'ai été frappé par certains passages, comme celui que je vous livre.
Jung est âgé de 68 ans quand il le rédige ce qui explique une telle concision et précision de ses propos pour aborder des notions ardues. L'approche didactique du livre s'explique également par le fait que la majorité des propos sont extraits de séminaires professionnels.
Dans l'extrait choisi, je trouve les mots chargés d'espoir, d'un espoir sans limite...pensez donc, mesurez la portée de ce qui est exprimé : nous ne sommes rien de moins qu'un fragment de l'humanité, une parcelle de toute réalisation humaine passée, présente et à venir. Nous portons l'humanité entière en nous ! 
J'aime lire Jung nous parler de cette "âme collective" d'où émergea chaque conscience individuelle postulant l'égalité psychique originelle de chaque être. Comment ne pas saisir alors l'intensité de la dignité humaine, ne pas regarder autrui comme un frère ? je ne peux malheureusement pas tomber dans cet angélisme car je sais ce qui m'empêche, la plupart du temps, de me laisser brûler par cette force de vie.


Quel obscur obstacle se dresse alors ?
Voir dans le coeur de son âme, c'est trancher son identité, se mettre en danger, aller à l'encontre même de notre sécurisant confort. Bien sûr que j'ai quelques défauts, qui n'en a pas ? mais je suis bien dans ma peau, j'ai un boulot rémunérateur, des amis proches, une famille aimante...alors que j'ai mon brelan d'as en main, quel intérêt de prendre le moindre risque ? Que vais je devenir si je n'ai plus personne à rendre responsable de tous mes maux, plus personne à remettre dans le droit chemin, rendre meilleur, à punir ???
Voilà bien le premier obstacle, il faut commencer par soi, poser le brelan d'as et s'en remettre à la providence !

Jung nous propose une première clef. Pourquoi ne pas ouvrir la porte, instaurer le dialogue avec notre nature profonde ? S'il est une chose que j'ai découvert au fur et à mesure de mon cheminement, c'est l'assurance que dans cette épreuve herculéenne, nous ne sommes jamais seuls, un fidèle guide rayonne en nous...et il faut aussi assurément s'ancrer avec notre famille aimante, nos amis proches, notre boulot, etc
Méditer nos rêves, cela peut sembler dérisoire mais pourtant...finalement, voici ce que sont les rêves, des cris pour attirer l'attention, des murmures pour que l'on tende l'oreille, des symboles pour nous émerveiller, des chocs pour nous obliger à voir, des absurdités qui nous touchent jusqu'aux tréfonds, des absurdités qui nous font nous réveiller avec le sourire le matin...l'expression même de la vie.

A bientôt,
Jean

7 commentaires:

Ariaga a dit…

Merci pour cet excellent texte. Je ne commenterai pas car je n'aime pas ajouter des mots à ce que je considère comme juste, ce ne serai que bavardage et j'ai passé un cap où je ne le supporte plus. Amitiés en Jung.

Jean Bissur a dit…

Je partage totalement ton besoin de sobriété...

nicolem a dit…

Merci Jean de cet extrait qui me rappelle ce plaisir que j,avais moi aussi à lire Jung, cette pensée si concise qui de fait met de l'ordre dans le cahos de mes pensées, je vais je crois m,y remettre ...

en effet , ce retour sur soi demande et dans cette perspective que le sens de notre vie et de notre contribution à la Conscience humaine s'y trouvent, ceci rend ce travail sur soi tellement significatif , c.est le passage obligé...

Michelle a dit…

Merci pour le texte de Jung et pour tes commentaires. Nous avons tellement tendance à chercher en-dehors les réponses, ou les questions, au lieu de les chercher en soi. Comme dans le livre L'alchimiste, le trésor est chez soi.

phene a dit…

Et le rêveur de se rêver !... Amitié
Phene.eu/blog

vivien a dit…

L'imagination active est la seule voie pour dialoguer avec l'inconscient.
Un petit site qui confirme les travaux révolutionnaires de Jung

www.jung-neuroscience.com

Amicalement

Jean Bissur a dit…

Bonjour Vivien,

Certes, mais attention tout de même a ne pas se brûler les ailes...

Merci pour le lien,
Jean