mercredi 20 février 2013

Eugène Wigner - Génie silencieux


Il est des personnages comme cela, qui sont unanimement considérés comme des génies, ayant marqués définitivement leur domaine, et pourtant totalement ignorés du grand public...Wigner, prix nobel de physique, en fait partie. Ce hongrois, naturalisé américain, contribua à l'émergence de la nouvelle science (la mécanique quantique) et certains de ses pairs considèrent ses découvertes comme équivalente en implication à celles d'Einstein.
Je ne souhaite pas m'étendre sur l'ensemble de ses découvertes, qui dépassent de loin mes capacités de compréhension scientifique, mais mettre en lumière l'esprit d'ouverture et de spéculation de ce personnage dans cette zone frontière, qui intéresse le cheminant, entre la matière et l'esprit.


Le chat de Schrödinger
Schrödinger est l'un des pères de la physique quantique, décrivant les phénomènes particuliers en jeu dans le monde de l'infiniment petit. Pour tenter de représenter un principe étonnant de cette nouvelle branche de la physique, il s'est amusé à inventer une expérience de pensée.

Elle consiste à placer un chat dans une enceinte fermée, et à disposer un système radioactif qui peut déclencher un piège mortel pour le chat.
  • si l'atome se maintient, le piège ne se déclenche pas => le chat est vivant.
  • si l'atome se désintègre, le piège s'active => le chat meurt !
La physique classique postule que, à un instant donné, le chat est soit mort, soit vivant...mais voilà, selon la physique quantique, tant que l'observation n'est pas effectuée, le chat est dans un état superposé vivant/mort, situation difficile à appréhender. L'observation entraîne le "choix" d'un état, qu'on appelle la décohérence.



L'hypothèse de Wigner
A l'heure actuelle, aucune théorie sur cette superposition d'états du chat, ne fait l'unanimité. Aussi, celle proposée par Wigner a t'elle toute sa légitimité et reçoit d'ailleurs l'assentiment de plusieurs scientifiques de renom...pourtant, vous allez voir qu'elle dérange l'ordre établi.
En fait, selon Wigner, cet état superposé (on parle d'onde) existe, est maintenu par l'oeil qui observe, continue son chemin le long du nerf optique, conserve son intégrité jusqu'à l'arrivée au cerveau...et tout bascule lorsque la conscience de l'observateur s'en mêle. A ce moment là, selon des critères et un processus non connu (à ce jour), la conscience tranche et permet la décohérence (chat mort OU vivant).

Une conséquence immédiate survient : la conscience est seule responsable de notre monde matériel (visible)...et cette réalité tangible est commune (tous les être humains perçoivent le même état).

Bien entendu, cette hypothèse soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponse mais elle établit un pont entre l'esprit et la matière de manière surprenante...finalement, l'esprit créerait la face visible de la matière, sans interférer dans ses processus invisibles (les états superposés existent).

Je ne souhaite pas m'étendre aujourd'hui plus amplement mais l'on peut d'ores et déjà voir le lien étroit qu'il pourrait exister entre cette théorie et la notion jungienne de synchronicité et d'Unus Mundus.






jeudi 7 février 2013

Apoptose - La mort nécessaire

  
Ce terme barbare, provenant de la biologie cellulaire, est également appelée "suicide cellulaire" ou, beaucoup plus déroutant, "mort cellulaire programmée"; il désigne le processus biologique particulier qui dicte à des cellules leur autodestruction. Jusqu'à sa découverte, seule la nécrose expliquait la mort cellulaire. Pourquoi basculer dans le médical me direz vous ? Parce que les analogies avec les processus psychiques me semblent évidentes.

A quoi sert l'apoptose ?
Elle est essentielle, sur plusieurs plans. 

La construction :
C'est par elle que durant l’embryogenèse (période précédant la naissance), des distinctions morphologiques se font : la main du foetus ressemble à une moufle, par l'apoptose, des cellules meurent pour faire apparaître les doigts, elle permet aussi la disparition de notre archaïque appendice caudal, elle entraîne le disparition des neurones isolés, etc

Régulation :
Lors des processus immunitaires, certains anticorps inactifs peuvent devenir dangereux et ils s'éliminent par apoptose. Lorsque la phase d'allaitement se termine, elle organise la restructuration du sein pour son retour à l'état initial.  Etc

La participation à un équilibre subtile
On se rend compte que le corps (et la psyché) fonctionne sur un modèle de régulation, d'ajustement continu...ainsi, l'apoptose permet elle d'équilibrer le développement cellulaire. Entre création et mort, le corps est maintenu dans un état d'équilibre

Le blocage de l’apoptose : l'exemple le plus connu est celui des cellules cancéreuses.
Une apoptose intempestive : des découvertes récentes ont conclu que les problèmes lymphocytaires (immunitaires) des personnes atteintes du VIH (sida) était due à une apoptose non contrôlée.

L'apoptose est en lien avec la notion, que l'on retrouve en psychanalyse, d'homéostasie (capacité d'équilibre d'un système).



Comment cela se passe t'il (simplement) ?
Les biologistes expliquent que pour qu'une activité soit maintenue, le corps doit constamment envoyer des  "signaux de croissance" à ces cellules...dès que le signal est coupé, la cellule entre en apoptose. Elle s'isole et détruit son noyau.
Ainsi, au bout d'un certain nombre de divisions, qui ont fatigué progressivement son bagage génétique, la cellule enclenche l'apoptose...la vieillesse et la fin de vie répondent au même processus.

C'est donc par un phénomène interne que cette mort cellulaire s'enclenche, contrairement à la nécrose qui est liée à une intrusion externe.

Apoptose psychique ?
Je pense que pour les lecteurs réguliers de ce blog, les liens entre ce processus cellulaire et les transformations psychiques de l'individu peuvent apparaître.

Les leçons, que j'en tire, sont multiples :
  • La vie n'est pas naissance ou mort mais "transcendance" (franchissement, dépassement) des deux à des fins supérieurs,
  • Tout comme l'embryon doit vivre une succession de sacrifices (morts cellulaires) pour devenir foetus accompli, l'individu sera confronté à des morts symboliques pour se construire (voir à ce sujet le billet sur le sacrifice),
  • Le mystère de la vie place l'enjeu global au dessus des enjeux particuliers; la cellule, en se sacrifiant, contribue à la survie et au dynamisme de l'ensemble au dessus d'elle. Si elle ne s'y soumet pas, c'est tout l'ensemble qui en pâtit. De même, ces phases régressives de la libido, qui soumettent l'individu à l'abandon de "l'ancien", s'inscrivent elles dans un processus plus large qui est individuation,
  • Par extrapolation, n'y t'il pas un lien étroit à établir entre les signaux de croissance et l'apoptose et les phases de progression et de régression de libido ? Cela conduirait au fait que les signaux de croissance de la conscience serait liés à la perméabilité à son inconscient, à la capacité à établir le dialogue...