mardi 15 février 2011

Hic Rhodus, hic salta ! - Ici et maintenant


Nous avons une propension à chercher à vivre ailleurs ou dans un autre temps. "Là-bas, ce serait tellement mieux" "Si seulement j'étais là" "Encore 13 jours avant les congés, quel ennui !" "Quand j'avais 20 ans, l'insouciance et le bonheur". L'activité mentale provoque un sabotage de l'ici et du maintenant, à tel point que c'est devenu "normal".


Finalement, être ballotté par ce désir d'ailleurs et d'autre moment, c'est entretenir une tension insupportable avec notre condition réelle d'existence. Soit, nous possédons tous cette tendance de fuite, mais reconnaissons que ces dernières décennies, s'est dessinée collectivement une orientation entretenant, nourrissant et amplifiant le phénomène. Une fois la majorité des besoins primaires assouvis, le culte du changement, de la nouveauté, du toujours mieux, toujours plus, s'est installé, posant comme nécessité la fuite en avant à qui veut être intégré dans cette société.
Le JT de 20h , nous passons d'un quadruple meurtre familial à un reportage sur la fabrication du gouda sans état d'âme. Depuis quelques années, les médias exploitent la charge émotionnelle de leur produit, toujours plus fort, depuis plus sordide, toujours plus décalé. Une des conséquences n'est elle pas de nous conforter dans l'idée que "ici et maintenant, c'est l'horreur" !
Dans le même ordre d'idée, le présent ne peut plus exister pour la plupart. Le passé, propriété sure et personnelle, est un avoir, non un être et pourtant je m'identifie à lui...absurdité ! Le présent est effrayant parce qu'il nécessite de mourir à chaque instant au passé. Mais l'incessant "quand je serai", la projection dans le futur est le même déni du présent, tout aussi nuisible. C'est une quête d'idéal inatteignable, constamment renouvelée afin de s'assurer de ne surtout pas vivre le présent.

La conscience qui reconnait ces illusions devient alors témoin et permet d'entamer la libération. Le plus rigolo, c'est que, comme beaucoup de germes libérateurs d'ailleurs, tout est à portée de main avec une facilité si déconcertante qu'on en arrive, une fois le chemin entamé, à se demander comment nous ne l'avions pas vu.
Vous préparez le café le matin, regardez l'eau couler dans la verseuse, apprécier le bruit, les miroitements, la cuillère verser le café, la teinte des premières gouttes du breuvage qui s'écoule...sur la route, amusez vous à repérer les défauts des carrosseries des voitures voisines, la couleur des panneaux publicitaires, le visage des conducteurs dans la file d'attente...au travail, concentrez vous sur les tâches anodines et ennuyeuses comme si elles étaient cruciales, accordez vous des pauses pour respirer, sentir votre corps, faire un sourire à vos collègues. 
Je peux vous assurer, sans crainte, que le pouvoir du moment présent est la source de quiétude, de joie mais aussi d'un feu balayant les illusions passées. Apprécier cet état ne permet pas de retour en arrière mais un continuel cheminement vers le ici et maintenant.

Un auteur a beaucoup écrit sur ce sujet, de manière accessible et stimulante, c'est Eckhart Tolle, je vous invite à découvrir ces écrits.
"Quand on n'offre aucune résistance à la vie, on se retrouve dans un état de grâce et de bien-être, et cet état ne dépend plus des circonstances, bonnes ou mauvaises."


A bientôt
Jean

5 commentaires:

Michelle a dit…

Nous sommes étranges, les êtres humains. Ce qui devrait aller de soi, savourer les petits bonheurs sur notre chemin, vivre à mesure ce qui se présente à nous, est parfois une attitude que nous devons reconquérir de haute lutte. L'enfant en nous pourtant le sait, seul le présent est vivant.
Merci Jean, j'ai partagé sur facebook le lien vers ton blog et cet article.
A bientôt,
Michelle

nicolem a dit…

merci Jean de cette réflexion, cé un rappel crucial.
Te lire me fait du bien, merci .

Jean Bissur a dit…

Michelle, Nicole, merci beaucoup pour vos commentaires.

Gaïa a dit…

Les petits rien du quotidiens qui ne sont pas rien d'ailleurs ! en français nous avons la chance que le mot present designe l'içi et maintenant et aussi le cadeau!
Il me souvient d'un conte indien bien connu: Le roi et le mendiant;: Un mendiant offrait des fruits à son roi: le Roi les donnait negligeamment à son chambellan qui les jetait dans les douves du chateau; Un jour, un petit singe vola les fruits jetés et on s'aperçut que, au coeur du fruit, il y avait une pierre precieuse... Ainsi , avons-nous le choix: soit nous jetons les fruits de la vie soit nous les ouvrons et decouvrons une pierre precieuse ...

Anonyme a dit…

les gens qui sont dans le présent sont la plupart du temps en train de prendre plaisir à quelque chose . Les autres sont pensifs , soit ils prévoient , plannifient , évaluent des risques , soit ils regrettent ,un temps révolu ..
Les insouciants, sont moins préoccupés eux.
Au jour du bilan , les préoccupés n'en seront pas forcément conscients , mais ils auront bel et bien gaché un temps de conscience précieux avec des pensées désagréables..