vendredi 17 mai 2013

Benjamin Libet - Existence de l'inconscient par la science ?


Benjamin Libet,  neurologue américain, fit une découverte troublante en 1983, aboutissant à ce constat :  Notre conscience ne serait pas libre de vouloir mais de décider...autrement formulé, nos intentions émergent à l'insu de notre conscience, donc ont une origine "inconsciente". 

Evidemment, sans faire de tapage médiatique, ces recherches ont des répercussions profondes sur les considérations psychologiques et philosophiques du thème du libre-arbitre...et cette évocation d'une source inconsciente de nos choix ne peut qu'inspirer le lecteur sensible à la psychologie des profondeurs. Jung, initiateur des fameux tests d'association, aurait surement applaudi et apprécié.

Le constat
L'expérience, ou plutôt les expériences, qui ont permis de confirmer les conclusions déroutantes sont complexes et précises, aussi je mets à disposition des lecteurs un lien en fin de billet pour l'appréhender plus en détail.
Pour faire simple, lorsque je voulais faire un mouvement, voici le processus que l'on croyait à l'oeuvre :
  1. Je choisis de faire le mouvement,
  2. Mon cerveau prépare les impulsions nécessaires à déclencher le mouvement,
  3. Les muscles prennent le relais pour réaliser le mouvement.
Après de multiples essais, vérifications, expérimentations, Libet et son équipe durent se résigner et constater le processus réel en cause :
  1. L'activité cérébrale précède de très peu la décision consciente (350ms, soit à peu près un tiers de seconde),
  2. Le choix conscient s'accomplit,
  3. Les muscles prennent le relais pour réaliser le mouvement.

Conclusions directes
  • La conscience n'est pas à l'origine d'une décision,
  • C'est un processus qui met en cause le cerveau qui détient la capacité originelle du choix (puisque c'est décelable par lui),
  • La notion de libre-arbitre n'est probablement pas remis en cause puisque dans la chaîne, le positionnement de la conscience est déterminant : faire le geste ou ne pas le faire.

Conclusions indirectes
    • Le temps de la conscience n'est pas le temps des neurones !
    • La conscience a, finalement, un seul pouvoir réel : celui du veto, le refus de l'impulsion d'intention que lui envoie "la source",
    • Ne peut on pas associer cette "source" avec l'inconscient, voire avec l'âme de nos traditions ? auquel cas, ces impulsions initiales ne répondraient elles pas à un besoin naturel du même ordre que l'individuation sur le plan psychique ?
    • Si le libre-arbitre "survit" douloureusement (on a le choix final), la voie du déterminisme n'est pas une fatalité car nous ignorons encore (et surement pour longtemps) la source du processus...

    Des mots des grands esprits autour du sujet
    "Nous sommes une combinaison de deux entités" Sir John Eccles
    "L’esprit doit être restauré dans sa position prestigieuse au-dessus de la matière." Roger Sperry
    "...si les expériences en question devaient être vérifiées ce serait un jour sombre pour le matérialisme." Daniel Dennett

    Pour aller plus loin
    Un petit document complet, décrivant entre autre le protocole de l'expérience de Libet.

    Un livre de l'intéressé, mort en 2007, passionnant !


    2 commentaires:

    Kélilan a dit…

    Très intéressant article, Jean.
    Merci !

    " L'homme de connaissance est celui qui sait qu'il est deux. "
    Jesaisplusqui

    Jean Bissur a dit…

    Merci Kélilan,

    Ta citation me ramène à celle-ci, qu'on attribue (à tort ?) à Jung :

    "Je suis schizophrène...et moi aussi."

    Amitiés,
    Jean