vendredi 31 mai 2013

Sérendipité. Place à l'instinct !


"...l’art de trouver ce que l’on ne cherche pas 
en cherchant ce que l’on ne trouve pas..."

Voici maintenant de nombreuses années que celui que je considère comme mon premier maître évoqua ce mot étrange; tout me plaisait à priori dans ce mot, la consonance pleine et ronde, agréable à l'oreille, l'équilibre des syllabes, et quand son sens me fut révélé, il lui conféra presque un caractère magique...

Le sens général
La sérendipité est la découverte totalement fortuite d'une trouvaille qu'on ne cherchait pas. Ce terme a été inventé par un philosophe anglais, Walpole, sur la base d'un néologisme (serendipity).

Il y a plusieurs sens induits qui constituent finalement, autant de degrés à considérer de la sérendipité. La proposition de l'ethnographe de Ronde me plait tout particulièrement et c'est donc celle-ci que j'ai retenu :

  1. On découvre par hasard ce que l'on ne cherchait pas. Vraie sérendipité.
  2. On découvre autre chose que ce que l'on cherchait grâce à un concours de circonstances favorables. Vraie sérendipité.
  3. On découvre par hasard ce que l'on cherchait. Pseudo-sérendipité.
  4. On découvre grâce à un concours de circonstances favorables ce que l'on cherchait. Pseudo-sérendipité.
Bien entendu, les exemples sont innombrables dans l'histoire de l'humanité, de la pénicilline à la tarte Tatin en passant par l'ADN, le lecteur pourra s'amuser à les recenser à sa guise...



Et l'homme face à la sérendipité ?
Qui dit sérendipité, dit réceptivité et attention, cette remarque n'est pas anodine pour la suite de notre billet.

Avec Platon et les Sophistes, le constat était déjà établi que l'on ne pouvait pas chercher ce que l'on ne connaissait pas parce que l'on ne sait pas ce que l'on doit chercher. La sérendipité privilégie les expériences, les ressentis, la position de guetteur, de fureteur, de vigie.

Ceux qui savent toujours où ils vont ne risquent jamais de se trouver ailleurs.

« Il fallait être Newton pour apercevoir que la Lune tombe, quand tout le monde voit qu’elle ne tombe pas » P. Valéry


La sérendipité, ce cadeau du "hasard heureux", demande une ouverture particulière pour exister. Garder une certaine perméabilité aux choses, conserver un oeil pour la vision générale, accepter l'inattendu et lui laisser une chance d'entrer dans nos vies, voici les critères qui font la sérendipité.


Utile la sérendipité ?
Sans nul doute, après ce que nous venons d'énumérer, qu'il convient de reconnaître qu'elle nécessite une certaine qualité d'être
On peut raisonnablement rapprocher cette qualité à celle définie par la fameuse injonction jungienne, décrivant l'attitude adaptée de l'homme face à son inconscient : "Laisser advenir".

Car oui, finalement, dans le chemin laborieux de l'individuation, la croisée de cette force structurante en nous et de notre conscience conduit-elle très souvent à d'étranges rencontres, révélations, surprises et à ce que le produit de ces rencontres soit généralement tellement loin de ce que nous souhaitions initialement ..c'est aussi cela la magie de la transformation qui opère, l'alchimie subtile de la vie.

Pour finir, j'aimerais revenir sur cette analogie hasardeuse voire trompeuse que l'on fait communément entre sérendipité et synchronicité. Certes, si l'on rapproche les choses au regard de la vie de la psyché, peut on envisager un lien entre les deux sur le plan du sujet...mais sachant que l'on trouve ce rapprochement dans tous les documents à vocation de vulgarisation, je rappelle que la synchronicité tient avant tout à la notion de "révélation personnelle"'...la tarte Tatin n'a qu'à bien se tenir.

Plus loin
Deux ouvrages majeurs, assez conséquents, délicats à la digestion.


vendredi 17 mai 2013

Benjamin Libet - Existence de l'inconscient par la science ?


Benjamin Libet,  neurologue américain, fit une découverte troublante en 1983, aboutissant à ce constat :  Notre conscience ne serait pas libre de vouloir mais de décider...autrement formulé, nos intentions émergent à l'insu de notre conscience, donc ont une origine "inconsciente". 

Evidemment, sans faire de tapage médiatique, ces recherches ont des répercussions profondes sur les considérations psychologiques et philosophiques du thème du libre-arbitre...et cette évocation d'une source inconsciente de nos choix ne peut qu'inspirer le lecteur sensible à la psychologie des profondeurs. Jung, initiateur des fameux tests d'association, aurait surement applaudi et apprécié.

Le constat
L'expérience, ou plutôt les expériences, qui ont permis de confirmer les conclusions déroutantes sont complexes et précises, aussi je mets à disposition des lecteurs un lien en fin de billet pour l'appréhender plus en détail.
Pour faire simple, lorsque je voulais faire un mouvement, voici le processus que l'on croyait à l'oeuvre :
  1. Je choisis de faire le mouvement,
  2. Mon cerveau prépare les impulsions nécessaires à déclencher le mouvement,
  3. Les muscles prennent le relais pour réaliser le mouvement.
Après de multiples essais, vérifications, expérimentations, Libet et son équipe durent se résigner et constater le processus réel en cause :
  1. L'activité cérébrale précède de très peu la décision consciente (350ms, soit à peu près un tiers de seconde),
  2. Le choix conscient s'accomplit,
  3. Les muscles prennent le relais pour réaliser le mouvement.

Conclusions directes
  • La conscience n'est pas à l'origine d'une décision,
  • C'est un processus qui met en cause le cerveau qui détient la capacité originelle du choix (puisque c'est décelable par lui),
  • La notion de libre-arbitre n'est probablement pas remis en cause puisque dans la chaîne, le positionnement de la conscience est déterminant : faire le geste ou ne pas le faire.

Conclusions indirectes
    • Le temps de la conscience n'est pas le temps des neurones !
    • La conscience a, finalement, un seul pouvoir réel : celui du veto, le refus de l'impulsion d'intention que lui envoie "la source",
    • Ne peut on pas associer cette "source" avec l'inconscient, voire avec l'âme de nos traditions ? auquel cas, ces impulsions initiales ne répondraient elles pas à un besoin naturel du même ordre que l'individuation sur le plan psychique ?
    • Si le libre-arbitre "survit" douloureusement (on a le choix final), la voie du déterminisme n'est pas une fatalité car nous ignorons encore (et surement pour longtemps) la source du processus...

    Des mots des grands esprits autour du sujet
    "Nous sommes une combinaison de deux entités" Sir John Eccles
    "L’esprit doit être restauré dans sa position prestigieuse au-dessus de la matière." Roger Sperry
    "...si les expériences en question devaient être vérifiées ce serait un jour sombre pour le matérialisme." Daniel Dennett

    Pour aller plus loin
    Un petit document complet, décrivant entre autre le protocole de l'expérience de Libet.

    Un livre de l'intéressé, mort en 2007, passionnant !