mercredi 3 avril 2013

Felicia neurosis !!! - Une approche de la psychologie de Jung


Cette expression, Jung aimait l'évoquer pour désigner les symptômes névrotiques...quelques témoignages de proches ou bribes tirées de correspondances mentionnent ses mots particuliers que l'on peut rapidement traduire par "prolifique" ou "bienfaisante" névrose. Curieuse expression !

Un postulat révolutionnaire : la fonction prospective de l'inconscient
« Aucun fait psychologique ne peut jamais être expliqué de manière exhaustive en seuls termes de causalité ; en tant que phénomène vivant, il est toujours indissolublement rattaché à la continuité d’un processus vital, de sorte qu’il s’agit de quelque chose qui non seulement a évolué, mais est aussi créatif et en continuelle évolution »
Je ne reviendra pas sur la genèse, issue de l'empirisme clinique et notamment l'étude des rêves, mais il me semble que nous tenons, pour l'époque (les choses ont heureusement évolué), la plus grande distinction existante avec les autres psychologies, en particulier l'école freudienne. 
Freud considérait avec une immense méfiance la capacité de régression chez l’homme (voir ici), Jung, quant à lui, percevait dans l’irrationnel une composante profonde et donc essentielle de l'humain.

En termes simples et concis, Jung  a réalisé que l'inconscient n'était pas qu'un grenier rempli de refoulements divers mais contenait également les clefs d'une construction intérieure en cours.
Pour lui, il existe chez l'homme une aspiration profonde à retourner dans la matrice de l'inconscient pour y vivre une sorte de "re-naissance" intérieure. Cette aspiration comporte une dimension spirituelle. Jung insiste donc sur un dynamisme de transformation et de création présent dans la psyché humaine.


Pourquoi "Luxus neurosis" ?
 « Nous ne devrions pas tenter de nous débarrasser d’une névrose, mais bien plutôt de voir ce qu’elle signifie, ce qu’elle a à nous enseigner, quel est son but. Une névrose n’est véritablement supprimée que lorsqu’elle a supprimé les fausses attitudes du moi. Nous ne la guérissons pas ; c’est elle qui nous soigne. Un homme est malade, mais la maladie est la tentative de la nature pour le guérir ». Jung en 1934

Pour Jung, la névrose est avant tout une désunion avec soi-même, c'est "l'expression d'une âme en souffrance". Mais elle porte en elle une tentative de guérison. Souvent, c'est une compensation à une attitude unilatérale (par exemple une conscience qui n'accepte pas les produits de l'inconscient).
Pour image, nous pourrions dire que la conscience se perd sur la route de l'accomplissement (c'est même dans sa nature mais c'est un autre sujet) et que le névrose est appel, lancinant et souvent douloureux, qui l'attire vers le chemin adapté.
Mais la souffrance ne revêt pas seulement des aspects négatifs, elle constitue aussi une invitation au changement, à l'élargissement de nos horizons, une sorte de passage obligé à une métamorphose de la personnalité.


Le pouvoir de guérison de la psyché
"La plupart des écoles psychologiques contemporaines élaborent leur théorie de l'homme à partir d'un présupposé tacite qui prétend savoir ce qu'est la maladie psychique et connaître les règles ou les critères collectifs de la normalité humaine. Il s'insère de ce fait un élément de manipulation plus ou moins important dans l'ensemble des thérapies médicales (...) A l'opposé de cette façon de voir, la thérapie selon C.G. Jung pourrait être qualifiée d'"homéopathique". En effet, nous ne pensons pas savoir ce qui est bon pour le patient; en revanche, nous faisons confiance aux tendances naturelles d'autoguérison de la psyché. C'est pourquoi cette thérapie porte toute son attention sur la compréhension de ces forces d'autoguérison et s'efforce de les favoriser, sans plus. Toutefois, nous ne saurions comprendre ces tendances de l'âme vers la guérison sans arriver à "déchiffrer" le langage onirique par lequel s'exprime la nature psychique. Cela représente un travail ardu auquel Jung a consacré toute sa vie et toute son oeuvre."
Marie-Louise Von Franz, dans son livre "La délivrance dans les contes de fées"

Parmi les autres apports fondamentaux de Jung
  1. Jung apporta une innovation acceptée par les analystes d’aujourd’hui : dans le rêve, on peut retrouver l'éclairage objet et sujet; notamment, les personnages des rêves peuvent être considérés comme représentant des aspects du moi propre du rêveur. 
  2. Vers 1915, Freud écrivit : « C’est, à mon avis, l’un des grands services que nous a rendu l’école de Zurich, que d’avoir fait ressortir la nécessité pour toute personne voulant pratiquer l’analyse de se soumettre auparavant elle-même à cette épreuve chez un analyste qualifié. » Jung imposa l"idée qu'un analyste devait d'abord être passé par l'analyse pour évaluer les enjeux en cours dans un échange analytique et "s'en affranchir" pour ne polluer la thérapie...on reconnait bien là sa "rigueur opérative".





9 commentaires:

Kélilan a dit…

Lumineux ! :)

Jean Bissur a dit…

Je dirais même plus, ardent...

Merci de ton passage,
Jean

Ariaga a dit…

J'ai lu avec, comme d'habitude, avec beaucoup d'intérêt. je viendrai relire car ma lecture était un peu trop rapide. J'ai un petit problème de latin avec le mot "luxus"...
Amitiés.

Jean Bissur a dit…

Bonsoir chère Ariaga,

En effet, il peut y avoir confusion avec ce mot...il porte en fait deux acceptions très distinctes, voire opposées, et bien entendu, facétieux comme l'était Jung, il a choisi la moins commune.

Luxus peut signifier un dérèglement des moeurs ou, et c'est le cas, une magnificence, un éclat merveilleux, un déploiement formidable.
J'ai été lapidaire sur le choix de la traduction.

Amitiés,
Jean

Jean Bissur a dit…

J'ai pris en considération ta judicieuse remarque et adapté mes mots...

Jean

Ariaga a dit…

Je viens de voir tes liens, tu crois qu'il est si fameux que cela ? (sourires) Amitiés.

Jean Bissur a dit…

J'ai hésité avec le "bien connu" mais ça sonnait moins bien.

Sérieusement, oui, je le pense.

Amitiés,
Jean

Ariaga a dit…

Je viens de relire ton texte très attentivement. Je souscris tout à fait mais je crois qu'il est tellement "riche" que tu pourras reprendre certaines parties dans d'autres notes. Amitiés.

Jean Bissur a dit…

Tu as raison oui, je fonctionne souvent comme cela, par circonvolution...

Amitiés,
Jean