dimanche 30 janvier 2011

Le poisson rouge est mort

                                                                 Quoi de plus anodin, de plus anecdotique ? Après tout, cette petite chose colorée ne présentait plus aucun intérêt depuis longtemps. Nous ne le nourrissions que par mécanisme, souvent avec un léger agacement pour cette perte de temps inutile. Mais alors depuis sa disparition, pourquoi ce désagrément ? Pourquoi cet inconfort ?
Il me semble que ce type d'évènement, aussi insignifiant qu'il semble être, nous met face à un constat déplaisant : nous vivons endormis !
Qui n'a jamais reçu ces emails "polluants", où il est question de l'importance de montrer qu'on aime aux gens qu'on aime, de profiter de l'instant présent pour ce qu'il est, que la clef du bonheur réside dans le ici et maintenant ? Je mets au défi quiconque de dire avec sincérité qu'il n'a pas été touché. Certes, les scénarii de ces "spams" sont tissés pour provoquer larmoiement et émotion mais il n'empêche, si cela fonctionne si bien, c'est qu'ils font écho à quelque chose en nous...quelque chose d'éteint, de camouflé dans le tourbillon de la vie.
Nous vivons pour la plupart vite, très vite, trop vite. J'aimerais éviter de tomber dans des lieux communs mais ils sont bien souvent emplis d'une vérité...vérité tellement évidente et claire qu'on ne la voit plus. Au risque de jouer mon rétrograde, mon philosophe de comptoir, il me semble que dans cette cyber-époque où tout est accessible tout de suite, nous ne parcourons plus le paysage, nous ne faisons que le franchir. L'aptitude naturelle qui consistait à considérer chaque évènement de notre quotidien dans l'instant, de lui accorder l'attention et l'intention, a pratiquement disparu. Sclérosé par nos frustrations passées et l'angoisse future, la place réservée au présent est indigente.
Je vous livre un extrait du site merelle.net qui prend merveilleusement place ici :
" Hic Rhodus, hic salta ", "C'est ici Rhodes, c'est ici que tu dois danser !" : Jung aimait répéter cette phrase. Oui, c'est ici et maintenant que nous devons vivre, oui une partie de nous ne doit pas craindre de s'engager dans le tourbillon du quotidien, mais il importe également de trouver en soi ce témoin intérieur suffisamment distancié pour ne pas s'identifier aux mouvements du moi. Là est le centre, là est le point fixe, c'est là que s'enracine le Je !

Alors, me direz vous, que reste t'il à faire, c'est pourtant très simple : savoir s'accorder le temps qu'il faut pour regarder le poisson rouge.


A bientôt
Jean

7 commentaires:

Michelle a dit…

Merci pour cet article, Jean.
Tu as bien raison de parler de notre cyber-époque où on ne prend plus le temps de savourer la vie quotidienne, on oublie parfois qu'il ne s'agit pas de prendre de nouvelles habitudes, en vivant le moment présent, mais surtout de retrouver un rythme que connaissaient bien les humains il n'y a pas si longtemps.
Je découvre ton blog avec bonheur, grâce aux commentaires que tu as laissé sur le mien.
Merci, et au plaisir de nouveaux partages!
Michelle

Jean Bissur a dit…

Merci Michelle.

Ton blog est une véritable source d'inspiration et de respiration pour moi.

phene a dit…

Bonjour Jean,

Oui, être hic et nunc Vie et existant...

Merci de ton passage au petit Atelier. Ce blog naissant est déjà très intéressant. Pourquoi ne pas nous mettre en lien ?
Au plaisir de te lire.
Amitié.Phène

célestine a dit…

Ton billet entre en écho avec celui que j'ai écrit le 17 janvier. Savoir saisir l'instant, savoir attendre en contemplant...Pas facile tous les jours, mais il est vrai que ces "messages de bonheur" touchent quelque chose de profond en nous.
Je reviendrai te lire
Célestine

danae a dit…

Bonjour Jean
Je vois que vous êtes sur la même longueur d'ondes qu'avec notre amie commune Ariaga ! Oui prenons le temps, de vivre tout simplement. Amitiés

nicolem a dit…

ta réflexion Jean ce matin me fait penser au film Wallie. Il me vient cette scène où chacun est devant son écran où qu'il soit, et cette image je la vis tous les jours notamment dans le bus où chacun est devant son portable, son cellulaire, son ipod etc...toujours en contact avec son réseau mais jamais avec ce qui l'entoure réellement, dans l'immédiat. On choisit sa`... réalité plus que jamais...L'autre est en quelque sorte dans un univers parallèle...
Avant les gens ne se parlaient pas beaucoup mais au moins ils se voyaient...Les gens franchissent donc le réel sans même le voir...
Ces messages d'amour sur le net sont des cris d'alarme, de détresse pour dire;réveillez-vous et vivez non plus à travers vos seuls écrans mais réellement...

amicalement nicole

Jean Bissur a dit…

Bonjour Nicole,

Tu as raison, il est facile de constater ce "mouvement" au quotidien, ne serait ce pour qui a un enfant de cette génération...j'essaye d'être optimiste en me disant que ce repli de soi à soi pourrait être une étape vers soi (à l'intérieur).