mercredi 9 février 2022

L'art de l'erreur...


« ...Nous devons vivre notre expérience. Nous devons commettre des erreurs. Nous devons vivre jusqu’au bout notre vision de la vie.
Et il y aura l’erreur.
Si vous évitez l’erreur, vous ne vivez pas !
On peut même dire, en un certain sens, que toute vie est une erreur, car personne n’a trouvé la vérité.
Quand nous vivons ainsi, nous connaissons le Christ comme un frère, et Dieu devient réellement un homme. Cela semble un terrible blasphème, mais ce ne l’est pas. Car ce n’est qu’à ce moment là que nous comprenons le Christ comme il voudrait être compris : comme un de nos semblables. Alors seulement, Dieu devient homme en nous-mêmes. Cela semble être de la religion, mais ce ne l’est pas.
Je parle en tant que philosophe. Les gens m’appellent parfois un chef religieux. Je ne le suis pas. Je n’ai pas de message, pas de mission ; j’essaie seulement de comprendre. Si nous sommes des philosophes dans le sens ancien du mot, nous sommes des amoureux de la sagesse. Cela évite la compagnie parfois contestable de ceux qui offrent une religion.
Et ainsi, la dernière chose que je voudrais dire à chacun d’entre vous, mes amis, est la suivante : réalisez votre vie aussi bien que vous le pouvez, même si elle est fondée sur l’erreur, car la vie doit être détruite, et on arrive souvent à la vérité par l’erreur. Alors, comme le Christ, vous aurez réalisé votre expérience. Donc, soyez humains, cherchez la compréhension, cherchez le discernement et créez votre hypothèse, votre philosophie de la vie.
Quand nous reconnaissons l’Esprit vivant dans l’inconscient de chaque individu, nous devenons des frères du Christ. »

Carl Jung, Les sept sermons aux morts et autres textes

mardi 25 janvier 2022

Habiter sa maison



Lequel es-tu de ces mille visages que tu montres ?
Pourquoi cours-tu continuellement ?
Sais-tu quel est l’élan qui t’anime ?

Tu rêves de transparence et te voilà plongeant dans le mensonge et la compromission.
Tu crois flotter au-dessus de la foule mais tu es opaque à toi-même.

Tu as soif de profondeur et d’intériorité et te voilà t’installant dans la banalité...banalité rampante qui rogne tes ailes naissantes.

Tu crois régler ta vie pour l’aventure intérieure et te voilà, écervelé, versatile, exubérant, extraverti, te diluant dans le monde avec application.
Où est ta continuité ?
Qu’est ce qui te fait toi ?

Ces questions lancinantes reviennent périodiquement.
Elles entretiennent un fond de frustration et d’insatisfaction qui porte à désirer de plus en plus de changement, avec toujours plus d’ardeur.
Être en vacances de soi et de ses pesanteurs, avancer, avancer, avancer, avancer…alors que cette voie de transformation semble n'être qu'un éternel retour à la case départ.


La voie empruntée n’est que doutes, inconnus, confrontations avec tout ce que tu souhaites fuir...et puis, parfois, un aperçu fugace de la douce lumière, un avant goût de quiétude, une journée « sainte-chronicité ».

Comment écarter le plus difficile au profit du reste ?
Comment trouver l’énergie qui nous fera remonter encore et encore sur le dos du furieux destrier de la vie qui, en un instant, nous fait de nouveau mordre la poussière de l’amertume et de la frustration ?

On nous explique, dans la plupart des traditions, que le but est bien moins important que le chemin…cheminer, c’est bien beau, mais puisque je n’arrête pas de dire que c’est ce que je veux : AVANCER !

Je crois avoir compris, accepté et validé intellectuellement la signification profonde de cette proposition…
Le sens, qui s’éveille avec ou sans validation de l’intellect, doit prendre le pas. Car avec lui, vient l’évidence de l’application. 
Alors, comme quêteur de l' interne, « je m’entends ».
L’arrivée du sens ne se contre pas.
L’âme découvre qu’elle respire.


Maître Eckhart employait à ce sujet une bien belle phrase :
Dieu frappe constamment à notre porte,
mais nous ne sommes pas chez nous.

L’important du chemin n'est pas d'être capté par un hypothétique but du voyage; l’important, c’est d’être présent dans chaque pas. L’important, c’est d’habiter sa maison !

Hic Rhodus, hic salta , c’est ici Rhodes, c’est ici que tu dois danser Jung aimait répéter cette phrase. 
C’est ici et maintenant que nous devons vivre.
Une partie de nous ne doit pas craindre de s’engager dans le tourbillon du quotidien mais il importe également de trouver en soi ce témoin intérieur suffisamment distancié pour ne pas s’identifier au mouvement du moi.
Là est le centre, le point fixe, c’est là que peut s’enraciner le JE.
Oublier d’avoir à oublier.


J’ai réalisé que vivre l’instant avec la présence la plus totale que l’on puisse donner, c’est accepter de ne plus jamais être seul.
Et c’est une pratique âpre, difficile, mais accessible à tous.

Il y a plusieurs choses qui coexistent en moi.

D'une part, cette certitude grandissante d’une présence bienveillante et de la profondeur de ce qu’elle est, et, d'autre part, la vie qui continue à se dérouler selon ses lois propres.

Ce n'est que très progressivement que le mystère de ce nouveau lien va "informer" ma vie c'est-à-dire lui donner forme, la structurer, changer mes façons de sentir, de réagir, d'agir de telle sorte que, petit à petit, ce que je fais, ce que je pense, ce que je sens, ma manière d'aimer ne soit plus tout à fait seulement à moi, mais soit remplie de ce que m’apporte ce lien nouvellement créé.

Ce lien, porté par une petite voix, murmurant à mon âme désirante,

Qu'importent les chutes,
Remonte encore et encore sur le destrier de la vie.

dimanche 23 janvier 2022

Symboles oniriques du processus d'individuation

Comme Albin Michel, depuis le "départ" de Michel Cazenave (1942-2018), ne semble plus investi dans l'édition des inédits français, réjouissons-nous de la sortie de ce volume à la Fontaine de Pierre, courant 2021.
Transcription de 2 séminaires américains de 1936 et 1937.
Bien que nous trouvons des éléments de ces séminaires dans Sur l'interprétation des rêves et des études de rêves de Pauli dans Psychologie et Alchimie, cet ouvrage axe son étude sur le mandala comme figure de la construction psychique, s'appuyant sur les rêves et visions du physicien Wolfgang Pauli (1900-1958, voir ce billet pour comprendre relation entre Pauli et Jung).

lundi 17 janvier 2022

La musique et Jung...

 

Jung écoutait rarement de la musique parce que "la musique touche un matériel archétypal si profond et que ceux qui la jouent ne s'en rendent pas compte. Or, si elle était utilisée en thérapie à ce niveau là, elle devrait jouer un rôle essentiel dans toute analyse
(CG Jung parle, p 214).

Selon lui, "la musique exprime par des sentiments ce que les fantasmes ou les visions expriment par des images visuels...la musique représente le mouvement, l'évolution et la transformation des motifs de l'inconscient collectif". (Correspondance 1950-1954)
 
Il écrira, dans Ma vie (p 136) : " Bizet m’enivra et me subjugua, comme les vagues d’une mer infinie... la musique de Bizet créa en moi une atmosphère dont je ne pus que soupçonner la profondeur et l’importance, sans pouvoir la comprendre..."

Grace à Aniela Jaffé, on en sait un peu plus sur le rapport de Jung à la musique et, en fait, sa sensibilité  particulière et l'apparente perméabilité de son être aux enjeux collectifs expliquent qu'il écoutait peu la grande musique...elle pouvait provoquer une vraie souffrance chez lui.
Jaffé raconte comment un quatuor à cordes de Schubert avait dû être interrompu car "il le touchait trop". 
Certains quatuors tardifs de Beethoven "le remuait presque au-delà de l'insoutenable".
 
"Bach parle à Dieu. Bach me passionne. Mais je pourrais massacrer l'homme qui joue du Bach dans un cadre superficiel". (CG Jung parle, p 249)

Il avouera également une véritable passion pour la musique negro-spiritual.

Place à la musique, morceaux choisis parmi ceux qui touchaient le plus Jung.

Quator Schubert

Quatuor Beethoven

Bizet-Carmen 

Bach-Toccata

Se laisser porter par la Vie

Amazon.fr - La conjonction des savoirs: Voir autrement, vivre autrement -  Casterman, Dominique - Livres 
La conjonction des savoirs - Dominique Casterman
 
Un livre très dense, oscillant entre témoignage personnel et approche métaphysique, qui m'a laissé une forte impression, celle de l'évidence, comme si tous les mots de l'auteur traduisaient ce que j'avais envie de formaliser depuis longtemps sans en avoir encore la capacité...
 
Page 38
"Quand on est activement engagé dans le processus de la vie comme un tout, on se soucie moins du sens de l'existence car on est dans un état d'esprit où la valeur de la vie est évidente au-delà de toute explication logique.
Esprit et matière, conscient et inconscient, intuition et raison, sont réunis en un tout unique dans lequel chaque événement participe au même processus créateur. Les opposés s'entrelacent dialectiquement, se suscitent et se reflètent mutuellement, émanent d'un fond commun pour inventer l'univers dans sa totalité.

Nous sommes portés par la vie, pas l'inverse, et nous sommes libres de le comprendre. Cette seule et unique liberté transforme notre existence en ce sens que nous n'avons plus l'illusion d'être une personne séparée de la Vie fondamentale qui est l'Être véritable.

Cette liberté favorise l'harmonie intérieure, la créativité, la santé, l'ouverture à l'inconscient profond et le sentiment d'une Vie éternelle."

 

jeudi 30 décembre 2021

Jung et les Alcooliques Anonymes

Voici un épisode souvent considéré comme anecdotique voire passé sous silence, et pourtant, force est d'admettre que Jung fut là aussi très en avance sur son temps dans ce qui sera nommé, bien plus tard, addictologie, en inspirant notamment une fameuse association de lutte contre l'alcoolisme.

J'ai traduit ici un très bon article qui résume en référençant l'histoire... 

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Les Alcooliques anonymes ont peut-être autant de voies possibles au 21e siècle que de gens qui les emprunteront - de toutes les religions du monde à aucune religion. La «communauté internationale d'aide mutuelle» a eu «un effet significatif et durable sur la culture des États-Unis», écrit Charles Fox, professeur de psychologie à la Worcester State University à l'Université Aeon. En effet, son influence est globale. Depuis sa création en 1935, A.A. a représenté une «thérapie extrêmement populaire et un témoignage de la nature interdisciplinaire de la santé et du bien-être».
A.A. a également représenté, au moins culturellement, une synthèse remarquable de la science comportementale et de la spiritualité qui se traduit par des dizaines de langages, de croyances et de pratiques différentes. Ou du moins, c’est comme cela que l’on peut le voir en parcourant les recueils de livres consacrés à A.A. - le bouddhisme, le yoga, le catholicisme, le judaïsme, les traditions religieuses, les pratiques chamanistes, le stoïcisme, l’humanisme laïc et, bien sûr, la psychologie.
Cependant, historiquement et souvent dans la pratique, la (non) organisation de communautés mondiales a représenté une tradition beaucoup plus étroite, héritée de groupe évangélique (avec «e» minuscule) Christian Oxford, ou comme le fondateur des AA, Bill Wilson, les a appelés «le« O.G. »». Wilson attribue au groupe d’Oxford la méthodologie de A.A. : "Leur grande importance accordée aux principes de l'auto-enquête, de la confession, de la restitution et du don de soi au service d'autrui."

La théologie du groupe d’Oxford, bien que nuancée et tempérée, a également fait son chemin dans de nombreux principes de base de A.A. Mais pour la genèse du groupe de récupération, Wilson cite une autorité plus laïque, Carl Jung
Le célèbre psychiatre suisse s’intéressa vivement à l’alcoolisme dans les années vingt. Wilson a écrit à Jung en 1961 pour exprimer sa "grande gratitude" pour ses efforts. «Une certaine conversation que vous avez eue avec un de vos patients, un certain M. Rowland H. au début des années 30, explique Wilson, a joué un rôle crucial dans la création de notre Association."

Jung n’a peut-être pas connu son influence sur le mouvement de rétablissement, explique Wilson, bien que les alcooliques aient représenté «environ 13% de toutes les admissions» dans sa pratique, note Fox. Un de ses patients, Rowland H. - ou Rowland Hazard, «banquier en investissement et ancien sénateur de l'État du Rhode Island» - est venu à Jung désespéré, l'a vu quotidiennement pendant plusieurs mois, a cessé de boire, puis a rechuté. Ramené à Jung par son cousin, Hazard fut informé que son cas était sans espoir, à moins d'une conversion religieuse. Comme Wilson le dit dans sa lettre :
[Vous] lui avez dit franchement son désespoir en ce qui concerne tout traitement médical ou psychiatrique ultérieur. Cette déclaration franche et humble de votre part était sans aucun doute la première pierre sur laquelle notre Société a depuis été construite.
Jung a également déclaré à Hazard que les expériences de conversion étaient incroyablement rares et a recommandé qu'il "se place dans une atmosphère religieuse et qu'il espère que tout ira pour le mieux", se souvient Wilson. Mais il n'a pas précisé de religion particulière. Hazard a découvert le groupe Oxford. Pour Jung, il aurait peut-être rencontré Dieu tel qu'il l'avait compris, n'importe où. "Son envie d'alcool était l'équivalent", écrit le psychiatre dans une réponse à Wilson, "à un faible niveau, de la soif spirituelle de notre être pour la plénitude, exprimée en langage médiéval: l'union avec Dieu.
Dans sa lettre de réponse à Wilson, Jung utilise un langage religieux allégoriquement. Les AA ont pris l'idée de la conversion plus littéralement. Bien qu'il se soit débattu avec le sort de l'agnostique, le Big Book (Livre fondateur de la voie des AA) a conclu que de telles personnes devaient à terme voir la lumière. 
Jung, quant à lui, semble très prudent pour éviter une interprétation strictement religieuse de son conseil à Hazard, qui a créé le premier petit groupe qui convertirait Wilson à la sobriété et aux méthodes du groupe Oxford :
"Comment peut-on formuler une idée qui ne soit pas mal comprise de nos jours?...Le seul moyen vrai et légitime de vivre une telle expérience est que cela vous arrive en réalité et cela ne peut vous arriver que lorsque vous empruntez un chemin qui vous conduit à une meilleure compréhension...La sobriété pourrait être obtenue par "une éducation supérieure de l'esprit au-delà des limites du simple rationalisme...par le biais d'une expérience d'illumination ou de conversion, voici la réalité. Cela peut également se produire par un acte de grâce ou par un contact personnel et honnête avec des amis. "

Bien que la plupart des membres fondateurs des AA se soient battus pour une interprétation plus stricte de la prescription de Jung, Wilson a toujours laissé entendre que de multiples voies pourraient amener les alcooliques au même objectif, y compris la médecine moderne. Il s'est inspiré des opinions médicales du Dr William D. Silkworth, qui avait émis l'hypothèse que l'alcoolisme était en partie une maladie physique, «une sorte de difficulté métabolique qu'il a ensuite appelée une allergie». Même après sa propre expérience de conversion, que Silkworth, comme Jung, recommandé de poursuivre, Wilson a expérimenté des thérapies de vitamines, sous l'influence d'Aldous Huxley.
 
Sa quête pour comprendre son moment mystique de «lumière blanche» dans une salle de désintoxication à New York a également conduit Wilson à William James, dans Les formes multiples de l'expérience religieuse. Le livre "m'a donné la réalisation", a-t-il écrit à Jung, "que la plupart des expériences de conversion, quelle que soit leur variété, ont un dénominateur commun de l'effondrement de l'ego en profondeur.
Il pensait même que le LSD pourrait agir en tant que "réducteur temporaire de l'égo" après avoir pris le médicament sous la supervision du psychiatre britannique Humphrey Osmond. (Jung se serait probablement opposé à ce qu'il a appelé des «raccourcis» comme les drogues psychédéliques.) 

"Dans les lettres entre Wilson et Jung", comme Ian McCabe le soutient Carl Jung and Alcoholics Anonymous, "nous voyons une admiration réciproque entre les deux, ainsi qu'une influence réciproque". 
"Bill Wilson" écrit Bill McCabe, "fut encouragé par les écrits de Jung à promouvoir l'aspect spirituel du rétablissement", un aspect qui revêt un caractère particulièrement religieux chez Alcooliques anonymes. 
Pour sa part, Jung, "influencé par le succès de A.A. (…) a donné des instructions complètes et détaillées sur la manière dont le format de groupe AA pourrait être développé plus avant et utilisé par les «névrosés généraux».

vendredi 20 août 2021

Archétype (4) - Anima

(Mise à jour de l'article du 03/08/2011)

Une instance inconsciente de nature féminine dans la psyché de l'homme
. Voici la définition communément admise de l'archétype Anima. Bien trop réducteur et simpliste, quand on sait que Jung y a consacré des décennies d'études, finissant par le placer au centre des principaux enjeux de la dynamique psychique.
Nous verrons que cet archétype est à la source de plusieurs voies de transformation. Cet article n'est qu'une présentation sommaire et, nous engageons ardemment le lecteur désireux de plus de profondeur et précisions à consulter l'étude de James Hilman dans son ouvrage remarquable. (La série d'articles tente de reprendre l'ensemble des clefs de définition trouvé par l'auteur)

Précisions liminaires de Jung (Dialectique du Moi et de l'inconscient ) :
"L'anima répond à des données empiriques que l'on parvient, au prix de grandes difficultés, il est vrai, à exprimer en langage rationnel et abstrait"

 "L'idée d'Anima est une pure notion d'expérience qui n'a d'autre but que de donner un nom à un groupe de phénomènes apparentés ou analogues, il ne s'agit en rien d'une invention théorique ou -pis encore- d'une mythologie"

Collectif vs Individuation

Dans un monde "extérieur" qui, insidieusement, place comme priorité le positionnement social, l'accomplissement familial, professionnel etc., le Moi, durant sa première "réalisation" de vie, s'est inspiré de ce cadre collectif. Il est ainsi naturellement attiré par la Persona.
Réfugié, "replié sur soi-même",  s'identifiant à ce masque, on se croit accompli et pleinement réalisé.
Ce serait sans compter sur la nature autonome et compensatoire des forces de l'inconscient.
Alors qu'à l'extérieur, on lui demande d'incarner le rôle du héros viril et sans faille, grandit à l'intérieur de l'homme une force compensatrice, porteuse d'émotions profondes, de faiblesses assumées, l'Anima.
Le Moi, comme nous l'avons vu, déteste le changement et l'Anima constitue alors un danger, un ennemi...Elle ne peut pas être considérée, encore moins reçue, dans un premier temps. Elle trouvera, dans un premier temps, son mode d'expression dans les projections .


Surgissement de l'Anima

Se manifestant à travers les projections, le premier "porteur" sera naturellement la mère pour le fils.
On devine aisément alors tous les risques constitués par cette "relation à 3", pouvant mener à diverses catastrophes si la fascination persiste.
Au cours de la vie de l'homme, ces projections vont évoluées, passant de la mère aux femmes "attirantes" puis, parfois, à la femme aimée...on comprend l'enjeu essentiel pour l'homme d'ouvrir le "dialogue" avec son anima car son degré d'autonomie, et donc l'intensité de ses compensations, varie proportionnellement à la distance qui sépare le conscient et l'inconscient
Ainsi un homme fasciné par son Anima tombera sous le joug d'une femme réceptacle de ses projections, illusions à l'issue toujours fatale et rendant impossible toute relation authentique de couple.


Pour résumer succinctement, on peut convenir que l'Anima correspond :
  • d'une part, à la capacité relationnelle de l'homme, à ce que l'on pourrait résumer par le monde de l'intériorité, de la réceptivité, des émotions et du « sentiment » 
  • et, d'autre part, à l'archétype du Féminin dans son aspect impersonnel, séducteur et fascinant, que ce soit sous son aspect positif comme dispensatrice "d'éros" et de vie ou sous celui destructeur et mortifère de la femme fatale.
En effet, il est important de rappeler que comme tout archétype, l'Anima joue sur deux rôles opposés dans le psychisme (Déesse/Femme profane, Maman/Putain, Vénus/Femme fatale, etc.).

Différenciation et intégration

La confrontation avec l'Anima permet l'intégration de leurs contenus, le retrait des projections (et l'acquisition de la libido correspondant vers la conscience)...
Mais ceci est une affirmation théorique qui, dans la réalité, et comme tout labeur sur le chemin de l'individuation, implique sacrifices, remises en question perpétuelles, confrontation à l'inconnu le plus sombre. 
Jung évoque une "descente en enfer".

Au bout du chemin, quand l'Anima est acceptée comme interlocuteur, guide, elle retrouve sa fonction première : une fonction psychique de communication avec l'inconscient. Jung, Dialectique du Moi et de l'insconscient :
"....C'est parce que nous ne les utilisons pas consciemment et intentionnellement comme fonctions que l'anima et l animus sont encore des complexes personnifiés. Aussi longtemps qu'ils se trouvent dans cet état, ils doivent être reconnus et acceptés en tant que personnalités parcellaires relative­ment indépendantes. Ils ne peuvent pas s'intégrer au conscient tant que leurs contenus sont ignorés de celui-ci. La confrontation doit amener leurs contenus au grand jour, et ce n'est que lorsque ce travail aura suffisamment progressé, ce n'est que lorsque le cons­cient aura acquis une connaissance suffisante des pro­cessus de l'inconscient qui s'expriment et se reflètent dans l1'anima que celle-ci pourra être ressentie comme une simple fonction..."


En guise de conclusion, évoquons un constat simple mais qui n'est pas souvent "entendu" : en tant qu'archétype de l'inconscient collectif, l'Anima est aussi présent dans l'inconscient de la femme !
Évidemment, il n'agit pas selon les mêmes modalités d'opposition au conscient mais plutôt comme l'empreinte d'un féminin éternel
Et de ce Féminin archétypique émanent les dispositions fonctionnelles propres à la nature féminine. De la même manière, il est porté au début par la mère ou grand-mère...suscitant parfois une fascination réciproque en chaîne où amour et haine sont imbriqués....mais voici un autre sujet.

Les archétypes

samedi 7 août 2021

Archétype (2) - La persona


Jung la décrit ainsi : " la persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu'il est " (Ma vie). 
Les autres m'apparaissent important pour la cerner car la construction de la persona ne se structure finalement que lorsque l'individu se confronte à l'autre. Et c'est aussi le regard "de et vers" l'autre qui peut nous en révéler la nature singulière.

Tentative de définition de la persona

Ce thème de la persona , en apparence simple à cerner, est en réalité bien délicat à appréhender dans sa teneur réelle, pour deux raisons :
  1. Jung, qui a édifié ce concept assez tôt, peu de temps après la rupture avec Freud, va le développer, à la marge, dans plusieurs ouvrages avant de finalement ne plus du tout le citer, au profit de l'Anima et Animus qui deviendra son thème de prédilection.
  2. La Persona ne répond pas précisément à la nature d'un archétype, ni à celle d'un élément personnel. Qualifier la persona comme archétype est la confusion classique entre l'archétype et la représentation archétypale.
La persona est en fait un attribut du "moi" au service de processus archétypiques.


Persona à la frontière 
de la conscience et de l'inconscient

La persona est souvent représentée comme un simple masque, interface vital de l'individu face aux autres, au groupe, à la société. 

Pour simplifier, disons que c'est la face éclairée et visible de notre être "sociabilisé"..
Quels sont nos dispositions intérieures et que montrons nous, seuls à la maison, entre amis, avec les collègues, avec notre partenaire de vie, avec les personnes en qui nous reconnaissons une autorité, etc. ?
Une rapide introspection, honnête, nous révèle une palette variée d'attitudes, plus ou moins naturelles. 
Serions nous schizophrènes ?
Evidemment non.

La Persona témoigne de la façon dont le moi vit ses tensions relationnelles !

L'ombre non int
égrée, les failles narcissiques, les complexes autonomes, les conflits des opposés, viennent buter contre elle ou s'en saisir. Elle impose le personnage qu'elle joue à son insu, sacrifiant le moi réel qu'elle croit représenter.  
En cela, finalement, la persona serait alors la fonction qui permettrait au moi de se présenter aux objets externes et d'entrer en relation avec eux, tout en tenant compte de ses objets internes.

La juste place de la Persona

La persona est indispensable ! 
Sans elle, nous sommes d'une grande vulnérabilité et totalement inadapté sur un plan social.
Le danger classique est de s'identifier, tout entier, à elle
C'est un cas assez classique et très confortable que d'accepter comme "soi fini" cette "construction sociale". Ce faisant, nous dénions notre nature profonde, réelle, authentique, qui saura, de gré ou de force, remonter à la surface. 
Dans le champ de la psyché, toute forme d'illusion, entretenue ou spontanée, consciente ou non, créée un point de rupture dans l'écoulement de la libido, qui doit être résolu à un moment ou un autre.
La considération, en conscience, des manifestations de la persona est donc un des outils majeurs dans la voie de l'individuation.


Le travail avec la Persona

Le travail laborieux qui permet la différenciation, opère selon plusieurs phases :
  1. la "re-connaissance" des manifestations de la persona en fonction des circonstances,
  2. l'identification de ce qui en est à la source (pourquoi telle attitude avec telle personne ?),
  3. Cette identification, prémisse de la différenciation, va finalement "consteller" des contenus des profondeurs comme l'Anima/us.
C'est donc un travail aussi essentiel, et très souvent parallèle, à celui que l'on opère sur l'Ombre.

Tout comme la persona est la fonction de relation du moi aux objets externes, l'anima/us est la fonction de relation aux objets internes. Elles ont l'une vis-à-vis de l'autre un rapport de complémentarité.
L'identification du moi à l'une ou l'autre fonction maintient "l'autre" dans l'inconscient.

Le moi, en tant que porteur du masque, ne doit pas oublier l'importance de la face interne.

Il est tellement aisé de s'identifier à celle qui est la plus sollicitée par le collectif.
Dans le processus d'individuation, il y a comme un "quelque chose " qui rend le masque de plus en plus léger : les traits externes deviennent toujours plus homologues à ceux de l'intérieur.
Le masque deviendra plus léger et plus élastique, par conséquent moins rigide, plus facile à endosser, et à porter avec naturel parmi les autres.
Il deviendra en fait une véritable protection dans toutes les circonstances de la vie, sans jamais empêcher les principes de vie de s'exprimer.

Les archétypes