vendredi 20 août 2021

Archétype (4) - Anima

(Mise à jour de l'article du 03/08/2011)

Une instance inconsciente de nature féminine dans la psyché de l'homme
. Voici la définition communément admise de l'archétype Anima. Bien trop réducteur et simpliste, quand on sait que Jung y a consacré des décennies d'études, finissant par le placer au centre des principaux enjeux de la dynamique psychique.
Nous verrons que cet archétype est à la source de plusieurs voies de transformation. Cet article n'est qu'une présentation sommaire et, nous engageons ardemment le lecteur désireux de plus de profondeur et précisions à consulter l'étude de James Hilman dans son ouvrage remarquable. (La série d'articles tente de reprendre l'ensemble des clefs de définition trouvé par l'auteur)

Précisions liminaires de Jung (Dialectique du Moi et de l'inconscient ) :
"L'anima répond à des données empiriques que l'on parvient, au prix de grandes difficultés, il est vrai, à exprimer en langage rationnel et abstrait"

 "L'idée d'Anima est une pure notion d'expérience qui n'a d'autre but que de donner un nom à un groupe de phénomènes apparentés ou analogues, il ne s'agit en rien d'une invention théorique ou -pis encore- d'une mythologie"

Collectif vs Individuation

Dans un monde "extérieur" qui, insidieusement, place comme priorité le positionnement social, l'accomplissement familial, professionnel etc., le Moi, durant sa première "réalisation" de vie, s'est inspiré de ce cadre collectif. Il est ainsi naturellement attiré par la Persona.
Réfugié, "replié sur soi-même",  s'identifiant à ce masque, on se croit accompli et pleinement réalisé.
Ce serait sans compter sur la nature autonome et compensatoire des forces de l'inconscient.
Alors qu'à l'extérieur, on lui demande d'incarner le rôle du héros viril et sans faille, grandit à l'intérieur de l'homme une force compensatrice, porteuse d'émotions profondes, de faiblesses assumées, l'Anima.
Le Moi, comme nous l'avons vu, déteste le changement et l'Anima constitue alors un danger, un ennemi...Elle ne peut pas être considérée, encore moins reçue, dans un premier temps. Elle trouvera, dans un premier temps, son mode d'expression dans les projections .


Surgissement de l'Anima

Se manifestant à travers les projections, le premier "porteur" sera naturellement la mère pour le fils.
On devine aisément alors tous les risques constitués par cette "relation à 3", pouvant mener à diverses catastrophes si la fascination persiste.
Au cours de la vie de l'homme, ces projections vont évoluées, passant de la mère aux femmes "attirantes" puis, parfois, à la femme aimée...on comprend l'enjeu essentiel pour l'homme d'ouvrir le "dialogue" avec son anima car son degré d'autonomie, et donc l'intensité de ses compensations, varie proportionnellement à la distance qui sépare le conscient et l'inconscient
Ainsi un homme fasciné par son Anima tombera sous le joug d'une femme réceptacle de ses projections, illusions à l'issue toujours fatale et rendant impossible toute relation authentique de couple.


Pour résumer succinctement, on peut convenir que l'Anima correspond :
  • d'une part, à la capacité relationnelle de l'homme, à ce que l'on pourrait résumer par le monde de l'intériorité, de la réceptivité, des émotions et du « sentiment » 
  • et, d'autre part, à l'archétype du Féminin dans son aspect impersonnel, séducteur et fascinant, que ce soit sous son aspect positif comme dispensatrice "d'éros" et de vie ou sous celui destructeur et mortifère de la femme fatale.
En effet, il est important de rappeler que comme tout archétype, l'Anima joue sur deux rôles opposés dans le psychisme (Déesse/Femme profane, Maman/Putain, Vénus/Femme fatale, etc.).

Différenciation et intégration

La confrontation avec l'Anima permet l'intégration de leurs contenus, le retrait des projections (et l'acquisition de la libido correspondant vers la conscience)...
Mais ceci est une affirmation théorique qui, dans la réalité, et comme tout labeur sur le chemin de l'individuation, implique sacrifices, remises en question perpétuelles, confrontation à l'inconnu le plus sombre. 
Jung évoque une "descente en enfer".

Au bout du chemin, quand l'Anima est acceptée comme interlocuteur, guide, elle retrouve sa fonction première : une fonction psychique de communication avec l'inconscient. Jung, Dialectique du Moi et de l'insconscient :
"....C'est parce que nous ne les utilisons pas consciemment et intentionnellement comme fonctions que l'anima et l animus sont encore des complexes personnifiés. Aussi longtemps qu'ils se trouvent dans cet état, ils doivent être reconnus et acceptés en tant que personnalités parcellaires relative­ment indépendantes. Ils ne peuvent pas s'intégrer au conscient tant que leurs contenus sont ignorés de celui-ci. La confrontation doit amener leurs contenus au grand jour, et ce n'est que lorsque ce travail aura suffisamment progressé, ce n'est que lorsque le cons­cient aura acquis une connaissance suffisante des pro­cessus de l'inconscient qui s'expriment et se reflètent dans l1'anima que celle-ci pourra être ressentie comme une simple fonction..."


En guise de conclusion, évoquons un constat simple mais qui n'est pas souvent "entendu" : en tant qu'archétype de l'inconscient collectif, l'Anima est aussi présent dans l'inconscient de la femme !
Évidemment, il n'agit pas selon les mêmes modalités d'opposition au conscient mais plutôt comme l'empreinte d'un féminin éternel
Et de ce Féminin archétypique émanent les dispositions fonctionnelles propres à la nature féminine. De la même manière, il est porté au début par la mère ou grand-mère...suscitant parfois une fascination réciproque en chaîne où amour et haine sont imbriqués....mais voici un autre sujet.

Les archétypes

samedi 7 août 2021

Archétype (2) - La persona


Jung la décrit ainsi : " la persona est ce que quelqu'un n'est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu'il est " (Ma vie). 
Les autres m'apparaissent important pour la cerner car la construction de la persona ne se structure finalement que lorsque l'individu se confronte à l'autre. Et c'est aussi le regard "de et vers" l'autre qui peut nous en révéler la nature singulière.

Tentative de définition de la persona

Ce thème de la persona , en apparence simple à cerner, est en réalité bien délicat à appréhender dans sa teneur réelle, pour deux raisons :
  1. Jung, qui a édifié ce concept assez tôt, peu de temps après la rupture avec Freud, va le développer, à la marge, dans plusieurs ouvrages avant de finalement ne plus du tout le citer, au profit de l'Anima et Animus qui deviendra son thème de prédilection.
  2. La Persona ne répond pas précisément à la nature d'un archétype, ni à celle d'un élément personnel. Qualifier la persona comme archétype est la confusion classique entre l'archétype et la représentation archétypale.
La persona est en fait un attribut du "moi" au service de processus archétypiques.


Persona à la frontière 
de la conscience et de l'inconscient

La persona est souvent représentée comme un simple masque, interface vital de l'individu face aux autres, au groupe, à la société. 

Pour simplifier, disons que c'est la face éclairée et visible de notre être "sociabilisé"..
Quels sont nos dispositions intérieures et que montrons nous, seuls à la maison, entre amis, avec les collègues, avec notre partenaire de vie, avec les personnes en qui nous reconnaissons une autorité, etc. ?
Une rapide introspection, honnête, nous révèle une palette variée d'attitudes, plus ou moins naturelles. 
Serions nous schizophrènes ?
Evidemment non.

La Persona témoigne de la façon dont le moi vit ses tensions relationnelles !

L'ombre non int
égrée, les failles narcissiques, les complexes autonomes, les conflits des opposés, viennent buter contre elle ou s'en saisir. Elle impose le personnage qu'elle joue à son insu, sacrifiant le moi réel qu'elle croit représenter.  
En cela, finalement, la persona serait alors la fonction qui permettrait au moi de se présenter aux objets externes et d'entrer en relation avec eux, tout en tenant compte de ses objets internes.

La juste place de la Persona

La persona est indispensable ! 
Sans elle, nous sommes d'une grande vulnérabilité et totalement inadapté sur un plan social.
Le danger classique est de s'identifier, tout entier, à elle
C'est un cas assez classique et très confortable que d'accepter comme "soi fini" cette "construction sociale". Ce faisant, nous dénions notre nature profonde, réelle, authentique, qui saura, de gré ou de force, remonter à la surface. 
Dans le champ de la psyché, toute forme d'illusion, entretenue ou spontanée, consciente ou non, créée un point de rupture dans l'écoulement de la libido, qui doit être résolu à un moment ou un autre.
La considération, en conscience, des manifestations de la persona est donc un des outils majeurs dans la voie de l'individuation.


Le travail avec la Persona

Le travail laborieux qui permet la différenciation, opère selon plusieurs phases :
  1. la "re-connaissance" des manifestations de la persona en fonction des circonstances,
  2. l'identification de ce qui en est à la source (pourquoi telle attitude avec telle personne ?),
  3. Cette identification, prémisse de la différenciation, va finalement "consteller" des contenus des profondeurs comme l'Anima/us.
C'est donc un travail aussi essentiel, et très souvent parallèle, à celui que l'on opère sur l'Ombre.

Tout comme la persona est la fonction de relation du moi aux objets externes, l'anima/us est la fonction de relation aux objets internes. Elles ont l'une vis-à-vis de l'autre un rapport de complémentarité.
L'identification du moi à l'une ou l'autre fonction maintient "l'autre" dans l'inconscient.

Le moi, en tant que porteur du masque, ne doit pas oublier l'importance de la face interne.

Il est tellement aisé de s'identifier à celle qui est la plus sollicitée par le collectif.
Dans le processus d'individuation, il y a comme un "quelque chose " qui rend le masque de plus en plus léger : les traits externes deviennent toujours plus homologues à ceux de l'intérieur.
Le masque deviendra plus léger et plus élastique, par conséquent moins rigide, plus facile à endosser, et à porter avec naturel parmi les autres.
Il deviendra en fait une véritable protection dans toutes les circonstances de la vie, sans jamais empêcher les principes de vie de s'exprimer.

Les archétypes

samedi 31 juillet 2021

Jung et l'alchimie - Gérard Dorn


Figuration des 3 phases de l'alchimie - Œuvre au noir, au blanc, au rouge

L'heure est à l'alchimie, en témoignent les instructifs billets du blog de notre amie Ariaga sur le pavé Psychologie et alchimie de Jung (Voir ici notamment ).
L'histoire qui mena notre psychologue zurichois à étudier de très près cet "art royal" mérite un article entier, mais il convient d'évoquer le personnage qui l'y a mené  et qui est abondamment mentionné dans son opus Mysterium conjonctionis (VI, La conjonction) : Gérard Dorn.

Biographie succincte

D'origine belge et mort en Allemagne, autour de 1584 à 54 ans, on a peu de trace historique sur la vie de cet homme de la renaissance. Son œuvre et, surtout, son influence sur l'art de l'alchimie, traversèrent les siècles,  Probablement l'un des premiers promoteurs du grand Paracelse (1493-1541), et contribua, par ses traductions, à la diffusion de la pensée paracelsienne dans les pays non germanophones. Il rédigera même des réponses aux accusations d'hérésie portées sur son Maître, témoignant de son profond attachement.
C'est par l'intermédiaire d'un autre disciple de Paracelse, Adam Bodenstein (1528-1577) -inconnu de la postérité car n'ayant jamais publié sous son nom- chez qui il étudia dans sa jeunesse, que sa vocation alchimique prit racine.

Pensée et philosophie

Au risque de l'approximation, tentons d'être concis.
S'il fut ardent défenseur de Paracelse, c'est principalement l'intégration des "valeurs christiques" dans le travail alchimique qui intéressa Dorn.
Sur ce principe qu'il place au-dessus des autres,  il portait, assez naturellement, un regard critique sur le travail en laboratoire le jugeant même inefficace sans un travail intérieur préalable menant à la disposition du véritable adepte. Ainsi, il fut le précurseur de ce que l'on nomma ensuite "l'alchimie spirituelle", cette quête intérieure qu'il définissait non pas comme la rédemption de Dieu en l'homme mais comme la rédemption de Dieu par l'homme.
Propos éminemment hérétiques pour l'époque. 
Cette proposition est évidemment des plus pertinentes dans le cadre de la pensée de Jung. 

Eléazar, maître de Flamel

Dorn et Jung

Lors de son voyage en Inde, en 1936, Jung frôla la mort à cause d'une dysenterie sévère et fit, dans un état comateux, une série de rêves et de crises délirantes ayant pour thème le Saint Graal. Cette période marqua définitivement un tournant dans son approche du Soi et de l'individuation.
Infatigable chercher, travailleur acharné, Jung avait emmené dans ses bagages, presque par curiosité, le Theatrum Chemicum, plus important recueil d'alchimie de Gérard Dorn. 

Cet ouvrage fut à l'origine d'une étape décisive dans l'orientation de Jung,  et c'est probablement le plus mentionné dans toutes ses études sur l'alchimie.

La voie royale

Comme figuré symboliquement sur l'image de Eléazar au dessus, il existe deux voies principales de "réalisation alchimique", la voie humide, lente, plus sure, constituées de distillations successives et la voie sèche, rapide, plus périlleuse, à base de bave de dragon, sel igné, feux mercuriels.
Jung s'intéressera à la proposition d'une "nouvelle voie", initiée par Dorn, la voie royale, s'appuyant sur les principes fondamentaux des deux autres mais centrant "l'opératif" au sein de la psyché humaine, lieu de rencontre et d'union de la matière et de l'esprit.
Il est important de noter que le concept d'Unus Mundus (monde sous-jacent et unifiant esprit et matière) créé par Dorn, sera repris par Jung, objet d'échanges épistolaires passionnants et passionnés avec Wolfgang Pauli (1900-1958), l'un des pères fondateurs de la physique quantique.

"De pierres mortes, transformez-vous en pierres philosophales vivantes. "
Theatrum chemicum, Gérard Dorn, 1602


vendredi 28 mai 2021

Jung et la solitude


Dans cet extrait, encore une fois, Jung écrit à "mot couvert" et, probablement, ne souhaite t'il pas en "exprimer trop" sur le sujet...celui qui saisit les principes de Vie, qui les reçoit et expérimente, singulièrement, franchit le seuil de l'indicible.
La solitude inhérente à l'IN (UN)-dividuation est bien en lien avec la co-nnaissance que chacun doit faire émerger personnellement.
"Enfant, je me sentais solitaire, et je le suis encore aujourd’hui, car je sais et dois mentionner des choses que les autres, à ce qu’il semble, ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître.
La solitude ne naît point de ce que l’on n’est pas entouré d’êtres, mais bien plus de ce que l’on ne peut leur communiquer les choses qui vous paraissent importantes, ou de ce que l’on trouve valables des pensées qui semblent improbables aux autres.
Ma solitude commença avec l’expérience vécue de mes rêves précoces et atteignit son apogée à l’époque où je me confrontais avec l’inconscient. Quand un homme en sait plus long que les autres, il devient solitaire.
Mais la solitude n’est pas nécessairement en opposition à la communauté, car nul ne ressent plus profondément la communauté que le solitaire ; et la communauté ne fleurit que là où chacun se rappelle sa nature et ne s’identifie pas aux autres."
Extrait de Ma vie

vendredi 29 janvier 2021

L'amour dans l'oeuvre jungienne

Une fois n'est pas coutume, nous souhaiterions apporté un coup de projecteur sur l'association Marie-Louise Von Franz & Carl Gustav Jung

Particulièrement dynamique et multipliant les initiatives malgré la période compliquée, l'association nous propose, pour l'année 2021, un programme ambitieux, une série d'évènements composés de  conférences, d'interludes artistiques, ateliers d'exercices, avec comme thème principal "l'amour dans l’œuvre jungienne".

Lien pour en savoir plus


Jung et l'Amour
Par Reine-Marie Halbout, entretien filmé disponible dès le 12 février 2021 18h00 sur notre Online TV pour une durée de deux mois
Le thème de l’amour considéré comme un des fils conducteurs de l’histoire de la vie et de la pensée de Carl Gustav Jung...

La pulsion du Mariage intérieur
9 avril 2021 à 19h30, par Pierre Trigano
L’archétype du Soi vu sous l'angle du « mariage intérieur », telle une pulsion qui nous traverse et vise à se réaliser au cœur de notre vie psychologique.

Tristan et Yseult : une explication archétypique de nos histoires d'amour
11 juin 2021 à 19h30, par Leonardo Hincapié
Une interprétation originale de la légende médiévale de Tristan et Yseult mise en perspective avec la psychologie analytique...

Journée expérientielle
2 octobre 2021 à 9h30, par Csilla Kemenczei, Chantal Delacotte et Marco Zulian
Première partie : Judas, ou l'Amour et son Ombre. Deuxième partie : Le conte d’« Éros et Psyché » : un atelier d’écriture enchantée...

L’Amour, essence et sens de l’alchimie du « Deux »
Dernier trimestre 2021 (date à préciser), par Carole Sédillot et Matthieu Mares
De la dépendance à la transcendance des principes Féminin et Masculin...

mercredi 27 janvier 2021

Les Cahiers Noirs de Jung


Premier cahier noir de 1913 - Musée Guimet 2011

Octobre 2009, la Foundation of the Works of C.G. Jung, sous la direction de Sonu Shamdasani stupéfiait la communauté des "amis de Jung" en éditant le Livre Rouge.

Octobre 2020, la même équipe nous offre encore une superbe découverte par l'édition en facsimilé des cahiers noirs de Jung.

Anglais pour le moment

Pas d'annonce d'autres traductions, notamment française, à ce jour, mais si on se fie au succès du Livre rouge poussant à la version française, on est en droit d'imaginer des cahiers noirs dans la langue de Molière d'ici un an ou deux.

Nature des cahiers


Comme nous l'avions évoqué lors de billet sur le Livre Rouge, une partie importante du contenu de ces cahiers ont servi pour la rédaction, les faisant qualifier un peu rapidement de "brouillons du Livre Rouge". 

Au moment de la rupture déclarée et "officielle" avec Freud, en novembre 1913, Jung reprend son Cahier Noir, qui en fait est un cahier en cuir marron, dans lequel bien des années avant il avait l’habitude de noter ses rêves mais qu’il avait mis de côté en 1902 au moment de ses fiançailles avec Emma. Il reprend alors le dernier Cahier et commence par noter ses pensées, ses images, ou bien ses états d’esprit sous forme de métaphores. Il écrit aussi ses rêves et il essaie de les analyser.

3 ans plus tard, en 1916, il commencera à rédiger son Livre Rouge, y apportant dessins, symboles, calligraphie.

Pour autant, il n'abandonna pas ses cahiers noirs et en remplit plusieurs au fil des décennies (du 12 novembre 1912 jusqu'au 15 décembre 1932).


Présentation sur l'Espace Francophone Jungien

En attendant un billet plus fourni une fois la lecture avancée, vous trouverez sur ce lien une présentation un peu plus complète de l'édition.

 

 

mercredi 2 décembre 2020

La personne humaine dans l'oeuvre de Jung - Didier LAFARGUE

Dans l'horizon si riche et varié des ouvrages sur ou autour de Jung, sa pensée, son œuvre, sa psychologie, voici un double ouvrage, ou plutôt, deux tomes bien distincts d'un projet, en apparence, ambitieux, au titre évocateur, celui de replacer la personne humaine dans l’œuvre...

N'ayant pas encore pu lire attentivement les deux volumes, et en attendant une recension, voici un bref aperçu à travers le résumé de l'éditeur et les sommaires.

 

 

Tome 1 - Lien vers l'éditeur 

Le but de l’auteur n’est pas de présenter une biographie détaillée du personnage, ou une étude scientifique de ses conceptions psychanalytiques. C’est de répondre à une soif de connaissances et d’interrogations concernant la pensée philosophique de Jung, une vision du monde indispensable plus que jamais, un élargissement de la conscience de chacun.

Introduction

Enfance de Jung et première appréhension du monde
Entrée dans la vie professionnelle et découverte de la psychanalyse.
Les voyages de Jung
Apothéose de l'œuvre 

L'homme, un être individuel

Valeur de l'individu chez Jung

Sens de la personne humaine
Influences philosophiques
Conscience et inconscient
L'inconscient avant Freud
Freud et l'inconscient
L'inconscient dans l'œuvre de Jung

Éveil de la personnalité

Unité de la personne humaine
Union de l'âme et du corps
Assumer les différents âges de la vie
Maîtriser le temps
Éloge de la simplicité

L'homme et le monde extérieur

Caractère humain de l'environnement
Les relations humaines
Le dualisme de l'introversion et de l'extraversion
Animus et anima
Le cœur, foyer de la personne humaine

L'homme en lutte avec lui-même

L'homme et le monde primitif

Persistance d'une nature primitive chez l'homme civilise
Puissance du mana
Sens des superstitions
Intelligence des proverbes
Évolution de la conscience humaine
Influence persistante de l'inconscient dans le monde civilise
Confrontation des races et scission avec l'inconscient
Le cas américain
Un peuple de pionniers
Spiritisme et Science chrétienne
Un certain déracinement

L'homme prométhéen

Sens de la liberté humaine
Toute puissance de l'orgueil humain
Divergence entre science et religion
Réaction des esprits et scission de l'individu
Réaction religieuse
Montée de la modernité
L'âge d'or perdu

Individu et société

Puissance et influence de l'idée
Idéologie, vérité et fanatisme
Danger de l'utopie
Tyrannie de l'idéologie
Influence de la religion sur les esprits et émergence du totalitarisme
Rôle tenu par l'Église au Moyen Age
Totalitarisme et XXe siècle
Tendance au millénarisme
Guerre sainte et mouvements collectifs
Guerre sainte et religion
Laïcisation de la guerre sainte
L'Allemagne et le nazisme
Sens du passé
Signification du nazisme
Spécificité culturelle allemande
Le mythe de Faust
Personnalité du Führer
L'image du chef

Conclusion et bibliographie

Tome 2 -Âme et spiritualité

La spiritualité ? La puissance de l’esprit sur la matière, un idéal qu’exprime magnifiquement le grand sphinx d’Égypte. Mais les croyances suffisent-elles à combler les aspirations de chacun ? Jung propose une sagesse, inspire à l’homme le désir de se remettre en question, de plonger plus avant au fond de son être pour s’interroger. Il rejoint notre époque où violence et terrorisme montrent à l’évidence l’emprise des mouvements collectifs sur les personnes. Or en l’âme existe un univers immense, riche, divers, l’inconscient collectif. Qui veut garder son indépendance d’esprit peut toujours s’y fortifier. Contrairement à l’inconscient personnel qui connaît des troubles, l’inconscient collectif n’est jamais malade et propose un réservoir inépuisable d’énergies d’une prodigieuse contribution pour l’individu. Voici décrit le contact avec ces forces, le fond commun des différentes traditions spirituelles qui offre une compensation aux insuffisances du monde moderne.

Chapitre 1 - Nature spirituelle de l'être humain

L'homme, un animal religieux
    Sens du sacré chez l'individu
    Âme et spiritualité
    Fonction médiatrice de l'âme
    Scepticisme et remise en cause
Inconscient collectif et nature humaine
    Sens des mythes
    Mythes et rites
    Expression de l'inconscient collectif
    Liens avec l'univers
Devenir de la personnalité et individuation
    Individuation et individualisme
    Héros et personnalité
    Le mystère de l'Individuation

Chapitre 2 - Spiritualité et monde moderne

Le mystère chrétien
    Le culte du dieu unique
    Christ et intériorité
    Signification de la Trinité
Orientation du Christianisme
    Déification de la personnalité divine
    Valeur absolue attribuée au bien
    Méfiance envers l'inconscient
    Dionysos et vie de l'âme
    Principe de la quaternité
    Alchimie et renaissance de l'âme

Chapitre 3 - Le mystère de l'Orient

Le mirage oriental
Bouddhisme et christianisme
L'harmonie universelle

Conclusion & Bibliographie

 

mardi 20 octobre 2020

Préface de Roland Cahen

Préface à L'homme à la découverte de son âme, rédigée par Roland Cahen, ouvrage compilant 7 articles de Jung, rédigés entre 1928 et 1934, permettant d'appréhender des clefs de sa psychologie.

Dans un monde né du judéo-christianisme, mais dont le mythe, pour beaucoup, n'est plus guère porteur, qui s'est réfugié dans la science, science qui sent l'infini reculer toujours plus loin devant lui, où donc trouver un nouvel ancrage, de nouvelles valeurs, de nouvelles sources de vie sinon au cœur même de l'homme ?
Si dans les années 40 « le verbe était au seul explosif», dans les années 80, de façon moins éclatante mais plus sournoise et non moins dévastatrice, le verbe ne risque-t-il pas d'être à la seule banalisation, au seul étalement des confusions, des idéologies parcellaires, des impu­dences subjectives et doctrinales?
Personnellement, j'ai toujours été convaincu, depuis qu'à vingt-deux ans j'ai eu la chance de rencontrer Jung, l'homme et son œuvre, que dans les siècles futurs on parlera de Freud et de Jung un peu comme aujourd'hui nous parlons d'Aristote et de Platon. C'est pourquoi il ne faut pas laisser banaliser, polluer les sources essentielles de la vie psychologique de l'homme.

L'œuvre de Jung constitue, à côté et au-delà de l'œuvre de Freud, magistrale certes, mais par trop unilatérale, une des sources majeures de nos connaissances sur le conscient et l'inconscient. Bien des notions révélées par ce livre, telles, par exemple, l'introversion et l'extraversion, les complexes, ont déjà diffusé dans la vie quotidienne et le langage de tous les jours. C'est que Jung nous révèle, au-delà même de son écrit, des noyaux de l'humain qui sommeillent en chacun et qui dès lors nous concernent tous.

Source d'une conscience confortée, élargie, trouvant sa santé dans son élargissement même, cet ouvrage est une des meilleures synthèses de la pensée de l'auteur, à partir duquel le lecteur pourra rayonner, selon ses tendances et ses goûts, dans toutes les grandes avenues doré­navant largement ouvertes.

Ce livre entrouvert, dont il m'a souvent été dit qu'il compte parmi les plus beaux livres écrits de main d'homme, le lecteur m'accordera sûrement, touché par la vraie vérité de la vie profonde qui s'éveille et vit en chacun, que ce dont il s'agit c'est d'être attentif à l'immensité de la vie intérieure, à la complexité de l'affrontement et de l'ajuste­ment du psychisme conscient et du psychisme inconscient ; c'est d'être attentif à la diversité des êtres, à la compréhension qu'ils requièrent tous.