samedi 30 mars 2024

La solitude partagée...

Dans ce que j’appellerais ma quête de sens, de vérité intérieure, la recherche de mon mythe personnel selon Jung, j'ai eu la chance de croiser des personnes animées par le même "feu". 
Certains ont cheminé avec moi puis disparu, d'autres sont devenus des amis. Tous ont contribué à qui je suis aujourd'hui, et je pense pouvoir affirmer que tous vivent dans une certaine solitude assumée...solitude inhérente à cette recherche du rapport singulier à la Vie. 
J'ai fini par définir le lien, aussi fort qu'intime, qui unit nos solitudes, une affinité élective.

Cette quête défait, très naturellement, tout ce qui n'obéit pas au domaine de l'authenticité. 
Consensus, compromis, conventions de toutes sortes s'effondrent...
Il ne s'agit pas d'anarchie mais, bien au contraire, d'une "mise en ordre".

Lorsque l'on refuse de croire les apparences, d'adhérer aux pensées dominantes, de se soumettre à la doxa, deux "mouvements contradictoires" s'imposent alors à nous : 

1- La sensation d'une plénitude, d'une satisfaction intérieure, d'une réponse (provisoire ?) acquise. Un autre regard sur le monde et les autres s'édifie.
2- Simultanément, surgissent une hostilité voire un rejet de certaines personnes, parfois même proches ou "amis". Processus notoire, l'inconnu et l'incompréhension réveillent l'instinct de division et de séparation.


Ce chemin, cet engagement de vie, ne doit pourtant pas conduire à une indifférence face au "groupe", écueil fréquent, menant soit à un isolement mortifère (seul contre le monde) soit à une inflation égotique (seul digne de ce monde). 

S'il convient de se distancier de la "meute" et de son influence, ce n'est pas pour la condamner. 
Il s'agit d'établir la compréhension véritable de l'autre et de rétablir une communication authentique, expurgée de nos projections. Ce nouveau rapport à l'autre est le fruit de notre propre dialogue intérieur.

Formulé par Jung, démontré par la clinique et éprouvé par ceux qui œuvrent pour leur "accomplissement intérieur", le travail sur la psyché dépasse, finalement, le cadre du patrimoine personnel. 
Se révèle, par miroitements toujours inattendus, une part de l'humanité, un fragment "d'universel éternel", scintillements et reflets de ces fameux archétypes...

Inscrite dans "la hiérarchie naturelle des choses", cette profondeur ne sera touchée qu'une fois atteinte puis dépassée la crainte de l'affrontement de nos ténèbres personnels.
Cette lutte personnelle n'est pourtant jamais aboutie, les premières noirceurs faisant toujours place à d'autres. 
Jung évoque un processus d'individuation, certainement pas une étape ou un stade, mais bien un phénomène dynamique discontinu.
Notre conscience ne se crée pas elle-même… Elle est comme un enfant qui naît quotidiennement du sein maternel de l'inconscient.
Symbolique de l'esprit, p.465
Le courtois comptable réalise soudainement que des pulsions inavouables l'habitent, la gentille vétérinaire découvre au fond d'elle des envies sadiques et morbides qui la bousculent, l'érudit polyglotte est confronté à des besoins d'archaïsme et de sauvagerie.
Pourquoi parfois, en moi, surgit ce qui me bouscule ?


Le jugement est une capacité innée de l'humain. Jung l'a même érigé comme un des quatre constituants de la boussole psychique.
Mais le jugement ne doit jamais devenir condamnation qui est là, un choix (écueil ?) personnel.
Quand je juge autrui, je réalise, si la première "ouverture de conscience" est accomplie, que je me juge moi-même. J'abrite les tendances coupables que je suis en train de juger. Qu'il est douloureux mais libérateur d'accepter nos imperfections, nos failles....cette acceptation, si elle est sincère et assumée est une bénédiction !
Le contraire,  s'idéaliser soi-même, idéaliser son clan ou sa nation, a pour conséquence de rejeter le mal sur l'extérieur. 
"L'ennemi est tellement bête, qu'il croit que c'est nous, l'ennemi" Desproges.
Accepter l'autre dans sa différence, c'est se libérer des projections et accéder à la plus belle faculté de l'âme, l'altérité (voir ici).

Graduellement, un autre monde s'offre à nous...non, plus précisément, nous accueillons une autre vision du monde. 

Nous accepter dans notre "caractère d'imperfection" (au regard de la totalité de notre être qui nous attend) aide alors à accepter les obstacles et échecs dans notre vie. 
Ils deviennent de véritables opportunités pour la transformation intérieure; ils nous poussent à l'humilité et au lâcher-prise.

La vraie souffrance naît de notre résistance au changement, pas de nos échecs. 

« Dans l’obstacle se trouve le chemin » 





Maj du billet du 29/03/2024

mardi 20 février 2024

L'individuation...le chemin de croix [1]

J'entends ou je lis parfois des choses sur le processus d'individuation qui me gênent. 
Il est question d'extase, d'accomplissement naturel, de plénitude acquise, de joie dans la réalisation, etc. 
Certes, mais n'est ce pas un peu oublier que ce chemin est avant tout, par sa nature propre, parsemé des épines les plus féroces, des épreuves les plus redoutables, d'inévitables souffrances et doutes, et de véritables sacrifices (au sens étymologique de sacrificare, "fait de rendre sacré").
"la libido enlevée à la mère, devient menaçante comme un serpent, symbole de l'angoisse de mort, car il faut que meure la relation avec la mère et de cela on en meurt presque soi-même."
Jung, Métamorphose de l'âme... p 515
"Le monde apparaît quand l'homme le découvre. Or il ne le découvre qu'au moment où il sacrifie son enveloppement dans la mère originelle, autrement dit l'état inconscient du commencement".  
Jung, ibid, p677
Selon les théories actuelles, le bébé (voire même le fœtus) reçoit ce qui "est" (réalité interne et externe), qui va alors "déranger" un équilibre initial, comme un doigt va marquer la cire, marquant définitivement cette "matrice indifférenciée"...ce creux dans la cire peut être associé à la conscience, la cire, matière figeant ce creux , serait le Moi (notons que pour Jung, le Moi est un complexe, certes particulier, mais complexe psychique).
« En dépit du caractère relativement inconnu et inconscient de ses fondements, le moi est un facteur de conscience privilégié. Il est même, sur le plan empirique, une acquisition de l’existence individuelle. Il résulte, semble t-il, du choc du facteur somatique et de l’environnement et, une fois établi comme sujet, il se développe à partir d’autres chocs avec l’environnement aussi bien qu’avec le monde intérieur. »
Jung, Aïon, p 17
« Il forme en quelque sorte le centre du champ de conscience et, en tant que celui-ci embrasse la personnalité empirique, le Moi est le sujet de tous les actes conscients personnels. La relation d’un contenu psychique avec le Moi constitue le critère de la conscience, car un contenu ne peut être conscient s’il n’est pas représenté au sujet. » 
Jung, ibid, p18
La conscience est une mémoire active qui, selon  des interactions passées, va produire de la réaction, de l'évaluation, du sens au mieux... 
En contrepartie, la conscience va "alimenter" le Moi pour l'enrichir. Comme le précise Jung, le Moi est le centre de la conscience, il en est même la matrice originelle (et une instance autonome mais là n'est pas le sujet du billet).
Cette relation complexe doit poursuivre son processus et on comprend aisément que la nature même du Moi est de maintenir ses acquis en place et sa relation privilégiée avec son "ouvrier", la conscience. 



Selon cette dynamique relationnelle et la nature du Moi, on comprend que le changement est une source de stress car le Moi est le plus radical conservateur qui soit...il s'accroche à ses acquis (telle personne doit se comporter de telle manière, telle attitude doit être adoptée dans telle situation, etc.). 
Face à tout potentiel de modification, de transformation, aux éléments extérieurs de mutation, le Moi développe instinctivement le rejet, la "xénophobie", repoussant systématiquement ce qui ne répond pas au "préétabli" (les creux initiaux dans la cire). 
A maturité psychique, un constat dramatique s'impose : ce qui nous a permis de survivre nous empêche maintenant de vivre !


Dans le processus d'individuation, le retrait des projections (voir ici ) vide le Moi de sa substance, on est plus proche de la crucifixion que de l'extase. Le pôle contraire, jusqu'alors refoulé et inconnu, doit être intégré et cela ne peut se comprendre qu'après coup...les périodes de trouble, de doute et d'angoisse sont incontournables. 
Un sacrifice s'impose : celui de la position unilatérale initiale confondue avec l'unité de l'être.

La fameuse mise en tension des opposés (notion complexe, retenons  , pour le moment, que le couple d'opposés central est conscience / inconscient) ne conduit pas à un idyllique équilibre du "juste milieu" mais presque toujours à un "abaissement". Lorsque survient le fameux troisième terme (le produit de la tension des opposés, ni fusion, ni confusion pour autant), admis, le plus souvent, de "force" par le Moi, les idéaux, qui sont toujours des valeurs «hautes», s'effondrent et perdent tout leur prestige. 
Qui peut pleinement réaliser ce que signifie l'effondrement du monde de ses idéaux et de la souffrance qui l'accompagne ?

Pour reprendre une jolie métaphore, dont je ne me souviens malheureusement pas de la source, "il semble que, sur cette voie de l'individuation, plus que partout ailleurs, noblesse oblige. Tout se passe comme si, sur cette voie, les dieux psychologiques, une fois alertés, devenaient jaloux."

Ce billet n'est pas teinté de pessimisme mais se veut réaliste.  
Pour une note positive, j'invite le lecteur à revenir à la fin de ce billet.

On pourra gloser pendant des heures, il est dans la nature de l'humain de se figer pour se construire (édification de l'ego) avec le devoir de tout démolir dans la foulée (individuation, changement de centre)...et cela coûte souvent ce qu'il y a de plus cher !

dimanche 11 février 2024

Le rêve par Michel Jouvet

Au gré d'une lecture, je découvre la proposition de Michel Jouvet sur la fonction des rêves et je suis immédiatement frappé par la similitude avec les théories jungiennes. Depuis, je me suis intéressé au personnage fascinant et passionné, reconnu par ses pairs comme l'un des plus grands neurobiologistes, spécialiste du sommeil et surtout "découvreur" officiel du sommeil paradoxal. J'invite le lecteur à aller fouiller dans ses ouvrages éclairants et accessibles pour approfondir les lignes au dessous (sa bibliographie).


Tout d'abord, gardons à l'esprit que nous sommes ici en territoire biologique donc ancré au soma et même si les théories de Jouvet flirtent souvent avec le psychique, les approches conservent une limite rationnelle compréhensible mais, selon moi, lacunaire.

Constats préliminaires :

- le sommeil est découpé en cycle d'environ 90 minutes et 20 minutes de ce temps est consacré au sommeil paradoxal. Ces cycles sont "universels", commun aux hommes de toutes origines ethniques et sociales,
- le sommeil paradoxal est nommé ainsi car l'activité cérébrale est la plus proche de celle de l'éveil, d'où le paradoxe,
- ce sommeil paradoxal s'accompagne de plus d'une accélération cardiaque et de mouvements oculaires rapides. Ces "signes" semblent corrélés avec l'intensité onirique.
Il apparaît que le rêve est donc "programmé" dans la nature biologique de l'homme. Reste à définir alors sa nature et sa fonction....


Nature du rêve

Jouvet postule le fait que le rêve est le troisième état du cerveau...ni en sommeil, ni en éveil, il répond à un autre mode de fonctionnement (anecdote intéressante, cette intuition lui est venue suite à une lecture d'un passage des Upanishad). 
C'est à la fois simple et lourd d'implication. L'état de veille permet la vie sociale, l'état de sommeil permet la récupération physique et "l'intégration" intellectuelle...l'état de rêve devrait donc constituer une phase aussi fondamentale de la vie. 
Sur ce point, Jouvet affirme que l'homme peut vivre sans rêver, en étant privé de sommeil paradoxal...ce qui contredit quelque peu la fonction qu'il propose du rêve (nous allons l'aborder) et que je critique en établissant l'hypothèse que si le sommeil paradoxal semble nous indiquer l'état de rêve, rien ne nous dit que cet état peut se produire hors toute "lecture physique possible" (hypothèse en voie de confirmation par les dernières recherches) d'après ce que j'ai lu.

Fonction du rêve

Jouvet fait une proposition audacieux, qu'il argumente avec forts appuis cliniques et scientifiques qui me dépassent et dont je vais épargner le lecteur. 
Un indice quand même : ce sommeil paradoxal n'apparaît que chez les animaux dont le développement neuronal est limité (le capital de neurones est rapidement atteint dès le jeune âge). Les rêves seraient donc là pour compenser ce défaut de neurogenèse, afin d'harmoniser constamment la vie extérieure et l'attente, génétiquement programmé, de la vie intérieure...chaque individu répondrait donc à un développement qui lui est spécifique et inscrit dans son code génétique, le rêve lui permettant constamment d'ajuster les choses. Le rêve jouerait donc un rôle-clé dans le maintien de notre individualité psychologique.


Jung décrit le rêve comme porteur d'un dynamisme de changement intérieur, d'un processus de transformation de la personnalité présent dans l'inconscient humain. Quelle étrange similitude !
On pourrait aussi mentionner l'existence de l'inconscient collectif, la présence, dans le psychisme humain, de structures innées, les organisateurs inconscients, pouvant sur le plan psychique se comparer au code génétique sur le plan physique, constituent des facteurs d'auto-guérison, des forces de transformation présentes dans l'inconscient, visant à nous faire advenir à nous-mêmes.


J'ai le sentiment que, dans deux domaines spécifiques, la convergence de géniales intuitions est flagrante.

Pour finir, une interview de Jouvet, où tout bon amateur de psychanalyse tiquera à quelque reprise mais qu'importe, restons ouverts....

samedi 27 janvier 2024

Nietzsche - La volonté de puissance


Comme c'est le cas pour nombre de philosophes, la pensée de  Nietzsche est excessivement galvaudée de nos jours par manque d'étude et lecture, ne subsistent en général de que quelques lieux communs, sans fondement réel, son soi-disant athéisme (Dieu est mort !), sa notion si mal comprise de surhomme (Zarathoustra), etc
Eludons de fait, sa position politique surement désastreuse, restons dans le champ de "l'esprit"....

Ce n'est évidemment pas par hasard que j'ai choisi d'étudier cette œuvre, elle a beaucoup inspiré Jung qui, vision toute personnelle, semblait respecter sa profondeur tout en étant fasciné par l'application (implication, investissement) absolue de l'homme qui le mènera à la folie...il consacrera même un séminaire entier au Zarathoustra.

Clef de voûte de la pensée nietzschienne,
 la volonté de puissance

Le premier constat fondamental de Nietzsche : on ne peut évaluer la vie qu'en s'en extrayant (il faut être extérieur à un objet pour pouvoir l'évaluer), ce qui est impossible pour l'homme. De là, aucune transcendance n'a sa place car le monde est "créé" par l'homme.
Sur la vie et sa valeur ne peuvent exister que deux positions antagonistes, négation ou affirmation. Selon Nietzsche, la vie est une dynamique d'accroissement de l'être et sa négation est appelée survie (ou blocage de la dynamique d'accroissement).
Détail intéressant, car l'on peut faire le jonction avec la pensée de Jung, l'affirmation de la vie serait de l'ordre instinctuel et non réflexif, plutôt du domaine inconscient que de celui de l'intellect.

De là, celui qui accède à l'affirmation de la vie, dispose d'une faculté de croissance de soi en soi. Au contraire, celui qui survit est dans le maintien d'un niveau, se retrouve avec un "manque d'être" (=d'accroissement) qu'il cherchera toujours à combler...le don (celui qui possède de soi) et la demande (celui qui comble) positionne le fort et le faible.  
Contrairement à l'idée populaire, Nietzsche n'établit pas dans la domination de l'autre, l'attribut de force, mais dans la capacité à se transformer, à abandonner l'avant.


La différenciation permet l'établissement de valeur, l'accroissement de l'être (je me diffère de ce que j'étais,  de ce que je suis pour aller vers autre chose)...son opposé, qui finalement conduit à une uniformisation, c'est ce qu'il appellera le nihilisme.

Un deuxième constat fondamental arrive alors : les conditions favorables et défavorables à la vie sont toutes, de fait, issues de la vie même (il ne peut en être autrement puisqu'il rejette le transcendant). Ces deux oppositions apparentes sont des manifestations d'une union préalable qui est la vie...ainsi, la force d'union qui contient cette dualité est la volonté de puissance.
Dans le don, je suis animé par la volonté de dépenser de la puissance et dans la demande, celui d'en obtenir. Bien entendu, nous sommes là au cœur de l'être et le don et la demande ne sont pas transposables (quoi que) à ce que l'on vit au quotidien.

Le lecteur devrait pouvoir (s'il a eu le courage de venir jusqu'à cette ligne) percevoir les rapprochements possibles avec certains pans de la pensée de Jung...
A suivre donc.

Cheminer dans le laboratoire d'Ariaga :

mercredi 17 janvier 2024

Le petit ver...de tous les possibles !

Connaissez vous le planaire ?

C'est un petit ver plat qui vit dans l'eau douce et n'aurait probablement pas sa place ici s'il ne possédait pas quelques spécificités bien déroutantes; de récentes découvertes à son sujet, que je vais vous décrire, ont même ouvert des horizons insoupçonnés qui pourrait bien conduire à une conclusion sur une hypothèse de Jung (entre autre) : la psyché n'est pas localisée dans le cerveau !

Le planaire

Ce petit animal de quelques cm de long est beaucoup utilisé en science expérimentale pour deux raisons principales :
  • Bien que peu évolué, possédant une vue médiocre, il est sensible à de nombreux paramètres (températures, vibrations, physico-chimie du milieu, etc.) qui permettent d'interagir sur son confort et ses préférences,
  • Il a la particularité de pouvoir totalement régénérer son corps, même à partir d'un fragment très petit, à partir des fameuses cellules souches, les néoblastes (Utilisés notamment dans la médecine réparatrice)
L'expérience...en deux temps

1959 : Le biologiste James McConnell tente de découvrir la "dynamique de la mémoire" (la non localisation spécifique en quelque sorte) et ses premières conclusions sont positives mais trop peu reproductives et surtout, très critiquées à une époque où la neurologie était peu considérée.

Juillet 2013 : Une équipe de chercheur américaine parvient à la même conclusion, avec des données reproductibles et incontestables.


Protocole
  1. On crée une mémoire, artificiellement, aux planaires : le ver, qui fuit la lumière et préfère les surfaces lisses, doit aller sur une surface rugueuse et éclairée pour se nourrir,
  2. La mémorisation est vérifiée quotidiennement durant 15 jours, temps de régénération de la tête,
  3. On décapite les vers et on attend 15 jours que la tête se régénère,
  4. On les nourrit, toujours exclusivement dans la zone éclairée à surface rugueuse et, ô surprise, la mémoire est conservée, les vers regagnent spontanément la zone "apprise" pour se nourrir, en dépit de leur rejet naturel pour ces paramètres.
Luz Dentro Serie Representación Figura Humana Irradiando Luz Elementos  Fractales: fotografía de stock © agsandrew #376309050 | Depositphotos
 
Corolaires
  • Confirmation d'une hypothèse déjà ancienne, la mémoire ne se niche pas exclusivement dans le cerveau. Pour l'anecdote, bien qu'il n'y ait pas encore de certitudes scientifiques, la piste des cellules souches et de l'ADN comme malle à souvenir est évoquée,
  • Le deuxième corollaires est que, si la mémoire, élément structurant de la conscience, n'est pas localisée dans le cerveau, la conscience, et de là, la psyché en général possède une source non cérébrale,
  • Si la mémoire d'un homme peut se perpétuer en dehors du cerveau, que l'on reste sur une hypothèse physique (comme l'ADN) ou non (hors du corps physique), on est en droit de poser l'hypothèse d'une mémoire de l'homme, appelée inconscient collectif par Jung...

Lien sur l'expérience, pour anglophone.

mercredi 3 janvier 2024

Raymond Abellio - La structure absolue

"J'ai mis longtemps à comprendre que l'homme né deux fois, la première fois de la mère, la seconde de la femme, s'affronte entre ces deux naissances à ce semblant d'énigme qu'est la féminité hors de lui, alors que le seul mystère est la féminité en lui, la seule alchimie..." 
Abellio, La fosse de Babel

L'homme...

De son vrai nom Georges Soulès (1907-1986), Abellio fut très impliqué en politique entre les deux guerres, mais la postérité le retient comme un philosophe gnostique, ou un gnostique philosophe, voire un philosophe de la gnose...qu'importe les adjectifs, ce fut  avant tout un cherchant, très peu connu et reconnue encore aujourd'hui, tant son œuvre est exigeante, il demeurera un conquérant de l'âme humaine. 
Mort il y a près de 40 ans, il laisse derrière lui une bibliographie consistante et variée ( n'hésitant pas à distiller sa pensée gnostique à travers des romans à énigmes).
Peu connu du grand public, il fait partie de ces hommes, contemporains de Jung, qui suivant le sillon d'une individuation en développement, portent une énergie similaire et construisent, dans ce cheminement, leur propre sagesse, inspirante pour les générations qui suivent...une autre source où s'abreuver.


La pensée...

Qu'il est difficile de résumer une vie si riche parsemée d'écritures en tous genres (articles politiques, pamphlets, romans, essais philosophiques, manifeste, etc.). La citation en tête du billet expose l'un des pans de sa pensée, un rapport engagé et ouvert à la féminité.

En fait, Abellio, amateur de phénoménologie (philosophie de l'expérience vécue),  a rapidement fait le constat des antagonismes apparents au sein de l'homme, des couples de complémentaires présents dans tous les champs de l'être (anthropologique, social, ontologique, éthique, esthétique, ...). 
Durant 30 ans, il n'aura de cesse de comprendre comment concilier et unifier ces facettes. Notons au passage que ce thème des dualités à résoudre, inhérentes à la nature humaine est commun à Jung.
L'aboutissement de ses recherches, apogée de ce que l'on nomme "gnose abéllienne" est l'invention (découverte ?) de la structure absolue.
"...la structure absolue ne se donne pas comme une recette ou une méthode d'organisation ou de classification entre d'autres, mais comme un pouvoir universel engageant un mode entièrement nouveau de connaissance, c'est à dire de communication avec le monde, et par conséquent aussi un mode entièrement nouveau d'existence." Eric Coulon, Interview



La structure absolue
ou la « dialectique de la double contradiction croisée »

Tentons la simplicité, au risque de la simplification ; chaque champ de l'être répond à quatre pôles réparties en deux paires d'opposition qui se croisent selon deux axes...cette structure hélicoïdale marque l'assomption des essences vers le haut et leur incarnation vers le bas.

La structure absolue n'est pas une théorie mais une pratique, une voie ("vois") d'autoréalisation (qu'il nomme "réveil de l'homme intérieur") qui réunit à la fois "l'outil" philosophique occidental et la pensée dite traditionnelle. 
Abellio pose le principe métaphysique d'une interdépendance universelle, non pas comme d'un vague holisme, mais comme une théorie de la connaissance dans laquelle sujet et objet ne sont pas deux entités isolables.

Si les thèmes de la "dualité matrice de vie", d'une nouvelle gnose contemporaine à construire, réunissent Abellio et Jung, notre philosophe considèrera que l'approche purement psychologique de l'alchimie est une erreur au regard de l'opérativité réelle de cette dernière...mais comme les théologiens qui lui reprochaient de parler au nom de Dieu, probablement n'a t'il pas saisi que Jung ne spécule pas sur l'objet mais formalise les processus dynamiques engendrés par l'objet.

Quoi qu'il en soit, la voie de réalisation proposée par Abellio est d'une indéniable richesse, et d'une grande exigence, mais quel est la valeur de ce qui ne coûte rien ?





samedi 30 décembre 2023

Le refus de voir


Proposer à l'homme moderne de comprendre sur le plan du sujet ses imagines oniriques, c'est, toute proportion gardée, comme si l'on tentait d'expliquer à un indigène, tout en faisant l'autodafé de ses fétiches et de ses figures ancestrales, que les « pouvoirs guérisseurs » sont d'une essence spirituelle, et que, loin d'habiter les objets livrés aux flammes, ils dorment dans l'âme humaine.

L'indigène ressentirait une aversion légitime à l'égard d'une conception aussi hérétique; comme lui, l'homme moderne éprouve un haut-le-corps, fait de désagrément et de crainte inavouée, à l'idée de trancher à la légère l'identité, sanctifiée de toute éternité, de l’imago et de l'objet.

Il faut avouer qu'un tel divorce aurait pour notre psychologie des conséquences incalculables : il n'y aurait plus personne à accuser, à rendre responsable, plus personne à remettre dans le droit chemin, à rendre meilleur, plus personne à punir !
Au contraire, en toute chose, il faudrait commencer par soi-même, exiger de soi et de soi seul, ce que l'on exige des autres !
Ces bouleversements disent éloquemment pourquoi la conception sur le plan du sujet des imagines du rêve n'est pas de celles qui peuvent laisser indifférent.

Jung, L'homme à la découverte de son âme, p242

mardi 26 décembre 2023

Solve et coagula - Abandon et détermination


Arcane 15, le diable sous forme de bouc humanisé
Arcane 13- Chapelle des Avenières
 
" Je retrouvai ainsi enfin le sol qui avait été la base de mes propres expériences, durant les années 1913 à 1917 ; car le processus par lequel j'étais alors passé correspondait au processus de métamorphose alchimique. " Jung, Ma vie, page 244
 
Continuons un peu sur le terrain fertile de l'alchimie dans l'œuvre de Jung.
 
Solve et coagula, pierre angulaire (ou plutôt clef définitive) du Grand Œuvre, peut se traduire  par dissolution et coagulation...deux termes qui méritent notre attention car les similitudes avec le processus d'individuation sont nombreuses.
 
Regard alchimique

Les alchimistes, qui vivaient l'expérience commune de l'esprit et de la matière (LABOR ORATOIRE),  conjuguaient la dissolution des éléments dans l'athanor (le fourneau) à celle de leur propre "nature profonde" (l'individu de Jung). 
Selon un des principes de l'alchimie, les éléments dissous, se recombinaient ensuite, pour donner un produit nouveau,  affiné, transformé, renouvelé. 
Simultanément, la plongée en eux-mêmes, suivant le rythme de la chimie visible, aboutissait à une métamorphose intérieure, l'ouverture à un tout autre, à une conversion, une métanoïa. 
L'affinage de la matière brute initiale se vivait donc dans le visible comme dans l'invisible, l'un ne pouvant se passer de l'autre.

De l'importance du cycle

Suivant les traditions d'Occident ou d'Orient, le temps linéaire n'est qu'une illusion, le temps cyclique (inscrit dans des cycles successifs) régit la réalité, le monde de l'esprit comme la dynamique de l'être...jusqu'à ce que, rejoignant, ou retrouvant une unité perdue, l'être sorte du chemin cyclique, dissipant toutes les illusions.
Dans le cas qui nous intéresse, l'édification psychique, il semblerait qu'une loi similaire gouverne les processus. Jung décrit amplement cette dualité inhérente à la psyché, imposant une résolution continuelle vers une conjonction, le binaire résolu dans le ternaire, écho ou accomplissent de l'unité. 
La plongée dans nos profondeurs toujours plus inaccessibles et impersonnelles en apparence, conduisant à cette unité fondatrice pourrait avoir comme représentation la spirale, conjonction de l'axe horizontale cyclique et l'axe verticale descendant.
 
Libido : Progression et régression

Comment, dans ce processus cyclique de dissolution et reconstitution, ne pas faire l'analogie avec les évolutions de libido, selon Jung, qui suivent des phases :
  • Régression : Inadaptation du niveau de conscience, immersion dans l'inconscient, ébranlement de l'existant, plongée vers l'inconnu, les produits de l'ombre, du fond inexploré de l'être (Solve),
  • Progression : Réorganisation des outils psychiques, adaptation au milieu extérieur, accroissement de la conscience (Coagule)

Il est essentiel de noter que les deux phases sont indissociables et indispensables.
 
La progression établit l'individu, la régression lui fournit de nouveaux matériaux, le cycle accompli construit du nouveau, suit la trace de l'unité perdue, la quête de la pierre philosophale.

vendredi 15 décembre 2023

Médiocre et rampant, on arrive à tout.

Citation de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799)

La dystopie échoue-t-elle à prévenir ? - Dystopie - Un genre ...

Anecdote


Cette citation en titre, entendue il y a quelques années, m’a longtemps amusé.
Plus de trois siècles après sa rédaction, le sourire se crispe car ce qui était un joli trait de mots à l’époque, devient une pertinente, donc douloureuse, appréciation de la société contemporaine.
Hier soir, j’éteins la télé, abasourdi.
Une chaine d’information (sic) avec les sempiternels experts (re-sic) chroniqueurs font ce qu’ils savent faire, commenter. En effet, l’investigation a disparu depuis 20 ans au profit du jugement instantané et subjectif. J’entends une succession de demi-vérités, de demi-mensonges, de complète désinformation.
« ça » existe parce que l’audience existe, l’audience existe parce que les téléspectateurs sont présents et attendent « ça », car plus capables de discerner.

Constats ?

La tour de Pise penchée au milieu de nulle partLe niveau scolaire s’effondre depuis quelques décennies, pour un ensemble de raisons mais la principale a été probablement identifiée par Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy, dans L’École désœuvrée, quand ils affirment que « l’on accueille des élèves plus faibles dans des classes plus avancées, puis, dans un second temps, on révise à la baisse les exigences en se réglant sur leurs capacités ».
Suivant l’inexorable élan d’une société, devenue indolente, l’école ne vise plus à éduquer, encore moins élever, l’esprit de nos bambins mais se contente de déposer un lot de connaissances, calibré sur la base du maillon le plus « faible ». 
La notion de l’effort s’est perdue au profit d’une standardisation de la pensée, tirant naturellement vers un appauvrissement général.
L’enseignement, socle de la culture, culture elle-même arme contre l’ignorance, ignorance mère de tous les maux, pour reprendre Rabelais. 

Que peut-on attendre d’une société qui ne propose plus
à ses enfants de culture suffisante ni même le goût du « savoir » ou encore de l’effort ?

Et pour les adultes, où en est-on ?
  • Sur le plan social, la « beaufitude » et la négligence sont des valeurs refuge.
  • Sur le plan de la communication, les réseaux sociaux culminent. Comme l’écrivait Umberto Eco, ces espaces communautaires offrent au premier imbécile venu un poids de parole supérieur à celui d’un prix Nobel. Plus inquiétant, ils offrent un anonymat suffisant pour laisser tous les instincts s’épancher sans réserve.
  • Sur le plan sportif, l’argent voire la triche ont remplacé allègrement la recherche gratuite de l’honneur et du dépassement de soi.
  • Sur le plan économique, l’enjeu du gain a, depuis longtemps, écrasé la valeur de l’unité humaine.
  • Sur le plan politique, ceux que nous élisons pour nous diriger et pour guider la cité n’ont pour seule ambition que l'assurance d'un prochain mandat en suivant les délires vulgaires de la foule, au lieu de répondre aux responsabilités de leur fonction.
  • Sur le plan sociétal, la licence et les réglementations remplacent la liberté, tournant le dos à des siècles de civilisation.
  • Sur le plan éthique, l’hédonisme fait figure de norme et l’effort de repoussoir.
Conséquences

Au risque d’être qualifié de "réac", force est de reconnaitre qu’aujourd’hui, dans tous les domaines, la médiocrité et le « prêt-à-penser » règnent.
Les rouages qui ont conduit à cette « médiocratie » sont discrets, implacables, intégrés dans un paysage social où « l’un-dividu » ne peut que se perdre et à qui l’on impose comme normalité un objectif de confort et un mode de pensée standardisé.
Comble, cette « normalité » est érigée comme idéologie dominante de notre société.
Gare à la tête qui dépasse ! 

 
Reprenant, peut être facilement, le bien connu mythe de Platon, tout le monde est au fond de la grotte à s’ébahir de la danse des ombres !
Mais aujourd’hui, les ombres dansent à toute vitesse sur des écrans de smartphone et tout le monde est confortablement assis sur des sofas offerts par une élite, heureuse de cette situation.

Finalement, l’époque tente de dissoudre l’individu au sein d’une matière collective molle, malléable à souhait.

Quelle issue ?

L’outil doit être la pensée critique, le terrain du combat, la subjectivité,  l’objectif, le discernement.


Développer la pensée critique, c’est faire en sorte de transformer les éléments de notre subjectivité en objet de la pensée. 
Penser en fonction des ressources propres à l’esprit et non par rapport aux modalités instituées par des appareils de pouvoir.
Qu’importe l’avis des experts de tous bords, les informations officielles, la pensée dominante, écrasante. Il est grand temps que l’on se mette à penser par nous-mêmes, de manière libre.
Ne plus laisser les termes idéologiques et les assertions du pouvoir gagner le siège de la subjectivité mais reconquérir une vision lucide, validée par notre pensée et des sentiments congruents.

Cela demande un effort soutenu, nécessite de sortir du lot d’une normalité docile, d’une facilité puérile… c’est finalement se lever et sortir de la caverne, seul, certes, mais libre.

La tâche est ardue mais loin d’être insurmontable.

Commençant cet article par une citation du XVIIIe, je conclurais de la même manière.
Le politicien Pierre-Marc-Gaston de Lévis (1764-1830) écrivait « attiré par la nouveauté, mais esclave de l’habitude, l’homme passe sa vie à désirer le changement et à soupirer après le repos. »
 
 
Cessons de désirer le changement, créons le ici et maintenant !