mardi 17 mars 2020

Le refus de voir


Proposer à l'homme moderne de comprendre sur le plan du sujet ses imagines oniriques, c'est, toute proportion gardée, comme si l'on tentait d'expliquer à un indigène, tout en faisant l'autodafé de ses fétiches et de ses figures ancestrales, que les « pouvoirs guérisseurs » sont d'une essence spirituelle, et que, loin d'habiter les objets livrés aux flammes, ils dorment dans l'âme humaine.

L'indigène ressentirait une aversion légitime à l'égard d'une conception aussi hérétique; comme lui, l'homme moderne éprouve un haut-le-corps, fait de désagrément et de crainte inavouée, à l'idée de trancher à la légère l'identité, sanctifiée de toute éternité, de l’imago et de l'objet.

Il faut avouer qu'un tel divorce aurait pour notre psychologie des conséquences incalculables : il n'y aurait plus personne à accuser, à rendre responsable, plus personne à remettre dans le droit chemin, à rendre meilleur, plus personne à punir !
Au contraire, en toute chose, il faudrait commencer par soi-même, exiger de soi et de soi seul, ce que l'on exige des autres !
Ces bouleversements disent éloquemment pourquoi la conception sur le plan du sujet des imagines du rêve n'est pas de celles qui peuvent laisser indifférent.

Jung, L'homme à la découverte de son âme, p242